‹ Marie-Antoinette aux Tuileries, 1789-1791Chapitre 1 sur 29 · Marie-Antoinette aux Tuileries, 1789-1791 · texte numérisé non relu

Marie-Antoinette aux Tuileries, 1789-1791

Le drame des Tuileries commence. C'est le 6 octobre 1789. Il est dix heures du soir. Après une journée d'angoisses indicibles, la famille royale, partie de Versailles à une heure de l'après-midi, a fait son entrée vers neuf heures à l'Hôtel-de-Ville parisien. « C'est toujours avec plaisir et avec confiance, a dit Louis XVI, que je me vois au milieu des habitants de ma bonne ville de Paris. )> En répétant le discours du roi, le maire, Bailly, a oublié ces mots : « et avec confiance. » La reine les a rappelés sur-le-champ. « Messieurs, a repris Bailly, vous êtes plus heureux que si je l'avais dit moi-même. » Louis XVI et sa famille se sont rendus ensuite aux Tuileries. Ils y entrent, non sans appréhension et sans

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tristesse. Le palais paraît plus sombre par le contraste que fait sa façade noire avec les illuminations des rues voisines. Inhabité depuis la majorité de Louis XV, il est triste, délabré, sans meubles, sans ornements. Les serrures ferment mal. L'aspect est morne, funeste.

Le matin du 7 octobre, la reine se réveille aux Tuileries. Que de choses se sont passées, que de tragédies, que d'émotions depuis vingt-quatre heures ! Est-ce un cauchemar ? Est-ce la réalité ? Hier encore c'était la ville du roi-soleil, le château splendide de Versailles. Ce matin, ce sont les Tuileries, moroses comme une prison. Quelles sont ces clameurs formidables dont l'écho menaçant retentit encore aux oreilles de la souveraine ? Quelles sont ces visions lugubres et sanglantes qui ne peuvent s'écarter de ses yeux, les bandes des hommes à pique, les hideuses prostituées des galeries du Palais-Royal, les infernales mégères de la révolution, les têtes livides des malheureux gardes du corps décapités ? Ces cris de haine et de massacre, ces jurons, ces blasphèmes, ces outrages, tout cela cesse-t-il enfin ? Ces détonations de mousqueterie, cette rafale d'invectives et de quolibets féroces, est-ce que tout cela ne va pas recommencer ? Cette résidence où Marie- Antoinette, après un court sommeil, rempli d'agitations, rouvre les yeux à la lumière, est-ce un palais ? est-ce un cachot ? Quels sont ces hommes qui se tiennent autour de la chambre royale ? Sont-ce des serviteurs, ou des geôliers, ou des assassins ? Ces femmes déguenillées qui se pressent sous les fenêtres, que viennent-elles dire, que viennent-elles faire ? Va-t-on aujourd'hui, comme hier, forcer les portes de la chambre, et cribler de coups de sabre, de coups de pique le lit de la reine de France, de la fille de Marie-

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taut il espérer, que faut-il craindre .' Gomment [ouler lei lentimenti d'indignation* de sainte colère qui débordent d'un noble coeur ? Quelle h devant l'émeute i Comment supporter les suprt humiliations qui atteignent la desoendance de Saint- Louis, de Henri IV, de Louis XIV ? L'atmosphère est toute pleine d'orages. La fatalité pèse sur ce pal sinistre, qui ne doit ôtre, hélas ! que le vestibul Féehafaud. Marie-Antoinette Be Bent environnée de furies. On dirait qu'à chaque fenêtre, È ohaque pan du mur, derrière chaque meuble, il y a des poignards dirigés contre la victime auguste. La femme la plus intrépide tremblerait. Oh ! quelle matinée ! quel réveil 1

Et cependant des rayons d'espoir vont briller çà et là dans ce ciel si sombre. La présence du roi et de sa famille dans la capitale y fait naître une sorte d'accalmie. Les boutiques des boulangers cessent d'être assiégées. Les subsistances sont suffisantes. La population se porte en foule aux Tuileries. Les avenues, les cours, les jardins sont encombrés par la multitude. Le 7 octobre, au matin, les mêmes femmes qui, la veille, montées sur des canons entouraient la voiture de la famille royale prisonnière, avec des menaces et des injures, viennent se placer sous les fenêtres de la reine, et demandent à lui présenter leurs hommages. Marie- Antoinette se montre à la foule. Comme son chapeau lui couvre une partie du visage, on la prie de le lever, pour qu'on puisse mieux la voir. Elle fait ce qu'on lui demande. La royauté n'est plus qu'un jouet. Le peuple, avant de la briser, s'en amuse. Ces femmes qui, la veille, s'accrochaient aux marchepieds de la voiture

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royale, se suspendaient aux portières, se penchaient sur Marie-Antoinette, cherchant à la toucher, à la souiller de leur haleine, les voilà qui parlementent avec elle.

— Éloignez de vous, lui dit-on, tous ces courtisans qui perdent les rois. Aimez les habitants de votre bonne ville.

— Je les aimais à Versailles, répond la reine, je les aimerai de même à Paris.

— Oui, oui, dit une autre femme, mais au 14 juillet vous vouliez assiéger la ville, et la faire bombarder.

— On vous l'a dit, reprend la reine, et vous l'avez cru. C'est ce qui fait le malheur du peuple et celui du meilleur des rois.

Une troisième femme adresse à la souveraine quelques paroles en allemand.

— L'allemand, dit Marie-Antoinette, je ne l'entends plus. Je suis si bien devenue Française que j'ai même oublié ma langue maternelle.

Des bravos retentissent. Les femmes demandent à la reine les rubans et les fleurs de son chapeau. Marie- Antoinette les détache elle-même, et les leur donne. La foule s'écrie : « Vive notre bonne reine ! »

Pendant que le jardin et les cours des Tuileries retentissent de vivats, les gardes du corps, pâles, défaits, et portant encore les marques de la détresse où ils ont été réduits la veille, parcourent les promenades publiques, conduits par des gardes nationaux, hier leurs vainqueurs, aujourd'hui leurs compagnons. Partout on les accueille avec sympathie. On dirait que la réconciliation est complète.

Durant toute la journée, des députations innombrables se succèdent sans interruption chez le roi.

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nient oublié les riolenoes de ta veille, court i sont loin du partager sa quiétude. L'étiquel toujours, mais les gentilshommes de service ne remplissent plus leurs oharges qu'arec un profond sentiment de tristesse. La perpétuelle surveillanoe de M. de La Fayette ; la présenoe des gardes nationaux, soldats de la révolution; l'absence d< do

corps, oes soldais de la fidélité ; l'envahissement du sanctuaire de la monarchie par une foule d'ennemis ou d'intrus ; la diminution graduelle de l'apparat indispensable au prestige de la royauté ; la douleur de cette belle et bonne reine, dont les yeux sont sans cesse rougis par les larmes ; les progrès du mouvement révolutionnaire qui menacent la noblesse française dans sa liberté, dans ses biens, dans sa vie : tout cela jette dans le cœur des serviteurs du roi une véritable consternation.

L'émigration a déjà éloigné bien du monde ; mais, en revanche il y a une femme qui, à la première nouvelle du péril, est accourue au poste du dévouement et de l'honneur. Cette femme, c'est la princesse de Lamballe. Le 7 octobre, à neuf heures du soir, elle était tranquille, au château d'Eu, avec son beau-père, le duc de Penthièvre, quand un courrier, galopant à bride abattue, apporta les nouvelles de ce qui s'était passé à Versailles F avant-veille et la veille : « 0 mon papa, dit la princesse, quels événements horribles ! Il faut que je parte sur-le-champ. » A minuit, par un temps affreux, et par la nuit la plus obscure, Mme de Lamballe quitte la château d'Eu, pour se rendre en toute hâte auprès de la reine, à Paiis. Elle y arriva dans la nuit du 8 octobre, et logea au rez-de-chaussée du pa-

villon de Flore. Elle y donna quelques soirées, en sa qualité de surintendante. Marie-Antoinette parut à quelques-unes de ces réunions. Mais, promptement convaincue que sa position ne lui permettait plus de se trouver dans des cercles nombreux, elle resta dans son intérieur, à lire, à prier, à travailler à l'aiguille, à surveiller l'éducation de ses enfants.

Madame Elisabeth écrivait le 16 octobre à l'abbé de Lubersac :

« La reine, qui a eu un courage incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec le temps et une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles, monsieur ! avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse ? Non, je crois que le ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leuis torts ! Et si j'étais roi, qu'il m'en faudrait pour croire à leur repentir ! Que d'ingrats pour un honnête homme ! Groiriez-vous bien, monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au ciel pour moi la grâce de ne pas tout abandonner... Demandez aussi que tous les reveis de la France fassent rentrer en eux-mêmes ceux qui pourraient y avoir contribué par leur irréligion. »

La multitude, pendant plusieurs jours, ne cessa d'encombrer les cours des Tuileries. Son indiscrétion fut poussée à un tel point que plusieurs femmes de la halle se permirent de sauter dans l'appartement de Madame Elisabeth, qui demeurait au rez-de-chaussée du pavillon de Flore, du côté de la cour. La princesse pe vit forcée de quitter ce logement, et s'installa au

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délégués, des gens <l<* la lie du peuple. L'ah grand qu'un des ministres proposa d'interdire députations l'entrée du ehftteau. Non, dit l'infortuné monarque, ils peuvent se présenter, nous aurons l" oourage de les entendre. » Un jour où ces prétendus délégués haranguaient Louis XVI, l'un d'eux inculper, dans les termes les plus offensants, la reine qui était présente : « Vous vous trompez, dit. le roi aveo douceur, la reine et moi nous n'avons pas les intentions qu'on nous prête. Nous agissons de concert pour votre bien commun. » Lorsque la députation se fut retirée, Marie-Antoinette fondit en larmes.

Augeard, son secrétaire des commandements, rend compte, dans des mémoires très curieux (1) d'une conversation qu'il eut avec elle, peu de temps après les journées d'octobre : — « Votre Majesté est prisonnière. — Mon Dieu ! que me dites-vous là ? — Madame, cela est très vrai. Dès que Votre Majesté n'a plus sa garde d'honneur, elle est prisonnière. — Ces gens-là, j'ose le dire, sont plus attentifs que nos gardes. — Attention de geôliers ; je ne veux vous en donner, madame, d'autre preuve que de vous rappeler la pré* caution que vous avez prise de voir aux portes si l'on ne vous écoutait pas. L'auriez-vous prise avec vos

(1) Un volume chez Ploi*.

gardes ? — Mais que faut-il donc faire ? » Augeard conseilla alors à la reine d'aller trouver son frère l'empereur. — « Je ne connais, ajouta-t-il, qu'un seul moyen, et il est infaillible, pour sauver les jours du roi, les vôtres, ceux de vos enfants et de toute la France, c'est de vous en aller avec Madame Royale et M. le dauphin, habillé en petite fille, non pas en reine, non pas en princesse, mais en simple particulière... On ne pourra plus vous opposer à la nouvelle Constitution qu'on veut donner, et vos jours seront sauvés. »

Augeard développa ensuite tout un plan d'évasion. La reine serait montée avec ses enfants et Mme Thibaut, sa femme de chambre, au haut des combles, où était le sommet d'un escalier d'où l'on descendait dans la cour des Princes. Elle se serait en allée par là, en laissant aux Tuileries une lettre qui aurait été conçue à peu près en ces termes : « Mon très honoré seigneur et auguste époux, d'après les tentatives d'assassinat commises sur ma personne les 5 et 6 du mois, il m'est impossible de me dissimuler que j'ai le malheur effroyable de déplaire à mes sujets. Ils s'imaginent que je m'oppose à la Constitution nouvelle qu'ils veulent donner à notre empire. Pour ôter à mon égard toute espèce de soupçon, j'aime mieux me condamner à une retraite profonde hors de vos États, où je ne rentrerai, mon très honoré et auguste époux, que quand la tranquillité y sera établie, et que la Constitution y sera tout à fait achevée. » Cette lettre aurait été remise au roi, à son lever, la reine étant partie la veille, au soir.

« Non, non, je ne m'en irai pas, s'écria Marie-Antoinette, mon devoir est de mourir aux pieds du roi. » La reine avait raison. Elle resta intrépide au poste du dévouement et du péril. Ceux qui l'engageaient à aban-

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donner son époux, lui donnaient un oon eil indi de son grand oœur, ESn raivant un oonseil ïamblable, la Cille <!«' la grande Marie Thérêi e aurait i auvé la maie elle aurait perdu un bien qui eat préférable : l'honneur.

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