‹ Mariage blanc; drame en trois actesChapitre 30 sur 64 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MADAME AUBERT

Mauvais ? non, mais bizarre et... comment diraije?...

JACQUES

Équivoque ? Ayez le courage de votre pensée.

MADAME AUBERT

Je ne veux pas dire équivoque... mais enfin... un peu obscur.

JACQUES

Obscur?... Vous me connaissez, madame. Je n'oublie pas que c'est une malade que vous me confierez; et cette enfant qui sortira de vos bras restera une enfant dans les miens... Allons, dites oui ! Si vous y réfléchissez un peu, vous verrez que ce que je fais n'est point si extravagant qu'on le croirait au premier abord. Je suis libre, je ne dois compte à personne de mes actes. J'étais très las de la vie de Paris, et même de la vie en général : vous Vavez vu, puisque fêtais avant vous dans cette solitude. Je me mourais de tristesse... Insensiblement, je me suis pris d'une tendresse profonde pour cette enfant si jolie, si douce et si à plaindre ! Il m'est venu un grand désir d'être auprès d'elle, de veiller sur elle à toute heure. Or, le mariage seul pourrait me le permettre. Ce que je sollicite, en somme, c'est le droit de vivre avec elle comme si j'étais son frère aîné. Rien n'est plus pur qu'une telle tendresse. Hélas! je ne prétends pas la guérir; mais je suis sûr de lui apporter de la joie. Elle vivra plus pleinement, ayant l'illusion d'une existence de femme. Sa vie agrandie fera peut-être reculer le mal... Que sait-on?

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ces choses sont si mystérieuses ! Nous serons deux pour la soigner. Nos tendresses unies pourraient lui assurer peut-être des années de répit, et presque de bonheur... N'est-ce donc rien ? Vous voyez bien que vous ne pouvez pas me refuser I

MADAME AUBERT

Mon cher comte, je crois à la bonté absolue de vos intentions. Mais votre démarche reste, malgré tout, si singulière, que vous me laisserez bien, j'imagine, le temps d'y réfléchir. Elle est généreuse, elle est touchante... et cependant elle m'inquiète. Il y a en moi je ne sais quel sentiment qui la repousse. Simone est une enfant, une malade... bientôt une mourante : il me semble que cela fait d'elle... comment dire ?... une petite créature sacrée à laquelle sa mère seule a le droit de toucher. Il me semble qu'il ne convient pas qu'un autre que moi approche trop près de sa souffrance, que je ne puis partager sa garde avec un autre, avec un étranger, avec un homme qui n'oserait pas être vraiment son mari, et que, si je le faisais, je violerais une sorte de mystère. Je ne sais si vous me comprenez.

JACQUES

Êles-vous bien sûre que ce soit cela? N'est-ce pas plutôt que vous la voulez toute à vous? et n'y aurait-il pas dans votre résistance... un peu de jalousie maternelle? Ce que vous craignez de partager, ce ne sont pas les soins que vous donnez à votre fille, c'est son cœur. Et comme je la comprends, cette jalousie!... Mais enfin, s'il vous était démontré qu'en acceptant mon aide, vous faites du bien à votre malade, auriez-vous le droit de me repousser?

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