‹ Mariage blanc; drame en trois actesChapitre 36 sur 64 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

monstrueux à penser ! Qu'est-ce qu'il en veut donc faire? Il est impossible, ma mère, que vous donniez votre consentement à ce mariage ridicule et odieux!

MADAME AUDERT.

Marthe! c'est toi qui parles ainsi?... Quelle pensée astu donc?... Oui, sans doute, ce mariage est singulier, déraisonnable si lu veux. Mais au point où les choses en sont, s'il ne se fait pas, je crains tout pour Simone ; et il me semble que tu dois, comme moi, penser avant toute chose à ce qui peut adoucir et prolonger la vie de ta sœur.

MARTHE, avec une rage contenue.

Ma sœur?... Ah! oui, malheureusement, ma sœur!

MADAME AUBERT

Marthe 1

MARTHE, éclatant.

Mais elle me prendra donc tout, celte fille ! Voihl bientôt vingt ans que cela dure, et je commence à en avoir assez, entendez- vous ? Elle m'a gâté, perdu mon enfance et ma jeunesse. Avec sa pâleur, sa langueur, sa douceur d'éternelle mourante, elle ma fait plus de mal que ne "m'en eût fait une ennemie robuste et acharnée. A cause d'elle, vous avez oublié de m'aimer ; je n'ai eu de vous que des caresses distraites, les restes de votre cœur : et encore, à mesure qu'elle était plus malade, je n'avais même pas ces restes, puisqu'elle tenait votre cœur tout entier. A cause d'elle, j'ai eu une enfance d'orpheline, douze ans d'internat presque sans visites ni sorties, coupés de vacances où personne ne s'occupait de moi et où la maison de famille m'était encore plus

froide que le couvent. A cause d'elle, j'ai eu une jeunesse d'infirmière, sans joie, sans amusements, sans communications avec le dehors... Une de ses plaintes habituelles, c'est qu'elle ne peut vivre comme tout le monde, qu'elle n'est pas comme les autres jeunes filles... Eh bien, et moi, donc? Comment ai-je vécu, traînée à sa remorque dans toutes les stations d'hiver, astre nte, en dépit de mes vingt ans et de mon sang rouge, à rcxislence recluse d'une malade ? Apparemment ma santé devait me consoler de tout. Mais, je la maudis ma santé ; car, sous prétexte que j'étais bien portante, tout m'a été refusé ou relire à moi ! et j'envie sa faiblesse, et je la redoute, car sa faiblesse m'a pris ma place au soleil... Oui, ma place au soleil, je dis bien : quand il n'y avait qu'un rayon, c'était pour elle ; dès ma petite enfance, j'ai été dressée à tout lui céder, les jouets, les gâteaux et la meilleure place partout ; et les petits plaisirs dont j'aurais pu jouir, moi, mais que sa faiblesse lui interdisait, je n'avais pas le droit d'en jouir sans elle, et je devais aussi lui en faire le sacrifice!... Elle m'a tout pris, vous dis'je, parce que j'avais le malheur d'être bien portante... Eh bien, cela n'eût rien été encore. Je pensais: — Bah ! je n'ai qu'à attendre. Tout cela aura une fin...

MADAME ALBKHT.

Que dis-tu là, malheureuse!...

MARTHE

Oh! je ne parle pas de sa mort. Mais j'esj)érdis bien finir par me marier un jour. — Cela du moins, me disais-jc, elle ne pourra pas me le prendre. Mon mari,

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