ACTE DEUXIÈME
JACQUES
Tant, tant que cela?
SIMONE, très grare.
Oui, jusqu'à me sacrifier pour elle, s'il le fallait, et jusqu'à lui donner ce que j'aimerais moi-même... C'est bien le moins !... (changement de ton.) Mais je suis là à faire des déclarations héroïques... c'est bien ridicule. Qu'estce que j'aurai jamais à sacrifier, moi ? Pas graud'chose, puisque je n'ai rien à attendre.
JACQUES
Qu'en savez -vous?
SIMONE
Je le sais, parce que cela est. Je sais que, si jamais je faisais un roman, je devrais le cacher au plus profond de mon cœur et l'emporter avec moi... Aussi, je n'en fais pas.
JACQUES
Eh bien, moi, j'en fais.
SIMONE
Oh ! vous, vous pouvez.
JACQUES
Je puis... je puis... si l'on m'y aide. Il faut absolument, mademoiselle, que je vous fasse ma confession... Ce n'est pas que vous soyez une personne bien redoutable... et pourtant, voilà huit jours que je recule. Mais je me sens plus de courage aujourd'hui. Mademoiselle Simone, répondez-moi, je vous prie, comme à un vieil
ami très respectueux et très dévoué... Ce à quoi révent les jeunes filles... n'y avez-vous jamais songé?
SIMONE
Moi?Quelle question!... Oui... peut-être... autrefois... quand j'avais quinze ans...
Et maintenant?
SIMONE
Si j'y songeais, ce serait comme à quelque chose d'impossible et qui n'est pas fait pour moi.
JACQUES
En êtes-vous sûre?
SIMONE
Hélas!
JACQUES
Quelle preuve en avez-vous?
SIMONE
Mon expérience... On plaint une malade, on lui témoii^ne de la sympathie. On ne l'aime pas. Pour aimer et pour être aimé, la première condition c'est de vivre, et je vis à peine.
JACQUES
Vous allez beaucoup mieux.
SIMONE
Oui, un peu mieux, jusqu'à ce que j'aill»' plus mal. Je connais cela.