VIE INTIME DES LÉPOUX
Timor Domini odit malum.
La crainte de Dieu haît le mal.
PRov., VIII, 18.
Le premier devoir des époux est la fidélité à leur grande et sublime mission, qui consiste à élever honnêtement leur famille. Ils doivent, en second lieu, s’assurer un ménage heureux, en s’unissant dans les doux liens d’un amour sincère, fort et durable, qui ne connaît ni le caprice, ni le soupçon, ni la jalousie.
La troisième fin du mariage est de servir de modérateur des passions, et de remède à la concupiscence. ‘“ A cause du
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péché impur, dit saint Paul, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ”
L'instinct de la reproduction que Dieu a mis dans la nature humaine, porte nécessairement l’homme à l’acte de la reproduction. C’est une force vive dont il n’est pas le maître. Dans l’état d’innocence, cet instinct était soumis à la volonté qui régnait, souveraine, sur tous les mouvements de l’âme et du corps. Mais il n’en est plus ainsi. Le péché a rompu l’harmonie parfaite que Dieu avait mise | dans le composé humain. Le désaccord a pris la place de l’harmonie, et divise l’homme contre lui-même. La nature inférieure est en révolte contre la nature supérieure; la chair, contre l'esprit.
C’est cet instinct déchaîné, aveugle, dominant, que saint Paul appelle la concupiscence de la chair. A cause de cette concupiscence, à laquelle personne n’échappe, tous les hommes sont exposés au
péché de la chair. Remarquez, mes frères, que, si nous sommes tous exposés au péché de la chair, nous restons toujours maîtres de la volonté, nous sommes toujours libres, et nous pouvons toujours résister à l’éntraînement au mal; et, de plus, nous avons l’assurance de la grâce de Dieu pour triompher : “ Je puis tout, dit saint Paul, en celui qui me fortifie. ”
Ils sont donc dans l’erreur ceux qui disent que la continence perpétuelle n’est pas possible. Ils sont donc dans l’erreur ceux qui disent, pour s’excuser de leur mauvaise habitude : “ C’est plus fort que moi.” C’est plus fort que vous, parce que vous ne savez pas vouloir et que vous manquez d'énergie; c’est plus fort que vous, parce que vous n’avez pas recours à Dieu et ne comptez pas sur son aide; c’est plus fort que vous,parce que vous ne prenez pas les moyens d’être, vous, le plus fort. Oui, celui qui se laisse aller au péché impur est coupable, parce qu’il agit contre sa conscience ; il comprend sa responsabilité,
Parce qu’il sait qu’il pèche librement; il connaît la nature de sa faute, parce qu’il en rougit.
Néanmoins, il ne reste pas moins vrai que l'instinct de la reproduction nous pousse brutalement à l’oeuvre de chair, met en activité toutes les forces vives de notre nature; et, comme il agit aveuglément, nous porte à l'acte, avec toute la violence des passions, quand la raison et la conscience doivent s’y opposer. Saint Paul a compris le danger auquel la concupiscence nous expose. Aussi, comme moyen d'éviter le péché impur: “ I] veut que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ” C’est encore lui qui dit : “ I] vaut mieux se marier que de brûler. ”
Même dans l’état d’innocence, alors que tout chez l’homme était établi sous la domination souveraine de la volonté, il n’6tait pas bon que l’homme fût seul; à plus forte raison, Maintenant que le péché a
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déchainé les passions et soulevé la chair contre l'esprit, a-t-il besoin d’une compagne qui l'aide à calmer la violence de la concupiscence;, et à se maintenir dans le devoir.
Mais, mes frères, puisque Dieu veut que Je mariage soit un modérateur des pas sions et un remède à la concupiscence, il est évident que celui qui, hors du mariage, vit dans l'habitude du péché impur, soit geul, soit avec d’autres, doit 8e marier, quel que soit son âge ; c’est pOur lui un devoir de conscience qui l’oblige SOUS peine de péché mortel. J ’insisterai jusqu’à la fin sur cette obligation.
Ainsi envisagé, le mariage, déjà éminemment grand par ailleurs, prend une nouvelle dignité. En faisant éviter le péché impur, il devient le protecteur de la pureté et de la chasteté des époux, et le défenseur de la belle vertu. Les époux chrétiens, véritablement chrétiens, ceux
qui se marient dans la crainte du Sei-
gncur, l’ont toujours compris ainsi, et ils vefforcent, par respect pour 8a sainteté, d'éviter dans son usage tout ce qui pourrait blesser la pudeur. is recomaissent avec saint Paul l’assistance et les obligations qu'ils se doivent l’un à l’autre.
Ces lois qui régissent les époux dans la vie intime, saint Paul les fait connaître clairement dans sa première épitre aux Corinthiens. Après avoir dit: “ À cause du péché impur, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari”, il ajoute immédiatement: “ Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et pareillement la femme à son mari. Le corps de la femme n’est pas en Sa puissance, mais en celle du mari; de même, le corps du mari n’est pas en sa puissance, mais en celle de sa femme. Ne refusez pas d’être l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord... et pour peu de temps, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence. ”
De là la nécessité de la cohabitation.
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Les époux doivent vivre ensemble. C’est pour eux un devoir de justice qu’ils se doivent l’un à l’autre. Le mari ne peut pas s’absenter sans le consentement de sa femme; de même, la femme ne peut pas s’absenter malgré son mari. Bien plus, même d’un commun accord, ils ne peuveni pas s’absenter l’un de l’autre, si cette absence est pour eux, ou pour l’un d'eux, une occasion prochaine de péché.
On comprend alors ce qu’il faut penser de la conduite des époux qui se séparent de corps et de biens, et qui vivent éloignés l’un de l’autre. La séparation d’un ménage est généralement un grand mal et un scandale; et bien coupables sont ceux qui en sont responsables. Un mari qui quitte sa femme, ou une femme qui abandonne son mari sans raisons suffisantes, sont coupables d’une faute qui mérite la damnation éternelle.
J’ai dit “ sans raisons suffisantes.” Il y a, en effet, des raisons qui rendent la
séparation légitime. Nous le savons par les Saintes Ecritures, Notre-Seigneur le déclare formellement et mentionne deux cas qui permettent aux époux de se séparer.
C’est d’abord le désir d’une vie plus parfaite. “ Quiconque, dit-il, aura quitté sa maison... ou sa femme, à cause de mon nom, recevra le centuple, et possédera la vie étern: ‘e. ” La vie des saints nous offre de nombreux exemples de ces pieuses séparations où les époux, d’un commun accord, se quittaient pour se Consacrer exclusivement au service de Dieu.
Les uns, c'était le plus grand nombre, renonçaient au monde et se faisaient religieux et religieuses. D’autres restaient dans le monde, tout en étant détachés du monde, et se livraient tout entiers aux oeuvres de miséricorde, servant le Maïtre dans la personne des pauvres et des malheureux.
C'est ensuite l’adultère. Notre-Sei-
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gneur dit, en effet : “ Mais moi je vous dis que quiconque renverra sa femme, si ce n'est pour cause d’adultère, la fait adultère, ” Avant de prononcer ces paroles dans son sublime sermon sur la montagne, Notre-Seigneur rappelle la loi mosaïque en disant : ‘“ Il a été dit encore: que quiconque renvoie sa femme lui donne un acte de séparation. Mais moi je vous dis, ajoute-t-il, que quiconque renvoie sa femme, si ce n’est pour cause d’adultère, la fait adultère ; et celui qui épouse une femme renvoyée commet l’adultère. ”
Par ces paroles, Notre-Seigneur déclare que, si l’adultère n’est pas une cause de divorce qu'il condamne, il est une cause suffisante de séparation. Le mari qui manque de fidélité à sa femme, ou la femme qui manque de fidélité à son mari, perdent le droit qu’ils avaient sur leur conjoint. Et ce n’est que simple justice.
Le parti innocent est libre de quitter le coupable.
Mais il ne faut pas conclure de là qu’il
soit tenu de le quitter. Au contraire ; s’il est libre de s’en aller, il peut néanmoins user de miséricorde et pardonner l'injustice qui lui est faite. A moins de circonstances extraordinairement graves, il serait sage de pardonner une première offense, et même une faute plusieurs fois répétée, s’il est constaté que la faute est commise plutôt par faiblesse que par malice.
Quoiqu'il en soit, pour que le parti innocent ait le droit de se séparer du coupable, il faut d’abord qu’il soit réellement innocent; car autrement, s’il était luimême coupable d’adultère, il y aurait compensation et perdrait son privilège. Il faut ensuite que la culpabilité soit bien établie. Il ne peut pas agir sur de simples apparences, quelque concluantes qu’elles semblent être ; ni sur des rapports en l’air, quelque vraisemblables qu’ils puissent être ; mais il faut que l’adultère soit un fait réel, constaté et prouvé.
I1 y a encore la raison de religion et de
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salut. Nous sommes tenus avant tout d'être fidèles à Dieu. Il peut se faire qu’un époux soit mis en demeure de choisir entre Dieu et son conjoint. Un mari, par exemple, abandonne la religion catholique pour ne plus pratiquer du tout, ou pour entrer dans une religion fausse. Si le fait de vivre avec un apostat ou un hérétique, est pour sa femme un danger de perversion, elle ne doit pas s'y exposer.
C’est pour elle une question de vie ou de mort spirituelle, ou de choisir entre Dieu et son mari. &i elle ne peut pas éloigner le danger, évidemment elle n’est pas liée par la loi de la cohabitation. D’ail'eurs, le mari, par son apostasie ou son hérésie, a manqué de fidélité au Dieu de son mariage, au Dieu de sa femme; et, ainsi, s’est séparé d’elle véritablement, quoique spirituellement, et, partant, a perdu ses droits sur elle.
Il en est de même de celui dont le conjoint voudrait l’entraîner au péché, par exemple, à l’adultère, à l’onanisme, à un
y aé impur quelconque ou à tout autre péché. Si la cohabitation, au lieu de favoriser la vertu, devient une occasion prochaine de péché, elle cesse d’être obligatoire. Car le péché est le grand mal qu’il faut éviter à tout prix, même au prix de sa vie; à plus forte raison au prix de la cohabitation. De plus, comme les époux tiennent de Dieu les droits qu’ils ont l’un sur l’autre, ils renoncent à ces droits en renonçant à Dieu par le péché.
I] faut dire la même chose de celui qui ne pourrait pas faire en paix sa religion.
“Car, comme dit saint Paul, les époux chrétiens sont appelés à servir Dieu en paix. ” Une femme ou un mari qui ne pourraient pas faire leurs devoirs religieux, sans s’exposer à de mauvais traitements ou à des injures de la part du conjoint, ne sont pas tenus à la loi de la cohabitation.
Quant à la manière d’effectuer la séparation, elle ne doit se faire régulièrement,
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qu'avec l'autorisation de l'Eglise et par la sentence du tribunal ecclésiastique.
Mais, quand elle s’est faite privément, les époux séparés ne doivent pas recevoir les sacrements avant de soumettre leur cas à leur confesseur qui jugera si réellement, ils ont des raisons suffisantes pour justi-
fier leur conduite.
Mais, mes frères, s’il y a des raisons qui rendent la séparation légitime, il ne faut pas croire qu’elle soit une bonne chose.
La séparation, à moins qu’elle ne soit faite pour Dieu, d’un commun accord, dans le désir d’une vie plus parfaite, est toujours un pis aller. Elle est un mal que l’on choisit pour éviter un plus grand mal.
Imaginez-vous la situation pénible des époux séparés. Etant mariés, ils sont condamnés à vivre seuls, privés du bonheur de la vie commune, et sujets aux misères de la concupiscence. Leur passé est un reproche; l'avenir, sans espérance ; le présent, un supplice. Le souvenir des
or
beaux jours qu’ils ont passés ensemble, dans la paix d’un ménage heureux, a Changé ses douceurs en amertumes, et ne sert plus qu’à leur faire sentir davantage leur malheur présent. Les beaux rêves qu’ils faisaient de l'avenir qui leur paraissait si brillant, sont évanouis. . De quelque côté qu’ils se tournent, il n’y a pour eux que remords, chagrin et tristesse.
Mais, mes frères, puisque l’une des fins du mariage est de faire éviter le péché impur, nous comprenons combien ils sont coupables ceux qui font du mariage une occasion de péché, et s’en servent Comme d’un voile derrière lequel ils se cachent pour se livrer plus librement à leurs passions déréglées et à des pratiques criminelles. C’est le fait de ceux qui se marient par passion, et qui chassent Dieu du mariage. Leur conduite est infâme et abominable; ils sont de sales êtres, livrés au plus ignominieux des démons. Ils récolteront la pleine mesure de leur conduite ignoble.
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Quant à vous, époux chrétiens, qui voulez faire un saint usage du mariage, craignez Dieu. La crainte du Seigneur vous rendra sages et vous fera haïr le mal. Elle vous fera particulièrement avoir en horreur tout péché impur, de quelque naturc qu’il soit. La femme sera pour le mari un être sacré, qui commande le respect, et dont l'abus est un sacrilège. Le mari sera pour sa femme un ange de pureté et un gardien jaloux de sa vertu.
Quant à vous, jeunesse chrétienne, mettez-vous en garde contre l’ardeur et la légèreté de votre âge. Allez, vous aussi, à l’école de la sagesse, et apprenez à craindre Dieu. “ La crainte du Seigneur haît le mal ”, dit notre texte. Elle vous fera haïr le péché et vous inspirera les moyens de l’éviter. Elle vous fera comprendre que c’est un mal de ne pas se marier quand on devrait l’être.
Oui, mes frères, c’est un mal pour vous de ne pas vous marier, vous qui êtes im-
pudiques : “ À cause du péché impur, dit saint Paul, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ” Ces paroles ne renferment pas seulement un conseil, elles sont l'expression d’une loi naturelle, d’un commandement positif.
Ne pas vous marier est pour Vous un péché capital.
C’est un mal pour vous de ne pas vous marier, vous qui restez dans le monde, isolés, alors que tout en vous, vous appelle au mariage. “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, dit le Créateur, faisons-lui une aide semblable à lui. — Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, il les créa mâle et femelle. ”
C’est un mal pour vous de ne pas vous marier, vous qui restez dans le monde, alors que Dieu et la nature vous imposent Je devoir de la reproduction : “ Reproduisez et multipliez-vous. ”
Mes frères, je prie le Seigneur de bénir cette série d'instructions que je termine
nes
aujourd’hui. J’ai semé dans vos âmes le bon grain. Je l’ai semé dans la peine, dans la prière, et dans la méditation. Puisse le Seigneur, Dieu tout-puissant et miséricordieux, lui faire produire dans vos âmes et dans vos familles, des fruits abondants de vertu, de bonheur réel, et de salut éternel. — Ainsi soit-il.