M A II T H E
Voilà, je crois, la première chose gracieuse que vous m'ayez dite.
JACQUES, bon enfant.
Vous croyez?... C'est que nous n'avons guère le temps d'échanger des choses gracieuses autour de notre malade. Vous le savez bien, car vous êtes celle sur qui doit peser le plus lourdement la tristesse de la maison.
MARTHE
J'ai l'Iiabitude, allez.
JACQUES
Il est certain que la vie qui vous est faite n'est pas prèci' scnumt celle qu'on a le droit de rêver à votre âge.
MARTHE
Xe vous occupez pas de moi. Je tw me plains pas.
J'aurais jK'ur moi-même de vous faire injure en vous plaignant trop fort. iVoMS sommes tous ici les esclaves d'un même devoir. Mais laissez-moi vous dire en passant que je sens très bien le mérite que vous avez à accepter, comme vous faites, une existence fort mélancolique, et que je vous Stiis très profondément gré du dévouement que vous montrez à votre sœur.
MARTHE
Ne parlons pas de Ccla^ (ici, tt dans les deux répliques suivantes de Marthe, on sent que le ton est affecté et qu'elle veut mettre
Jacques à répreuve.) Au l'cste... qucst mon pauvre mérite auprès du vôtre?
JACQUES
Comment?
MARTHE
C'est si beau, si bon, et si original dans la bonté, ce que vous avez fait!
JACQUES
Qu'est-ce donc que j'ai fait?
MARTHE
Croyez-vous que je n'aie pas compris? Apporter à notre pauvre malade l'illusion, le rêve dont elle avait besoin, pousser cette feinte miséricordieuse jusqu'à l'entier sacrifice de soi... quoi de plus héroïque et de plus touchant! et comme la charité est plus belle ici que n'eût été l'amour même !
JACQUES, nettement.
Vous VOUS trompez, mademoiselle; il ne peut être ici question de charité. J'aime Simone de tout mon cœur, le plus réellement et le plus sincèrement du monde... Enfin... j'aime ma femme, et cela n'a pas deux sens.
MARTHE. Elle change de ton subitemeat.
Vous? vous l'aimez? Allons donc? Est-ce que c'est possible? Est-ce qu'on aime une malade, une mourante?