‹ Mariage blanc; drame en trois actesChapitre 24 sur 64 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JACQUES

Tant, tant que cela?

SIMONE, très grare.

Oui, jusqu'à me sacrifier pour elle, s'il le fallait, et jusqu'à lui donner ce que j'aimerais moi-même... C'est bien le moins !... (changement de ton.) Mais je suis là à faire des déclarations héroïques... c'est bien ridicule. Qu'estce que j'aurai jamais à sacrifier, moi ? Pas graud'chose, puisque je n'ai rien à attendre.

JACQUES

Qu'en savez -vous?

SIMONE

Je le sais, parce que cela est. Je sais que, si jamais je faisais un roman, je devrais le cacher au plus profond de mon cœur et l'emporter avec moi... Aussi, je n'en fais pas.

JACQUES

Eh bien, moi, j'en fais.

SIMONE

Oh ! vous, vous pouvez.

JACQUES

Je puis... je puis... si l'on m'y aide. Il faut absolument, mademoiselle, que je vous fasse ma confession... Ce n'est pas que vous soyez une personne bien redoutable... et pourtant, voilà huit jours que je recule. Mais je me sens plus de courage aujourd'hui. Mademoiselle Simone, répondez-moi, je vous prie, comme à un vieil

ami très respectueux et très dévoué... Ce à quoi révent les jeunes filles... n'y avez-vous jamais songé?

SIMONE

Moi?Quelle question!... Oui... peut-être... autrefois... quand j'avais quinze ans...

Et maintenant?

SIMONE

Si j'y songeais, ce serait comme à quelque chose d'impossible et qui n'est pas fait pour moi.

JACQUES

En êtes-vous sûre?

SIMONE

Hélas!

JACQUES

Quelle preuve en avez-vous?

SIMONE

Mon expérience... On plaint une malade, on lui témoii^ne de la sympathie. On ne l'aime pas. Pour aimer et pour être aimé, la première condition c'est de vivre, et je vis à peine.

JACQUES

Vous allez beaucoup mieux.

SIMONE

Oui, un peu mieux, jusqu'à ce que j'aill»' plus mal. Je connais cela.

Page 1