‹ Marie-Antoinette aux Tuileries, 1789-1791Chapitre 27 sur 29 · LES DERNIÈRES SOIRÉES DE MARIE-ANTOINETTE AU THEATRE · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES SOIRÉES DE MARIE-ANTOINETTE AU THEATRE

En voyant jouer à l'Odéon une pièce où Marie-Antoinette est mise en scène, je regardais la place où parut plus d'une fois la souveraine, dans cette salle où le théâtre-Français était installé à la fin de l'ancien régime, et où se donna la première représentation du Mariage de Figaro. Je revoyais les toilettes éblouissantes, les hautes coiffures, les pierres précieuses ; je respirais ce parfum d'élégance qui ne se retrouve plus. Il me semblait que j'apercevais la reine, non pas sur la scène où on essayait de la représenter, mais dans sa loge, entourée de ses dames d'honneur, de ses chambellans, saluée, à son entrée et à sa sortie, par les acclamations de la salle entière, et donnant de sa main royale, pendant toute la représentation, le signal des applaudissements.

En 1791, l'apparition de la souveraine produisait encore un grand effet sur le public. Mais ce n'était plus la même unanimité d'enthousiasme. La Révolution s'était glissée partout, dans les salons, dans les théâtres, comme dans les ryes et sur les places publiques. Les

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jaoobini envoyaient leur» ômi des iallei de ipecta< le, oomme dan > 1m ti ibn r taemblée aa1 ionale. I »ei représentai ion i th< étaient de perpétuel] d'injuree 1 1 de lui

entre lea partis. Marie tatoinette, qui avait un grand oourage, ne oraignait point d'affronter le tigre populaire. En se montrant aui toul< ■ trouvaient tant de ses ennemis, ''II'1 B'habituail à regarder en f persécuteurs, ses fut u r s bourreaux. BUi ait encore une fois d'user <l«i ce prestige qui lui avait valu naguère tant d'hommages. Mil»' voulait voir m l'ascendant de Ba beauté, joint à une majesté nouvelle, celle du malheur, attendrirait encore un peuple ingrat. Chaque soirée qu'elle passait au théâtre était comme une ba« taillt qu'elle livrait hardiment à l'insult»- et à la calomnie. Elle ne savait pas, lorsqu'elle mettait le pied dans une salle de spectacle, si elle en sortirait sans avoir entendu retentir contre elle des critiques ou des anathèmes, et quand quelques applaudissements éclataient encore à son approche, quand elle distinguait sur quelques visages des traces d'émotion et de respect, elle rentrait aux Tuileries avec le sourire sur les lèvres, et la reconnaissance au fond du cœur.

Elle n'allait plus depuis assez longtemps au théâtre, lorsque, après l'acceptation de la Constitution, en septembre 1791, elle se décida à y retourner, comme pour donner une preuve de confiance à la population de Paris. Louis XVI et Marie-Antoinette obtenaient en ce moment un regain de popularité. L'Assemblée nationale, dans la salle de ses séances, manquait d'égards pour le monarque ; mais le peuple le poursuivait de ses bravos dans les rues. « Avec les dispositions des Français à l'idolâtrie, disait alors Prudhomme, dans son

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journal les Révolutions de Paris, un pareil roi ne serait bientôt plus que le père des sujets de l'Etat, et de cette paternité au despotisme, il n'y a qu'un pas. Défendonsnous de l'enthousiasme, i A la fête qui eut lieu le 18 septembre 1791, l'affection du peuple pour Louis XVI allait jusqu'au délire, et à la fête donnée dans le jardin des Tuileries, le 25 du même mois, elle alla jusqu'à l'extase. « Les orchestres, dit encore Prudhomme, avaient beau jouer l'air favori, Ca ira ! cela n'allait pas, et l'on répétait des chansons monarchiques. »

Madame Elisabeth écrivait à Mme de Raigecourt, le 2f) septembre : « Nous avons été à l'Opéra, nous irons demain à la Comédie. Mon Dieu ! que de plaisirs, j'en suis toute ravie. » Mme Campan dit à propos de ces deux représentations : « Leurs Majestés furent à l'Opéra. Tout ce qui était attaché au parti du roi composa l'assemblée, et l'on put jouir ce jour-là du bonheur de le voir quelques instants environné de sujets fidèles ; les acclamations furent sincères. On avait choisi pour la représentation aux Français la Coquette corrigée, uniquement parce que c'était le triomphe de Mlle Contât. Cependant l'opinion qu'avaient répandue les ennemis de la reine venant s'unir dans ma pensée au titre de cette comédie, j'en trouvais le choix très maladroit, et ne savais comment le dire à Sa Majesté. Mais l'attachement sincère donne du courage ; je m'expliquai ; elle m'en sut gré, et fit demander une autre pièce ; on donna la Gouvernante. La reine, Madame fille du roi, Madame Elisabeth, furent de même très accueillies à ce spectacle. Il est vrai que l'opinion et les sentiments de tous les spectateurs ne pouvaient qu'être favorables ; on s'était occupé, avant ces deux

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représentai ions, de bien < ompost r le paj I Le 6 ootobre, l,i [amille royale m rendit au Th< Italien. Ce théAtre était situé sur le boulevard «pu lu emprunté Bon nom, en tace de te rue de Richelieu. Il avait été oonttruit eu 17s;;, sur l'emplacement de l'hôtel Choiseul, pour lei acteurs dite de la Coméd Italienne, lesquels avaient été adjoints depuis 1762 à oeiu de l'Opéra-Comique. ils devaient y représenter i drs Comédies Iran des opéras bouffons, des

pièoes de chant, soit à vaudevilles, suit | ariettes si parodies. » l ,a soirée du 8 octobre 17!M fui particulièrement touchante. La sali'1 retentit à plusieurs reprises d'applaudissements mêlés de quelques sanglots. L'attendrissement se joignait au respect. L'enthousiasme n'était pas moins grand aux abords du théâtre que dans la salle. Le peuple redevenait lui-même, c'està-diiv doux, compatissant, plein de vénération pour ta roi et pour sa famille. Louis XVI et Marie-Antoinette étaient heureux de montrer ainsi au dauphin et à sa soeur cette foule que les deux enfants avaient vue si hostile dans la poussière du retour tumultueux de Varennes. Madame Elisabeth écrivait à Mme de Raigecourt, le 12 octobre : « Tout ici est tranquille ; mais qui sait combien cela durera ? Je crois que ce sera long, parce que, n'éprouvant pas de résistance, le peuple n'a pas de raison de s'animer. Le roi est, dans ce moment, l'objet de l'adoration publique. Tu ne peux te faire une idée du tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne ; mais il faut voir combien cet enthousiasme durera !... »

A ce moment, Marie-Antoinette, ordinairement si calomniée, redevenait elle-même populaire. La Correspondance secrète sur la cour et la ville de 1777 à 1791,

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publiée par M. de Lescure, d'après les manuscrits de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, contient, au sujet de ce revirement de l'opinion, un bien curieux passage :

« 30 décembre 1791.

« Le roi fait tous ses efforts pour recouvrer sa popularité. Il se promène souvent dans la ville, surtout dans les faubourgs, mais il est assez remarquable qu'il n'a jamais autant d'applaudissements que la reine en eut hier à l'Opéra (1). On cria mille fois avec transport, les femmes surtout : « Vive la reine ! » ensuite : « Vive la nation ! » et très peu : « Vive le roi ! » Il commence à percer dans le public que cette princesse, dont la volonté et les résolutions sont fermes et décidées, a de bonne foi pris la résolution de s'attacher à la Constitution, ce qui nous assure de la neutralité de l'empereur, tandis que Louis XVI regrette l'ancien régime. »

Les bonnes dispositions de la foule à l'égard de la reine ne devaient pas durer longtemps. Les jacobins craignaient surtout l'attendrissement public. Ils ne tardèrent pas à organiser des contre-manifestations. Marie-Antoinette fut pourtant, une fois encore, applaudie au théâtre : ce fut le 20 février 1792, aux Italien». Mais ce soir-là, les ovations furent contestées. Il y eut lutte, et, pour triompher, Ls partisans de la famille royale durent montrer tout leur zèle et tout leur dévouement.

On jouait une pièce qui prêtait matière aux allusions à la foi et à la fidélité monarchiques. C'était l'opéra-

(1) L'Opéra était alors installé au boulevard, dans la salle qui fut depuis le théâtre de la Porte-Saint-Martin.

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merveilles. Kilo étail royaliste «l.in-, l'âme. Bile roulut le prouver au public ce soir-là. D'après le récil de Mme Catapan, on la fit s'incliner du côté de la reine, en chantant dans un duo ces paroles : i Ah ! comme j'aime ma maîtresse I » A l'instant, plus de vingt \ s'élè> en1 du parterre, en criant : Pas de malt pas de maître ! liberté ! » Quelques hommes répondent des loges et des balcons : « Vive la reine ! vive le roi ! vive à jamais le roi et la reine ! » On répond dans le parterre : « Point de maître, point de reine ! » La querelle s'échauffe, le parterre se partage, on se bat, el les jacobins eurent le dessous. Leurs touffes de cheveux noirs volaient dans la salle. (Eux seuls à cette époque avaient quitté l'usage de poudrer leurs cheveux.)

Une garde nombreuse arrive. Le faubourg Saint- Antoine, averti de ce qui se passait aux Italiens, s'attroupait, et parlait déjà de marcher vers ce théâtre. La reine conservait le maintien le plus noble et le plus calme ; les commandants de la garde l'environnaient, et la rassuraient. Leur conduite fut active et prudente ; il n'arriva aucun malheur. La reine, en sortant, reçut de nombreux applaudissements. C'est la dernière fois qu'elle soit entrée dans une salle de spectacle. Pendant toute la soirée, son attitude avait été profondément touchante. A l'exception des jacobins, tous les spectateurs sympathisaient avec elle. Plusieurs fois, elle s'essuya les yeux. Les applaudissements même l'attristaient. Le dauphin, qui était sur ses genoux, semblait lui demander la cause de ses larmes. Elle avait l'air de lui répondre, et de chercher à le tranquilliser.

Cette soirée du 20 février 1792 devait être la der-

aière ovation do la reine. Madame Élitabetfa écrivait

à Mme de Raigecourt, le 22 février : « La reine et ses enfants ont été avant-hier à la comédie. Il y a eu un tapage infernal d'applaudissements. Les jacobins ont voulu faire le train ; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo du valet et de la femme de chambre, des Evénements imprévus, où il est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse ; et, au moment où ils disent : « Il faut les rendre heureux, » une grande partie de la salle s'est écriée : i Oui ! oui ! » Conçois-tu notre nation ? II faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu ce Carême, pour qu'il nous regarde en pitié ! Mais, mon cœur, aie soin de ne penser qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je t'embrasse, i

Madame Elisabeth parlait aussi de cette soirée du 20 février dans la lettre qu'elle écrivait, le 23, au comte d'Artois, son frère : « Paris est presque tranquille. L'autre jour, il y a eu à la Comédie, où était la reine avec ses enfants, un tapage infernal, qui a fini par une scène étonnante, dont beaucoup de gens ont été attendris. La plus grande partie de la salle a crié : « Vive le roi ! Vive la reine ! » à faire tomber les voûtes. On a battu ceux qui n'étaient pas du même avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtait à des rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation, et Dieu sait si cela continuera. »

Non, cela ne continuera pas. Le lendemain de la soirée du 20 février, le journal V Orateur du peuple a écrit : « La reine aura le fouet dans sa loge au spectacle ; la reine fait la gourgandine. » Ce qui suit ne peut pas être cité, Quelques semaines plus tard, à propos

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