‹ Marianna (volume 3)Chapitre 5 sur 37 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Cl nécessaire. Vous aurez beau vous révolter contre la main qui gouverne le monde, vous ne ferez pas que l'hiver se couronne de fleurs ni que le ciel gris de Tautonme s'embrase des feux du cancer. Je vous avais juré une flamme éternelle, et nous devions nous aimer toujours. Oui, sans doute, toujours! Mais, croyez-moi, de tous les amans qui ont commencé par promettre l'éternité à leurs transports, bien heureux ceux-là qui, après avoir vu deux fois les coteaux jaunir et les bois s'effeuiller, ont pu se retrouver assis au coin du même foyer! Toujours! demandez aux vieillards, vous les verrez sourire. Dites que cette vie est triste : triste, en effet, vous répondrai-je. Mais c'est la vie , qu'y pouvons-nous? A quoi bon s'irriter contre le flot qui nous emporte? Il est plus fort que nous, et nous allons! Comme vous, j'ai rêvé des amours sans fin et d'inépuisables tendresses. Comme

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moi, vous arriverez un jour à sentir que les sources de la passion tarissent, et que l'amour n'est pas l'histoire de l'existence toute entière. Quoi que vous lassiez, vous n'échapperez point aux mortelles influences que nous subissons tous, et peut-être alors, faisant la part des funestes circonstances qui nous ont perdu tous les doux , réduirez-vous mes crimes à de pardonnables erreurs. Oui, Maiianna , oui, écrions-nous ensemble que l'amour seul est j^iand , que l'amour seul est beau. C'est le soleil de la jeunesse et le rêve des nobles âmes. Pourquoi passe-t-il, hélas! quand nous restons? pourquoi nous survivons-nous à nous mêmes? pourquoi nous étendons-nous tout visans dans le cercueil de nos illusions? Ma pauvre enfant, que voulez-vous? Le soleil pâlit, les arbres se dépouillent , la mer quitte ses bords; tout fuit, tout meurt, rion n'est durable. Les poètes ont écrit là-dessus une foule de belles choses.

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La lompôlo gronda long-lonips onroio, tanlui sourde , tanlôl furieuse. Long-lemps encore, Marianna lutla de tout son amour , tantùl humble et résignée, tantôt éclatant en reproches; passant tour à tour de la prière à l'invective, tour à tour suppliante et terrible. Mais tout fut inutile! vainement la vague caressa le roc ou le battit avec fureur, le roc ne bougea pas. H se faisait à longs intervalles d'arfreux silences, durant lesquels on n'entendait que les sifllemens de la bise, la pluie (jui fouettait les vitres , les heures qui sonnaient tristement dans l'ombre , puis tout-àcoup un sanglot étouffé, un cri de désespoir qui partait du sein de Marianna et donnait le signal d'une lutte nouvelle. Et à chaque nouvelle crise, c'étaient des paroles plus aigres, des récriminations plus amères, d'incroyables oublis de dignité d'une part, de l'autre, un oubli plus incroyable encore des égards dus à

la faiblesse; des retours sanglans sur le passé, de déplorables imprécations teliesque la haine n'en inspira jamais de semblables, si bien que le jeune homme qui contemplait cette scène de désolation sentait une froide horreur qui lui courait dans les os. Plus d'une. fois il avait essayé de mettre un frein à l'emportement do George, mais toujours sa faible voix s'était perdue dans les grondemens de la tourmente. Debout, dans l'embrasure d'une fenêtre, les traits pâles et défaits, une main enfoncée dans sa poitrine qu'elle semblait serrer avec rage, il contemplait les deux acteurs de ce drame avec une indéfinissable expression de douleur et de volupté. Parfois , un funeste éclair de joie passait sur son front, et alors on aurait pu croire qu'il se repaissait avec délices des tortures de Marianna. Parfois aussi un horrible sentiment de souffrance lui contractait le visage; et alors, à voir son œil ar-

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