‹ Marianna (volume 3)Chapitre 36 sur 37 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

siasine que la misère ne t'effraie pas. La misère est affreuse, Henry! C'est un monstre hideux qui flétrit lentement le cœur qu'il ctrcint de sa main de glace. Tu as foi en ton courage; mais sais-tu seulement si tu as du courage? Parle: jusqu'à présent, quels combats as-tu soutenus? Quels mauvais jours astu traversés? A quelles épreuves t'a soumis le sort ? Tu n'as encore rencontré sur ta roule que des visages amis et des regards bienveil- Jans. Disparaisse le charme de jeunesse qui t'environne; arrive l'heure où tu te sentiras seul, sans autre appui que toi-même, aux prises avec la nécessite, corps à corps, avec le destin, et nous verrons alors si lu as vraiment du courage! Ya, pauvre enfant , de plus forts que toi ont succombé sans profit et sans gloire. C'est qu'il faut de robuslcs épaules pour s'ouvrir un passage au travers de la foule, une volonté de fer pour écraser les obstacles et

conquérir une place au soleil. Et combien de ceux-là qui, après l'avoir conquise au prix du repos, ont trouvé leur soleil bien pâle et se sont tournés avec regret vers le champ de leurs pères! La médiocrité est bonne : heureux trois fois le cœur modeste qui sait la comprendre et l'aimer!

— George, dit Henry d'un ton pénétré, vous avez été pour moi le plus tendre des frères. L'âme de ma mère doit être satisfaite. S'il m'arrive malheur, je serai seul coupable. Je vous aime, George, et Dieu sait qu'il m'en coûte de me montrer rebelle à vos conseils. J'apprécie vos intentions prudentes, mais je ne saurais m'y soumettre. Mon parti est irrévocablement pris : je ne partirai pas.

Bussy se leva et se mit à marcher dans la chambre. Henry demeura à la même place, le front appuyé contre le marbre de la cheminée.

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— Henry, dit George enfin après un long silence, est-il vrai que tu m'aimes? Puis-je compter sur ton affection en échange de toute la mienne?

— George, vous le pouvez.

— Eh bien ! Henry, jcsuis triste, chagrin, ennuyé; l'hiver est long, Paris est sale. Je t'ai toujours connu avide et curieux de voyages. Parlons , allons chercher le soleil sous des cieux plus indulgcns. Tiens , ajouta-l-il en lui jetant une carte du monde, tout le globe est à nous : Grenade, Florence, Venise, et la Grèce où tant de fois ont voyagé nos songes! Parle, ordonne, choisis; à la voiturequi doit nous emporter attèle ton caprice. Je te suivrai partout.

Et comme Henry restait muet :

— Que réponds-tu à cette proposition, jadis sollicitée par toi avec une si vive impatience?

— - Mais, George, y songez-tous? dit le

jeune homme d'un air contraint. Si vous souffrez , Marianna souffre aussi ; ses blessures sont toutes vives, et ne serait-il pas cruel à moi, seule consolation qui lui resle, de la délaisser à cette heure? Vous-même n'y consentiriez pas.

— Ainsi , répliqua Bussy , lu prends parti pour elle contre moi?

— Meconseilleriez-vous de me décider pour la force contre la faiblesse?

— Et tu refuses de m'accompagner?

Henry ne répondit pas.

— Tu refuses de m'accompagner, moi Ion ami , moi, ton frère 5 moi, ton vieux camarade, qui, pour l'épargner un chagrin , irais à pied au bout du monde ! Comment veux-tu que je parte sans toi? Et toi-môme, Henry, comment vivras-tu durant mon absence? Nous nous sommes faits l'un de l'autre une si longue et si douce habitude! Ah! viens, ne nous se-

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