‹ Marianna (volume 3)Chapitre 4 sur 37 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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n*esl-ce pas, qui soutHai dans votre cœur des ardeurs criminelles? C'est moi qui vous enseignai l'oubli des devoirs; qui vous attirai par de trompeuses espérances; qui, après avoir égaré votre esprit confiant et crédule, vous arrachai au foyer domestique, à la l;imille, à la patrie; moi, n'est-ce pas, qui promis de vous rendre en amour tous les biens que vous abdiquiez formellement pour me suivre? Enfin, monsieur, c'est moi qui, après avoir brisé tous vos liens, appelé sur votre tête la haine et le mépris du monde, et creusé autour de vous une éternelle solitude , vous délaisse lâchement dans le désert où je vous ai jeté!

— Vous maniez l'ironie avec une grâce parfaite, répondit George; mais vous me calomniez ou vous me vantez, à coup sûr; vous oubliez que parfois la docilité de la victime simplifie singulièrement le rôle du sacrificateur.

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Marianna se leva, le rogar<l on fcii , l( s livres pâles et Ircmblanles.

— Il faul bien se dire, poursuivil-ii nonchaiaminent , qu'en pareille occurrence les IionuTies sont beaucoup moins scélérats qu'on ne l'imagine généralement. On présume trop de nous-mêmes. Si les complices étaient plus rares, nos victimes seraient moins nombreuses.

— George, dit Henry d'un air sombre, vous outragez la plus noble et la plus inforlunée de toutes les créatures.

— Mais tu es donc infâme I s'écria iM'arianna en appuyant une main sur l'épauh; de Bussy. Cœur ingrat, âme vile! lu me fais horreur, et je te hais, et je le haïrais plus, si je te méprisais moins!

— Madame, répondit Bussy en s'asseyant tranquillement, je crois qu'il serait convenable de nous en tenir là. Il est fâcheux qu'entre

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gens (le quel([uo savoir-vivre ces sortes de clioscs ne se passent point d'une façon plus digne et plus décente. C'est moins la manière de se prendre (|ue celle de se quitter qui distingue les amours du salon de ceux de l'anticliambre. Au reste, madame, je sais tout le bien que vous avez voulu me faire, et tout le mal (jue je vous ai fait. Je sais...

— Tu ne sais rien, interrompit impérieusement Marianna. Pour loi , j'ai tout renié , lionneur, vertu , considération , toutes les gloires de la femme : voilà ce que tu sais. Mais sais-tu, malheureux, dans combien de remords et de larmes s'est roulé ce cœur navré, après sa chute? Sais-tu les ombres vengeresses qui ont assailli ma solitude , les voix accusatrices que m'a fait entendre le vent de la nuit? T'ai-je offert de partager avec moi la colère du ciel ? Les cris de ma conscience ont-ils troublé ton repos? l'ai -je laissé des-

c(*ndre dans les abîmes tourmentés de mon âme? Dis si mon regard n'a pas toujours souri à ton réveil , si ta présence n'a pas toujours égayé mon humble toit , s'il t'est jamais arrivé de ne pas lire ta bienvenue sur mon visage? Puisque voilà que tu m'outrages, que pensais-tu donc, misérable? Que j'étais une de ces femmes qui portent légèrement la honte, et que tu pourrais, à ton caprice, dénouer cet amour suivant la loi des amours vulgaires ? Tu l'abusais , maudit ! J'ai trempé mon chevet de mes pleurs ; quand la joie te souriait sur mes lèvres, un serpent me rongeait le sein. Ah ! que tu les as bien vengés, ceux que j'ai follement délaissés pour toi, colosse d'ingratitude ! Ah ! que Dieu t'avait bien choisi pour me perdre et pour me punir, instrument fatal de ma destinée! Oui, mon Dieu, je fus criminelle, mais vous savez aussi que j'ai bien expié mes

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failles! Mon Dieu, jai bien soulïert, vous le savez, Seigneur! Les Anges de la douleur ont (lu porter jusqu'à vous les sanglots de mon repentir. Vous savez loul ce (pie celte âme d(isol(Je a nourri deregrelsdévorans, et de sombres trisless(îs, et de pensées amères! Mais toi , qu'en savais tu ? Dans cet enfer où lu m'avais plongée, as-tu surpris parfois un retour de mon cœur vers les biens que tu m'avais ravis? Je ne l'en ai jamais redemande qu'un seul, cruel : c'était ton amour, ton amour que tu m'avais juré, toujours jeune, brûlant, éternel! Parle, ne l'avais-je pas acheté par d'assez rudes sacrifices? N'avais-je pas à la tendresse des droits sacrés el légitimes? Toi, réponds, qu'as-tu l'ait pour moi? Parjure, lu ne m'as point aimée; lâche, lu me repousses; infâme, après m'avoir brisée, lu me jettes l'injure et l'outrage? George, c'est bien, poursuis Ion eeuvrel le

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jour de la juslice arrivera, et nos comptes seront réglés devant Dieu cl devant les liommes.

— Je crois, répondit Bussy , que Dieu se mêle rarement de ces sorles d'airaires ; quant auv hommes, il est à souhaiter qu'ils s'en mêlent plus rarement encore. Au reste, madame , je me soumets d'avance et sans murmurer à l'arrêt de mes juges, et, qu'elle qu'en soit la rigueur, j'en apprécierai l'indulgence. Insensé que j'étais, d'avoir pu croire un instant que votre bonheur habitait en moi , et que la fatalité s'était lassée de me poursuivre! Allez, chargez un misérable de tout le poids de votre colère : oubliez que je souffre, oubliez mes douleurs pour ne vous rappeler que mes crimes; accablez-moi de votre exécration; foulez-moi aux pieds de votre mépris. Peut-être cependant mériiai je quelque pitié j peut-être aussi pouviez-vous

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me laisser le soin de votre propre haine, car j.) ne saurais vous être plus odieux que je ne le suis à moi-même.

— O mon unique amour ! ô ma vie! ô mon Dieu! s'écria la pauvre égarée en lombanl aux pieds de son bourreau : c'est moi qui suis une misérable femme, c'est moi qu'il faut haïr, c'est toi qu'il faut aimer! Tiens, je suis à les genoux que j'embrasse , et c'est là (jue je veux mourir si lu ne m'appelles sur ton cœur. Tu souffres, mon George? qu'as-lu? Aurais-tu des chagrins que je ne puisse guérir? Tu souifres, et moi je t'accusais! Va, sois dur, sois impitoyable : n'es-tu pas bien le maître et ne suis-je pas la servante? Henry , je ne veux pas que vous le contrariiez; je veux que vous le laissiez faire; mais loi , laisse-moi l'aimer, et lu me verras heureuse entre les plus heureuses, et tant d'amour le louchera peut-être. Voyons, ne boude pas,

souris un |)(3U à ion esclave : ne relire pas la main de la mienne. Permets moi de pleurer, lu vois bien que c'est de bonheur. Tu ne me dis rien , George? tu me repousses? Vous m'en voulez, ami? Que vous ai-je reproché? j'étais folle. Que m'importe le monde? Vous savez bien que pour vous j'aurais quille le ciol avec joie.

— Mon enl'ant, soyez donc raisonnable, dit George en la relevant d'assez mauvaise grâce. Quand même vous eussiez quitté le ciel, les choses d'ici-bas n'en auraient pas moins eu leur cours. Le temps nous entraîne avec lui et nous modifie à notre insu : cha- (|ue âge a ses passions , ses besoins , ses devoirs; c'est là depuis six njois ce que vous ne voulez pas comprendre. Il en est de la nature morale comme de la nature extérieure : toutes deux ont leurs saisons dont aucune puissance ne saurait intervertir l'ordre immuable

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