‹ Mariage blanc; drame en trois actesChapitre 25 sur 64 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JACQUES

Mais moi, par exemple, quel sentiment croyez-vous que j'éprouve pour vous?

Vous, vous êtes très bon. Je crois que vous faites plus que de me plaindre. Nous nous entendons très bien. Vous ne vous impatientez jamais de mes tristesses, de mes plaintes, même de ce qu'il peut y avoir quelquefois d'affecté dans mes résignations... Oh! ne protestez pas... Je sais bien que je parle beaucoup de moi (ce n'est pas ma faute) et que ma conversation ne doit pas être toujours amusante... Eh bien, vous supportez tout cela très gentiment... Enfin, je crois que vous avez pour moi un peu de réelle affection... Oui, je le crois, et j'en suis heureuse... Mais alors, pourquoi me poser ces questions qui me font mal?

JACQUES

Parce qu'il le faut bien. Car vous vous trompez, mademoiselle Simone, ce n'est pas de l'affection que j'ai pour vous, c'est beaucoup plus... Oui, au commencement, ce n'était que de l'intérêt, un peu de curiosité, si vous voulez... Puis, quand je vous ai mieux connue et que j'ai pu voir tout ce quil y a, sous votre grâce de petite fleur encore un peu languissante, tout ce qu'il y a chez vous de courage, de bonté, de raison, alors, c'a été vraiment de l'estime et de l'amitié... Puis, peu à peu, cela est devenu toujours plus tendre et plus profond... Le sentiment qui m'attachait à vous avait quelque chose de particulier, de presque unique. H me

44 MxVRIAGE BLANC.

semblait que ce sentiment était né d'une conformité secrète de nos destinées en dépit des différences extérieures. Nous étions deux isolés. La vie de retraite et de renoncement à laquelle vous étiez obligée par la maladie, je la recherchais, moi, par lassitude et dégoût des hommes. Certes, notre détachement n'était pas de même sorte et n'avait point les mêmes causes; vous, si jeune et intacte, moi, si vieux et qui ai abusé de tout. Mais, je ne sais comment, il avait pour effet de nous faire sentir et juger les choses de la même façon. C'est ainsi que vous m^êtes devenue peu à peu nécessaire, et voilà pourquoi j'ai besoin maintenant de vivre auprès de vous, de vivre avec vous, de vivre pour vous, toujours. Ne dites pas que cela est impossible. Nous sommes deux malades, chacun à notre manière. Le genre de vie que les médecins vous ordonnent est précisément celui que j'avais choisi. Nous nous soignerons ensemble... Enfin, mademoiselle, je vous aime, et vous me rendriez bien heureux si vous consentiez à être ma femme.

SIMONE

Votre femme?... Quoi, c'est vrai? c'est bien vrai? Je ne rêve pas?... Ce qui m'arrive est si imprévu, si extraordinaire!... Des mots que je ne croyais jamais, jamais entendre... (Dans une explosion de joie.) Alors OU pcut donc m'aimer... comme une femme? Mais si on peut maimer, c'est donc que je puis vivre! c'est donc qu'on en est sûr! Car autrement.., A moins que je n'aie rencontré un saint... Dites-moi xitc que voui n'en êtes pas un^ monsieur... Vivre! un jour, bientôt!... respirer!... ne plus sentir la mort à chaque souille dans sa i>oitrine!... aller, venir, courir, avoir nn mari!... avoir dos enfants!...

Page 1