MC
répondante a chassé, vers la fin de septembre 178i, la fille d’Oliva, surtout ayant appris par les personnes de sa société les indécences (pi’elle avait faites , qu’elle était une fille publique connue sous le nom de Signy, que son mari vivait avec elle depuis longtemps.
Interrogée si elle n’offrit pas à la fille d’Oliva de passer un acte des l.'j,00() livres par-devant notaires,
A répondu que non , et qu’il est naturel de croire que si elle lui avait offert elle l’aurait accepté, étant fort gênée dans ses affaires.
Interrogée si elle ne lui a pas dit que son mari viendrait le lendemain la prendre pour aller à Versailles,
A répondu que non.
Interrogée si la fille d’Oliva, s'étant rendue avec le sieur de Lamotte à Versailles, le lendemain, elle ne se trouva pas sur la place avec sa femme de chambre ; si elle ne fit pas descendre de voiture la fille d’Oliva et son mari , et si elle ne fit pas conduire par son mari et sa femme de chambre la fille d’Oliva chez elle, place Dauphine,
A répondu comme elle vient de nous l’expliquer, c’est la troisième fois que la fille d’Oliva venant à Versailles , chez elle, y a été conduite par son mari et le sieur de Villette; qu’elle, répondante, y était venue avec le baron de Planta, a descendu celui-ci sur la place d’ Armes; en arrivant chez elle, elle a trouvé la fille d’Oliva avec ces deux messieurs (Lamotte et Rétaux).
Interpellée de déclarer si c’est dans le printemps, ou
à la fin de juillet ou au commencement d’août de l’année 1784, que son mari conduisit la fille d’Oliva à Versailles ,
A répondu que c’est le 24 ou le 26 juillet de cette année ; observe que toutes les fois qu’elle allait à Versailles dans ce temps-là, elle était dans l’habitude d’en prévenir le cardinal; que soit qu’il vint chez elle ou qu’elle allât chez lui , ou que le cardinal l’envoyât chercher par le baron de Planta , ils se promenaient dans les jardins de Versailles, soit* avec le cardinal seul, tantôt avec son mari , et tantôt avec son mari et le baron de Planta, et ce jusqu’à des deux heures du matin, et que ce jour-là sa femme de chambre et son jacquet l’ont trouvée se promenant dessus la terrasse avec le cardinal et le baron de Planta, et que le cardinal était en lévite, cliapeau en clabaud', et faisait le boiteux pour n’etre pas reconnu, ce que ses gens lui ont fait remarquer.
Interrogée si en rentrant chez elle elle ne dit pas à la fille d’Oliva qu’elle venait de chez la Reine, à laquelle elle avait annoncé son arrivée; que la Reine était enchantée de cela, et que la Reine s’en amusait beaucoup, que le lendemain elle lui dirait ce qu’elle avait à faire,
A répondu que cela est très-faux.
Interrogée si le lendemain vers les neuf heures du soir elle n'hahilla pas la fille d’Oliva en négligé, avec
* On «lisait au siècle «leriiiiT «ju’iin chapeau était en clabaud (juanJ l’iin de ses bords baissait plus que l’autre.
PIF.CKS JUSTIFICATIVES.
une robe blanche en chemise, et si elle ne lui fit pas prendre une grande thcrèse de gaze d'Italie, blanche, A répondu que la baronne d’Oliva était vêtue avec une nibe anglaise de mous.seline des Indes brodée, avec un jupon rose dessous, et coiffée avec une calèche de gaze blanche qu’elle lui a prêtée, parce qu’elle avait un bonnet fort sale; qu’elle a été promener avec .son mari et le sieur de Villette; (ju’ils sont rentrés entre minuit, une heure; que, pour elle, elle fut promener seule avec M. le cardimll ju.squ’à Trianon, et là, venus dans une chaise sous les piliers de la galerie, et est rentrée .seule chez elle à minuit; et que son mari, le sieur de Villette et la fille d’Oliva, n’étaient pas encore rentrés; que s’étant impatientée de ce qu’ils ne rentraient pas, elle est sortie avec sa femme de chambre pour les chercher, et qu’elle ne les trouva pas.
A elle demandé si elle ne dit pas à la fille d’Oliva qu’elle allait la conduire dans le parc, où elle parlerait à la Heine, avant de parler à la personne à qui elle remettrait une lettre qu’elle lui donnerait,
A répondu que non, et <jue c’est très-faux, et est indiffnée de ces horreurs-là.
Interrogée si elle et son mari ne conduisirent pas la fille d’Oliva dans le parc, si elle ne lui remit pas une rose pour la donner à la personne <|ui paraîtrait devant elle, en lui disant ; « Vous savez ce que cela veut dire» ;
A répondu que non , et qu’elle ne peut s’empêcher de dire qu’elle regarde cela de la part de ceux qui l’ont dit ou fait dire comme un trait de folie.
Interrogée si, le sieur de Lamotte les ayant quittés, elle ne rentra pas avec lu fille d’OIiva dans une charmille où il y avait une brèche, et si elle ne lui dit pas en la quittant : n Acquittez-vous bien de votre commission , parce que la Reine vous regarde » ;
A répondu qu’elle est indignée de tant de mensonges et d’horreurs.
Interrogée si elle n’avait pas fait jilacer auprès de la charmille un particulier qui a la figure mince, le teint pâle, le visage allongé et les sourcils noirs,
A répondu que non, et que cela n’a pas le sens commun.
Interrogée si elle n’a pas quitté la fille d’OIiva pour aller avertir le cardinal que la Reine se promenait et lui permettait de se présenter,
A répondu que non; que tout cela est une fable incroyable et des bêtises.
Interrogée si le cardinal ne s’avança pas vers la fille d’OIiva, qu’il })rit pour la Reine, et si cette fille ne remit ]ias au cardinal la rose, en lui disant : « Vous savez ce que cela veut dire » ;
A répondu que V Académie française ne devrait pas être ouverte au cardinal, après avoir dit ou fait dire de pareilles bêtises.
Interrogée si dans le moment meme, un particulier qu’elle avait fait placer auprès de la charmille, ne vint pas annoncer que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient la Reine, et si elle ne vint pas
rejoindre la fille d’Oliva en lui disant : « Venez vite, venez vite » ;
 répondu que toute cette histoire est d’autant plus absurde, qu’il n’était pas ]>ossible de penser <{ue M. le cardinal imaginât que la Reine pût se prêter à une scène aussi extraordinaire et aussi malhonnête, et que le cardinal pût s’aveugler au point de ne pas reconnaître 1a Reine.
Interrogée si la fille d'Oliva, après cette scène, ne s’est pas retirée avec le sieur de Lamotte, et si elle, répondante, ne s’est pas retirée de son côté avec le cardinal ,
A répondu que non, et s’en réfère à ce qu’elle a dit plus haut, et que tout cela est faux.
Interrogée si au bout de deux heures elle n’est pas rentrée chez elle d’nn air fort gai , et si elle ne dit pas à 1a fille d’Oliva que la Reine était contente de la façon dont tout cela s’était passé ,
A répondu que tout cela est faux.
Interrogée si le lendemain elle ne lut pas à la fille d’Oliva une lettre qu’elle dit être de la Reine, laquelle portait : « Ma chère comtesse, je suis très-contente de la personne que vous m’avez procurée, elle s’est acquittée de sa commission à merveille, elle peut être assurée de son sort » ;
A répondu que tout cela est faux, et la suite d’une fable mal ourdie et d’une cabale mal concertée.
Interrogée si après le retour de la fille d’Oliva à Paris, elle ne lui a pas plusieurs fois donné à diner, et
si elle ne Ini a pas remis une fois 1 ,000 livres et une autre fois 3,000 livres en billets de la caisse d’escompte ,
A répondu qu’au retour de ce voyage de Versailles elle a malheureusement continué de voir la fille d’Oliva, ainsi qu’elle nous l’a dit, jusqu’au moment où elle a été forcée de la renvoyer de chez elle, et qu’il est affreux qu’une connaissance qui ne lui avait donné que des désagréments , lui procure encore celui de voir «ju’on s’est servi d’une fille aussi vile que celle-là pour faire un rôle aussi ridicule que celui que nous venons de lui exposer ; qu’il y a apparence que l’on a fait ou promis un sort à cette fille pour jouer un pareil rôle ; qu’elle n’a donné ni 1,000 livres ni 3,000 livres.
Du janvier 1786.
Interrogée si quelque temps après ce qui s’était passé dans le parc de Versailles, elle ne dit pas au cardinal que la Reine s’intéressait à des personnes qui avaient besoin de 50,000 francs, et si le cardinal ne lui remit pas cette somme ,
 répondu que le cardinal ne lui aurait pas remis ces 50,000 francs; que la Reine ne pouvait pas être en cas de les demander, et qu’il aurait fallu une belle confiance de la part du cardinal pour les remettre.
Interrogée si dans le courant du mois de novembre suivant elle n’a pas demandé au cardinal une somme de 100,000 livres pour un pareil emploi, et si le car-
292 PIÈCES JITSTII ICATIVES.
dinal ne lui a pas fait remettre ces deux sommes par le baron de Planta,
A répondu que le cardinal ne lui a pas fait remettre ces deux sommes, et que s’il l’a dit, ou le sieur de Planta, cela est de plus fou en plus fou, et très-invraisemblable , et (pi’on ne donne pas de semblables sommes sans en retirer des reçus ou reconnaissances.
Interrofjée si ce n’est pas à cette époque-là qu’elle faisait beaucoup de dépenses, et (|u’elle apporta des sommes de 30,000 francs et autres à différentes personnes, 1 A répondu «pi’elle pourrait s’en rapporter à ce (pi’elle nous a déjà dit, mais qu’elle nous répète la vérité; que le cardinal, lui faisant des dons assez considérables, l’a eiifjayée à les pLicer, de façon à se faire un sort en attendant la réussite de ses affaires, ce (|u’ollc a fait; et nous continue d’observer (|ue le cardinal n’aurait pas été assez dépourvu de sens jiour donner 50,000 écus, sans avoir par devers lui des ordres bien reconnus pour être de la Reine, ou au moins sans en avoir un reçu d’elle ; elle observe en outre qu’il y a apparence que le cardinal ayant lu dans le Mémoire d’elle, répondante, qu’elle avait reçu de lui des sommes qu’elle avait placées en partie, il a cru en tirer une induction que l’on pourrait tirer contre lui , en disant qu’il avait donné et remis pour la Reine des sommes aussi considérables.
Interrogée si elle connaît un avocat nommé de Laporte ,
A répondu que oui ; qu’elle l'a connu par un sieur Renier; que le sieur de Laporte lui a j>résenté un j)i’ojet
qu’il voulait faire réussir, pour lequel <îlle lui a procuré une entrevue avec le cardinal, qui devait avoir pour lui cinq pour cent de bénéfice, et elle un sou d’intérêt. Le sieur de Laporte a vu plusieurs fois le cardinal pour cet objet. Que le sieur de Laporte a en outre jirésenté au cardinal plusieurs particuliers, (jui sont l’abbé Béringard (;t deux négociants, qui ont donné des mémoires pour des projets qu’ils avaient, en b; priant de s’interposer auprès du ministre pour les faire réussir, et lui faisaient entrevoir qu’il aurait 1 ,000, 000 pour lui ; le sieur de Laporte a ramené ces particuliers chez la ré])ondante, à qui ils ont para enchantés du cardinal, et le sieur de Laporte a engagé elle, répondante, à employer son crédit pour ces messieurs auprès du cardinal, en lui disant <pi’elle jtoiirrait tirer un bon jiarti de ces messitmrs; à quoi elb; lui répondit qu’elle ne voulait pas qu’on lui parlât d’intérêt lorsqu’il était ([uestion d’obliger; b; sieur de Laporte la pria d’accepter les 30,000 francs cpi’on lui offrait, que cela la mettrait à portée de les lui prêter jiour faire face à des lettres de change de 2,000 écus, dont b; sieur Renier s’était rendu caution, et qui étaient protestées, et pour lesquelles il n’avait plus (prun délai de six semaines; qu’il tremblait de voir arriver ce moment, qu’on vint saisir chez lui, et qu’il ne soit ])erdu; qu’elle lui dit qu’elle était fâchée de sou embarras; qu’elle ne pouvait se prêter à ses désirs, d’autant que l’affaire de ces messieurs n’était pas terminée; ajoute que le cardinal dit à ces négociants : «Votre affaire n’est pas près de finir.
PIECES JDSTIFIC.VTl VES.
il ne pourra en être question qu’à mon retour de Saveme; partez, soyez tranquille, je vous ferai avertir quand il en sera temps. » Que ces messieurs, avant de partir, envoyèrent à la déposante deux très-belles robes d’un prix fort considérable, dont elle leur a écrit qu’elle ne ferait usage , parce que cela était trop beau ; que ces négociants se nomment Perrin. Ces messieurs lui écrivirent que M. de Laporte et l’abbé Bëringard les pressaient pour qu’ils leur portassent une somme de 30,000 livres, sur quoi ils lui demandèrent ses conseils. Elle leur écrivit que, n’étant pas au fait de leur affaire, qui était entre les mains du cardinal, et sc méfiant des affaires du sieur de Laporte et de l’abbé Béringard , elle leur conseillait de leur refuser ce qu’ils demandaient.
Interrogée si elle n’a pas dit au sieur de Laporte qu’elle jouissait du plus grand crédit auj»rès de la Reine,
A répondu que si elle le lui avait dit, cela aurait été contradictoire avec ce qu’elle a fait en l’envoyant au cardinal.
Interrogée si au mois de décembre 1784, le .sieur de Laporte ne vint ])as lui proposer de s’interposer pour les sieims Bôhmer et Bassenge, afin de leur faire vendre à la Reine un beau collier de diamants,
A répondu qu’elle n’a point vu au mois de décembre le sieur de Laporte, et qu’il ne lui a point parlé de s’intéresser à faire vendre à la Reine, par Bôhmer et Bassenge, un beau collier de diamants; qu’elle ne l’a
IMFXES jrSTIFICATIVES. 2»5
VU pour telle fin qu’au mois de janvier suivant, avec le sieur Achette et Bassenge.
Interrogée si elle ne demanda pas à voir le collier, et si elle. n’indiqua pas un jour à cet effet,
A répondu que non.
Interrogée si le sieur Bassenge ne fut pas chez elle au jour indiqué et ne la pria pas de parler à la Reine et de la déterminer à faire l’acquisition du collier.
A répondu que si elle leur avait donné un jour, comme ils le disent, pour l’objet en question, elle n’aurait pas refusé de les voir, et ne leur aurait pas fait dire par sa femme de chambre (]u’elle ne |>uuvait les recevoir, attendu qu’il fallait qu’elle sortît ; (jue le sieur Achette, à la porte de son antichambre, lui dit : « Un moment , Madame , nous avons (]uel<{ue chose à vous montrer; pour celui-là, la >me n’en coûte lien, c’est l’affaire d’une minute. » ; qu’elle est entrée effectivement dans le salon, où sont entrés avec elle les sieurs Achette, de Laporte et Bassenge; qu’ils ont ouvert un écrin en lui disant : « Ce monsieur est joaillier de la Reine; il a le malheur d’avoir ce cxillier, qui lui coûte fort cher et le rend très-malheureux, eu égard au temps qu’il le garde; que cet objet est de 1,600,000 livres; que la perte qu’il fait des intérêts le gêne beaucoup. »
Ils lui dirent (jue le Roi avait gardé ce collier pendant trois mois, qu’il l’avait trouvé trop cher, et que des circonstances l’avaient empêché de l’accepter ; qu’AcIiette lui dit : « Nous savons. Madame, (jiie vous avez de très-belles connaissances, ne pourriez-vous pas
296 PIKCES JUSTIFICATIVES.
trouver dans le nombre cjueliju’un qui voulût acheter ce collier; on prendrait tous les arran^jements possibles, et l’acquéreur profiterait de l’embarras où nous nous trouvons. » A quoi elle répondit : « Je suis biçn fâchée de ne pouvoir vous être utile, aucune de mes connaissances ne pouvant acquérir un pareil objet. » Laporte et Acliette lui dirent à part : « Madame, M. le cardinal ne pourrait-il pas, auprès de M. de Galonné, à qui il dirait ce que nous venons de vous dire, en faire l’acquisition pour le Roi? » A quoi elle leur répondit qu’elle ne se mêlait pas de ces sortes d’alïâires ; qu’elle fit descendre son mari et se retira.
Interrogée si , ayant fait paraitre au .sieur Bassenge qu’elle ne s’était jamais mélée de pareilles négociations, elle ne lui dit pas ipi’il pourrait se présenter une occasion favorable qui la mettrait à même d’en parler à la Reine, ce qu’elle ferait avec grand plaisir; si elle n’ajouta pas (pi’elle croyait que la Reine prendrait le collier, et que, si elle ne l’achetait pas, elle connaissait quelqu’un (jui pourrait l’acheter,
A répondu que ces messieurs ne lui ont jamais parlé de la Reine ; qu’elle ne leur en a pas non plus parlé ; (pi’ils l’ont seulement priée d’en parler à ses connaissances et d’engager M. le cardinal à le faire prendre par le Roi.
Interrogée si trois semaines après elle n’a pas fait dire au sieur de Laporte de venir dîner chez elle ; si elle ne lui dit pas d’avertir les joailliers de venir le lendemain , parce qu’elle croyait que la vente du collier se
ferait, la Reine lui ayant témoi^jné une grande envie de l’avoir, mais qu’elle exigeait le j)lus grand secret , vu qu’elle n’en n’avait pas parlé au Roi , et que ce serait un grand seigneur qui serait cliargé de cette négociation ,
A répondu qu’elle ne peut que répéter la même chose, et que cette histoire parait avoir été concertée entre eux tous pour donner plus de vraisemblance aux suites de cette affaire.
Interrogée si Rassenge ne se rendit pas chez elle le lendemain matin , si elle ne lui dit pas qu’elle avait de bonnes nouvelles à lui annoncer ; que la Reine désirait le collier, qu’elle en ferait l’acquisition, qu’elle ne pourrait la traiter directement avec lui , mais qu’elle en chargerait un très-grand seigneur «jui se rendrait chez lui Rassenge pour lui faire des propositions j)our ladite acquisition ,
A répondu qu’elle a vu Rassenge une première fois, comme elle vient de nous l’expliquer, et qu’elle ne l’a vu la seconde fois qu’après l’acquisition du collier, qui était cinq jour.s après, et <pic tout le surplus de la demande est faux.
Interrogée si de Laporte n’est pas venu le lendemain chez elle, et si elle ne lui dit pas que la vente du collier serait prompte, parce que la Reine voulait l’avoir pour la Chandeleur,
A répondu que tout cela est faux; qu’elle n’a vu de Laporte qu’après l’acquisition du collier, pour la seconde fois avec Bühmer et Rassenge.
Interrogée si elle ne déclara pas au sieur de Laporte que c’était le cardinal qui était chargé de cette affaire, sur quoi de Laporte ayant témoigné son étonnement , parce qu’il savait que le cardinal n’était pas favorisé de la Reine, elle ne lui dit pas qu’elle avait remis le cardinal dans les bonnes grâces de 1a Reine, et que cette occasion affermirait sa faveur,
A répondu que tout ceci est faux, et que cela lui parait être une suite de la cabale formée conti’e elle.
Interrogée si après l’entrevue avec Rassenge elle n’a pas été trouver le cardinal et ne lui a pus apporté une lettre prétendue écrite par la Reine, par laquelle la Reine manpiait le désir d’acquérir le collier, et que ne voulant pas entrer elle-même dans les détails de l’acquisition et des arrangements à prendre, il lui serait agréable qu’il traitât de cette affaire, qu’il prit toutes les mesures, et qu’il déterminât les époques de payements,
A répondu que si elle a porté et montré une lettre de la Reine, elle exige qu’elle lui soit montrée , le cardinal n’ayant pas dii s’en tenir à ce qu’elle lui disait ou lisait, et ayant dû par lui-même s’assurer de la vérité de la lettre et la garder par devers lui , surtout devant être fort étonné que la Reine ne lui eût donné jusque-là aucune marque de bonté , puisqu’il prétend ne lui avoir parlé qu’au mois de juillet dans une charmille, quoiqu’il ait eu souvent depuis, par sa jilace, l’honneur de la voir fréquemment, et qu’il s’était plaint souvent à elle, répondante, de sa disgrâce auprès de la Reine, qui était p<d)lique.
Interrogée si quelques jours après elle ne dit pas au cardinal que la Heine désirait que le marché fut conclu très-prom]itement ,
A répondu que non.
Interrogée si le 24 janvier 1785 elle ne fut pas dans la matinée avec son mari chez Bassenge lui annoncer que le grand seigneur qui était chargé de la j)art de la Reine de faire l’acquisition du collier allait paraître, et si elle ne dit pas à Bassenge qu’il était inutile de le nommer, A répondu que le lendemain qu’elle a vu le collier, elle en a parlé dans la conversation au cardinal en lui disant qu’on lui avait montré un collier, et qu’elle lui a dit ce qu’elle nous a déjà dit dans ses précédentes réponses; que le cardinal n’avait pas fait d’attention à cela, mais que le lendemain ou le surlendemain , de grand matin, le cardinal lui ht demander pur écrit l’adresse des joailliers; que ne la sachant pas, son mari fiit lu demander chez le sieur de Laporte et apj)rit que c’était le sieur Bôhmer, rue Vendôme, au grand Balcon ; elle le manda au cardinal et fut sur-le-champ avec son mûri, dans son cabriolet, chez Bôhmer, qu’elle ne trouva pas; elle fut adressée au sieur Bassenge, son associé, à (jui elle montra les deux lignes qui lui avaient été écrites par le cardinal, et lui dit qu’il pouvait venir incessamment, puisqu’il lui faisait demander leur adresse, en lui disant que s’il venait pour l’acquisition du collier, il prît bien ses sûretés vis-à-vis de lui ; qu’elle ne lui jtarla pas de la Reine et ne lui fit pas défense de la nommer.
Interrogée si elle ne sait jius que le cardinal fut le même jour, 24 janvier, chez les Hohmer, et si le cardinal lui ayant rendu compte de ce qui s’était passé, elle ne lui dit pas (jue la Reine désirait voir cette affaire terminée promptement,
A répondu qu’après cette époque elle a été plusieurs jours sans voir le cardinal ; qu’elle a appris que l’acquisition du collier était terminée par les joailliers et le sieur de Laporte; (jue les joailliers lui ont dit qu’ils étaient très-contents, qu’ils venaient lui faire leurs rcmercîments, et qu’ils lui firent entendre qu’ils seraient f()rt aises de lui témoigner leur reconnaissance ; qu’elle leur répondit fort sèchement qu’elle était fort aise ([u’ils fussent satisfaits; qu’elle avait coopéré pour fort peu de chose à la conclusion de leur marché ; (ju’ati suiqilus elle ne voulait c|ue le plaisir de les avoir obligés, et elle leur demanda s’ils avaient bien pris leurs précautions, et qu’il n’y eut pas d’autre explication.
Interrogée si le cardinal ne lui a pas montré l’écrit contenant les conventions et conditions du marché que les joailliers avaient acquitté et signé ; si le cardinal ne lui a pas remis cet écrit; si elle ne le garda ]>as pendant deux jours sous le prétexte de le communiquer à la Reine, et si elle ne le lui rendit pas en lui disant qu’il était inutile que les conditions et conventions du marché fussent apjirouvées et signées par la Reine , parce que la Reine payerait sous peu de jours ,
A répondu que tout ce que nous venons de lui dire est faux ; que le cardinal ne lui a pas remis l’écrit dont
l'IKCES JUSTIFICATIVES. 301
nous parlons; que tout ce qu’elle va nous raconter, c’est ce qu’elle a su du cardinal relativement à l’acquisition du collier, c’est qu’après avoir appris par les joailliers, coiumo elle nous l’a dit, que le cardinal avait acheté le collier; la première fois qu’elle le vit, voyant qu’il ne lui disait rien, elle voulut le plaisanter et lui dit : « Vous êtes bien discret; vous ne me dites pas que vous avez vu les joailliers et que vous avez fait l’emplette du collier. » Il lui répondit : « Ah ! ah! vous êtes bien curieuse; eh bien, devinez pour t|ui ? » Elle lui répondit : « Je ne sais pas. » Il lui répliqua : « C’est pour votre .souveraine; mais surtout le plus grand secret, car tout serait perdu. »
Interrogée si au contraire de ce qu’elle vient de nous dire, le cardinal n’insista pas pour que la Reine approuvât et signât les conditions du marché, en lui observant que plus les joailliers mettaient de confiance en lui, plus il (levait leur faire voir qu’il s’occupait de leur intérêt; si elle ne reprit pas le marché et ne le rapporta pas au cardinal avec les mots approuvé et la sijpiature Marie-Antoinette de France, comme étant de la Reine, A n-pondu que tout cela est faux , et qu’elle ne peut que répéter ce qu’elle nous a dit;
Lui avons représenté ledit écrit, et interpellée de déclarer si elle a montré cet écrit à la Reine , si la Reine a écrit en marge les mots approuvé et signé M arie-Antoinette DE France,
A répondu que voilà la première fois qu’elle voit cet écrit, qu’elle désirait beaucoup connaître; qu’elle
reconnaît l’écriture pour les propositions et conditions du marché pour être écrite par le cardinal ; ne connaît pas les acceptations qui sont au bas dudit écrit, ni l'écriture des mots approuvé et la signature Marie-Antoinette DE France , et est prête de le parapher.
A elle demandé si elle reconnaît l’écriture et la signature de la Reine, et si elle peut dire que ce soit l’écriture et signature de la Reine,
A répondu qu’à cette époque elle n’avait jamais vu l’écriture ni la signature de la Reine ; que la première fois qu’elle l’a vue a été lorsque le cardinal a été chez elle le 3 août dernier et lui a montré différents morceaux de lettres qu’il lui a dit être écrits par la Reine ; se réservée de nous dire par la suite à quelle occasion; observe que la signature Marie-Antoinette de France lui parait très -extraordinaire et aurait dû jiaraître telle au cardinal, lequel était plus à portée de savoir comment la Reine signait.
Interrogée si ce n’est pas elle qui a écrit le mot approuvé et qui a signé,
A répondu que non.
A elle demandé si ce n’est pas elle qui a fait écrire et signer par sa femme de chambre ou quelque autre personne de sa connaissance,
A répondu que non.
Interrogée si elle n’a pas dit au cardinal que l’intention de la Reine était que les intérêts fussent payés pour les sommes qui resteraient dues après le premier payement fait.
A répondu qu’elle ne sait pas ce que tout cela veut dire.
Interrogée si , ayant su que le collier avait été livré et vendu au cardinal le 1" février, elle ne fut pas le même jour à Versailles chez le sieur Gobert, place Dauphine, où elle demeurait,
A répondu qu’elle nous avait déjà dit qu’elle n’avait jias su le moment de la remise du collier; qu’il peut bien se faire qu’elle ait été ce jour-là à Versailles, parce qu’elle y allait très-souvent pour ses affaires et celles de sa famille.
Interrogée si le même jour, I" février, le cardinal ne fut pas la trouver Chez le sieur Gobert ,
A répondu qu’elle ne sait pas si le cardinal est venu ce jour-là chez elle; que le cardinal, toutes les fois qu’il venait à Versailles, venait la voir chez elle.
Interrogée si, peu de moments après que le cardinal fiit entré chez elle , on ne vint pas lui dire (jue cpielqii’iin demandait à lui parler, et si elle ne dit pas au cardinal que c’était quelqu’un de la part d<; la Heine,
A répondu que lorsque le cardinal était chez elle personne n’y entrait et que sa porte était défendue.
Interrogée s’il n’est pas vrai que le cardinal se retira dans une alcôve de papier dont In porte était entr’ ouverte, et si pour lors il n’entra pas un homme habillé de noir qui remit une lettre à elle répondante, et si, après avoir décacheté la lettre, elle ne fit pas sortir l’homme habillé de noir et n’apporta pus au cardinal la lettre, qu’elle lui dit être de la Reine; laquelle lettre
IMECES JUSTIFICATIVES.
portait qu’on pouvait remettre le collier à celui qui apportait la lettre, et si le cardinal ne lui remit pas le collier renfermé dans une boite, et si elle ne le remit pas à cet homme habillé de noir, et si le cardinal ne lui demanda pas quel était cet homme, et si elle ne lui répondit pas qu’il était de la chambre de la Reine et de 1a musique du Roi ; si ce n’était pas le même qui , lors de l’entrevue du jardin, était venu dire : « Voilà Madame et madame la comtesse d’Artois, »
A répondu (jue tout ce que nous lui demandons est faux; qu’il n’est pas possible de croire que le cardinal étant venu exprès pour apporter le collier, avant vu un homme et une lettre «ju’on lui annonçait venir de la part de la Reine pour qu’il remit le collier, n’ait pas parlé lui-même à cet homme et ne lui ait pas remis lui-même un objet aussi précieux, et se soit tenu caché dans un moment où il devait prendre les plus grandes précautions; qu’au surplus, M. le cardinal doit avoir la lettre en (|uestion , et qu’elle lui sera représentée.
Du 24 janvier 1786.
Interrogée si ce n’est pas j)our ôter toute inquiétude sur la négociation (pi’elle avait tramée du collier pour se l’approprier, qu’elle dit aux joailliers de bien prendre leurs arran(;ements avec le cardinal ; et si ce n’est pas pour ôter tout .soupçon qu’elle a refusé les présents qu’ils voulaient lui faire ,
A répondu qu’elle n’a point tramé aucune négociation pour s’approprier le collier; que, si elle en avait
été capable, elle aurait accepte un présent de 100,000 francs qui lui avait été offert, dont 60,000 francs en diamants, soit en bagues, montures de boucles d’oreilles et montre avec sa chaîne, et 40,000 francs pour son mari , savoir, deux bagues, une montre et une chaîne de diamants; observe qu’il y avait en outre 100,000 francs pour les autres négociateurs, de Laporte, Achette Renier, et un baron qui est chez Renier et qui est parent du cardinal ; que le sieur de Laporte avait écrit sur un papier qu’il lui a montré toutes ces conditions, en la priant de les accej)ter; elle, le priant de ne lui en point parler, parce qu’elle avait très-peu contribué à la vente du collier, et qu’elle n’était j>as fuite pour recevoir des présents pour avoir rendu des services; ajoute que c’est le sieur Renier qui lui a apporté cet écrit; qu’il a demandé à sa femme de chambre une de ses bagues pour servir de modèle , et que ledit Renier, en lui rapportant sa bague qu’elle avait envoyé chercher, lui dit : « Vous trouverez bon, madame, que 1 on fasse présent à votre femme de chambre de vingtcinq louis en or et d’une bague. »
Interrogée si , nonobstant le refus d’accepter ce qui lui était offert , il n est pas vrai que son mari dit ;
« Vous avez eu tort de ne rien prendre, parce que, étant des jeunes gens qui n’étaient pus riches, des diamants étaient bons à recevoir, »
A répondu que rien n’est plus faux; que son mari était trop délicat pour cela, et tout ce qu’elle peut dire , c est qu elle les a refusés ; ajoute que les sieurs
PIÈCES JCSTIFICATIVES.
Renier et de Laporte l’ont pressée d’accepter ce qui lui était proposé, en lui disant de se Faire remetti'e les 100,000 francs qui lui étaient offierLs par les joailliers , tjui se répandraient sur eux avec les autres 100,000 francs qui leur étaient promis; qu’il n’était pas juste que les joailliers profitassent du désintéressement (ju’elle avait ; que cet écrit et ces propos ont été tenus en lu présence de sa femme de chambre , qui la coiffait; depuis ce temps elle a refusé sa porte à ces particuliers, qui se sont présentés nombre de fois chez elle.
Interrogée si elle n’a pas été en possession du collier, et si elle et son mari ne l’ont pas démonté ,
A répondu que non, ne l’ayant pas eu à sa possession.
Interrogée si dans le mois de février, elle et son mari ne furent pas chez le sieur Furet, horloger, voir des pendules; s’ils n’en prirent pas trois pour le prix de 3,720 livres , et si son mari ne donna pas à compte deux diamants évalués 2,700 livres,
A répondu ([u’elle a été non pas dans le mois de février mais au commencement de mars, avec son mari , chez le sieur Furet, qui les avait engagés à venir voir
une pendule qu’il avait faite pour le comte d’ ,
qui devait purtii- le lendemain ; le sieur Furet lui montra plusieurs montres garnies de diamants et l’engagea d’eii prendre une ; que pour lors elle tira sa bourse, aans laquelle il y avait huit ou dix diamants, lesquels provenaient de vingt-deux diamants qu’elle avait
chez elle, que M. le cardinal lui avait remis dans les premiers jours de mars chez lui , lesquels il avait tirés d’une hoite de sapin blanc entortillée de coton, et en les tirant de cette boîte il lui dit : « Voilà des diamants ; si vous étiez intelligente...; mais non, votre mari pourrait me dire ce qu’on en offre; d’ailleurs, j’ai la note. » Que le prince passa dans son cabinet d’histoire naturelle, les mit sur des tablettes, les pesa dans des balances jaunes, et lui dit ; « Il y en a pour 15,000 francs. » Qu’elle lui répondit : « Prince, mon mari n’est pas connaisseur, il pourrait bien ,se laisser tromper, je lui en parlerai avant d’emporter la boîte. » Le lendemain matin, le cardinal lui envoya par son suisse les vingt-deux diamants dans une petite boîte bien cachetée, et une lettre où il y avait dedans : « Défaites-vous de cela au plus vite. » Qu’elle a montré cette boite ii un homme qui coupait ses cors et aiupiel elle dit : « Ne pourriez-vous pas trouver quejqu’un qui put acheter ces diamants? » Il lui dit : «.le pourrai vous amener quelqu’un demain matin, qui pourrait bien faire votre affaire. » Effectivement, il lui amena le lendemain matin Berthe Ibrahim, juif, auquel elle montra la boite de diamants; il lui dit ; « Madame, si vous voulez me les confier, je les montrerai h quelqu’un de mes camarades. » Elle lui dit ; « Non, puisque vous ne voulez pas les acheter fout de suite ici. » Elle ne le revit plus. Que trois jours après, le sieur Rétaux de Villette étant chez elle , elle le pria de lui trouver un juif pour lui acheter ces diamants comptant; qu’il lui dit : « Si
VOUS voulez me les confier, je connais uo juif (|ui est dans ma rue, rue des Petits-Carreaux, qui vous les achètera , ou son cousin , qui (,‘st un (jros bijoutier. » Il partit avec la boite, fut trouver le juif, qui le conduisit chez son cousin, (|ui n’offrit de ces viii{[t-deux diamants (jue 7,000 livres, llétaux lui dit ; » Puisque vous ne ni’en oflrcz pas davantage, quoique l’on m’ait dit qu’ils valaient 15,000 francs, je les emporte, peut-être vous les rapporterai-je chez vous cette après-midi. » Que le sieur Filleul, avocat de Bar-sur- Aube, se trouvant chez elle , elle lui dit : « Je suis fort embarrassée de vingt-deux diamants que j’ai à vendre, pourriez-vous me trouver (|uelqu’un <|ui put me les acheter argent comptant? Ils sont de 15,000 francs. » A quoi il lui répondit : « J’irai chez le sieur Paris, joaillier, mon cousin, je lui en parlerai avant que vous me les confiiez. » Effectivement, il revint chez lui et lui dit que son cousin ne pourrait les payer qu’en deux payements. U Voyez si cela vous convient, mais je vous prie, si vous les vendez, de ne les pas vendre à d’autres , j>arce que je lui ai fait espérer. » Qu’elle vit dans cet intervalle de temps M. le cardinal, pour savoir si cet arrangement lui convenait; il lui dit que puisque l’on ne pouvait pas faire autrement, qu’il fallait les donner ; <pie ce jour-là même M. le cardinal lui donna encore une boite de bois blanc dans laquelle il se trouvait des diamants fort petits, cependant que la totalité était de 9,000 livres; qu’elle l’emporta; qu’elle fil venir le lendemain le sieur Renier, bijoutier, à qui elle demanda s’il ne pouvait pas
lui faire vendre cette quantité de diamants , qui pouvaient valoir alors 9,000 francs au moins; qu’il les emporta chez lui ; qu’il les {jarda jusqu’au premier jour d’avril; que le sieur Filleul avait porté au sieur Paris les vingt-deux diamants dont est question et a raj)porté 8,000 à 9,000 francs en argent et le surplus en effets du sieur Paris, payables dans le courant d’avril; que les 9,000 francs lui ont été donnés pour elle en pur don par le cardinal ; que quant aux 8,000 ou
9.000 francs qu’elle avait reçus du sieur Filleid pour les vingt-deux diamants, elle les a remis k M. le cardinal , en gardant par devers elle le billet jusqu’à son échéance, comme l’a désiré M. le cardinal ; qu’à l’échéance du billet, en ayant reçu le montant, elle l’a remis de même à M. le cardinal ; <jue dans les premiers jours d’avril, M. le cardinal lui a donné un brillant valant 3,100 livres, qui a été vendu au sieur Renier, plus des petits diamants pour 2,4-40 livres; (jue ces deux objets, montant à 5,540 livres, lui ont été donnés en pur don par M. le cardinal; que dans le courant d’avril, il lui a été remis encore par M. le cardinal seize diamants valant 18,000 francs, qui ont été portés par le sieur Filleul' au sieur Paris, qui, au lieu de
18.000 francs n’en a offert que 16,000; qu’elle, répondante, en ayant fait part à M. le cardinal, il les a acceptés; le sieur Filleul lui a rapporté les 16,000 francs, (pi’elle a remis à M. le cardinal ; que dans le commencement de mai, M. le cardinal lui dit ; « Je cherche ]>artout le portrait de la Reine et je ne le trouve pas;
PIECES JCSTIFICATIVES.
puisque vous avez un liurome alfide , <|ui est le sieur Renier, il pourrait me trouver quelqu’un qui pourrait l’avoir; voyez-le, parlez-lui pour cela; je le ferais mettre sur une boite à bonbons, pour l’cntonraye de lu<|u(.'llc je vais vous donner des diamants. » Qu’il lui en donna effectivement (ainsi que deux brillants pour être montés en bagfue, l’un de 2,000 écus pour elle, et l’autre de j)lus y rande valeur ; (jue ces deux bagues ont été montées jiar le sieur Renier, et que cette dernière était pour son mari) , lesquels elle remit au sieur Renier en lui demandant ce que M. le cardinal désirait, et voyant huit jours se passer sans avoir pu trouver de portrait, elle se rendit à Versailles, le cbevalier de Reanmont vint cliez elle le matin, elle lui demanda s’il faisait toujours des portraits : « Il y a longtemps que vous me promettez de faire le mien. » Il lui tira de sa poche un portefeuille pour lui montrer celui de sa fi-nune, beaucoup d’autres, et celui de la Reine, qui n’était pas fini, et (ju’il dit tenir d’un fameux peintre, et (pii était très-ressemblant; que là-dessus elle lui dit : « .le désirerais l’avoir pour quebju’un qui voudrait l’avoir; pourriez-vous me le prêter pour quebjue teiiqis? » A quoi il lui répondit : « Si c’est pour vous, c’est différent, niais un autre aurait-il la permission de le porter ? » Il le lui donna ; à son retour à Paris, elle le porta à M. le cardinal, qui le lu| rendit au bout de quelques jours en lui disant : « Faites-le faire tout de suite, » et d’y ajouter à la main une rose; qu’elle le porta à Renier, qui le fit faire par un peintre et fit la
boite aussitôt; Renier la lui apporta dans les premiers jours de juin ave«' la note, qui portait 980 et tant de livres, tant pour le portrait, la boîte par lui fournie, que pour la main-d’œuvre, lai|uelle note portait reçu; qu’elle la porta à M. le cardinal, qui ne fut pas satisfait du portrait, mais ne lui donna pas moins un billet de la caisse d’escompte de 1,000 francs. Du 20 au 22 du même ^ mois, M. le cardinal partit pour Saverne après avoir jiris congé du Roi ; le sieur de Carbonnicre vint chez elle dans le mois de mai, à six heures du matin, et lui demanda s’il lui serait possible de faire le voyage de Saverne d’ici à quatre jours; qu’il avait des choses importantes à faire tenir à M. le cardinal; que lui, très-occupé ii Paris, ne le jiouvait pas; que le cardinal lui saurait gré de ce voyage; quatre jours après, il lui apporta un gros paquet cacheté, lui prêta sa canne et dit liii-inéme au cocher : o Par la porte Saint- Martin jusqu’à Pantin, la juemière poste. » Ou’arrivée dans une auberge, elle manda au cardinal (pi’elle était arrivée : le cardinal l’envoya chercher dans une de ses voitures, elle lui remit le paquet; le cardinal l’engagea à dîner chez lui , ce (|u’elle refusa, étant en homme. Il l’envoya chercher à quatre heures après midi et lui dit: i< Je suis pénétré de reconnaissance de la peine que vous vous êtes donnée; voilà une boite dont je vous fuis cadeau (c’était la même bonbonnière qui avait été faite pur le sieur Renier), ouvrez-la et vous y trouverez quelque chose. » Qu’elle l’ouvrit et la trouva remplie de diamants non montés. « A l’égard du portrait ipii
PIECKS JUSTIFICATIVES.
est sur la boite, vous l’ôterez ou vous le laisserez, comme vous voudrez. « Qu’ensuite il lui montra une bonbonnière moitié plus {jrande que celle <]u’il venait de lui donner, entourée de très-{jros diamants, leva le médaillon et lui lit voir le portrait de la Reine, qu’il lui dit être plus beau que celui qu’il lui avait donné, et la chargea d’un paquet de lettres pour le sieur de Garbonnièrc; qu’à son retour à Paris elle le lui fit remettre par son portier avec sa canne; observe que pour ne pas interrompre les faits qui lui ont été personnels elle nous les a exposés de suite, et <ju’à présent elle va reprendre ce qui est relatif aux autres diamants qui lui lui ont été remis pour être portés et vendus en Angleterre.
Au mois de mars de l’année dernière, le cardinal lui dit : « J’ai vu quelqu’un qui désire beaucoup renouveler connaissanc(‘ avec vous; c’est un être bien extraordinaire; devinez qui : c’est M. le comte de Cagliostro, qui vous a vue à Strasbourg. Désirez-vous le voir? ce sera demain au soir, si vous le voulez. Vovez comme le public e.st injuste : on dit que je me ruine pour lui, et j)our lui faire plaisir. Kerivez-moi que vous désirez voir et; grand homme, cet homme extraordinaire. » Qu’elle lui écrivit qu’elle se rendrait le lendemain au soir; tju’elle s’y rendit, vit le comte de Cagliostro un moment; il se retira; qu’elle resta avec M. le cardinal, lequel lui dit : « Êtes-vous bien contente? Je vous vois en extase d’avoir vu un si grand homme, et si vous saviez ce qu’il est caj)able de faire; en un mot, on ne connait
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3i:j
pas de fortune à cet être , on ne sait pas qui il est , et il est dieu ; voyez ce portrait , voyez ces yeux qui regardent au ciel. Ah! c’est un homme bien extraordinaire; pour vous assurer de tout ce qu’il est capable de faire, amenez-moi, si vous voulez, une petite fille, un petit garçon de sept, huit à neuf ans; il vous fera voir des choses extraordinaires, que vous ne pourrez croire qu’en les voyant. » Sur quoi elle lui proposa , ayant chez elle une petite nièce , de la lui amener ; ce qu’il accepta , et le cardinal lui dit : « Avant, écrivez-moi encore que vous suppliez M. le comte de Gagliostro de le voir encore une seconde fois. » Ce qu’il accepta. Deux jours après, elle lui mena sa nièce, à qui M. le cardinal Ht beaucoup de caresses, et dit à elle répondante : « J’ai eu furieusement de peine à réussir auprès de M. le comte; remen iez-le bien. Allons, mademoiselle, «lit le cardinal, priez M. le comte de vous faire voir ce qui vous fera grand plaisir, et après cela vous pourrez dire être un ange. » Il y avait dans la chambre à coucher du cardinal vin;;t ou trente bougies allumées et une collation pour sa nièce; que le cardinal dit à sa nièce : « Allez, mademoiselle, auprès de M. le comte; ne le craignez pas, il ne vous fera pas de mal. » M. le comte la fit mettre ii {{cnoux, lui fit promettre de ne jamais révéler à j)ersonne ce (ju’elle allait avoir le bonheur de voir; il la para d’un cordon bleu, vert, noir, et un blanc, au bas desquels il y avait une croix et crachat, et un tablier blanc sur lequel il y avait différents ordres et garni d’une belle dentelle en argent;
PIECES JÜSTIKICATI VES.
ensuite il lui posa son epcc nue sur la tête, lui fit prononcer ces mots : « Je t’ordonne, au nom du grand Gofte, de Michaël, etc., de me faire voir tout à l’heure ce que je te dirai. » Et la prenant par la main, la Ht passer derrière un paravent, où était une table, une bouteille d’eau très-claire, lui Ht mettre la main dessus, et le comte repassa de l’autre côté du paravent, où elle était, elle répondante, et le cardinal; leur fit faii-e silence, et le comte prononça des mots auxquels elle n’avait rien compris, et que le cardinal disait que c’était pour chasser le démon, et dit à sa nièce : n Dis : Je t’ordonne de me faire voir tout ce que je voudrai, frappe; que vois-tu? Tiens toujours la main sur la bouteille; que vois-tu? — Rien, monsieur. — Frappe encore, frappe, frappe; que vois-tu? ne vois-tu pas une femme vêtue de blanc, figure allongée, blonde et un gros ventre? — Oui, monsieur. — Qui est-ce? Ne vois-tu pas la Reine? la connais-tu? — Oui, monsieur, c’est la Reine. — Dis encore : Au nom du grand Gofte, je t’ordonne de me faire voir tout ce que je voudrai. Frappe; que vois-tu, petite? ne vois-tu pas un ange à ta droite qui vient à toi pour t’embrasser? le vois-tu? — Oui , monsieur. — Eh bien , baise-le fort, » Trois jours après, le comte de Gagliostro n’étant pas satisfait de cette séance et n’ayant pas vu tout ce qu’il désirait, en demanda une autre (ju’il remit ù trois jours après. Il désirait que sa nièce vint habillée tout en blanc, jusqu’aux souliers, coiffée fort bas; il lui fit recommencer la même cérémonie; que M. le cardinal la
faisant passer, elle 'répondante, derrière le paravent, le comte de Ga{;li6stro les fit mettre à genoux tous deux, dit à la petite : » Je t’ordonne, etc. Que vois-tu, petite? regarde au bout de mon épée ; ne vois-tu pas quelqu’un à genoux? qui est-ce? nomme-les. — C’est monseigneur et ma tante. — Que fait-il, monseigneur? — Il prend un écu de 6 francs dans une tabatière que vous tenez. — Que fait-il encore? — Il sort encore de lu même boite un éai de 3 livres. — Que vois -tu encore au bout de mon épée? ne vois-tu pas un palais mugnifi<pié et un jardin? — Oui, monsieur. — Qui vois-tu dedans? — Rien, monsieur. — Regarde bien. — Je ne vois rien , monsieur. »
Que Gagliostro , voyant qu’elle ne voyait rien , dit à M. le cardinal : « Elle est trop grande, elle n’est pas pure; il me faudra un autre enfant. » JI. le cardinal répondit : « Un de ceux que vous savez bien. » Huit jours après , il recommença la même scène avec deux enfants tour à tour; au mois d’avril, il y eut encore une pareille scène avec un des enfants, qu’il renvoya après, et fit apporter une table à côté du salon, et posa dessus une grande quantité de lumières et son épée nue en croix avec un poignard , différentes médailles , des croix de Jérusalem et de Saint-André, fit poser à la répondante la main dessus, en la faisant jurer que de sa vie elle ne dirait ce qu’elle voyait, ce qu’elle entendait, ce qui allait lui être proposé, et sur ce mot le comte de Gagliostro dit au cardinal : « Prince, allez donc; allez donc, prince. » Ils parlèrent très-bas;
316 PIÈCES jrSTIFICATlVES.
M. le cardinal alla à son secrétaire, (|iii est à côté de son cahinet, et en rapporta une boite de bois blanc ovale, un peu grande. Cagliostro lui dit ; « Il y en a encore une autre, apportez-la. » Toutes deux étaient rennplies de diamants, et dit à lu répondante : <■ Votre mari voudrait-il aller en Angleterre, si je l’y envoyais? Je lui donnerais 2,000 écus qu’il porterait chez un banquier, ici de Londres. » Sur ce qu’elle lui demanda quel était le nom de ce banquier et sa demeure, il lui répondit ; « L’est Bergaud, rue du Sentier; il est mon banquier ordinaire; voici des diamants, j’en fais le prix. Recommandez à votre mari que s’il ne les vend pas sans être montés, il n’en rapporte pas ici sans l’être. »
Sur cela, son mari est parti. M. le cardinal, impatient de voir qu’il était longtemps, dit à elle répondante : « Kcrivez donc à votre mari qu’il vienne et qu’il ra’aj)porte l’argent qu’il a reçu, parce que j’en ni le plus grand besoin, ayant pris des engagements dont j’ai bien des regrets. « Sur les différentes questions qu’elle lui fit pour <pioi étaient ces engagements, il lui répondit: U Vous avez vu chez moi, la .semaine sainte, une femme; c’est à elle que j’ai promis 500,000 livres; elle est Allemande, c’est pour la marier avec quelqu’un de nom à Ver,sailles. J’ai eu un enfant d’elle que je voudrais fiiire légitimer; elle me ]>resse beaucoup. » Elle répondante, lui répli<jua que cette femme était couverte de diamants, qu’elle n’avait pas besoin de 500,000 livres. Il lui répondit : « Elle les vendra, si je
ne lui donne pus les 500,000 francs. » Ayant dit à son mari, d’après les ordres du cardinal, de revenir promptement, il revint le 29 mai, et rapporta des effets en papier pour 121,000 livres sur Ber^jaud, un médaillon à peu près de 1,000 écus, une paire de (girandoles de 2,000 écus, une épinjjle, deux (p'osses hagues pour homme, cpie le cardinal avait recommandé de faire monter; que l’effet de 121,000 livres, son mari le lui ayant remis pour le remettre à M. le cardinal, elle le lui a remis ainsi (|ue les diamants. Le cardinal décacheta le paquet et lui dit : « Faites-moi le plaisir de dire à votre mari de j)orter les effets chez son bamjuier pour être convertis en billets de la caiss<! d’escompte. » Et qu’elle a reporté au cardinal les effets que son mari avait convertis. Le cardinal lui dit : « C’est bon. » Et il ajouta : « Voilà pour toutes vos peines : ces boucles d’oreilles, cette épinyle et ce médaillon.» Elle lui dit : « Prince, mon mari a laissé en Angleterre une quantité de diamants à monter ou à vendre; comme vous l’avez pressé, il est revenu et les a laissés. » Sur quoi il lui dit : « C’est bon, je désirerais qu’on les veiulit plutôt que de les renvoyer montés; vous me direz (juand vous en aurez des nouvelles. » Son mari ayant écrit à la personne à qui il avait remis ces diamants, elle lui fit réponse qu’ils étaient montés, et lui manda par quelle voie il désirait qu’on les lui fit passer; qu’elle répondante montra cette lettre à M. le cardinal, qui lui dit : « Ce n’est pas pressé, j’ai mes objets remj)lis; je verrai cela à mon retour de Saverne. »
318 PIÈCKS JDSTIFICATIVES.
Du 25 janvier 1786.
A elle représenté que ce qu’elle nous a dit dans la séance d’hier parait être extraordinaire. A elle demandé si elle a des témoins à nous administrer de ces différents faits, et sommée de nous représenter le billet de M. le cardinal à elle apporté par son suisse lors de la remise de la boite de diamants ,
A répondu (pie les faits qu’elle nous a dits sont de la plus exacte vérité ; qu’elle ne peut avoir d’autre témoins de la première remise des diamants que le suisse du cardinal qui lui a apporté la boîte et remis le billet; qu’elle ne peut jias nous représenter le billet, vu que le cardinal lui a repris tous ses papiers lorsqu’il l’a tenue en cliartre privée avec son mari et sa femme de chambre dans son h(itel, le 5 août; que quant à la seconde remise de diamants qui lui a été faite, elle n’en a pas d’autre témoin que le cardinal , puisque ces diamants lui ont été remis après le serment <pie lui a fait prêter le sieur de Caçliostro ; observe relativement à ce (ju’elle nous a dit (pic M. le cardinal lui avait envoyé une boîte de diamants et un billet par son suisse, que si le fait n’était pas la pure vérité , elle nous aurait dit tout uniment que M. le cardinal lui avait remis de la main à la main.
A elle représenté qu’il paraît qu’elle s’est approprié les diamants, puisque à cette époque-là le faste et l’opulence ont paru régpier dans sa maison ; qu’elle a eu des chevaux, des voitures, des domestiques en
abondance; (|u’elle a acheté beaucoup de meubles et de vaisselle d’argent, et qu’on lui a vu à elle et il son mari beaucoup de diamants ,
A ri'pondu qu’à cette époque-là sa maison n’a pas augmenté ; qu’elle a eu en l’année 1784 même nombre de chevaux , de voitures et de domesticpies ; que dès cette année-là Renier lui a fourni de l’argenterie et des diamants; qu’elle ne s’est donné en l’année 1785 que pour 1 ,000 écus de vais.selle à son retour de Saverne , d’après le dernier cadeau que lui avait fait le cardinal ; qu’à l’égard de ses meubles, elle les a eus successivement dès qu’elle est entrée dans sa maison en 1782; qu’au surplus , ses meubles n’étaient pas fort conséquents, ils avaient été achetés de hasard et ne sentaient j>as la grande opidence ; que son mobilier qui a été saisi a été estimé en totalité 60,000 livres, ce qui ne doit pas paraitn; considérable si l’on fait attention à ce qu’elle nous a déjà dit que M. le cardinal lui avait fait des j)résents considérablc's , et qu’elle en avait reçu des princes et ])rinces.ses du sang et des mini.stres, à raison de ses malheurs et de sa naissance; .
A elle demandé si le cardinal est venu souvent chez elle dans le courant de l’année 1785,
A répondu que, quand elle était à Versailles, elle le voyait tous les jours; qu’à Paris, il n’y avait pas de changement dans ses visitçs; qu’il y était venu sept ou huit fois jusqu’à l’époque du mois de juillet, où elle a eu une maladie considérable, pendant laquelle il est venu trois ou quatre fois, écrivant tous les jours à .sa
femme de chambre pour avoir de ses nouvelles; laquelle fiîmme de c hambre j)eut avoir les lettres en sa possession .
Lui avons représenter une; lettre sans date, sifjnée Gray, adressée à M. U; comte de Valois de Lamotte, sommée de la reconnaitre et de la parapher.
La répondante, après l’avoir examinée, a dit la reconnaître pour être celle cpie le sieur Gray a écrite à son mari , et est jrréte de la parapher.
A elle rejrrésc'ntés les deux lettres de crédit des banquiers de Londres et les deux reçus que son mari a donnés; sommée de les reconnaitre et de les parapher,
A répondu, après les avoir examinées, cju’elle ne les reconnaît pas, les voyant aujourd’hui pour la première fois , et reconnaît seulement la sifpiature de son mari étant au bas des deux reçus, et croit inutile de les parapher.
A elle demandé si elle sait à quoi peut monter 1a totalité des diamants qui lui ont été remis par le cardinal, et si elle croit que cela fasse la totalité ou une partie du collier,
A répondu cjue les diamants cpi'clle a reçus de M. le cardinal montent ii 377,000 livres, d’après l’évaluation (|ui en avait été faite tant à Londres qu’à Paris, y compris ceux qui sont restés en Angleterre ; qu’elle est bien éloignée de croire ejue cela fasse la totalité du collier ; qu’elle a ouï dire au cardinal cju’il avait donné beaucoup de diamants à une femme dont elle nous a parlé précédemment , lacpielle il devait faire épouser à
PIÈCES .IDSTIFICATI VES. 321
lin baron attaché à MoNSiEcn; qu’elle a encore ouï dire à plusieurs personnes ipie l’on était scandalisé, les Femmes honnêtes et celles qui ne le sont pas, de la ipiantiti! de diamants que portait la dame de Cagliostro; (pi’on lui a dit, en outre, que le sieur de Ca pliostro, qui passait pour n’avoir pas de fortune, était sur le point d’acquérir une maison de 50,000 éciis comptants.
Interrogée si elle connaît le sieur O’Neil, et si elle l’a engagé à aller en Angleterre avec son mari, lorsqu’il V a été pour vendre des diamants,
A réponilu ipie c’est son mari qui l’a eiqjagé; qu’au surplus, elle connaissait le sieur O’Xeil jiour un honnête homme et un homme sensé ; sachant le goût de son mari pour la déjiense, elle désirait (jii’il eût quelqu’un avec lui qui put le contenir.
A elle rejirésenté que, voyant les diamants ainsi dispersés et (|ue M. le cardinal les faisait vendre, elle aurait dû prévenir les joailliers que le collier n’était pas entre les mains de la Reine,
A répondu que, si elle avait su que les diamants provinssent du collier, elle ne les aurait jias vendus et en aurait prévenu les joailliers. Son mari voyant autant de diamants, lui dit un jour : « Oiiel diable! d’où viennent-ils donc? » Ce qui fit faire, à elle répondante, différentes questions à M. le cardinal, d’où lui provenaient tous ces diamants. Il lui répondit : « Cela vient d’anciennes parures que je ne mets plus, à présent que je suis vieux. »
InteiTogëe si, au contraire de ce qu’elle vient de nous dire , le sieur de Laporte n’est pus venu lui faire part de l’inquiétude qu’avaient les joailliers de ce qu’ils ne voyaient pas le collier parmi les diamants de la Reine et de ce qu’elle ne le portait pas , et si elle ne dit pas au sieur de Laporte (jue la Reine ne porterait le collier d’abord que quand elle viendrait à Paris ; une autre fois, quand il serait payé,
A répondu qu’il n’a jamais été question entre eux , les joailliers et autres, de la Reine; que jamais elle n’a tenu les propos que nous lui citons; que si les joailliers avaient eu de l’inquiétude, c’était à M. le cardinal qu’ils devaient s’adresser, d’autant mieux qu’elle leur avait dit de bien prendre leurs précautions; qu’ayant su que la Reine, lors de son entrée ii Paris après ses couches , devait être fort parée , elle eut la curiosité de voir si elle avait le collier; ne le lui ayant pas vu, elle eu témoigna sa surprise au cardinal , qui lui dit que la Reine avait des raisons pour ne pas le porter.
Interrogée si dans les premiers jours de juin le cardinal lui témoigna .son étonnement de ce que la Reine ne portait pas le collier, elle ne lui dit pas que 1a Reine le trouvait trop cher; qu’elle le rendrait s’il n’y avait pas un rabais ou si on n’en faisait pas l’estimation ,
A répondu que le fait est faux, puisque c’est ellemême (]ui avait témoigné son étonnement au cardinal, aiii.si (|u’elle vient de nous dire, et <ju’il n’était pas rai.sonnable de vouloir qu’il y eût une nouvelle esti-
raation, puisqu’il y en avait eu une de faite par les sieurs Maillard et d’Oigiiy.
Interrogée si dans le mois de juillet elle n’a pas montré au cardinal une lettre où il était écrit que la Reine destinait 700,000 livres au premier payement au lieu de 400,000, et si elle ne lui a pas ajouté qu’elle avait vu entre les mains de la Reine 700,000 livres en billets de la caisse d’escompte ,
A répondu qu’elle n’a écrit ni parlé ni montré de lettre au cardinal où il fût que.stion de tout ce que nous lui demandons; n’a point dit avoir vu entre les mains de la Reine les 700,000 livres, qu’elle nous répète que le cardinal savait très-bien qu’elle ne voyait pas la Reine; qu’elle persiste à nous demander les lettres que l’on prétend qu’elle a écrites ou apportées de la part de la Reine.
Interrogée s’il n’est pas vrai que vers le milieu du mois de juillet elle n’a pas dit au cardinal que la Reine avait jugé à propos de disposer des 700,000 livres pour un autre emploi , et que le payement du collier serait différé jusqu’au l"' octobre,
A répondu que c’est aussi faux que ce qui vient de lui être demandé,
Interrogée si elle n’a pas eu connaissance que le cardinal avait chargé les joailliers de faire leurs renierciments à la Reine, et s’il ne leur dicta pas une lettre contenant des remerciinents , et si elle ne sait pus que la Reine ayant reçu cette lettre, a dit qu’elle n’y coiiiprenait rien ,
A répondu qu’elle n’a pas eu connaissance de toutes ces dioses-Ià; que le 2 août, M. le cardinal étant venu chez elle à onze heures du matin, lui dit : « J’ai besoin de votre secours et de votre aide; j’ai fuit une sottise; vous .savez bien le collier que je vous ai dit être pour la Reine ; il y avait un arrangement et un écrit, et j’ai eu la bêtise de dire à Bôhmer, qui me tourmentait : a Ma foi, adressez-vous à la Reine, » et de lui faire écrire une lettre pour la Reine; ils sont venus me dire rpie la Reine n’y entendait rien, et que cela leur avait été dit par madame Campan , une des femmes de chambre de la Reine, qui les avait fait chercher. » Que là-dessus, M. le cardinal, tremblant, dit qu’il allait être perdu; qu’il la priait d’envoyer chercher tout de suite Basseiifje, pour l’en^fager à réparer ce qu’il avait eu l’imprudence de faire faire par Bohmer, et lui dire qu’il avait été joué de la Reine, qui lui en voulait depuis trè.s-lonyteinps, et des dames de Poli{jnac, qui s’étaient raccommodées avec le baron de Breteuil , son plus {jrand ennemi, pour le mieux tromper et le perdre; sur les questions qu’elle fit au cardinal comment il avait pu se lais.ser tromper et s’il voyait la Reine, il lui répondit que « oui » ; qu’elle lui repartit ; « Avez-vous de ses lettres? » Qu’il lui répondit : « Je ne l’ai jamais vue écrire, mais j’eu ai une grande quantité; » qu’il en tira entre autres une qu’il lui montra, qu’il plia de haut en bas pour ne lui montrer que le milieu; elle portait ces mots : 0 Envovez par la petite comtesse une somme (qu’elle ne put nombrer) pour ces malheureux, je
serais fâcliée (|ii’ils fussent dans la peine. » Sur quoi, elle lui dit : « Qii’est-ce que tout cela? « Il lui répondit ; « C’est pour les intérêts; » qu’elle lui dit : « Comme vous u’étes pas siir que ce soit de l’écriture de la Reine, vous pourriez par votre famille vous procurer de .ses lettres’, et vous assurer si vos craintes sont réelles. » Il lui dit : « .le n’ose j>as, ils ne sauraient ce que cela veut dire. » F.t cependant il dit : « Je tâcherai de m’eu procurer; diable! m’aurait- elle trompé, cette petite cointe.sse ? » lit faisant beaucoup de tours dans la chambre, en répétant toujours: « M’aurait-oile trompé? Oh! non, je connais trop madame de Ca- {fliostro, elle n’en est |)as capable. » Re;;ardaut par la croisée, il lui dit : n Venez voir la cpiantité d’espions ipi’il y a devant votre j)orte; ils ne quittent jias ma porte dejujis (piehpies jours, je crains bien (ju'il ne soit ]>lus temjis de réparer cela; envoyez toujours chercher Bas.senge, et dites-lui que je .sais qu’il a de l’esprit, j’en fais cas; (|u’il aille i> Versailles au lieu de Bobiner jiarler au ministre, ipii l’avait fait demander, et (pi’il lui dise que Bobiner jierdait la tête, et (|u’il n’a jioint voulu parler à la Reine d’un collier, mais d’une paire de boucles d’oreilles d'un prix considérable, <lont il m’a parlé, et qu’il m’a dit avoir été faites pour la Reine, et, pour le persuader, (ju’il la lui jiorte : dite.s-lui bien (jue je le jiayerai. Ils ont agi avec moi avec troji de confiance pour que je leur fa.ssc jierdre quelque cliose, et j’ai d(-jà chez moi de (juoi les éiter d’inquiétude; que si cejiendant il ne voulait pas s’y ju-êter, je pourrais
faire comme la Reine, le nier. » Le 3 août, M. le cardinal vint chez elle entre dix et onze heures du matin , avec trois morceaux de papier qu’il disait être les débris d’une lettre de la Reine qu’il avait trouvée dans sa famille, comme elle le lui avait conseillé : « Tenez, reconfrontons-les avec ce que je vous ai lu hier, et vous verrez que je suis trompé, que ce n’est pas la même écriture. » Ce qu’elle a vérifié. Il lui dit : <■ Gardez-les, afin de les montrer à Rassenge , et lui dire que je suis trompé, ainsi, qu’il ait ]>itié de moi. » Qu’elle envoya chercher Rassenge par le père Loth avec un écrit ; Rassenge, venant chez elle, rencontra le cardinal qui en sortait; elle lui dit ce que M. le cardinal lui avait dit de lui dire, et lui montra les deux papiers; que Rassenge lui dit : « J’ai été aujourd’hui à sept heures chez le prince, que j’ai trouve bien abattu; il m’a dit tout ce que vous me dites, mais il ne s’est |>as ressouvenu (ju’il nous avait écrit deux lettres lors de l’arrangement du collier, et qu’il ne peut nier qu’il ait eu le collier. » Interrogée si, au contraire de a; qu’elle vient de nous dire, le cardinal l’ayant envoyé chercher et lui ayant dit qu’elle l’avait trompé, elle ne lui protesta pas qu’elle n’avait fait que lui porter les ordres de la Reine ; que la Reine avait le collier ; qu’elle le payerait incessamment, et, qu’en attendant, la Reine l’avait chargée de lui remettre 30,000 livres pour les intérêts à cause du retard des payemetits, et si effectivement elle ne remit pas au cardinal ces 30,000 livres comme venant de la Reine ,
l'IÉCES JUSTIFICATIVES. 3S7
A répondu i|ue tout ce que nou.s lui d('mandons est très-faux; qu’elle ne lui a jamais dit cela, ni remis les
30,000 livres.
Interrogée si à cette époque ou environ elle ne dit pas au père Loth qu’elle avait besoin de 30,000 francs, mais qu’au surplus elle les trouverait chez .son notaire, et si, pour avoir cette somme, elle n’a pas porté chez Main;;uet, notaire, son écrin, sur lequel il lui a fait prêter une somme de 30,000 à -40,000 livres,
A répondu que ne rendant compte ii personne de ses affaires, elle ne croit pas en avoir parlé au père Loth; que quant à l’écrin par elle porté chez M” Mainyuet, la vérité e.st (]ue madame de Crussol lui ayant fait part de l’emljarras ou était l’amba-ssadrice de l’ortuçal, qui avait mis ses diamants en {jajje, et qui étaient sur le point d’être vendus, elle lui demanda si elle pouvait venir à son secours pour une somme de
30,000 à 40,000 livres; que son mari étant absent, et elle, répondante, n’avant pas d’arfjent, elle ,se détermina à porter chez M* Mainjfuct, son notaire, son écrin, sur lequel il lui fit prêter -40,000 livres; qu’elle en fit part à son mari à son retour de Bar-.sur-Auhe , le •4 août; que son mari a été retirer son écrin en payant
30,000 francs en billets de la caisse d’escompte, et lui faisant une obligation du surplus.
Interrogée si, dans les premiers jours du mois d’août, elle n’a pas fait prier le cardinal de venir chez elle, d’où elle ne pouvait sortir; si le cardinal étant venu ne la trouva pas avec l’extérieur du dé.sespoir, les larmes aux
PIECES JUSTIKICATIVES.
yeux; si elle ne lui dit pas qu’elle ne pouvait plus lui dissimuler que les bontés dont la Reine l’avait honorée lui avaient attiré des ennemis; (pi’on lui imputait de s’étre vantée de ces mêmes bontés; qu’elle n’avait pas assez d’appuis pour faire face à la calomnie; que le seul parti qu’elle avait à prendre était d’aller passer quelque temps à la canqtagne; si clic ne demanda pas en {{race au cardinal de lui donner un asile chez lui pour elle , son mari et sa femme de chambre; si le cardinal lui ayant refusé et si elle ayant insisté, le cardinal ne lui promit pas de la recevoir à condition qu’elle ne sortirait pas de sa chambre, et si le cardinal ne l’envoya pas chercher le soir, et s’il ne l'a jias reçue chez lui, elle, son mari et sa femme de chambre,
A répondu qu’il lui parait que tout ceci a été imaginé d’après la lecture qu’on a pu faire de son mémoire ; qu’elle va nous dire exactement ce qui s’est passé; qu’étant persécutée journelleiueiit par M. le cardinal pour venir chez lui, j)arcc (ju’il craignait ses indiscrétions, tant l’elativeinent à ce qu’elle avait vu de Cagliostro, (pi’ii cause de la remise et vente des diamants, et ce dans le cas où elle serait arrêtée et interrogée; le cardinal vint chez elle h; 4 août la solliciter de nouveau pour la faire |)artir en ])ays étranger; (|u’elle lui dit <pie son mari , arrivé à six heures du matin , ne voudrait sûrement pas la laisser pai tir; le cardinal repartit ; « Il le doit et vous aussi, par tous les bienfaits que je vous ai faits à riin et à l’autrr!. » A cpioi elle lui dit que son mari venait de sortir; (pi’elle lui en parlerait à
PIÉGKS JUSTIFICATIVES. :JÎ9
son retour. Il lui prit la main et lui dit ; « Venez ù la croisée voir ÿi les espions quittent votre me ; il en est de même pour moi , aussi me fais-je suivre depuis quelques jours par mon suisse et par Liégeois, mon second valet de chambre, qui est extrêmement fort et qui a toujours deux pistolets dans ses j)Oches. Ce soir, je vous enverrai chercher entre onze heures et demie et minuit par Lié{;eois et par iu. de Carhonnières, «pii vous attendront au coin du boulevard, rue Neuve-.Saint- Gilles, et dites bien à votre mari que je lui saurais mauvais {;ré et que je vous abandonnerais tous deux s’il ne se prêtait pas à cela ; ainsi , je vous quitte ; faitesle-inoi dire ce soir ; je tâcherai même de venir sur les six heures. » Observe que loin d’être malade ce jour-lii et dans le désespoir, elle avait du monde à diner : le comte de Barras, son neveu, la sœur d’elle répondante et autres; que sur les cinq heures et demie il est passé le sieur Quidor, inspecteur de police, sous ses fenêtres ; il y repassa cintj ou six fois et fit siyne a sa femme de chambre, qui était à une autre croisée, comme s’il voulait lui parler. La répondante s’étant aperçue de cela, se mit à la fenêtre de son antichambre; elle vit que ce particulier réitérait ses signes; passant alors dans son salon, elle se mit à la fenêtre et reconnut que c’était Quidor; (jue c’est sur cela (ju’elle envoya sa femme de chambre chez le cardinal lui rendre compte de ce qui s’était jiassé, et le prier de venir chez elle; ce qu’il fit à huit heures et attendit le retour de son mari, qui ne rentra (jiie sur les dix
heures et demie ; (fu’efle engagea son mari à l’accompagner chez le cardinal, et en effet ils se rendirent au rendez-vous, et le sieur de Carbon nières les conduisit dans une chambre qui avait été occupée par le sieur abbé Georgel, au fond d’un corridor fort noir. Le lendemain 5, à dix heures du matin , M. le cardinal vint les voir et fit entendre à son mari qu’il ne les abandonnerait pas s’ils voulaient pour deux on trois mois passer par-delà le Rhin, pays île ses États ; il nous adresserait à un procureur fiscal, honnête homme, et que là nous passerions, savoir, mon mari pour valet de chambre ou cuisinier, elle répondante pour sa femme, et la femme de chambre pour sa cousine; qu’il leur donnerait pour la première poste qui était à Meaux un mot pour les laisser passer, parce qu’il les ferait conduire ju.sque-là par des chevaux que l’on nomme enragés, que le sieur de Carbonnières irait louer, et qu’il enverrait chercher la diligence verte d’elle répondante, que l’on amènerait à la porte du sieur de Carbonnières pour partir la nuit suivante. A quoi son mari lui répondit : « Monseigneur, je ne vois pas pour quels motifs vous voudriez nous éloigner. » A quoi le cardinal répondit qu’il craignait leur indistTétion ; que .son mari lui répliqua : « Mais, prince, nous aurions l’air d’étre coupables en nous éloignant; je .suis fâché d’étre obligé de vous refuser, et je vous donne ma parole d’honnête homme, ainsi que madame , de ne rien révéler ; fussion.s-nous même en prison , je ne dirais rien de tout ce que vous m’avez raconté. » M. le cardinal lui répondit : « Songez bien
PIÈCKS JCSTIFICATIVES. 331
que si vous étiez pris, vous le seriez bien longtemps l’iiii et l’autre, et vous pouvez éviter cela en partant, en attendant que j’aie arrangé mes affaires. » M. le cardinal les quitta Furieux , en leur disant qu’ils étaient des ingrats. Sur les cinq heures après midi, le sieur de Carbonnières étant venu leur apporter quelque chose, et ayant laissé la porte feniiée à un seul tour en disant ; « Le prince va monter, » son mari, las et fatigué du tourment qu’il é|)rouvait de la part du cardinal, s’en alla et lui dit : « Tout ce que je Aois me parait fort extraordinaire; j(! viendrai vous chercher demain. » Un instant après, le cardinal entra, et, furieux du départ de son mari, chercha toujours à la dispfjser à partir. Le samedi 6, à cpiatre heures après midi, son mari vint frapper ii la j)orte et lui dit : «.le viens vous chercher; le cardinal veut vous faire faire des sottises; je ne veux pas que vous partiez. » Le cardinal est monté une heure après l’arrivée de son mari , qu’il traita d’ingrat et autres épithètes; que son mari insista pour l’emmener en disant <pi’elle avait affaire à Bar-sur- Aube, où elle était attendue depuis longtemps; pour lors, le cardinal la fit passer dans une chambre à côté où était le buste de Gagliostro, devant lequel il lui fit lever les yeux au ciel et lui fit jurer de bien observer et garder le secret qu’elle avait promis; qu’il y avait au bas de ce bu.ste en latin ce <|ui signifie dieu de la terre. Après cela, elle est retournée chez elle avec .son mari et .sa fenune de cbam!)re, qui avait j)récédemment emporté plusieurs de ses paquets.
PIKCKS JCSTIFICATIVES.
Du 'l~i janvier J78(».
Iuterro({i;e à quelle époque elle est purtie pour Barsur- Aube,
A répondu que c’est le 6 août, jour où elle est sortie de chez M. le cardinal.
Interro{jée si ce n’est pas parce (pi’elle a prévu que tout allait être découvert pour la vente du collier qu’elle s’est en allée à Bar-sur-Aube ; qu’elle y a l'ait porter tous ses meubles et effets ,
A répondu qu’en 1784, ayant acheté la maison de Bar-sur-Aube, son intention étant de l’occuper et d’y aller tous les ans, elle y avait fait porter différents meubles; que notamment dans le mois de juillet de l’année dernière son intention était d’y aller, mais que la maladie qu’elle a faite a retardé son voyape; que c’est au vu et au su de tout le monde, du tapissier qui l’avait meublée, et notamment de M. le cardinal, qui venant chez elle et y envoyant jusqu’à trois ou quatre fois par jour, a su et vu les ballots de meubles qui se transportaient ii Bar-sur-Aube ; et que si elle avait eu (juelque crainte ou appréliension d’être prise relativement à la vente du collier ou autre chose, elle n’aurait pas déménajjé publiquement, n’aurait pas été à Barsur-Aube au su de toutes ses connaissances et de M. le cardinal , et aurait passé avec son mari en pays é-tran- {jer, comme en Angleterre, où son mari avait des connaissances.
Interroffée .si elle n’a pas emporté, ou .son mari , ce qui re.stait en leur ])ossession des diamants provenant du collier, et s’ils n’en ont pas fait voir une partie à Bar-sur- Auhe ,
A répondu qu’elle n’a emporté à Bar-.sur-Aube que les diamants qu’elle a portés à Paris au vu et au su de tout le monde, et meme de M. le cardinal, qui les lui avait donnés.
Interrogée si son mari n’avait pas dans son portefeuille beaucoup de billets de la cais.se d’escomj)te et s’il n’avait pas eberebé alors à acheter une terre de 3 à t00,000 livres,
A répondu qu’il e.st ai.sé de savoir ce (ju’elle et sou mari avaient en effets de la cai.sse d’escompte ou autres effets, d’après la recherche qui en a été faite lorsqu’elle a été arretée; que ces effets montaient à une somme de 30 à 34,000 francs; qu’ils n’ont pas parlé qu’ils voulussent accjuérir de terre, d’autant <pi’ils n’avaient pas assez d’ar;;ent pour cela.
Interrogée si , dans .sa maison qu’elle avait à Barsur-Aube, il n’y avait pas un souterrain où on ne peut pénétrer .sans le connaître .
A dit (ju’elle ne connaît dans la maison que des caves; quand on en a les clefs on j>eut y entrer; que si (juelqu’un dit qu’il y a un souterrain , il n’a <ju’à l’indiquer.
Interrogée si, lor.squ’elle a été arrêtée, elle n’est jias convenue avec son mari (pi’il retournerait en Angleterre pour vendre ou retirer les diamants qu’il y avait
laissés lors de son premier voyage, et que si le sieur Gray ne les achetait pas, son mari irait en Hollande pour les vendre, ainsi que ce qui restait du collier,
A répondu qu’il lui a été impossible d’avoir une conversation particulière avec son mari, puisque du moment qu’elle a été arrêtée jusqu’à celui de son départ, elle a été entourée et gardée à vue par des exempts et des cavaliers de maréchaussée; que son mari, pendant ce temjis-là, a été avec deux autres exempts pour faire la recherche de ce qui pouvait être chez eux; qu’il est étonnant qu’étant venu l’arrêter comme accusée par le cardinal pour avoir pris, emporté le collier, et être passée avec dans le pays étranger, on se soit contenté de faire la recherche de ses papiers qu’on a emportés, sans avoir [larlé de diamants, sans s’être assuré de ceux qu’elle avait et <|iii n’étaient pas cachés, jiuisqu’elle et son mari ayant été la veille chez M. le duc de Penthièvre et à Clairvaux, parés l’un et l’autre de tout ce qu’ils pouvaient avoir et n’étant rentrés qu’à trois heures après minuit, ils n’avaient pris aucune précaution pour cacher ce (ju’ils avaient eu de diamants et les avaient mis simplement dans des tiroirs ipii avaient été ouverts pur les exempts de police ; nous observe au surplus qu’elle n’avait à Bar-sur-Aube en diamants que ceux qu’elle avait achetés de Renier, ceux que le cardinal lui avait donnés, et en tout ceux (ju’elle avait portés tant à Paris qu’à Versailles , à la comédie et aux bals.
Interrogée si elle n’a jias été informée que son mari
s’est absenté de Bar-siir-Aube pour retourner à Londres, et s’il n’y a pas vendu, ou en Hollande, ce qu’il lui restait des diamants du collier,
A répondu qu’elle ne sait là-dessus que ce qu’elle a appris par son avocat, (|ui lui disait le tenir de la voix publi(|ue; que quant à elle, dans la position cruelle où elle est, elle ne peut être informée de rien ; qu’il peut se faire que son mari , ayant été le maître d’emporter ses diamants et ceux de lu répondante , les ait vendus pour se faire une ressource pour vivre , ainsi que son argenterie et autres effets, ce qu’elle ignore parfaitement.
Interrogée si elle sait ce que son mari est devenu et où il est à présent,
A répondu qu’elle ne sait là-de.ssus que ce (jue son avocat lui a dit d’après le public; que quant à elle, n’ayant aucune connaissance de ce (ju’est devenu son mari, ({u’elle a adressé à M. le lieutenant de police deux letti es dans les premiers jours de septembre poulies faire parvenir à son mari à Bar-sur- Aube; par ces lettres, elle engageait son mari à venir à Paris, de la venir voir et de lui apporter ce qui lui était nécessaire, avec la permission toutefois du lieutenant de police; que même ne sachant pas si .son mari était ici ou non , elle a écrit une lettre |)articulière au lieutenant de police pour que son mari ait la permission de la venir voir.
Interrogée* si elle connaît une fille qui se disait baronne, ancienne chaiioinesse d’un chapitre d’Allemagne, que l’on appelait tantôt madame Mesla de
Goim ille, tantôt la baronne de Salleberg ou Sollelierfj,
A répondu qu’elle a vu une fois, dans la semaine sainte de l’année dernière, chez M. le cardinal, une femme qui lui a dit être Allemande ou Alsacienne, et que l’on appelait madame de Courville ou baronne de Villeberyue.
Interro{;ée si elle sait que le cardinal avait quelques relations avec cette baronne, si elle avait un enfant de quatorze h quinze ans, et s’il a été question de la marier et faire reconnaitre l’enfant par un particulier que l’on nommait le baron de Fa^jes,
A répondu qu’elle a vu cette femme, ainsi qu’elle nous l’a dit, chez M. le cardinal, c|ui lui a dit qu’il était question de la marier avec un baron attaché à MoNSiEcn , pour légitimer un enfant qu’elle avait eu avec le cardinal; cpi’il s’était en{;agé à lui donner 500,000 francs.
Interrogée si elle n’a jias reçu chez elle cette femme à différentes fois,
A répondu <pie non, qu’elle ne l’a vue que chez M. le cardinal.
A elle demandé si elle connaît un nommé Augeard ou Augard, un sieur Bette d’Etienville, un sieur de Marcilly, qu’on appelait le magistrat ou le conseiller,
A répondu qu’elle ne connaît jtas ces (;cns-là.
Interrogée s’il n’y a pas en chez elle des entrevues entre cette dame de Courville, les j)articnliers que nous venons de lui nommer et le cardinal relativement à ce mariage.
A répondu que jamais personne ne s’est trouvé chez elle lorsque M. le cardinal y venait, parce que sa porte était fermée ces jours-là pour tout autre.
Interrogée si elle sait où demeurait cette dame de Courville ,
À répondu que M. le cardinal lui a dit qu’elle était sa voisine, qu’elle demeurait rue des Tournelles, à côté de sa rue, et qu’il lui ajouta qu’elle avait une sortie sur le boulevard.
Interrogée si elle veut croire les témoins ,
A répondu que oui, s’ils disent vérité.
Lecture à elle faite du présent interrogatoire , la répondante, de ce sommée, a dit ses réponses y portées contenir vérité, et a signé.
Titon. Comtesse de V.'vlois de Lamotte.
INTERROGATOIKE DU SIEUR DE CAGUOSTRO'.
Du lundi 30 janvier 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, dans l’une des salles du gouvernement du château de la Bastille, a été amené, par le sieur de Losme, major adjoint du château, le nommé de Cagliostro.
* Arclûves de F Empire , X’, 2676.
PIKCES JdSTIKICATIVES.
Interrofjé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A dit se nommer Alexandre de Gagliostro , âgé de trente-sept à trente-huit ans, professant la médecine sans en avoir fait son état particulier, demeurant à Paris, rue Saint-Claude, au Marais.
Interrogé à quoi il s’est occupé depuis qu’il est né,
A répondu qu’ayant perdu ses père et mère à l’âge de trois mois, il ne peut pas nous assurer s’il est iié à Malte ou à Médine; que tout ce qu’il sait de sa naissance est qu’on lui a toujours dit qu’il était d’une extraction nohle ; qu’il a reçu une éducation convenable à son état; qu’il a eu dès le bas âge un précepteur qui lui a • été donné; qu’il l’a élevé dans les sciences, belleslettres et langues; que dans un âge un peu plus mûr, il s’est occupé plus particulièrement de la botanique et de la cliiinie médicinale; que dès l’àge de dix-huit ans, il s’est adonné avec son précepteur aux voyages; qu’il a parcouru l’Archipel, la Turquie, l'Asie, l’Afrique; que de là, il est venu dans l’Italie, d’abord à Naples, où il a peu séjourné; qu’il a été ensuite à Rome, où, ayant eu la protection particulière du cardinal Orsini et du pape, et de tous les grands de ce pays-là, il a suivi le goût qu’il avait pour la médecine et l’a pratiquée surtout vis-à-vis des pauvres ; qu’il y a fait connaissance d’une jeune personne qu’il a épousée; qu’il a continué d’exercer la médecine; que son mariage lui a occasionné des ennemis : la calomnie s’est déchainée contre lui, il a été obligé de quitter le séjour de Rome. Pour lors, il a par-
PIÈCES .irSTIFICATlVES. :J39
couru toute l’Europe avec sa femme, et, au retour de Russie, a passé en France dans l’année 1780. Nous observe qu’à Pétersbourg il a passé onze mois à la cour, que de là, il a été à Varsovie, où le roi de Pologne l’a forcé de rester quelque temps pour y traiter une dame de la cour dont il a opéré la guérison, et qu’il peut nous donner pour preuve de sa conduite et de la manière dont il a été accueilli dans ces différentes cours le chevalier de Gorberon , qui était chargé des affaires de France en Russie ; que voulant passer de Pologne en Angleterre, il a passé par Strasbourg.
Interrogé si c’est à Strasbourg <ju’il a fait la connaissance du cardinal de Rohan,
A répondu que c’est à Strasbourg.
A lui demandé si le cardinal ne lui a pas témoigné la plus grande déférence et les plus grands égards,
répondu qu’ayant été quelque temps à Strasbour(; et s’y étant entièrement adonné à procurer les secours de son art à tous ceux qui avaient recours à lui, particulièrement aux pauvres, M. le cardinal a voulu le voir, et l’a engagé à venir chez lui relativement à un asthme qu’il res.sentait; qu’ayant été dans le cas de guérir un secrétaire do M. le marquis de Salle, qui avait la gangrène extérieure et intérieure, M. le cardinal l’a engagé et forcé de venir à Paris pour y voir M. le prince de Soubise; qu’il est resté douze jours à Paris .sans avoir été employé par M. le prince de Soubise, mais étant ' obligé de donner des audiences et des conseils à une quantité prodigieuse de monde qui l’a pour ainsi dire
PIEGES JL'STIFIG.VTI VES.
assiégé ; que de là il est retourné à Strasbourg , et que M. le cardinal, content de 1a manière dont il se conduisit, lui a marqué les plus grands égards.
Interrogé s’il n’a pas dès ce temps-là persuadé au cardinal qu’il avait des secrets particuliers pour le faire réussir dans tout ce qu’il désirerait,
A répondu que non.
Interrogé s’il connaît la dame de Lamotte , et dans quel temps il en a fait la connaissance ,
 répondu qu’il l’a connue chez le cardinal; qu’un jour, à Strasbourg, il croit qu’elle est venue lui demander des nouvelles d’une dame de Boulainvilliers , et si elle était à Strasbourg ; qu’il lui répondit que non , et qu’elle la trouverait à Saverne.
Interrogé s’il n’est pas venu s’établir à Paris au mois de janvier 1785 ,
A répondu que oui, et »|u’il y est arrivé le 30. Interrogé si lorsqu’il est arrive ii Paris il avait quelque fortune, et en quoi elle pouvait consister,
A répondu qu’en venant à Paris il y avait apporté sulfisamment d’argent pour s’y établir; qu’il s’est logé au Palais-Royal à raison de 13 louis par mois; qu’il y est resté à peu près vingt jours sans en sortir, mais recevant ses amis; que M. le cardinal est venu l’y voir plusieurs fois ; qu’il lui a conseillé d’en sortir, lui a offert un appartement chez lui et l’a déterminé à prendre une maison ; qu’en ayant trouvé une qui lui convenait, rue Saint-Claude, au Marais, il a chargé le sieur de Garbonnières de la louer, l’a (ait meubler petit à petit et a prié
le sieur de Carbonnières de présider à tous ces arranyenients et h prendre les tempéraments convenables pour payer, et lui a donné de l’argent de temps en temps, ainsi que pour les frais de son carrosse. M. le cardinal est venu l’y voir dans le commencement trois ou (juatre fois par semaine, et il venait souvent prendre ses repas chez lui.
Interrogé si ce n’était pas le cardinal qui fournissait il la dépense de la maison ,
A répondu que non, que c’est toujours lui répondant qui payait sa dépense, mais que le cardinal amenant de temps en temps des gens qui lui étaient attachés, comme les sieurs Plauta et de Carbonnières, et lui répondant priant des amis du prince à dîner avec lui , 1(! cardinal faisait venir un ou deux plats de chez lui , mais que lui répondant comptait tous les jours et payait de sa poche.
Interrogé si dans le mois de janvier 1785 le cardinal ne lui a pas dit qu’il allait acheter un collier de diamants pour la Reine, et s’il ne lui montra pas les conditions du marché,
A répondu que le collier était acheté avant qu’il fut arrivé à Paris; cpi’il n’a pas vu le collier ni le marché (pii a été fait; que tout ce qu’il sait, c’est que le cardinal a dit qu’il avait eu des ordres d’acheter le collier, (pii était de 15 à 1600,000 livres; que lui, répondant, lui a demandé : « Est-ce que vous avez payé cela? — Non, dit-il, les arrangements sont faits et les bijoutiers sont contents; j’ai été à Versailles, j’ai porté le
34« PIÈCES JCSTIEICATI VES.
collier chez madame de Lamotte où la Reine devait venir : nous l’avons attendue pendant quelque temps. Un homme est venu disant que la Reine ne pouvait pas monter; il a remis une lettre qui contenait des ordres de la Reine, pour qu’on lui livrât le collier; qu’il ne s’était pas trouvé avec l’homme auquel on a remis le collier. » Et lui a dit que cet homme s’appelait De.sclaux ou Duclaux, garçon de la chambre. Le répondant a voulu lui faire quelques raisonnements, et sur ce que le cardinal lui a dit que c’était une affaire faite, il répondit au cardinal : « Ce n’est plus la peine de m’en parler. »
Interpellé de déclarer s’il a vu le marché du collier avec les approuvé et la signature de la Reine,
A répondu que lorsque le cardinal lui a parlé pour la première fois du collier, il ne lui a point montré le marché qui avait été fait; qu’il ne l’a \"u qu’à la fin de juillet, quinze jours avant la détention du cardinal; qu’à cette époque le cardinal lui ayant témoigné quelque inquiétude, le répondant lui dit : «Est-ce que vous n’êtes pas bien sûr de ce qui a été fait? » Pour lors le cardinal lui montra le marché où il a vu les approuvé et la signature Marie-Antoinette de France ; il dit au cardinal que cela ne lui paraissait pas bien clair; que la Reine ne devait pas signer ainsi; qu’à raison de sa place de grand aumônier il devait le savoir; qu’il y avait à parier qu’il était trompé; que le cardinal ne voulut pas le croire ; il insista et lui dit : « Sûrement vous êtes trompé; vous n’avez pas d’autre
IMKCES JUSTIFICATIVES.
parti h prendre que de vous aller jeter aux pieds du Roi et de lui dire ce qui s’est passé. » A quoi il répondit : « Eh bien, si je le fais, cette femme sera donc perdue? » Qu’il ne voulut pas y consentir; le répondant lui dit : B Si vous ne voulez pas le faire , un de vos amis le fera pour vous. » Ce que le cardinal a encore refusé.
A lui représenté le marché du fcollier où sont les approuvé et la signature Mabie-Antoinf.ttk de France, contenant les conditions et propositions du marché, l’avons sommé de le reconnaître et de nous déclarer si c’est le même que celui que le cardinal lui a montré; sommé de le parapher,
A répondu, après l’avoir examiné, qu’il ne peut dire si c’est le même qu’il a vu, attendu qu’il n’y a pas fait d’attention, parce que cela ne l’intéressait, et ne veut le parapher, le regardant comme inutile ; ce fait, le marché n’a été paraphé ni du répondant ayant refusé de le faire , ni de nous, l’avant été ci-devant.
Interrogé s’il n’est pas à sa connaissance que quand le cardinal a été en possession du collier, il l’a fait démonter et a disposé des diamants,
A répondu que non.
Interrogé si dans le mois de mars dernier la dame de Lamotte ne s’est pas trouvée un jour chez le cardinal avec lui répondant,
A répondu que nui .
Interrogé si deux jours après la dame de I.amotte ne retourna pas chez le cardinal avec sa nièce, et si le
cardinal ne dit pas à la dame de Lamotte de prier lui répondant de lui faire voir une chose qui lui ferait {jrand plaisir,
A répondu qu’il croit que c’est le lendemain qu’il a vu chez le cardinal la dame de Lamotte avec une jeune fille, mais que le surplus de la demande est faux.
Interrogé s’il n’y avait pas dans la chambre du cardinal vingt ou trente bougies d’allumées,
A répondu qu’il y en avait comme il y en a ordinairement chez un prince, sans rien de plus.
Interrogé s’il ne fit pas mettre à genoux la jeune fille qui était avec la dame de Lamotte, et ne lui fit pas promettre de ne révéler à personne ce qu’elle allait avoir le bonheur de voir,
A répondu : «Jamais! oh! que non. »
Interrogé s’il n’a pas paré cette jeune fille d’un cordon bleu, vert et noir, et d’un cordon blanc, au bas desquels il y avait une croix et un crachat, et d’un tablier blanc sur lequel il y avait différents ordres,
A répondu que non ; se rappelle seulement que le cardinal a pris quelques rubans qui étaient dans la chambre et les a mis sur cette jeune fille pour lui en faire présent, mais qu’il n’y avait pas de ces cordons bleus, verts, et pas de croix ni de tablier.
Interrogé s’il ne lui posa pas son épée nue sur la tête et ne lui fit pas prononcer ces mots : « Je t’ordonne, au nom du grand Gophte et des anges Micbaël et Raphaël , de me faire voir tout à l’heure tout ce que je voudrai. »
PIÈCES JCSTII'ICATIVES. 345
A répondu que c’est très-faux.
Interrogé s’il ne la fit pas passer derrière un paravent où étaient une table et une bouteille d’eau claire , et s’il ne lui fit pas mettre la main sur la bouteille,
A répondu que cela est très-vrai ; qu’il va nous expliquer le fait tel qu’il s’est passé ; que la dame de Lamotte lui avait dit qu’elle était fort bien avec M. le cardinal, et qu’elle était fort bien aussi avec une grande dame de la cour ; que cette grande dame était grosse, et qu’on lui avait prédit ainsi qu’à une autre ^dame de la cour qu’elles mourraient en couches; que la seconde dame était morte, et que cela donnait beaucoup d’angoisses dans l’esprit à la grande dame, qui craignait qu’il ne lui en arrivât autant; qu’elle (de Lamotte) serait fort aise de pouvoir la tranquilliser, et que pour cela elle avait recours à lui répondant, sachant qu’il avait beaucoup de connaissances.
A quoi il répondit : « Madame, mes connaissances sont dans la physique médicinale, et quoique je ne croie pas beaucoup au magnétisme, je m’imagine qu’il peut avoir beaucoup plus d’elfet sur les enfants; par là on peut peut-être découvrir quelque chose en donnant la catalepsie. » Ce qu’il dit, parce que le cardinal était convenu avec lui de dire ces choses-là, afin de remettre l’esprit de la grande dame content. Il dit en conséquence à la dame de Lamotte : « Si vous voulez, amenez demain un enfant, quelqu’un de pur, nous ferons l’expérience. » La dame de Lamotte revint le lendemain au soir avec sa nièce; il lui demanda si elle
était bien persuadée de son innocence, à quoi ayant répondu que oui, il demanda à la nièce si elle avait toujours été bien sage , si elle aimait bien Dieu , si elle n’avait jamais manqué à ses père et mère, et d’autres choses semblables, pour lui faire voir que si elle ne voyait pas ce qu’on allait lui demander, ce serait une preuve qu’elle ne serait pas innocente. Pour lors, il la fit passer derrière un paravent et lui fit mettre la main sur une bouteille en lui disant : « Si vous êtes innocente, vous allez voir de belles choses; et si vous ne l’êtes pas, vous ne verrez rien. » Et lui dit ; « Frappez^ avec votre petit pied innocent. Qu’est-ce que vous voyez? — Rien. » Le répondant frappa du pied et dit :
« C’est une ])reuve que vous ne seriez pas innocente. » Elle commença à dire : « Eh bien, monsieur, je vois, je vois. — Que voyez-vous? — La Reine! » Le répondant fut étonné et dit : « Comment est-elle habillée? — De blanc; elle est grosse, je vois l’estomac enflé. » Elle donna pour lors le portrait exact de la Reine; il resta encore plus étonné et lui dit : « Voyez si elle baisse la tête, c’est qu’elle accouchera heureusement , ce sera une marque que vous êtes innocente. » Elle dit : « Oui , monsieur, je vois baisser la tête. » Il lui répondit : « Vous êtes bien innocente; la Reine accouchera heureusement. » Après cette opération finie, madame de Lamotte, sa nièce et le cardinal firent une collation. Observe le répondant qu’il n’y a eu aucun serment de demandé, aucune cérémonie, et qu’il n’y avait rien d’extraordinaire dans la chambre;
qu’il pourrait attester sur cela le sieur de Carbonniërcs qui était entré dans la chambre un quart d’heure auparavant, et d’autres personnes qui y sont entrées après, et que le cardinal pourra nommer; ajoute que cette cérémonie a été répétée une seconde fois le lendemain à un enfant et à l’instigation du cardinal, pour rendre la dame de Lamotte satisfaite et remettre l’esprit à la grande dame.
Interrogé si après cette dernière scène finie, l’enfant étant sorti, on n’apporta pas une table; s’il ne posa pas sur cette table une grande quantité de lumières, une épée nue en croix avec un poignard , différentes médailles, des croix de Jérusalem et de Saint-André, et s’il ne fit pas poser à la dame de Lamotte la main dessus en la faisant jurer que de sa vie elle ne dirait rien de ce qu’elle verrait , de ce qu’elle entendrait , et de ce qui allait lui être proposé ,
A répondu que ce sont des faussetés; qu’il en a des preuves convaincantes, ainsi qu’il vient de nous le dire, par les personnes qui sont entrées avant et après et par toutes les personnes de la maison du prince.
Interrogé s’il ne dit pas au cardinal : Allez donc,
prince, allez. » Si le cardinal n’alla pas à son secrétaire et n’en rapporta une boîte de bois blanc ovale; s’il ne dit pas au cardinal ; « Il y en a encore une , apportez-la. » Si le cardinal ne l’apporta pas; si ces deux boîtes n’étaient pas remplies de diamants; si le cardinal ne demanda pas, en sa présence, à la dame de Lamotte si son mari voudrait aller en Angleterre et
n’ajouta pas : « Voici des diamants, j’en suis le prix; recommandez k votre mari que s’il ne les vend pas sans être montés, il n’en rapporte pas ici sans l’être. »
A répondu que tout cela est très-faux.
Interrogé s’il n’est pas vrai que le cardinal donnait k la femme de lui répondant des diamants; si on ne lui on a pas vu beaucoup , et si ces diamants proviennent du collier,
A répondu qu’ayant rapporté un bijou très-rare et précieux en or et en diamants, qui fait une pomme de canne dans laquelle il y a un carillon fort curieux, le cardinal l’ayant trouvé fort beau , il a prié le cardinal (le l’accepter, ce que le cardinal a fait; qu’ayant voulu lui témoigner sa reconnaissance et lui donner quelques présents en retour, ce qu’il a refusé, si ce n’est que dans différentes occasions, notamment k la fête de son épouse, le cardinal lui a donné différents bijoux en diamants, savoir un petit saint-esprit, l’entourage du portrait de lui répondant et une chaîne garnie, le tout en diamants, avec une petite montre, qu’il a fait rendre plusieurs fois, mais que le cardinal l’a toujours forcé de garder; qu’au surplus, tous les diamants tant de sa femme que de lui sont ici ; que sa femme n’en a jamais eu d’autres, et que les siens sont connus dans toutes les cours où il a voyagé.
Interrogé s’il n’a pas persuadé au cardinal que sa femme était l’intime amie de lu Reine, qu’elle la voyait souvent et avait une correspondance suivie avec elle,
A répondu qu’il ne l’a jamais dit; que sa femme ne connaît pas la Reine; (|u’elle n’a jamais été à Versailles; qu’elle ne pouvait avoir de correspondance avec personne, ne sachant pas écrire.
A lui représentée la copie d’un billet contenant des propositions relatives au collier, interpellé de déclarer s’il le connaît et si ce n’est pas à lui ou à sa femme que ce billet a été envoyé par le cardinal, et sommé de le parapher,
A répondu après l’avoir examiné qu’il ne le connaît pas; que c’est la première fois qu’il le voit aujourd’hui, et ne veut j>as le parapher, le reffardant comme inutile ; ce fait, ledit billet n’a été paraphé ni du répondant, ayant refusé de le faire, ni de nous, l'avant été ci-devant.
Interroyé s’il n’a pas persuadé au cardinal qu’il le ferait parvenir au ministère ,
A répondu que non , et qu’au lieu de lui persuader de s’élever, il lui a au contraire conseillé de rester dans son état.
Interroyé si le cardinal ne lui a pas remis ou à sa femme une partie des diamants provenant du collier ou le jirix de la vente de ces diamants ,
A répondu que non ; que ses actions ont toujours été publiques depuis qu’il est ici ; qu’elle n’a jamais vendu ni acheté ici de diamants, et qu’il n’a que ceux qu’il a apportés avec lui.
Interroyé s’il n’était pas sur le point d’acheter une maison de 50,000 écus, qu’il payerait comptant.
Digilized by GoogI
l'IÈCKS JUSTIFICATIVES.
A répondu que non.
A lui représenté que, d’après ce qu’il nous a dit qu’il a toujours exercé la médecine gratuitement et plus en faveur des pauvres que d’autres, il est étonnant qu’il puisse soutenir la dépense qu’il fait, et à lui demandé d’où provient sa fortune,
A répondu qu’il la tire de différents banquiers, notamment de Sarrasin de Bâle, et de Hans Gostard, à Lyon, et qu’il a des ressources considérables; partout au surplus où il va, il a toujours payé exactement ce qu’il devait et n’a laissé aucune dette nulle part. Interrogé s’il veut croire les témoins,
A répondu que oui, s’ils disent vérité.
Titon. Le comte de Gagliostro.