‹ Marianna (volume 3)Chapitre 2 sur 37 · CHAPITRE I. ê · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. ê

depuis six mois chaque jour éclaire sous notre toit une lutte semblable, et que vous oubliez chaque jour vos larmes , vos remords et vos promesses de la veille. — Marianna , croyezmoi, poursuivit-il d'un ton plus affectueux; croyez ma triste expérience. Notre amour a donné toutes ses fleurs, tranchons-le dans le vif, avant qu'il rapporte des fruits trop amers. Réservons, pour nos vieux ans, un banc de mousse où nous pourrons nous retrouver amis et échanger de tendres paroles; préparons un champ sans ivraie à la fleur de nos souvenirs. Il en est temps encore; demain , peut-être, il sera trop lard. Déjà je suis dtn^ et cruel. Prenez garde I bientôt vous haïrez : de l'amour à la haine la distance est facile à franchir.

— Ainsi, monsieur, dit MaiiiWiiio, vous me proposez une séparation?

— Je vous propose de dénouer nos liens :

aimpz-vous mioux attendre qu'ils se hriscnl? — Mais, George, vous n'v songez pas, répondit Maiianna avec une ineifablc expression de douleur cl de tendresse; ou peut-être, sans le vouloir, vous aurais-je fait du mal, et c'est pour me punir que vous me parlez de la sorte. Vous avez vos mauvais jours, ami ; vous êtes irritable et bien cruel parfois pour cette femmequi vous aime! Comment se peutil fiiire que vous traitiez si durement une femme qui vous aimeianll Comment se faitil aussi que moi, qui donnerais ma vie avec joie pour épargner un chagrin à la vôtre, je vous offense, vous blesse et vous irrite? Dites, tout ceci n'cst-il pas étrange et misérable? Mais il faut me pardonner ainsi que je vous pardonne; car vous me connaissez comme je vous connais. Oh ! je vous connais bien ! Quoi que vous puissiez dire , vous êtes un noble cœur, et vous ne voudriez pas abandonner

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une pauvre créature qui a loul quille pour vous suivre.

— Qui parle (le vous abandonner? répHijua Bussy en haussant les épaules. Voilà déjà que \ous tombez dans des exagérations qui n'ont pas le sens commun ! Que diable, ma chère, on peut cesser d'être amoureux sans devenir une bète fauve : cela se voit tous les jours. Que vous proposé-je? De nous affranchir mutuellement d'un joug qui nous écrase, de dénouer d'un commun accord des liens qui nous blessent, de nous délivrer l'un l'autre d'une chaîne qui nous meurtrit. Je ne sache pas qu'il y ait là-dedans rien qui ressemble à un abandon prémédité. Nous ne sommes point dans l'île de Naxos, et les lamentations d'Ariane seraient ici fort déplacées. Libres une fois, serons-nous moins amis? Non sans doute. Serons-nous plus heureux? Je le crois. Vous comprendrez, Marianna, combien les joies

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