ACCEPTATION DE LA CONSTITUTION
L'acceptation de la Constitution fut une éclaircie dans le ciel sombre, mais une éclaircie bien rapide et bien peu lumineuse. Marie-Antoinette feignait de renaître à l'espérance. Elle écrivait, le 30 juillet 1791, à son frère l'empereur Léopold, que les hommes influents de l'Assemblée se prononçaient pour le rétablissement de l'autorité royale,et que tout paraissait se réunir pour la fin des désordres. « Il ne faut donc pas, ajoutaitelle, que les mouvements extérieurs viennent contrarier une tendance salutaire. Une tentative d'intervention armée serait particulièrement et à tous points de vue redoutable. » Mais le lendemain la reine s'exprimait ainsi dans ses correspondances avec le comte de Mercy-Argenteau : « J'ai écrit une lettre à l'empereur hier 30 ; j'en serais humiliée, si je n'espérais pas que mon frère jugera que, dans ma position, je suis obligée de faire et d'écrire tout ce qu'on exige de moi. Il est bien essentiel que mon frère me réponde une lettre circonstanciée, et qui en quelque sorte puisse servir de base de négociation ici. Envoyez-lui sur-le-champ un courrier pour l'en prévenir. » L'abbé Louis ( le futur
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de la R( Btauration), endail à Bruxelles, port< m d< Qave avail dictés pour un iter l< à la m< I
lion. L'abbé Louis, qui taisait partie du groupe d constitutionnels, était en apparence l'< de la
reine, Mais elle écrivait !<• l,r août an comte de Mer Argenteau : « L'abbé se dira accrédii moi pour
\«'us parler. Il i entiel que vous ayez l'air
l'écouter et d'être prévenu, mais de ne pas vous laii aller à ses idées. .If suis obligée de g de grands
ménagements avec lui et Bec amis. Ils m'ont été uti1 et me le sont encore dans ce moment ; mais, quelque bennes intentions qu'ils montrent, leurs idées sont
exagérées, ri ne peuvent jamais nous convenir. » Tout en jetant les yeux de l'autre côté de la frontière, Marie- Antoinette ne désirait pas une invasion. Ce qu'elle souhaitait, c'était une action diplomatique, un congrès armé. « Je persiste toujours, ajoutait-elle, à désirer que les puissances traitent avec une force en arrière d'elles mais je crois qu'il serait extrêmement dangereux d'avoir l'air de vouloir entrer. »
La malheureuse reine, au moment où elle montrait une confiance simulée, savait à quoi s'en tenir sur les projets de régénération et de félicité publique dont on annonçait tant de merveilles. Elles les avait vus à l'œuvre, les hommes qui devaient faire la France si riche et si prospère. Elle était édifiée sur ce que certaines gens appellent la liberté. Elle connaissait la grandeur d'âme des philosophes qui se vantaient de ramener l'âge d'or sur la terre. « Ces gens-là, disait-elle à Mme Campan, ne veulent point de souverains. Nous succomberons à leur tactique perfide, mais bien suivie. Ils démolissent la monarchie pierre par pierre. »
Cependant, les rigueurs de la captivité des Tuileries diminuaient graduellement. Louis XVI, mis aux arrêts comme un simple officier, redevenait roi peu à peu. Certaines personnes allaient jusqu'à prétendre qu'il allait le redevenir tout à fait. On parlait de lui créer une garde. On disait qu'on allait faire de lui un monarque à la mode anglaise. Les partisans du parlementarisme se réjouissaient. Le 3 septembre 1791, une députation de l'Assemblée nationale venait en grande pompe apporter au roi encore captif l'acte constitutionnel. Elle se mettait en marche à sept heures du soir, précédée d'huissiers et de flambeaux, défilait entre deux haies de garde nationale, et entrait aux Tuileries par le Carrousel. Le lendemain, Madame Elisabeth écrivait : « La Constitution est finie, et dans les mains du roi depuis hier. Aujourd'hui les portes ont été ouvertes. Il y a eu beaucoup de cris de : Vive le roi et la reine. Aux vêpres, il y a eu des applaudissements, lorsque le roi est entré et sorti. Il a décidé que ceux qui l'avaient gardé, ainsi que la reine et son fils, lui serviraient de garde d'honneur jusqu'à la formation de sa maison. Dans le nombre il y en a plusieurs d'honnêtes. Du reste, le château est gardé, comme à l'ordinaire, par quatre ou cinq cents gardes nationaux. Paris n'est point dans l'effervescence. Il y a un monde énorme aux Tuileries. Mais c'est tous gens d'une assez bonne tournure. On en aperçoit de temps en temps dont le cœur est pénétré. Le reste est calme, et tous ils sont bien aises de voir leur ancien maître, dans l'espoir qu'il signera promptement ce superbe ouvrage dont ils ont tous la tête tournée, et qu'ils croient faits pour leur bonheur. » En même temps, Marie-Antoinette écrivait au comte de Mercy : « Vous aurez sûrement déjà la
ACCEPTATION ni LA < «>\ i i i i i KOH
Charte; o'esl m tissu d'absurdités imprati Du
temps et on peu de en< ore qu'on
pourra au moins préparer fi nos enfants os avenir plus heureux.
Le 13 septembre, Louis \\l adressait ;< l'Assemblée nationale un message, concert Barnave, par lequel il acceptait la nouvelle Constitution. ■ Pour éteindre les haines, disait-il dans ce document, consentons à un mutuel oubli du passé. Que les accusations et les poursuites qui n'ont pour cause que lea événements de la Révolution soient éteintes dans une réconciliation générale. Je veux jurer la Constitution dans le lieu même où elle a été faite, et je me rendrai demain à midi à l'Assemblée nationale. » L'Assemblée adopta à l'unanimité, sur la proposition de La Fayette, l'amnistie générale réclamée par le roi, et une nombreuse députation alla lui porter ce décret, qui rendait la liberté aux complices du voyage de Varennes. Le matin du 14 septembre, Madame Elisabeth écrivait à Mme de Raigecourt : « Je vais à midi à l'Assemblée pour suivre la reine. Si j'étais la maîtresse, je n'irais certes pas. Mais, je ne sais, tout cela ne me coûte pas autant qu'à bien d'autres, quoique, assurément, je suis loin d'être constitutionnelle. »
Le bruit du canon et la joie du peuple annonçaient l'arrivée du cortège royal dans la salle du Manège. Louis XVI ne portait que la croix de Saint-Louis, par déférence pour un décret de l'Assemblée, qui venait d'abolir les autres décorations. Le roi très chrétien n'osant plus porter l'ordre du Saint-Esprit, c'était là un curieux symptôme. Il monta lentement au fauteuil qui lui était destiné. A sa gauche, et sur la même ligne que le sien, était le siège du président de l'Assemblée,
de Thouret, qui, comme lt roi, devait périr sur l'échafaud. On apercevait dans une loge la reine, le dauphin, Madame Royale, Madame Elisabeth. A peine Louis XVI avait-il pris la parole que le président s'assit avec précipitation, d'une manière affectée. Le roi, qui s'en aperçut, se hâta lui-même de s'asseoir. Des sujets assis devant leur souverain, c'était, aux yeux de Louis XVI et de sa famille, le comble de l'insolence et du scandale.
L'Assemblée reconduisit le souverain au château. Les acclamations retentissaient de toutes parts. Les salves d'artillerie, les cris d'enthousiasme annonçaient l'avènement de l'ère nouvelle. Mais Louis XVI et la reine étaient tristes jusqu'à la mort. De retour aux Tuileries, le roi entra, tout pâle, dans l'appartement de Marie-Antoinette. Ses traits étaient extrêmement altérés. Il s'écria, en se jetant sur un fauteuil : « Tout est perdu ! » Puis, se tournant du côté de Mme Campan : « Ah ! madame, dit-il, vous avez été témoin de cette humiliation. Quoi ! vous êtes venue en France pour voir... » Et des sanglots entrecoupèrent ses paroles. La reine se jeta à genoux devant lui, et le serra dans ses bras. « Je restais, ajoute Mme Campan, non par une blâmable curiosité, mais par une stupeur qui me rendait incapable de juger ce que je devais faire. La reine me dit : « Ah ! sortez ! sortez ! » avec un accent qui disait seulement : ne restez pas spectatrice de l'abattement et du désespoir de votre souverain ».
Tandis que les républicains et les orléanistes célébraient la nouvelle Constitution, les royalistes fidèles à Louis XVI s'amusaient à conquérir dans les théâtres quelques triomphes éphémères. Ils faisaient jouer au théâtre de la Nation, le 16 septembre, Gaston et
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allaient partout répétant : L'opinion publiq ohangée, la Constitul ion ae tiendra ps • 1 1 îles hommes et dei femmes du peuple qui allaien bous les fenêtres dei Tuileries : Vive le roi ! rive la reine ! Et ils assuraient Louis XVI que, L'Assemb une tois dissoute, le sentiment monarchique reprendrait
partout sa vigueur.
La Constitution fut solennellement proclamée, le 18 septembre, au milieu d'une fête magnifique au Champ-de-Mars. Les citoyens s'embrassaient comme
des frères. La nouvelle Charte fut lue du haut de l'autel
de la Patrie. Des aérostats charges d'inscriptions patriotiques, s'élevèrent dans les Champs- Kl; aéronautes jetaient d'en haut sur la foule des feuillets
de lu Constitution. Le soir, les illuminations furent superbes. Des guirlandes de feu, allant d'arbre en arbre, traçaient, depuis la barrière de l'Étoile jusqu'aux Tuileries, une avenue étincelante, où, de distance en distance, des orchestres faisaient entendre de joyei. fanfares. A onze heures du soir, Louis XVI et sa famille se promenèrent en voiture dans cette avenue radieuse. Les acclamations étaient enthousiastes. L'ingrate nation ne pouvait se déshabituer de crier : Vive le roi ! Les révolutionnaires les plus âpres, les républicains les plus exaltés, redevenaient, pour un moment, royalistes, comme malgré eux. Ces mêmes Champs- Elysées, qui avaient été trois mois auparavant une route d'humiliation et de douleur, se transformaient en voie triomphale. C'était comme un souvenir magique, une évocation des beaux jours. Les lanternes
brillaient, et, cette fois, aucune victime n'y était suspendue. Marie-Antoinette ne voulait pas croire que ce fût le même peuple. Comment ! Il y avait encore pour elle des hommages, des bénédictions ! Comment ! les cris de : Vive la reine ! retentissaient encore ! Mais, comme l'esclave dans les triomphes antiques, il y avait un homme du peuple qui troublait la joie de cette ovation. A chaque fois que les acclamations cessaient, cet homme qui ne quitta pas un instant la portière de la voiture royale, criait seul, avec une voix de stentor : « Ne les croyez pas. Vive la nation ! » Et ce sinistre personnage glaçait Marie-Antoinette de terreur.
Cependant il y eut quelques jours d'accalmie. La famille royale reparut dans les théâtres et y fut applaudie comme par le passé. « Nous avons été à l'Opéra, écrivait Madame Elisabeth le 25 septembre. Nous irons demain à la Comédie. J'en suis toute ravie, et aujourd'hui nous avons eu pendant le messe un Te Deum. Il y en a eu un à Notre-Dame. M. l'intrus (Gobel, évêque constitutionnel de Paris) avait bonne envie que l'on y allât. Mais quand on en chante un chez soi, on est dispensé d'en aller chercher d'autres. Nous nous sommes donc tenus tranquilles. Ce soir, nous avons encore une illumination ; le jardin sera superbe, tout en lampions et en petites machines de verre que depuis deux ans on ne peut plus nommer sans horreur. »
Le 30 septembre, Louis XVI se rendait à la salle du Manège, pour y assister à la séance de clôture de l'Assemblée constituante.Bailly, au nom dt la municipalité, M. de Pastoret, au nom des départements, la félicitèrent de l'achèvement de sa tâche. « Législateurs, dit Bailly, vous avez été armés du plus grand pouvoir dont les hommes puissent être revêtus. Demain, vous
Ar.( i PTATIOH di la. constitutif
ne serez plus rien.Ge n'est dono ai l'intérêt ai la flatterie qui vous louent . Ce sont voê oeui n •. Mou i \ o nonçona l<*s bénédiot ions de la postérité, qui commei aujourd'hui pour vous, » — « La liberté, dit ensuite I\l. de Pastoret, avait tui au delà des unis, ou réfugiée dans les montagnes. Voua aveï relevé non trône abattu. Le despotisme avait effacé tout pages du livre de la Nature, voua avez rét abli le I N ïogue (1rs hommes libres, i Le roi sortit de la salle au milieu dea vivats et <!<>s applaudissements de l'Assemblée et (1rs tribunes. Le président dit alors : « L'Assemblée nationale constituante déclare qu'elle a rempli sa mission, et que toutes ses séances sont terminées. » Il était quatre heures de l'après-midi.
Quand Robespierre et Pétion sortirent, la foule ! couronna de feuilles de chêne, et détela les chevaux de leur voiture pour les ramener en triomphe. Elle appelait Fun l'Incorruptible et l'autre le Vertueux. Cette ovation faite aux deux tribuns annonçait l'avenir, et sous 91 perçait déjà 93 !
Au fond, personne ne désarmait. Tout Paris était dans la joie. Les cloches sonnaient. On donnait des fêtes. On chantait. On illuminait. Mais toutes ces démonstrations d'allégresse ne trompaient pas l'observateur sagace. En réalité, l'acceptation de la Constitution, loin de réunir les esprits, les divisait plus que jamais. Les journaux redoublaient de violences. Les cafés ressemblaient à des champs de bataille. Les réactionnaires, qui disaient : « Hors de l'ancien régime point de salut » considéraient la nouvelle Charte comme une misérable feuille de papier, un tissu d'inepties criminelles. Ceux qui pensaient que Louis XVI avait pu être de bonne foi en l'acceptant, le regar-
daient comme un souverain ridicule, comme un fantôme de roi, se frappant lui-même de déchéance. Un officier de dragons, à une table d'hôte, s'écriait, brisant son verre : a Je suis royaliste, mais je ne suis point Louis seiziste. »
Aux yeux de la plupart des partisans du roi, l'acceptation du souverain n'était qu'une feinte, un moyen de gagner du temps. « Il faut, disaient-ils, que Louis XVI fasse semblant de trouver tout bon, qu'il signe tout ce qu'on lui présente, qu'il étonne les constitutionnels par sa soumission, sa docilité. »
Ils ajoutaient que si Monsieur était déclaré régent et le comte d'Artois lieutenant général du royaume, le roi devait être, comme il l'était en effet, absolument nul, éclipsé, anéanti pour l'heure présente. Autrement, l'attitude des princes ne se justifierait pas. Et ils disaient encore : « Les choses seront bientôt remises en état. La fantasmagorie parlementaire disparaîtra en un instant. C'est une bulle de savon qui s'évanouit dans l'air. »
« Défiance ! Défiance ! » s'écrient les Jacobins. Ils sont plus soupçonneux, plus atrabilaires que jamais. Louis XVI va essayer de bonne foi son rôle de souverain constitutionnel. Mais le contrat est synallagmatique. Pour que le roi soit fidèle à la Constitution, il faut que ses sujets soient fidèles au roi ; il faut que les prérogatives royales, notamment le droit de veto, soient respectées, il faut que la Constitution soit autre chose qu'un instrument d'anarchie et de désordre. Les constitutionnels, hommes honorables malgré leurs illusions, voudraient une épreuve honnête et loyale. Mais les constitutionnels sont déjà dépassés. Barnave, qui était plus avancé que Mirabeau, est maintenant
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(lisi.m. ■•■ par une micf (!•■ (lfiuoriM (.-s qui ae soient plu i « n lui qu'un conservateur attardé. C'en est tait de la modération, il n'y a pins plaça que pour la viol i Le drame qu'on oroil tini esl .1 peine commenoé. La Constitution n'esl pas l'épilogue, o'esl le pi l'on ne couvre encore de fleurs Louis XV] et Marie Antoinette que pour les taire ressembler aux victimes de l'antiquité, avant de les oonduire au supplia