NATURE
Non est bonum esse hominem solum; faciamus ei adjutorium simile sibi.
I1 n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable À iuli.
Nous allons donner, mes chers frères, une série d’instructions sur un sujet qui est d’un intérêt universel; je veux parler du mariage. Il intéresse l’enfant parce qu’il en est le fruit, et parce que c’est dans la famille qu’il grandit, se développe et se
perfectionne. Il intéresse les parents, dont il est la raison d’être et le résumé, en quelque sorte, de toute leur vie. De plus, les nations lui doivent leurs sujets, l'Eglise ses enfants, et le Ciel ses saints.
Nous ne traiterons pas le sujet à tous ces points de vue, nous considérerons seulement son côté pratique pour nous. Nous étudierons d’abord les qualités du mariage, ensuite nous verrons quelle préparation il faut apporter à sa réception, et, enfin, nous parlerons des époux.
Il y a, de nos jours, peu de questions qui soient plus mal comprises, On n’a pas une idée nette du mariage. Les erreurs les plus grossières se sont glissées dans les esprits. Nous rencontrons, tous les jours, de ces idées fausses, un peu partout, même chez les catholiques qui les manifestent surtout dans leur conduite.
Il est donc souverainement important que nous ayons, sur cette question capitale, des notions précises et parfaitement
sûres. Nous prendrons donc pour guide, dans cette étude, non pas l’opinion des hommes, ni les usages de tel ou tel autre pays, mais la pensée même de Dieu, telle que révélée dans les Saintes Ecritures, l'Eglise et la nature.
Sans plus de préambule, posons la question : qu'est-ce que le mariage ? Le petit catéchisme répond : “ Le mariage est un sacrement qui sanctifie l’alliance de l’homme et de la femme.” Il y a donc deux choses à considérer dans le mariage :
l'alliance et le sacrement. L'alliance ou union de l’homme et de la femme. vivant de la vie commune, en vue de la propagation; et le sacrement qui sanctifie cette alliance et en fait une source de grâce.
Parlons d’abord du mariage comme alliance. Comme tel, il est l’union légitime de l’homme et de la femme. Il s’effectue par la présentation et l’acceptation mutuelles des conjoints. (Cette double présentation et acceptation des contrac-
tants, dans la célébration d’un mariage entre catholiques, a lieu quand les mariés répondent le OUI sacramentel à la question que leur pose le prêtre qui préside à la cérémonie. Ce OUI, prononcé dans les conditions requises, est fécond en résultats. Par lui, deux étrangers qui, hier encore, pouvaient à peine se connaître, se voient tout à coup liés inséparablement l’un à l’autre, et comme fondus dans un même tout. Par lui, les époux entrent dans une nouvelle vie où ils assument les plus grandes responsabilités, se soumet- “ent aux plus graves obligations, et où ils trouvent en même temps les plus grands avantages et les joies les plus pures.
Au commencement, quand Dieu créa l’homme, après lui avoir préparé l’univers pour palais, il dit: “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide semblable à lui. ” Alors, le Seigneur Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam, qui s’endormit, et il prit une de ses côtes et mit de la chair à la place. De
la côte qu’il avait prise de l’homme, le Seiy.eur Dieu forma une femme, et il l’amena à Adam, et Adam dit: “ Voilà maintenant l’os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appelée femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. ” C'est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. ”
Voilà comment les Saintes Ecritures racontent l'institution du mariage, “Il n’est pas bon que l’homme soit seul ”, dit le Créateur, il a besoin d’une aide semblable à lui, et, cette aide, Dieu l’a fait sortir du côté de l’homme, montrant par là, l'union étroite qui existe entre l’homme et la femme. “ C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme. ” El n’y a pas d’union qui tienne contre cette union des époux. Même l’union, pourtant si intime, qui existe entre les parents et les enfants, cède à celle des époux. Oui, l’homme quittera
son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et la femme quittera de même sa mère et son père et s’attachera à son mari:
“ Ils seront deux mais une seule chair. ”
Remarquez, mes frères, ces dernières paroles : “ Ils seront deux mais une seule chair. ” Il est dit d’abord, ils seront deux, et non pas plusieurs. Et, en effet, Disu ne donne pas à Adam deux ou plusieurs femmes mais une seule, Eve. De même, Dieu ne donne pas à Eve deux ou plusieurs maris mais un seul, Adam. Le mariage, c’est l’union légitime d’un homme et d’une femme. Il ne peut pas y avoir de mariage entre un homme et deux ou plusieurs femmes ; comme il ne peut pas y avoir de mariage entre une femme et deux ou plusieurs hommes. “ Ils sont deux. ” Ces paroles des Saintes Ecritures condamnent la doctrine de nos Mormons et de la polygamie en général.
Il est dit encore : “ En une seule chair.” Par le mariage, les époux sont si bien at-
tachés l’un à l’autre qu’ils ne forment plus qu’une seule chair, qui les lie inséparablement ensemble, comme les parties essentielles d’un même tout. C’est pourquoi ils ne peuvent pas plus se séparer qu’ils ne peuvent séparer les membres d’un même corps, unis dans une même chair. Ils ont pu se marier mais ils ne peuvent pas se démarier. Il n’y a pas de pouvoir sur la terre capable de les divorcer. “ L’homme, dit Notre-Seigneur, en parlant du mariage, ne peut pas séparer ce que Dieu a uni.” Il n’y a que la mort qui soit capable de rompre le mariage.
Par ces paroles : “ Ils seront deux mais une seule chair ”, le Créateur condamne la doctrine du divorce qui, malheureusement, est en vigueur dans ce pays.
L’indissolubilité du mariage, voilà, mes frères, un point de doctrine sur lequel il faut nous affermir, surtout en ce pays, où la loi civile l’ignore absolument. Partout, on parle de divorce, on en parle comme d’un bienfait, comme étant une bénédic-
tion pour les mariages malheureux. Si vous n'êtes pas sur vos gardes, l'erreur pourra pénétrer dans votre esprit et vous rerdre. Tous les jours, on voit dans les journaux des noms catholiques, qui font appel à la cour, demandant un billet de divorce.
Il est vrai qu’il peut exister des circons- | tances malheureuses qui offrent des rai- | sons suffisantes pour permettre à un ca- | tholique de tenter le divorce. Moi-même, j'ai dû déjà le conseiller. Mais c’est toujours un pis aller ; et pour que cette dé- | marche soit légitime, il faut qu’elle puisse se faire sans scandale, avec l’autorisation voulue, et qu’il soit bien compris qu’il est nullement question d’annuler le marage, mais seulement de se protéger contre les effets de la loi civile, en défense de ses droits.
En-dehors de ce cas, il ne peut jamais être question de divorce chez les catholiques. Vouloir annuler son mariage pour
convoler à d’autres noces, c’est un crime.
Et, en effet, Notre-Seigneur dit : “ Quiconque renvoie sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère ; et que celui qui marie une femme renvoyée, commet un adultère. ”
Dans son institution divine, le mariage est donc l’union légitime, indissoluble, d’un homme et d’une femme.
Mais ce n’est pas tout. Notre-Seigneur
a élevé le mariage à la dignité d’un sacrement de la nouvelle loi. Le saint concile de Trente dit anathême à celui qui ose nier que le mariage soit un sacrement.
C’est pourquoi nos frères séparés, les protestants qui le nient, sont bien mal inspirés, et font preuve d’un manque de sens chrétien. Nous, qui avons ce sens chrétien et en plus le sens catholique, nous sentons que le mariage est une source de vie dans l’ordre spirituel comme dans l’ordre naturel. Cela ne veut pas dire, sans doute, que la vie spirituelle soit com-
muniquée à l’enfant en même temps que la vie naturelle, parce que nous savons que l’enfant est conçu dans le péché, qu’il naît privé de la grâce sanctifiante, et que sa régénération est l’oeuvre du baptême.
Mais cela veut dire que le mariage chrétien, comme sacrement, est une source vive de grâce qui sanctifie et surnatur tlise la vie conjugale. &i bien, que même l’acte intime, propre aux époux, essentiellement charnel en soi, revêt un élément spirituel, et devient un moyen de sanctification et de salut.
N'est-ce pas là la signification de ces paroles que nous lisons dans la prière de la bénédiction nuptiale: “ Q Dieu, qui avez consacré le mariage par un mystère si précieux, que l’alliance nuptiale est la figure de l’union sacrée du Christ et de son Eglise...?” N'est-ce pas là la pensée qu’exprime saint Paul quand, parlant des mariages mixtes de son temps, résultant de la conversion de l’un des époux, tandis que l’autre restait attaché à sa re-
ligion, il dit: “ Si un frère a une femme infidèle, et qu’elle consente à habiter avec lui, qu’il ne la répudie pas. Et si une femme fidèle a un mari infidèle et qu’il consente à habiter avec elle, qu’elle ne le quitte pas. Car le mari infidèle est sanctifié par la femme fidèle, et la femme infidèle est sanctifiée par le mari fidèle; autrement vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont purs. ” Saint Paul dit encore que la femme sera sanctifiée par la maternité. Ce qui est vrai de la femme est également vrai du mari. Mais comment l’homme et la femme pourraient-ils se sanctifier l’un l’autre et opérer leur salut en engendrant des enfants, si le mariage n’était pas un moyen de sanctification, sil ne produisait la grâce ?
Oui, mes frères, vous avez dans votre mariage une source féconde en grâces.
précieuses. Sachez vous les assurer, ces grâces, par une piété sincère, par un coeur pur et un esprit soumis ; sachez les utili-
ser pour l’accomplissement de vos devoirs respectifs. Vous serez alors des époux fidèles ; vous serez des maris vertueux, et de saintes femmes ; vous serez des parents dévoués, et vos enfants des anges de consolation. Vos familles seront ainsi vraiment chrétiennes, des familles où règnent la vertu, le paix et le bonheur. Vos foyers seront autant de petits paradis ter.
restres.
Mes chers frères, adorons la sagsesse de Dieu dans l'institution du mariage, et admirons son chef-d'oeuvre : l’homme créé à l’image de Dieu, la femme sortant de son côté ouvert ; les deux, unis ensemble par des liens sacrés, auxquels on ne peut toucher sans profanation, se complétant l’un l’autre, et ne formant qu’un tout.
Remercions Notre-Seigneur d’avoir sauvé le mariage du péché, de lui avoir donné une nouvelle dignité ; et d’en avoir fait un moyen de sanctification, comme il est un moyen de propagation. Rappelez-
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vous, enfin, que noblesse oblige et que ce n’est pas en vain que Dieu vous fait le suprême honneur de vous associer à l’oeuvre de la création, en ce qu’elle a de plus excellent : la propagation de l’homme, son chef-d'oeuvre. — Ainsi soit.il.
Creavit Dominus hominem ad imaginem suam: ad imaginem Dei creavit illum: mascuum et feminam creavit eos.
Dieu créa l’homme à son image et À sa ressemblance, il les créa mâle et femelle.