MARIE- A N T O I IS K T T E
nouvelle à Marie-Antoinette, (jiii s’éeria « qu’elle ne eoneevait pas qu’on achetât à l*aris des diamants pour le Grand Sei[{neur » .
On était alors on 1785, et la ooiu" de Versailles se préparait à assister au haptéinc du fils du comte d’Artois, le duc d’Angouléme. Louis XVI et la Reine firent à cette occasion présent au jeune prince d’un nœud d’épaule, de boucles et d’une épée. Ce fut Bfihmcr qui fut chargé de ces diverses fournitures. En les remettant à Marie-Antoinette, il lui présenta une lettre dans laquelle se troiivaieiil consij'uées des phrases de rcmcrciment. Cette lettre était ainsi conçue : « Aladame, nous sommes au comble du bonheur d oser penser (jue les derniers arran;jemcnts qui nous ont été proposés et auxipiels nous nous sommes soumis avec zèle et respect, sont une nouvelle preuve de notre soumission et dévouement aux ordres de Votre Majesté, et nous avons une vraie satisfaction de penser que la plus belle parure de diamants (|ui existe servira à la plus belle et à la meilleure des Reines '. »
Le contrôleur {jénéral entrait chez la Reine au moment où Rolimer lui remettait cette lettre, il ne put donc avoir de réponse immédiate.
Quant à Marie-Antoinette, elle ne comprit pas un mot â cette épître; elle fit chercher partout sou joaillier pour lui en demander l’explication, mais
* In formation , déposition de Bassoiiyi;.
KT LK PUOCKS DU COLMEn.
celui-ci avait disparu, et la Reine, ne voyant dans ce billet qu’une preuve du dérangement de son esprit, le brûla comme un papier sans importance. Cependant elle résolut de n’avoir plus aucune relation avec cet insensé. « A-t-il encore assorti quelque parure? dit-elle à madame Campan; j’en serais au désespoir, car je ne compte plus me servir de lui. iSi je veux iaire changer la forme de mes diamants, je me servirai de mon valet de chambre joaillier, fpii n’aura pas même l’ambition de me vendi'e un karat * . »
Laissons maintenant la parole à madame Campan elle-même :
<■ Après cet entretien, je partis pour ma champagne à Cres[)y; mon beau-père y avait du monde à dîner tous les dimanches : Rohmer y venait une ou deux fois par été. Aussitôt que j’y fus établie, il y vint. .Te lui répétai fidèlement ce que la Reine m’avait chargée de lui dire; il parut pétrifié et me demanda comment la Reine avait pu ne pas comprendre le sens du papicîr qu’il lui avait présenté.
« — Je l’ai lu moi -même, lui répondis-jc, et je n’y ai rien entendu.
n — Cela lie m’étonne pas pour vous, madame, me répondit Rohmer. Il ajouta qu’il y avait dans tout cela un mystère dont je n’avais pas la confidence, et me demanda un entretien dans lequel il
' Mémoires de madame Campan, érlaiicissciiionts liLsIorîtiuos.
MA RIE- ANTOINETTE
m’instniirait de ce qui s’était passé entre la Reine et lui. Je ne pus le lui promettre que pour le soir, à l’heure où les gens de Paris partiraient. D<-barrassée des personnes qui exigeaient ma présence dans le salon, je descendis avec Bôlimer dans une allée du jai’din. Je crois pouvoir rappeler mot à mot la conversation qui eut lieu entre cet homme et moi.
1 Je fus si frap|)ée d’effroi dès le premier moment où je découvris l’intrigue à la fois la plus vile et la plus dangereuse, que chaque mot de cet entretien est profondément gravé dans ma mémoire...
n Étant donc seule avec Bohmer, je eommeueai ainsi ;
» — Que signifie le papier que vous remîtes à Sa Majest»', dimanche, à la sortie de la chapelle?
I) — La Reine ne peut l’ignorer, madame.
1) — Pardonnez-moi, elle m’a chargée de vous le demander.
n — C’est un jeu.
n — Quel jeu voulez-vous qui puisse exister pour une chose aussi simple entre vous et la Reine? La Reine ne s’habille plus que ti’ès-rarcmcnt, vous le savez ; vous m’avez dit vous-même que la simplicité de la cour de Versailles faisait tort à votre cornmeice. Elle craint que vous n’inventiez de nouvelles choses, et m’a expressément ordonné de vous dire qu’elle n’ajouterait jamais un diamant de vinjft louis à ceux qu elle j)ossède.
» — Je le crois, madame, elle en a moins be-
ET LE PROCÈS Dü COLLIER. T
soin que jamais ; mais qu’a-t-ellc dit sur l’arfjent?
» — Vous êtes soldé depuis longtemps.
» — Ah ! madame, vous êtes dans l’erreur ; on me doit une bien {p’osse somme.
" — Que voulez-vous dire?
» — Il faut tout vous avouer; la Reine vous a fait un mystère, elle a acheté mon grand collier.
n — La Reine! elle vous l’a refusé, elle l’a refusé au Roi qui voulait le lui donner.
» — Eh bien, elle a changé d’idée.
n — En changeant d’idée elle en aurait fait part au Roi. Je n’ai pas vu ce collier dans les diamants de la Reine.
» — Elit; devait le porter le jour de la Pentecôte. J’ai été bien étonné qu’elle ne l’ait pas fait.
>1 — Dans quel temps la Reine vous a-t-ellc annoncé qu’elle s’était décidée à l'acquisition de votre collier?
>1 — Elle ne m’a jamais parlé elle-même à ce sujet.
» — Qui donc a été son intermédiaire?
» — IjC cardinal de Rohan.
» — Elle ne lui a pas adressé la parole depuis dix ans! Je ne sais par quelle intrigue, mon cher Bôhmer, mais vous êtes volé, le fait est certain.
» — La Reine fait semblant d’être mal avec Son Éminence; mais il est très-bien avee elle.
>1 — ■" Que voulez-vous dire? La Reine fait semblant d’être mal avec un personnage aussi manjuant à la cour! Les souverains font plutôt semblant d’être