GEN., I
Mes chers frères, nous avons vu, dans notre dernière instruction, la nature du mariage ; voyons maintenant son excellence. Je vous prie d’écouter attentivement. Ouvrez à ma parole et votre esprit et votre coeur ; votre esprit afin de bien comprendre combien le mariage est grand et votre coeur pour l’aimer comme il le
mérite. Je ne me fais pas illusion, je sais que je ne puis pas vous en donner une idée parfaite ; cependant, ce que j’en dirai, j’ai confiance, vous en donnera une idée plus complète et un plus grand amour.
Institué par le Créateur, dès l’origine du monde, élevé par Notre-Seigneur à la dignité d’un sacrement de la nouvelle Joi, le mariage est l'institution par excellence de Dieu, et un chef-d’oeuvre de la rédemption.
Pour bien comprendre toute l’excellence du mariage, il faut commencer par nous débarrasser de nos préjugés. Habitués à le voir profaner, nous sommes exposés à le regarder comme une chose vulgaire. Il est vrai qu’on outrage la sainteté de la vie conjugale. Le lien matrimonial n’est plus une chose sacrée, et. le divorce est en honneur. Les époux oublient leurs engagements solennels, et l’adultère v’inspire plus d’horreur. Aussi,
la discorde, avec toutes ses furies infernales, s’introduit dans la famille, et le ménage devient un véritable enfer, dont on ne peut souffrir les tourments, et l’on se sépare.
Oui, malheuresement, le mariage donne occasion à beaucoup d’abus, de crimes et d’abominations ; mais tout cela ne l’atteint pas. Est-ce que toutes les humiliations que les hommes ont fait subir à Notre-Seigneur l'ont réellement abaissé ?
Est-ce qu’il était moins Dieu sous le baiser perfide de Judas, entre les mains de ses bourreaux, dans sa couronne d’épines, et sur la croix, qu’au Thabor? Pour être blasphémé, est-ce que le nom de Dieu est moins infiniment saint ? L'Eglise, parce qu’elle est persécutée, est-elle moins divine ? Non, mes frères, les abus qui se font autour du mariage ne le changent nullement ; ils affectent les coupables profanateurs, mais il garde, lui, toute sa dignité, et reste toujours l’oeuvre par excellence du Créateur.
L'homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Comme Dieu, il est esprit; son âme est immortelle, elle jouit de la triple faculté de comprendre, de vouloir et d'aimer. Mais le Créateur ne se contente pas de cette ressemblance.
Comme :l créa l’homme pour la famille, il couronna l’oeuvre de la création, en créant la famille également à son image et à sa ressemblance.
Et, en effet, n’est-ce pas là ce que renferment les paroles de notre texte ? Il est dit : “ Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance ”, puis il est ajouté, dans une même phrase, comme complément de la même idée : “ Et il les créa mâle et femelle. ” On rendrait la même pensée en disant : Dieu créa l’homme, il les créa mâle et femelle, en vue du mariage fait à son image et à sa ressemblance.
D'ailleurs, mes frères, cette ressemblance est manifeste. Et, en effet, comme il y a en Dieu trois personnes : le Père, le
Fils, et le Saint-Esprit ; il y a de même dans la famille trois personnes : à savoir le père, la mère et l’enfsnt. L’Eternel engendre le Fils consubstantiel au Père ; la femme est tirée du côté de l’homme dont elle est la substance : “ L’os de ses os, et la chair de sa chair. ” Le Saint- Esprit procède du Père et du Fils, l’enfant procède du père et de la mère. Sans doute, la ressemblance n’est pas parfaite, pas plus que l’âme est l’image parfaite de Dieu; mais elle est assez complète pour nous faire comprendre que la famille a été modelée sur la Trinité trois fois sainte.
Cependant, ce n’est pas tout. Dans la Divinité, le Père et le Fils s’appellent l’un l’autre, ils sont également essentiels lun à l’autre; et c’est de ces relations nécessaires entre le Père et le Fils que procède le Saint-Esprit. Dans la famille, l’homme et la femme ont besoin l’un de l’autre; ils attirent l’un l’autre, et se portent l’un vers l’autre; ils se compiè-
tent l’un l’autre; et c’est de ces rapports intimes des époux que procède l'enfant.
Comme vous le voyez, Dieu ne s’est pas contenté de faire de la famille une trinité terrestre modelée sur la Trinité céleste ; mais encore, il a voulu que sa propre vie servit de modèle à la vie de famille.
De plus, de même que Dieu trouve son bonheur en lui-même, de même il a voulu que l’homme trouvât son bonheur dans la vie de famille. Bienheureux sont les époux qui comprennent cette vérité. Vous vous rappelez la famille indienne qui s’est exhibée, il y a quelque temps, dans la vitrine de l’un de nos magasins du Center. Il y avait là le père, âgé de trente ans environ, et la mère, assise en face de son mari, ayant son petit enfant sur ses genoux.
Passant un jour devant cette curiosité, je suis frappé par l’expression des figures de ces gens, et je m’arrête pour les mieux observer. J’ai vu là, à ma grande surprise, une famille heureuse. Le père, c'était évident, était content de son sort, tout en lui