‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 21 sur 37 · P IK C E S J U S T I K I C A T I V E S · texte numérisé non relu

P IK C E S J U S T I K I C A T I V E S

Après serment par elle fait de dire vérité :

Interrogée de ses noms, surnoms, âge, qualité et tlemeure,

A répondu se nommer Jeanne de Valois de Saint- Ilemy de Luz, épouse de Mafc-Antoine-Nicolas comte de Lamotte de la Pénissière, âgée de vingt-neuf ans, demeurant à Paris, rue Neuve Saint-Gilles.

Interrogée dans quelle année elle s’est mariée, ce qu’elle faisait atqiaravant, et où elle était,

A répondu que, dés l’âge de cinq ans et demi ou six ans, elle a jierdu son père et sa mère ; que madame de Boulainvilliers les a adoptés tous les trois après les informations sur leur nom et leur état, et les a mis en pension à Passy, où elle, ré|)ondante, est restée six ans pour recevoir l’éducation que l’on donne aux enfants dans les communautés; (pi’elle fut mise chez une couturière à Paris, où elle resta trois ans, pendant lequel temps madame de Boulainvilliers fit les recherches convenables sur scs titres ; après qu’ils eurent été reconnus, la dame de Boulainvilliers la prit chez elle, et elle y resta deux ans de suite; pendant l’intervalle de ces deux années, elle fut reconnue pour être descendante de Henri II; au bout de ce temps, madame de Boulainvilliers fit venir sa sœur, qui était restée à la terre de son père , et les plaça toutes deux au couvent de l’ahbaye d’ Verres, près de su terre de Montgeron, pour être plus à portée de les voir et de les faire venir chez elle; qu’elle y resta vingt et un mois, que de là elle fut à l’abbaye de Longchanips deux ans; qu’elle en

est sortie avec sa sœur pour aller à Bar-sur-Aube au couvent des Ursulines, pour être plus à portée de rentrer dans les biens de leur père, et six mois après, elle fut demandée par M. de Lamotte en mariage, lequel a été célébré le 6 juin 1780, et au mois d’avril de l’année 1781 , son mari partit pour son corps dans la gendarmerie ; un mois après , elle puii.it pour se rendre au couvent des Bénédictines de Saint-Nicolas, entre Nancy et Lunéville, où elle resta jusqu’au mois d’octobre, qu’elle apprit que madame de Boulainvilliers était h Strasbourg chez madame l’Intendante; qu’elle s’y rendit avec son mari ; ne lu trouvant pas, on lui dit de s’adresser au comte de Cagliostro, qui lui dit avoir vu la veille madame de Boulainvilliers chez M. le cardinal de Boban, à Saverne, où ils se rendirent la même nuit; qu’étant descendus dans une auberge, elle écrivit à madame de Boulainvilliers qu’elle était venue exprès pour la voir, et Ja priait de lui indiquer l’heure où elle pourrait avoir l’honneur de la voir; M. de Boulainvilliers vint luimèinela cliercher, après toutefois en avoir demandé la permission à M. le cardinal ; qu’elle s’y rendit avec son mari, et reçut de madame de Boulainvilliers toutes les marques de tendresse qu’elle lui avait toujours témoignées; et les présenta à M. le cardinal, auquel elle conta les malheurs d’elle répondante ; qu’ils y restèrent trois jours, au bout desquels madame de Boulainvilliers, qui partait pour Paris, la remit à son couvent et son mari à son corps; en les quittant, elle leur fit promettre de la venir rejoindre à Paris dans les premiers jours de

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novembre, ce qu’ils firent l’un et l’autre. A sou arrivée, madame de Donlainvilliers tomba malade de la petite vérole, ensuite d’une fièvre putride, dont elle moiu'ut au bout de dix-sept jours, pendant lesquels elle répondante la garda jour et nuit; que sa mort a été pour elle d’autant plus sensible, qu’elle avait promis à son mari de lui acheter une compagnie de dragons ; que |>cndant sa maladie, elle a prié M. de Crussol et le bailli de Crussol de faire entrer son mari dans les gardes de M. le comte d’Artois, en attendant le rétablissement de sa santé ; la répondante étant tombée malade, elle est restée pendant trois mois dans la maison de M. de Boulainvilliers ; au bout des trois mois, elle a été rejoindre son mari à Versailles, et a été chez la veuve Houqjeois, place Dauphine, jusfju’au mois d’avril 1782, où elle s’occupa à solliciter à la cour des grâces que son nom lui promettait d’obtenir; et se voyant accablée de dettes, qu’elle avait contractées pour soutenir son nom et son mari et suivre ses affaires, elle écrivit à M. le cardinal, le 2-4 juin 1782, pour le faire ressouvenir de ses bontés qu’il avait promises à madame de Boulainvilliers pour elle répondante; il lui donna un rendez-vous le jeudi d’ensuite à Paris à son audience; que ce jour elle lui rappela de nouveau ses malheurs, il l’assura que si elle disait vérité sur ses titres, sur ses affaires et sur ses dettes, il aurait soin de les adoucir; toutefois, avant les pièces entre les mains, il lui demanda sa position actuelle, si elle avait des besoins du moment; qu’elle lui rendit compte de sa

position cruelle, étant poursuivie et son mari pour le payement de lettres de change ; pour le moment, il tira de son secrétaire 50 ou 60 louis sans les compter, qu’il lui remit, en la priant de lui écrire ou de lui dire si elle avait besoin d’autre chose, et lui donna un autre rendez-vous pour deux ou trois jours après, et ce à Paris; qu’elle s’y rendit, et que ce jour, après être entrée dans des détails avec lui , il lui donna 200 louis ; que lui ayant nommé les personnes au profit desquelles elle avait fait ou son mari des lettres de change, qu’elle avait à payer un sieur Louis-Isaac llert, juif, néjjociant à Nancy, pour 5,500 livres, que le (cardinal s’engagea à payer l’année d’ensuite, ce qu’il a fait en 1783. Pour lors, .VI. le cardinal désirant qu’elle demeurât à Paris pour suivre ses affaires et l’aider de ses conseils, tant pour elle que pour son mari, ils vinrent loger rue <lc la Verrerie en hôtel garni, où ils sont resh-s six mois avec sa sœur, <|ui était revenue de Bar-sur-.Vube fort malade ; qu’elle avait alors deux chevaux, cabriolets, cinq domestiques, tant hommes que femmes, et sa sœur, ce qui faisait une maison considérable à soutenir ; que dans ce temps, son frère e.st survenu et s’est logé hôtel de la Marine, ayant pour 10,000 livres de lettres tle change à ac([uitter en trois termes; elle en fit ))urt à M. le cardinal, auquel son frère avait apporté différentes choses curieuses pour son cabinet, qui voulut bien acquitter les lettres de change à leur époque. M. le cardinal sachant sa sœur fort malade chez elle, il lui envoya 200 louis pur le sieur Carbonnière, chef de

son conseil, et sans entrer dans un plus long détail des dons que lui a faits M. le cardinal depuis qu'ila pris part à ses malheurs, elle se contentera de dire qu’elle a reçu de lui une somme de 78 à 80,000 livres; observe la répondante qu’au bout de six mois qu’elle fut dans la rue de la Verrerie, M. le cardinal lui dit qu’il fallait qu’elle fût logée plus décemment et plus commodément, et lui parla d’une maison qui était à louer rue Neuve Saint-Gilles, et lui proposa de la louer et de la faire meubler par son tapissier ; la répondante lui observa qu’elle ne pouvait pas bonnêtement employer ces moyens-là ; qu’il était plus naturel et plus honnête qu’elle la louât elle-même et fit meubler sa maison ; qii’après cela elle a pris à loyer cette maison pour six ou neuf années. Pendant tout ce temps-lh, elle s’occupait toujours à suivre ses affaires et faisait des voyages à Versailles. M. le cardinal s’occupait à faire ou à faire faire des mémoires qu’elle avait h présenter soit au Roi, soit aux ministres. Vers la fin de 1784, M. le cardinal lui dit avoir parlé à M. de Galonné et lui avoir représenté qu’il ne faisait pas pour elle ce qu’il devait faire d’après la connaissance que l’on avait de ses titres; cpx’il était obligé de venir à son secours, et que c’était autant à prendre sur les aumônes du Roi, et que cela pourrait faire crier. M. de Galonné lui dit : « Vous n’avez qu’à en parler au Roi, je ne peux rien faire sans ordre. » M. le cardinal lui dit, à elle répondante : « Voilà toujours 1 5,000 francs que je vous donne, placez-en autant que vous pourrez ; comme je sais que vos affaires réus-

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siront , regardez cela comme des secours momentanés (|ue je vous donne, yf Sur ses épargnes, elle a placé environ 50,000 franesd’abord, 1 2,000 francs employés dans l’acquisition d’une maison à Bar-sur-Aube , qui a été vendue 18,000, mais dont son beau-frère en a payé 6,000 pour une aile de la maison, .30,000 francs qu’elle a placés sur M. de Grussol, 3,000 livres sur un autre particulier, et 6,000 sur un autre.

Interrogée s’il n’est pus vrai qu’elle disait sans cesse aux personnes qu’elle voyait, qu’elle jouissait d’un grand crédit auprès de la Iteine, et qu’elle avait toute sa confiance,

A répondu qu’elle ne l’a jamais dit à personne, mais qu’à raison de l’opulence qu’elle avait d’après les différents dons qu’elle avait reçus des princes et princesses du sang et des bienfaits qu’elle recevait de M. le cardinal, d’après la connaissance qu’il avait de ses papiers, et comme venant du Roi , elle disait hautement à ceux qui lui faisaient des compliments que la cour voulait bien lui rendre justice ; qu’au surplus elle n’a jamais dit à personne qu’elle eût accès auprès de la Reine , parce qu’il était visible à V’ersailles (]u’elle n’allait pas chez la Reine: elle a simplement présenté en 1783, le jour de la Chandeleur, en public, un mémoire à la Reine, qui lui avait été dicté par M. le cardinal ; que ce mémoire n’ayant pas eu la réussite qu’elle espérait des bontés de lu Reine, elle n’a jamais eu occasion ni prétexte de parler à la Reine ; observe meme que depuis cette époque elle était des six semaines ou des deux

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mois sans aller à Versailles, et qu’aupurnvant elle y allait tous les jours.

Interrogée si elle n’a jamais montré à des personnes qui venaient chez elle des lettres qu’elle disait venir de la Reine,

A répondu que non , que c’est une absurdité effrovable, d’après ce qu’elle vient de nous dire.

Interrogée si dans différents mémoires qu’elle a pu donner elle n’avait pas l’habitude de signer Marie- Antoinette de France, si notamment dans un qu’elle a donné à Luciennes, en présence de plusieurs personnes, elle ne s’était pas appelée Marie-Antoinette de France,

A répondu qu’elle n’a jamais pris ni signé les noms de Miu'ie-Antoinette de France ; que quant au mémoire qu’elle a donné à Luciennes, c’a été uniquement un mémoire de sa généalogie (ju’on a désiré voir, qu’elle a remis ;t madame du Barry en présence d’un de ses cousins, capitaine de dragons.

Interrogée si elle a connu à Versailles un nommé Descloux ou De.sclau, garçon de la chambre et delà musique du Roi,

A répondu que non, qu’elle ne voyait personne chez elle qui appartint à la Reine.

Interrogée si le cardinal allait la voir assidûment tant à Paris qu’à Versailles,

A répondu que oui, surtout à Versailles, où il venait asisidùment chez elle; et elle et son mari allaient lui rendre compte de leurs démarches; qu’à Paris, ces visites étaient moins assidues mais fréquentes.

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A elle demandé si au lieu des secours qu’elle prétend avoir reçus du cardinal, il ne se contentait pas de lui donner de modiques sommes tantôt de 3 louis, tantôt de 5, et une fois entre autres de 25,

A répondu qu’elle n’était pas faite pour accepter de pareilles sommes, ni M. le cardinal fait pour les offrir.

Interro{;ée si vers le mois de mars 1784 elle ne fut pas trouver le cardinal pour lui dire que, pénétrée de reconnaissance des secours qu’elle avait reçus de lui, elle se croyait assez heureuse pour lui être utile, avant le bonheur d’avoir trouvé accès auprès de la Reine,

A répondu que non , que M. le cardinal savait parfaitement bien qu’elle ne parlai^ même pas à la Reine, qu’elle n’avait pas fait autre chose qu’un jour de se jeter à ses pieds pour lui présenter un mémoire, et que depuis ce temps-lh elle ne s’ était présentée en aucune façon auprès delà Reine; <ju’il ne pouvait en douter puisqu’elle lui rendait compte de toutes ses démarches, et que lui-même lui conseillait les démarches qu’elle avait il faire.

Interrogée si, s’étant aperçue que le cardinal était fort étonné de ce qu’elle lui disait, elle ne lui répéta pas plusieurs fois que son nom, ses malheurs et la bienfaisance de la Reine l’avaient fait pari enir jusqu’à elle, et si jiour le persuader davantage elle ne lui montra pas des lettres qu’elle pnHendit lui avoir été écrites par la Reine, et dans lesquelles il y avait quelques mots de bonté,

A répondu que non, et que ^I. le cardinal devait

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savoir mieux qu’un autre ce qui se passait à Versailles, surtout vis-à-vis d’elle, qui ne faisait aucune démarche sans sa participation , et qu’elle n’a jamais eu l'honneur ni le bonheur de recevoir des lettres de la Reine, et ne lui en a fait voir aucune qui fût supposée venir de la Reine.

Interrogée si elle ne dit pas au cardinal, j)our le mieux persuader, que la Reine était instruite de la conduite qu’il avait tenue à l’égard des affaires du prince de Guéménée et d’autres traits semblables ,

A répondu qu’elle a su comme le public que le prince de Guéménée avait fait banqueroute, mais qu’elle n’avait jamais su la conduite du cardinal à son égard , qu’elle aurait cru le faire rougir en lui en parlant; elle persiste à dire qu’elle n’a jamais parlé à la Reine et qu’elle ne l’a jamais persuadé au cardinal.

Dh "IX janvier 1786.

Interrogée si elle n’a pas dit au cardinal que la Reine lui accorderait une audience, qu’elle le ferait venir pour lui donner un ordre , et qu’elle en prendrait occasion pour lui dire qu’il pourrait espérer en ses bontés ,

A répondu qu’elle n’a jamais pu dire ces choses à M. le cardinal, d’après ce qu’elle nous a dit précédemment, qu’elle est étonnée que M. le cardinal prétende avoir eu besoin d’elle pour avoir une audience, et que lui , qui est par son état et par sa place journel-

lemeiit auprès de la Reine , aurait pu s’apercevoir des dispositions où pouvait être la Reine à son égard.

A elle demandé si cette audience n’ayant pas été accordée et les doutes du cardinal naissant , elle ne lui dit pas que si 1a Reine avait différé, c’était parce qu’elle ne voulait pas qu’on sut qu’il pouvait compter -sur ses bontés; mais que la Reine lui prouverait ellemême que tout ce que la répondante lui avait dit de sa part était vrai , et que rencontrant la Reine à la promenade, peut-être il lui parlerait ,

A répondu que cela n’est pas plus probable que ce (pi’on lui a demandé jusqu’à présent, et ce à quoi elle a répondu; qu’elle persistait toujours à dire que le cardinal savait qu’elle ne voyait pas lu Reine, et que si la répondante s’était annoncée pour avoir accès auprès de la Reine et obtenir des audiences pour un autre, elle ne l’aurait pas prié et ne l’aurait pus chargé de demander une audience pour elle, surtout M. le cardinal étant à portée lui-même de voir et de parler à la Reine quand il le jugeait à propos.

Interrogée si elle ne connait pas une fille nommée Lejjuay de Signy, prenant le surnom de baronne d’Oliva ,

répondu qu’elle la connaissait pour l’avoir vue au Palais-Royal étant assi.se auprès d’elle; que, se trouvant seule, vu que les dames et autres personnes qui étaient venues avec elle étaient à se promener, elle s’impatienta de ne pas voir revenir son mari ; le monsieur qui était assis auprès d’elle bit le chercher ; pen-

claiit ce temps une femme qui était assise auprès d’elle lia conversation avec elle , et lui paraissant honnête et décente, et voyant que M. le vicomte de Choiseul était venu lui parler, et que lui s’étant retiré, cette dame lui dit que le vicomte de Choiseul était un des amis de son mari et connaissait parfaitement ses affaires, et comme la répondante se levait pour s’en aller, cette dame se plaignit de ce que sa compagnie ne revenait pas et témoigna la peine où elle était de rester seule. Observe (jue cette dame était avec une petite fille de cinq ou six ans, lui demanda où elle demeurait, lui proposa de la reconduire chez elle, rue du Jour, où elle avait dit qu’elle demeurait. Dans ce moment son mari revint, à (jui elle dit (pi’elle allait reconduire cette dame , qui s’était dite la baronne d’Oliva et était à Paris pour solliciter un procès; qu'elle avait une soeur âgée de quatorze ans, à l’abbave de Montmartre. Son mari fit semblant de ne la pas connaitre et d’étre fâché de ce qu’elle lui avait offert de la reconduire; arrivée à la maison de cette dame, rue du Jour, elle fût invitée de monter, ce qu’elle fit, s’étant aperçue que son mari cherchait les pieds de cette dame et lui fai.sait des signes des yeux ; elle est restée pendant une heure dans la chambre de cette dame qui lui parla encore de ses affaires , que son mari était en Amérique et (ju’elle plaidait contre lui , vu qu’il retenait tout son bien et <leinandait des provisions ; qu’elle lui demanda de s’intéresser pour elle auprès d’un magistrat pour leijuel elle lui donnerait un mémoire, et lui dit :

« Madame, si vous voulez vous informer de moi ù M. le vicomte de Choiseul, il vous dira qui je suis, ayant été chargé de mes affaires très-longtemps. » Qu’elle répondante lui dit qu’elle allait à Versailles pour quelques jours et qu’à son retour elle la ferait avertir, ce qu’elle fit par son mari ; cette dame vint chez elle, et, lui paraissant honnête et décente, elle l’admit dans sa société , la mena partout avec elle , et chez les personnes qu’elle connaissait, notamment à dîner chez la dame de la Fresnaye; que, vers lu fin de juin 1784, cette dame lui ayant demandé de l’amener à Versailles, qu’elle ne connaissait pas, la répondante l’y' a menée deux fois, une à la fin de juin et une au commencement de juillet; que le 24 juillet suivant, cette même dame lui proposa de la mener à Versailles, mais comme elle avait promis au baron de Planta quelques jours avant de l’y conduire , et sa voiture, ce jour-Ià, étant remplie par elle répondante, le baron de Planta , sa femme de chambre et un gros paquet , cette dame alla avec le mari d’elle répondante, et le sieur Rétaux de Villette, ancien gendarme, dans une voiture, et se rendirent à Versailles; que le sieur Rétau.x de Villette avait besoin à Versailles pour solliciter M. de Saint-Paul pour une sous-lieutenance de maréchaussée , qui était promise pour lui ii madame la duchesse de Bourbon, M. le comte de Rrienne et M. le duc du Châtelet, qui s’intéressaient pour lui; qu’elle répondante et son mari y allaient ce jour-là pour solliciter M. le maréchal de Gastries pour obtenir la per-

mission d’engager un brevet de pension du frère d'elle déposante pour payer ses dettes; qu’étant restés trois jours il Versailles, ces messieurs lui ont amené la baronne d’Oliva.

A elle demandé si , au contraire de ce qu’elle vient de nous dire, le mari d’elle répondante n’a pas fait connaissance de cette fille dans le printemps de l’année 1784 , l’ayant suivie du Palais-Royal, où il se promenait , jusque chez elle, dans la rue du Jour, au petit bôtel de Lambesc ,

A répondu qu’elle ne pouvait pas savoir si son mari la connaissait et comment il en a fait la connaissance.

Interrogée si ce n’est pas son mari qui l’a conduite un soir, à l’époque que nous venons de lui dire , et l’a laissée seule avec elle ,

A répondu qu’elle l’avait connue au Palais-Royal, comme elle nous l’a dit précédemment, et que ce n’est pas son mari qui l’y a conduite ni laissée seule.

Interrogée si , étant chez la fille d’Oliva à la première fois qu’elle y a été avant d’entrer, elle n’a pas tiré de son portefeuille des lettres qu’elle disait avoir reçues de la Reine, et n’en a ]>as lu plusieurs à ladite fille,

A répondu que ce que nous lui demandons est un rêve pour elle, et qu’il doit paraître fort extraordinaire qu’avant de connaître une jiersonne et d’entrer en conversation avec elle , elle ait débuté par lui montrer des lettres de lu Reine ; que si elle eût eu des lettres de la Reine ou des particularités de confiance dont elle

eût pu .s’honorer, elle l’aurait fait vis-à-vis des personnes honnêtes et de sa connaissance, ce qu’elle n’a jamais fait.

Interrogée si elle ne dit pas à la d’Oliva qu’elle était une dame de la cour, qu’elle était les deux doigts de la main avec la Reine, qui l’avait mise dans toute sa confiance et d’avait chargée de lui trouver une per- .soiine qui fût dans le cas de faire ce quelle lui dirait quand il en serait temps; que le moins qu’elle aurait serait 15,000 livres, et que le cadeau qu’elle recevrait de la Reine serait encore au-dessus,

A répondu (jue tout cela est très-faux et lui ])urait un songe; qu’elle ne doute pas que M. le cardinal, pour faire rendre sa cause plus vraisemblable, n’ait imaginé ces choses-là, et que, comme cette fille était très-bien avec le père Loth , auquel le cardinal avait eu la bonté de .le faire prêcher devant le Roi , et qu’il lui avait donné l’espérance de le faire séculariser poulie nommer prieur des Quinze-Vingts , suivant un projet que M. le cardinal avait créé pour l’administration de cet hù|)ital ; que ce père Loth nie avoir été chargé ])ar voie directe ou indirecte de la [lart du cardinal de faire jouer dans cette affaire un rôle à cette d’Oliva qu’il connaissait relativement à des confidences que lui avait faites la répondante sur les chagrins que lui avaiciit causés des intrigues qui existaient entre cette fille et son mari , jiour lesquelles le cardinal avait fait venir son mari , et lui avait dit qu’il manquait aux égards (ju’il devait à su femme, intrigues pour lesquelles la

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