‹ Marianna (volume 3)Chapitre 37 sur 37 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

pnrons pas. Pense donc au bonliciir do visiter cnscmlile quelqu'une de ces belles contrées aimées du ciel et des poêles!

El comme Henry restail muet:

— Ainsi, lu m'accompagnes? dit George avec hési talion.

Henry ne répondit pas.

— Aussi bien, poursuivit George, si la pitié seule te retient, crois-moi, lu peux partir sans remords. Le temps seul guérit les plaies de l'amour, et la vraie pilié se tient à l'écart.

— Merveilleux système pour absoudre l'égoïsme impitoyable! s'écria le jeune homme avec ironie.

— Moins merveilleux que le tien pour servir la passion hypocrite, répliqua froidement lîussy.

Ces deux phrases jaillirent et se croisèrent comme deux glaives. A la lueur que jelail le foyer , George et Henry se regardèrent l'un l'autre avec edVoi.

502 MARtANNA.

— Ah! lu pleures sur Marianna! s'écria Biissy avec emportement. Va, va, garde tes larmes; lu les retrouveras plus lard. Ah! tu pleures sur Marianna! rcpéta-l-il. Va, ce n'est pas elle qu'il faut plaindre, mais bien le jeune insensé qui lui apportera son cœur en holocauste. C'est celui-là que je plains; c'est lui que je voudrais sauver. Car il ne sait pas ce que l'avenir lui réserve; il ne sait pas que j'ai lari la source où tendent ses lèvres avides. Il ignore,, le malheureux, que j'ai semé la mort dans son sein . et que c'est lui qui la recueillera ; qu'elle l'abreuvera de tout le fiel dont je l'ai abreuvée; qu'il souffrira tout ce qu'elle a souffert ; qu'elle sera sans pitié pour lui , comme j'ai été sans pitié pour elle. Il ne sait rien, te dis-je! A ce fatal amour il laissera sa jeunesse, comme les troupeaux leur laine aux buissons. 11 y perdra tout orgueil et toute dignité. Il en sortira meurtri, flétri, brisé; il

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auradesjoursoùil se déchirera la poitrine avec SCS ongles , où il maudira les flancs qui l'on porté. Ses joies môme auront été mêlées d'amertume; le souvenir de ses douleurs s'étendra sur le reste de sa vie comme un crêpe funèbre. Ah! pauvreenfant, que de tristesse! que ta croix sera lourde à porter; ton calvaire rude à gravir! Que de fois, les pieds en sang et le visage en sueur, tu te rappelleras avec désespoir les cris que Texpérience aura vainement poussés pour l'arrêter!

Après avoir essuyé d'un air impassible ces paroles de Bussy, Henry se leva gravement, cl, prenant un flambeau, il se retira en silence.

George demeura quelques instans immobile, le regard attaché sur la porte par laquelle il était sorti.

— Aime et soufl'rc, dit-il enfin; accomplis la destinée : c'est celle des nobles âmes.

— Puis , s'accoudant sur une lable : — • 0

poclo! lu l'ns dit, s'ccria-l-il, l'amour est le mal de la jeunesse, mais la guérison est encore plus amère. Jeunesse, amour, printemps et soleil de la vie! je vous dis un dernier adieu. L'éternel iiivcr et l'éternelle nuit ont commencé pour moi, et lu me restes seule, ô liberté! inutile trésor que je ne perdrai plus!

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