‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 1 sur 37 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Drmontrcr fjue le collier de diamants acheté au nom et à l’insu de Marie-Antoiiielte par le cardinal de Rohan, a été volé, dépecé et vendu par le comte et la comtesse de fjamotte-Valois;

Arriver à cette preuve par l’examen crititjue de la procédme instruite par le Parlement de Paris dans cette malheureuse aiïaire ;

Vcu{][er la Reine des calomnies <pie ses contciuporaiiis ont répandues contre elle, et dont quel((iies historiens modernes se sont trop complaisamment faits les échos ;

Dire enfin la véiité sur le fameux procès du collier.

Tel est le but cpie j’ai essayé d’atteinch’e eu écrivant ce livre.

.le croirais mampicr à tous les devoiis (jue m’impose la rc'connaissancc, si je ne remerciais ici le savant directeur [jénéral des Archives de l’Empire,

PRKFACK.

qui veut bien encoiira(jer les travaux personnels des archivistes placés sous scs ordres et les autoriser à recueillir, en dehors du temps consacré aux servic(?s administratif, les éléments que les Archives offinit en si jjrande abondance pour les ouvraffes historiques.

Ou reconuaitra là l’esprit élevé et les vues libérales qui distinguent si particulièrement M. le <;omte de Lahorde.

Les autographes intéressants que le lecteur trouvera plus loin enfar-siinilc sont tirés de la magnifique collection de M. Feuillet de Couches.

Le célèbre auteur des Causeries d’un curieux, dont l’obligeance est si connue de tous les hommes de lettres, a bien voulu nous permettre d’en faire prendre copie et de les publier.

Ce ne sera pas la partie la moins ciuieuse des documents inédits que renferme l’ouvrage que l’on va lire.

Au mois de décembre 1778, lors de la naissance de Madame Royale, fille de Ijouis XVI et de Marie- Antoinette, les joailliers de la couronne Bôlimcr et Bassenge s’occupaient depuis longtemps de réunir les plus beaux diamants qui se trouvaient dans le commerce pour en composer une parure ayant la forme d’un collier à plusieurs rangs.

Ils présentèrent par l’entremise du premier {jentilhomme de service leur joyau au roi de France. La beauté des diamants éblouit Louis XVI, qui résolut d’en faire un présent de rclevailles à la Reine; celle-ci refusa absolument le cadeau que lui offrait le Roi, et fit cette réponse si connue : « Nous avons plus besoin d’un vaisseau que d’un bijou'. »

Bôbmer, désespéré de ce refus parce qu’il avait placé dans ce collier tout son avoir, et qu’il avait

‘ Correspondance secrète de la cour de Louis A’ VI.

M A n I E- A N TO I N ETT E

même contracté des dettes pour le terminer ' , parcourut l’Europe entière pour tâclicr de le vendre. Partout l’énorniité dn prix, 1,600,000 fr., empêcha la négociation de réussir. Ce fut donc à Marie-Antoinette qu’il s’adressa de nouveau , mais inutilement. Ses propositions furent rejetées.

Le malheureux joaillier recommença scs démarches anprès des cours étrangères , mais tonjonrs en vain ; un moment il crnt qu’il allait enfin vendre son collier en Portugal, mais là encore il échoua.

Bôhmer, à bout de sollicitations, et ne sachant plus comment sc défaire d’un bijou qui le ruinait, fit demander une audience à la Reine ; Marie-Antoinette le reçut; elle avait avec elle sa jeune fille :

Voici en quels termes madame Campan raconte cette entrevue : « Bôhmer se jette à genoux, joint les mains, plem’e et s’écrie : — Madame, je suis ruiné, déshonoré, si vous n’achetez mon collier. Je ne veux pas survivre à tant de malheurs. D’ici, madame, je pars pour aller me précipiter dans la rivière. — Levez-vous, Bôhmer, lui dit la Reine avec uu tou assez sévère poui’ le faire rentrer en luimême ; je n’aime point de pareilles exclamations , et les gens honnêtes n’ont pas besoin de supplier à genoux. Je vous regretterais si vous vous donniez la mort comme im insensé auquel je prenais intérêt,

* Le financier Baudard de SaintJaines, entre autres, lui avait prêté sur le collier une soininc de 200,000 livres. {Mémoire justificatif pour le cardinal de Rohan.)

mais je ne serais nullement responsable de ce malheur. Non-seulement je ne vous ai point commandé l’objet qui cause en ce moment votre désespoir, mais toutes les fois que vous m’avez entretenue de beaux assortiments, je vous ai dit que je n’ajouterais pas quatre diamants à' ceux que je possédais. J’ai refusé votre collier; le Roi a voulu me le donner, je l’ai refusé de même ; ne m’en parlez donc jamais. Tâchez de le diviser et de le vendre, et ne vous noyez pas; je vous sais très-mauvais {jré de vous être permis cette scène de désespoir en ma présence et devant cette enfant. Qu’il ne vous arrive jamais de choses semblables ; sortez ' ! »

Quelques mois se passèrent sans qu’on entendît parler du joaillier, et la Reine se flattait de l’espoir qu’il avait enfin vendu le collier, lorsque le financier Raudard de Saint-James la fit tout à coup prévenir que Hôhmer reparlait de ses diamants et les prétendait achetés par Sa Majesté.

Marie- Antoinette chargea madame Campan de prendre quelques renseignements sur cette affaire, et un dimanche, au moment où la femme de chambre de la Reine se rendait à la messe, elle aperçut le joaillier, à qui elle demanda ce que devenait le collier. Rfthmer lui répondit : « Il est vendu au Sultan, qui en a fait l’acquisition pour une favorite. »

Madame Campan s’empressa de rapporter cette

* Mémoires de madame Campan, chap. xii.

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