‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 24 sur 37 · PREMIER INTERROGATOIRE DE RÉTAUX DE VILLETTE · texte numérisé non relu

PREMIER INTERROGATOIRE DE RÉTAUX DE VILLETTE

Vu vendredi 7 avril 1786.

Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, a été amené en l’une des salles du gouvernement du château de la Bastille, par le sieur de Losme, major adjoint, le nommé Rétaiix de Villette.

Interrogé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure,

' Archives de C Empire, X’, 2576.

360 PIÈCES JCSTIFICATIVES.

A dit se nommer Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette, à{jé de trente-deux ans, ancien {jendarme, demeurant avant sa détention rue Saint-Louis, au Marais.

Interrogé s’il a connu le sieur et la dame de Laïuotte et dans quel temps il les a connus,

A dit qu’il les a connus tous les deux avant qu’ils fussent mariés , demeurant dans le même pavs que lui .

Interrogé s’il n’a pas quitté, il y a deux ou trois ans, la maison de sa mère à Bar-sur-Aube , pour venir demeurer à Paris ,

A dit qu’il est parti de Bar-sur-Aube pour venir solliciter à Paris, au mois de janvier ITSl, l’agrément d’une place d’officier de maréchaussée.

Interrogé si à cette époque il n’avait pas consommé une partie de son patrimoine, et s’il ne s’est pas soutenu au moyen des secours qui lui furent procurés par les sieur et ilame de Lamotte ,

A répondu qu’il n’a pas vécu à Paris par les secours des sieur et dame de Lamotte, s’étant rendu en cette ville du consentement de sa famille, qui lui avait fourni l’argent nécessaire à ses besoins.

Interrogé s’il n’allait pas exactement chez la dame de Lamotte,

A dit qu’il n’y allait pas souvent dans le commencement, s’occupant beaucoup de l’objet qui l’avait amené à Paris.

Interrogé si, lorsqu’il a été plus particulièrement lié avec la dame de Lamotte, il ne s’occupait pas beaucoup à écrire ce qu’elle lui dictait.

A dit qu'elle lui a fait écrire différentes fois des mémoires pour des malheureux qui réclamaient sa recommandation auprès de M. le cardinal pour les Quinze-Vingts, d’autres pour sa famille ou pour des personnes auxquelles elle s’intéressait, adressés à des ministres ou autres personnes en état de procurer des places.

Interrogé s’il a connu une fille nommée Designy, dite la baronne d’OIiva, et interpellé de déclarer de quelle manière il a fait sa connaissance,

A dit qu’il l’a connue dans le mois de juillet 178i; <pie c’est le sieur de Lamotte qui l’y a mené pour la première fois et qu’il y a été quelquefois seul depuis, et d’autres fois avec le sieur de Lamotte.

Interrogé s’il sait que la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d’Oiiva, et dans quel temps,

A dit qu'il sait que la dame de I.amotte a fait connaissance avec la fille d’üliva vers la fin de l’été.

Interrogé s’il sait comment la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d’Oiiva , et si elle [ui a confié pour quel motif elle a fait cette connaissance,

A répondu qu’il ne sait pas comment et pour quel objet, et que la dame de Lamotte ne le lui a pas confié.

Interrogé s’il ii’a pas été, à la fin de juillet ou au commencement d’août 1784, à Versailles, avec la dame de Lamotte, et si le sieur de Lamotte ne s’y est pas rendu le même jour avec la fille d’Oiiva,

A répondu qu’il s’y est rendu avec le sieur de Lamotte et lu fille d’Oiiva dans le même carrosse, et que

la dame de Lamotte y a été de son côté le même jour.

Interrogé si, le lendemain, la dame de Lamotte n’hubilla pas la bile d’Oliva et ne lui dit pas qu’elle la conduirait le soir dans le parc ,

A répondu qu’il l’avait vue s’habiller en chemise ’ blanche doublée de rouge, mais que la dame de Lamotte ne lui dit pas alors qu’elle la conduirait dans le parc; que le fait est qu’il partit avec le sieur de Lamotte et s’en fut dans le parc avant que ces dames s’y rendissent; que marchant dilEcilement à cause d’un mal qu’il avait au talon , il s’est assis sur un banc de marbre; que le sieur de Lamotte a continué sa promenade; qu’il est venu le joindre, lui répondant, un quart d’heure après ou environ ; que la diune de Lamotte et la fille d’Oliva sont venues peu de temps après; qu’ils sont descendus tous quatre vers le bosquet de la Vénus ; que là ils se sont séparés de ces dames ; que peu de temps après la fille d’Oliva est venue rejoindre lui répondant et le sieur de Lamotte, la dame de Lamotte étant sortie auparavant avec le cardinal et le baron de Planta, à ce qu’on lui a dit; que la dame de Lamotte s’en fut de son côté, et que lui revint avec le sieur de Lamotte et la fille d’Oliva, après s’être promenés encore dans le parc.

Interrogé s’il savait que la fille d’Oliva jouait le rôle de la Reine vis-à-vis du cardinal de Rohan ,

A répondu qu’il a su depuis qu’elle avait joué ce rôle-là; qu’il l’a appris l’instant d'après; il avoue même qu’il a eu l’absurdité de ne regarder cette méprise que

par son coté plaisant et qu’il en a beaucoup ri ; que de longs remords ont racheté depuis cet instant de délire dont il ignorait la conséquence.

Interrogé par qui il a appris le rôle qu’on venait de faire jouer, et s’il a vu ou si on lui a dit quel en a été le but ,

A répondu qu’il l’a appris par ces dames, qui l’ont raconté le soir; qu’il ne .savait pas qu’il y eût aucun but à cela.

Interrogé s’il sait le propos qu’elle a tenu au cardinal et si elle lui a remis une rose,

A dit qu’il croit qu’elle avait une rose et qu’il ignore le propos qu’elle a tenu.

Interrogé si c’est lui qui est venu dans le moment de l’entrevue avec la fille d’Oliva et le cardinal ilire : « Voilà Madame et madame la comtesse d’Artois qui se j)romènent, retirez-vous; »

A dit qu’il n’a point vu M. le cardinal avec lu fille d’Oliva, qu’il n’a parlé ni de Madame: ni de madame la comtesse d’Artois et n’a joué aucun rôle là-dedans.

Interrogé s’il savait que la fille d'OIiva était chargée de remettre une lettre au cardinal , et si cette lettre n’ayant |>as été remise, la fille d’Oliva ne l’a pas remise au sieur de Lamotte ,

A dit qu’il l’ignore.

Interrogé s’il n’avait pas écrit une lettre relative à cela sous la dictée de la dame de Lamotte ,

A dit que non.

Interrogé s’il n’est pas vrai que le lendemain la

clame de Lamotte montra à la fille d’Oliva une lettre qu’elle lui dit être de la Reine, dans laquelle il y avait : ■1 Ma chère comtesse, je suis enchantée de la personne que vous m’avez procurée; elle s’est Acquittée de sa mission à merveille, elle peut être assurée de son sort, » A répondu qu’il l’ignore, et que la Jettre n’a point été lue en sa présence.

Interrogé s’il n’a pas écrit sous la dictée de la dame de Lamotte la lettre dont nous venons de lui parler,

A dit que non.

Interrogé s’il n’est pas vrai que le même jour la fille d’Oliva revint à Paris avec le sieur de Lamotte et lui , A dit cpi’il ne se le rappelle pas.

Interrogés! depuis il n’a pas vu plusieurs fois la fille d’Oliva chez la dame de Lamotte et s’il n’a pas mangé avec elle ,

A dit que oui.

Interrogé s’il sait si la dame de Lamotte a donné une somme cpielcoiique à la fille d’Oliva pour la récompenser du rcile qu’elle avait joué ,

A dit qu’il croit bien qu’elle lui a donné quelque chose, mais ignore la somme.

Interrogé s’il a entendu la dame de Lamotte se vanter souvent des bontés que la Reine avait pour elle et dire qu’elle avait tout accès auprès de Sa Majesté,

A dit que la dame de Lamotte lui avait fait part cpi’elle s’était jetée aux pieds de la Reine pour lui exposer sa situation fâcheuse ; que la Reine avait paru touchée de son sort, et que depuis elle l’honorait de ses bontés

Interrogé s’il n’a }>as contribue à persuader à différentes personnes que la daine de Lamotte avait tout crédit auprès de la Reine, et si en con.séquence plusieurs personnes ne se sont pas présentées chez lu dame de Lamotte pour obtenir pur son canal des {jrûces ou des emplois ,

A dit que non.

A lui représenté un écrit en forme de mémoire, commençant par ces mots : « Marie-Anne de Lamotte, » et finissant j>ar ceux-ci : « j)our la conservation de ses jours précieux. » Interpellé de déclarer si c’est lui qui a écrit ce mémoire, et l’avons sommé de le parapher,

A dit que ce mémoire est écrit de sa main et qu’il est prêt de le parapher; et à l’instant ledit écrit a été jiaraphé par le répondant, non par nous, l’ayant été ci-devant.

Interpellé de dire s’il n’est pas à sa connais.sance que lu dame de Lamotte, ayant persuadé au cardinal qu’il pouvait compter sur les bontés de la Reine, le cardinal ait remis à la dame de Lamotte des sommes considérables qui lui étaient demandées de lu part de la Reine pur des personnes auxquelles Sa Majesté s’intéressait ,

A répondu qu’il u toujours vu lu dame de Lamotte dans une grande aisance, sans savoir quelle en était la source.

Interrogé s’il sait si le cardinal venait souvent chez lu dame de Lamotte, et si dans l’absence de la dame

3ti6 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

de Lamotte il ne venait pas d’autres personnes dans sa maison ,

A dit qu’il sait que le cardinal est venu quelquefois chez la daine de Lamotte , mais qu’il ne l’y a jamais vu; ignore si le cardinal y venait en l’absence de la dame de Lamotte et y amenait quelqu’un.

Interrogé s’il n’a pas ou connaissance des propositions qui ont été faites à la dame de Lamotte pour faire acquérir par la Reine, par l’entremise du cardinal, le collier qui était chez les joailliers de la Reine,

A dit qu’il l’ignore absolument.

Interrogé s’il a eu connaissance que Rassenge vint dans le courant du mois de décembre 1784 avec le sieur de Laporte chez la dame de Lamotte lui montrer le collier de diamants,

A répondu qu’il n’en a aucune connaissance.

Interrogé s’il a connaissance que la dame de Lamotte en parla au cardinal , en lui faisant entendre que l’acquisition de ce collier serait agréable à la Reine,

A dit que non.

Interrogé s’il a connaissance que la dame de Lamotte ait fait voir au cardinal de Rohan des lettres qu’il disait lui avoir été écrites par la Reine , et s’il n’a pas écrit des lettres dans cette A*iie-là , sous la dictée de la dame de Lamotte,

A dit que non.

Interrogé s’il sait si le cardinal a envoyé demander, k la fin de janvier 1785, à la dame de Lamotte, l’adresse de Rassenge, et si la dame de Lamotte n’a

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3fl7

|>as été le 24 janvier au matin chez les joailliers leur dire que le grand seigneur qui était chargé de la part de la Reine de faire l’acquisition du collier, allait paraître,

A dit qu’il n’en a aucune connaissance.

Interrogé s’il n’a point écrit aucune instruction pour autoriser le cardinal à traiter avec les joailliers de l’acquisition du collier comme de la part de la Reine, ou s’il a connaissance qu’il en ait été envoyé au cardinal de la part de la dame de Lamotte ,

 dit que non.

Interrogé s’il a eu connaissance de la façon dont le marché a été conclu par le cardinal avec les joailliers; à lui représenté ledit marché, l’avons sommé de déclarer s’il reconnaît l’écriture de ce marché et de s’expliquer à ce sujet,

A dit qu’il ignore de quelle manière ce marché a été conclu , et croit reconnaître l’écriture du marché pour être celle du cardinal , en ayant vu quelquefois chez la dame de Lamotte sur des adresses.

Interrogé s’il n’a pas connaissance <jue le cardinal remit le marché à la dame de Lamotte ; si elle ne le garda pas deux jours, .sous prétexte de le communiquer à la Reine; si elle ne h? lui nmdit pas en lui disant qu’il était inutile que les conditions fussent approuvées ou signées par la Reine , parce qu’elle payerait sous peu de jours ,

A dit <p’il l’ignore.

Interrogé si le cardinal ayant insisté pour que la Reine approuvât et .signât les conditions du marché.

la daine de Lamotte ne le reprit pas et ne le rappoila pas au cardinal avec les mots approuvé et la si(;natiu’e Marie- Antoinette de France ,

A dit qu’il ignore ce qui s’est passé entre la daine de Lamotte et le cardinal.

A lui représenté de nouveau le marché, et interpellé de déclarer s’il connait l’écriture des mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France, et si ce n’est pas lui qui les a écrits,

A répondu qu’il ne les a point écrits; observe que, comme il a le plus grand intérêt à cette affirmation , elle ne peut être une preuve ; supposant donc que par la séduction on lui eût fait commettre une faute de cette nature, il est aisé d’imaginer combien il craindrait d’en faire l’aveu. Admettant en outre toutes les probabilités qui seraient à sa charge , supposant même de faux témoins qui déposassent les lui avoir vu écrire, il s’afjirait alors de juger le fait et lui comme en étant coupable; mais, par le fait, ce n’est ni l’écriture ni la signature de la Reine : non-seulement on n’a point imité l’écriture de Sa Majesté, et dans ce cas il n’y a pas de faux matériel; non-seulement encore on n’a point employé la signature dont se sert Sa Majesté, donc il n’y a ni faux ni crime de lèse-majesté, mais même la signature qui existe ne peut être celle de la Reine, puisipi’elle porte Marie-Antoinette DE France , ce qui est un être de raison dans le royaume. Le répondant demande donc de quel poids peut être une pareille signature? îîe devait-elle pas

être prise pour ce qu’elle valait ? D’abord par le joaillier de la Reine qui doit avoir des rapports avec Sa Majesté, et surtout par M. le cardinal, homme de cour, qui , par sa place et son rany , doit en connaître l’écriture et doit savoir au moins comment Sa Majesté doit signer, et que le nom de Marie- Antoinette de France ne peut pas être sa signature; observe, au surplus, que ce ne pourrait être alors qu’une subtilité dont il n’aurait pas tiré de profit; observe, de plus, que l’on peut objecter que cet écrit , dont on le soupçonnerait l’auteur, a été présenté aux joailliers comme étant la véritable écriture de la Reine, et les a déterminés à livrer le collier; si c’est là le crime, on ne peut jias certainement l’imputer au répondant, puis- (ju’il ne connaît ni M. le cardinal ni les joailliers, et (]ue sur une pareille proposition on lui aurait ri au nez et on l’eût fait arrêter; qu’en un mot, ce n’est pas lui qui a fait usage de la signature et qu’il n’en a tiré aucun profit.

A lui représenté de nouveau l’écrit commençant par ces mots : « Marie-Anne de Lamotte. n Interpellé de déclarer s’il peut nier ou disconvenir que l’écriture ne soit pas semblable à celle des mots appi-onvé et de la signature Marie-Antoinette de France,

A répondu qu’une infinité d’écritures ont des rap- ])orts entre elles; qu’au surplus, il s’en tient à ce qu’il vient de répondre au précédent interrogatoire.

Le marché ci-dessus représenté n’a point été paraphé par le répondant ni par nous , l’avant été ci-devant,

PIKCES JUSTIFICATIVES.

Interrogé .s’il a connaissance d’une lettre que le cardinal a fait voir aux joailliers lorsqu’ils lui livrèrent le collier, qu’il leur annonça être de la Reine, et qui portait : « Je n’ai pas coutume de traiter de cette manière avec mon joaillier, vous garderez donc ce papier chez vous , et vous arrangerez , du reste , tout comme vous le jugerez convenable, »

A répondu que non.

Interrogé s’il n’a pas connaissance qu’il en ait été écrit une dans ce genre-lii ]>ar la dame de Lamotte , et si elle ne lui en a pas fait écrire,

A dit que non.

Interrogé s’il a connaissance que la dame de Lamotte ait été le 1" février, jour de la conclusion du marché , à Versailles , et s’il ne l’accompagna pas ,

A répondu qu’il a été plusieurs fois à Versailles avec la dame de Lamotte, mais qu’il ne se .souvient pas s’il y a été ce jour-là.

Interrogé si le cardinal ne se rendit pas le même jour il Versailles chez la dame de Lamotte,

A dit qu’il n’en sait rien. '

Interro('é si , peu de moments après que le cardinal fut entré chez la dame de Lamotte, on ne vint pas dire à ladite dame que quelqu’un demandait à lui parler, et si elle ne dit pas au cardinal que c’était de la part de la Reine,

A dit qu’il n’a aucune connaissance de toutes ces choses-là.

Interrogé si le cardinal, s’étant retiré dans une al-

côve, celui qui s’était annoncé de la part de la Reine n’entra pas et ne remit pas une lettre à la dame de Lamotte , qui , après avoir décacheté la lettre , fit sortir le particulier, et si le cardinal, ayant remis pour lors le collier renfermé dans une boite à la dame de Lamotte , elle ne le remit pas au particulier,

A dit qu’il n’a pas plus de connaissance de ces faits que des précédents, qui sont tout à fait étrangers.

L’avons interpellé de déclarer s’il n’est pas le particulier qui a apporté la lettre et à qui la dame de Lainotte a remis le collier,

A dit que non .

L’avons interpellé de déclarer s’il a eu connaissance de cette lettre, et si ce n’est pas lui qui l’avait écrite sous la dictée de la dame de Lamotte,

A répondu que non , et qu’il n’a jamais entendu parler de rien qui y fût relatif.

Interpellé de déclarer s’il n’a pas eu connaissunce que les sieur et dame de Lamotte n’étaient pas dans ropulence dans l’année 1783; si leur maison ne s’est pas beaucoup accrue dans le courant de rannée 1784, surtout de])uis le mois d’aoùt , et si depuis lu livraison du collier l’opulence n’a pus considérablement augmenté ,

A répondu qu’il n’était point à Paris en 1783 ; qu’il ne s’y est rendu qu’au mois de janvier de l’année suivante ; qu’il leur a toujours vu trois domestiques males, une femme de chambre et une cuisinière; qu’ils avaient à leur usage un carrosse de remise, et qu’ils avaient

des bijoux dont le nombre lui a paru s’accroître successivement.

Interroge s’il a vu chez la dame de Lamotte un officier des gardes du corps nommé Dolomieux, et s’il était très-lié avec ladite dame de Lamotte,

A dit qu’il l’y a vu assez souvent , et qu’il ignore s’il avait des liaisons intimes avec ladite dame de Lamotte.

Interpellé de déclarer s’il a connaissance que le sieur Dolomieux ait eu part à tout ce qu’a pu faire la dame de Lamotte, soit pour faire persuader qu’elle avait accès et crédit auprès de la Reine, soit pour la négociation du collier et la vente des diamants,

A répondu qu’il ne l’y a jamais vu que comme société, ainsi que lui répondant y était admis, et qu’il n’a jamais rien vu qui ait jm lui faire croire qu’il ait participé à ce que nous venons de lui demander.

Interpellé de déclarer si, après la remise du collier faite par le cardinal à la dame de Lamotte , elle a gardé le collier pour elle afin de s’en approprier à elle seule le bénéfice ,

A répondu qu’il ignore absolument 1a livraison du collier, ainsi que son dépècement.

Interpellé si la dame de Lamotte ne lui a pas remis des diamants provenant de ce collier pour les vendre, et s’il ne les a pas proposés à vendre ,

A dit qu’il a été chargé de vendre environ quarante diamants qu’il a proposés à un juif, beau-frère du sieur Vidal, avec lequel il n’a rien conclu, et qui l’a adressé au sieur Vidal avec lequel il ne s’est pas arrangé, et

qu’il les rendit un matin h la dame de Lamotte qui était encore dans son lit; qu’il i^^norait d’où ces diamants pouvaient provenir.

Interrogé s’il a eu connaissance que la dame de Lamotte eût employé d’autres personnes pour vendre des diamants ,

 dit qu’il n’en connaissait point.

Interrogé s’il a connaissance qu’elle en ait vendu et de l’emploi qu’elle a fait du prix en provenant,

 répondu qu’elle ne lui a jamais confié qu’elle en eût vendu.

Du samedi 8 avril 1786.

Interrogé s’il no sait pas que dans le courant du mois d’avril 1785 le sieur de Lamotte ait été à Londres pour y vendre des diamants, accompagné du sieur O’Neil ,

A répondu qu’il a su que le sieur de Lamotte allait en Angleterre avec le sieur O’Neil, mais qu’il ignorait l’objet de son voyage, dont on ne lui a pas jiarlé.

Interrogé jjounpioi , étant aussi lié qu’il l’était avec le sieur et la dame de Lamotte, il n’a pas accompagné le sieur de Lamotte à Londres, et si ce n’était pas pour aider à la dame de Lamotte à vendre les diamants qui provenaient du collier,

A répondu qu’il ne sait pas si le sieur de Lamotte avait des raisons de l’éloigner de faire ce voyage avec lui; qu’au reste, il n’a proj»osé de diamants à vendre que ceux qu’il a montrés au sieur Vidal.

374 • PIÈCES JCSTIFICATIVES.

Interro{;<! s’il sait si la dame de f^ainotte a fait un voya;;e ii Savorne dans le courant du mois de mai 1785, A répondu qu’il a su qu’elle y avait été vraisemblablement pour voir le cardinal.

Interrogé s’il n’a pas été informé du retour du sieur de Lamotte de T.ondres à Paris , et si le sieur de I..amotte n’a pas rapporté avec lui des lettres de change pour des sommes considérables sur le sieur Perregaux, et si le sieur et la dame de Lamotte n’ont pas gardé pour eux le montant de ces lettres de change ,

A répondu qu’il affirme n’avoir point eu l’ombre de connaissance de cela.

Interrogé s’il a su que le sieur de Lamotte a rapporté de Londres des bagues et des bijoux entourés de diamants et quel usage ils en ont fait,

A répondu qu’il a vu effectivement au sieur de Lamotte et il la dame son épouse , à cette époque , des bijoux entourés de diamants qu’ils n’avaient pas auparavant ; mais ne sait pas l’usage qu’ils en ont fait.

Interrogé s’il a vu à la dame de Lamotte une bonbonnière qu’elle a fait faire à cette époque, entourée de diamants ; s’il sait l’usage qu’elle en a fait ,

A répondu qu’il ne l’a pas vue et n’en a pas même entendu parler.

Interrogé s’il a eu connaissance que dans le mois de juillet 1785 la dame de Lamotte ait montré au cardinal une lettre où il était écrit que la Reine destinait 700,000 livres au lieu de 400,000 pour le premier payement du collier, et si ce n’est pas lui qui a écrit

celle lellre sous la cliclée de lu dame de Lamolle, A répondu (ju’ii n’a poinl écril celle lellre , el qu’il ne sail pas si elle a exislé.

Inlerroyé s’il a connaissance que la dame de Lamollc ail vu le comle de Caglioslro chez le cardinal, si la dame de Lamolle y 'a mené su nièce, el s’il a coii- • naissance des opéralions mysliques qui y oui élé fuilcs, A répondu qu'il a ouï raconler la scène à la dame de Lamolle el à sa nièce, qui en éluienl même elfrayées, ayanl regardé le sieur de Caglioslro comme un sorcier.

Inlerrogé si la dame de Lamolle lui a fail [>arl (les sermenls qu’on lui a fail faire , des différenles opéralions qu’on avail failes pour l’y amener, el de lu remise des diaraanls cpii lui avail élé faile par le cardinal,

A répondu ({u’elle ne lui avail fail pari d’aucune parlicularilé , (ju’elle lui avail paru seulemenl effarée du sorlilége qu’on avail {iratiqué vis-à-vis d’elle el de sa nièce.

Avons inlerpellé le répondanl de déclarer si, lors de la livraison du collier, le cardinal pouvail .savoir que les mois approuvé el la signalure Marie-Antoinette ■ DE France, mis sur le marché du collier, n’élaienl pas l’écrilure el la signalure de la Reine,

A répondu qu’il n’en a el ne peul en avoir de connaissance posilive; que, sans avoir les lumières de M. le cardinal , il pense qu’à sa place il n’aurail ]ias élé dupe.

Inlerrogé si le cardinal depuis n’a pas élé informé

que les approuvé et la sifjnatiire n’ctaient pas véritables, et si ce n’est pas en conséquence de la connai.ssance qu’il en a eue (pi’il a gardé par devers lui le marché sans le remettre aux joailliers ,

A répondu qu’il n’a pas connaissance de cela. Interrogé s’il ne s’est pas prêté à écrire les mots approuvé et la signature sur le marché du collier, ;i l’instigation de la dame de Lamotte, qui lui aurait confié qu’elle en tirerait un grand profit, et que, lui répondant , en serait bien récompensé ,

A répondu qu’il ne l’a point écrit, mais que s’il eut eu la faiblesse d’y consentir, il l’aurait fait, sur l’assurance qu’un tel papier ne sortirait jamais des mains de M. le cardinal; que, quant à la récompense, il a toujours montré trop de désintéressement pour qu’on puisse lui imputer ce motif.

Interrogé si la dame de Lamotte, avant ou depuis le marché du collier, ne lui a pas remis différentes sommes , non à titre de prêt, mais à titre de don ,

A répondu qu’avant et aj)rès cette époque la dame de Lamotte lui a rendu différents services d’argent, mais que cela a toujours été à titre de prêt dont il a tenu des notes, qu’il lui rappelait même, et dont son honnêteté ne voulait pas entendre parler.

Interrogé s’il a connaissance que le cardinal ait remis des diamants aux sieur et dame de Gagliostro ,

A répondu qu’il n’a ouï parler du sieur de Gagliostro que par ses sortilèges, et comme étant l’oracle de M. le cardinal.

Interroge s’il a vu chez la daine de Lamotte une fille nommée Mêla de Gourville ou baronne de Salleberg, avec un jeune bomiue âgé de quinze ans, qui passait pour être le fils de la Mêla de Gourville,

A répondu qu’il ne les y a point vus et n’a jioint entendu parler de ce nom-ià chez la dame de Lamotte.

Interrogé s’il a eu connaissance du projet que pouvait avoir le cardinal de marier cette fille à l’effet de reconnaître un enfant qu’elle avait ,

A répondu qu’il ne sait pas l’ombre de tout cela.

Interrogé s’il a connu un particulier qui se nomme Bette d’Etienville, et s’il ne l’a pas vu chez la dame de Lamotte,

A répondu qu’il ne le connaissait pas.

Interrogé s’il a connu un jiarticulier qu’on nommait tantôt Marcilly, tantôt le conseiller, et s’il l’a vu chez la daine de Lamotte ,

A répondu qu’il n’a aucune idée de cette personne-là.

Interrogé s’il a connu un particulier qui se nommait Augeard , et si lui-même n’a pas porté ce nom pendant quelque temps chez lu dame de Lamotte ,

A répondu qu’il ne connaît point ce particulier, qu’il n’a jamais porté un pareil nom; qu’il a pu faire bien des actions d’étourderie et d’inconséquence dans lesijuelles son faible pour les femmes aurait pu l’engager, mais qu’il n’a rien à se reprocher de nature à déguiser son nom , dont il n’a jamais changé.

Interrogé s’il a connaissance «pi’il y ait eu une conférence chez la dame de Lamotte entre le cardinal , la

378 PIÈCES JESTll'ICATIVF.S.

fille Courville et Bette d’Etienvüle, relativement à un mariage projeté entre ladite Courville et le baron de Fages,

A répondu qu’il ignorait cette conférence , dont on ne lui a jamais fait part.

Interrogé s’il a eu connaissance que le cardinal ait proposé aux sieur et dame de Lamotte, à la fin de juillet, de s’absenter, et de se retirer dans l’une. de ses terres au delà du Rhin,

A répondu que les sieur et dame de Lamotte lui en ont parlé effectivement, mais sans s’expliquer ouvertement sur le motif et sur la cause d’un pareil voyage.

L’avons interpellé de déclarer si les sieur et dame de Lamotte, en lui faisant part de la proposition qui leur était faite par le cardinal , ne lui ont pas parlé de rien de relatif au collier de diamants , et de nous dire quelle est l’époque à lacjuelle il a eu connaissance de cette proposition ,

A répondu, qu’autant qu’il peut se le rappeler, l’époque est à la fin de juillet; qu’il a entrevu de l’inquiétude dont il n’a point démêlé la cause et dont on ne l’a point instruit.

Interrogé s’il n’a pas été à cette époque-là chei'cher le sieur de Lamotte , qui était à Bar-sur- Aube ,

A répondu que oui.

Interrogé si c’est la dame de Lamotte qui l’y a envoyé, et si elle lui a fait part des motifs qui exigeraient le retour de son mari ,

A répandu qu’elle lui remit des dépêches pour les

porter en diligence à son mari avec lequel il revint, et ne sait pas ce que contenaient ces dépêches.

Interrogé s’il a connaissance que les sieur et dame de Lamotte, avant de quitter Paris, se sont retirés chez le cardinal pendant deux jours,

A répondu que oui.

Interrogé s’il a connaissance, qu’avant que les sieur et dame de Lamotte se soient retirés dans la maison du cardinal, il y ait en d(? fréquentes allées et venues du cardinal chez la dame de Lamotte ,

A répondu qu’il a ouï dire qu’il y était venu à cette époque-là, ignore combien de fois, mais qu’il ne l’y a jamais vu.

Interrogé s’il sait quels sont les motifs qui ont déterminé les sieur et dame de Lamotte à aller chez le cardinal; si c’a été à la sollicitation du cardinal, ou si c’est au contraire la dame de Lamotte qui a demandé cette retraite,

A répondu qu’il ne l’a pas demandé, et qu’on ne l’en a pas instruit.

Interrogé si la dame de Lamotte lui a fait part des motifs qui l’engageaient à sortir de Paris ,

A répondu que la dame de Lamotte ne lui ayant pas expliqué si c’était par économie ou par d’autres raisons qu’elle s’absentait, il ne peut en déduire le vrai motif.

Interrogé s’il a vu entre les mains de la dame de Lamotte des lettres, mémoires, pièces qui pouvaient établir une correspondance entre elle et le cardinal, et

s'il suit que la daine de Laniotte ait remis toutes ces lettres et mémoires au cardinal avant de partir,

A répondu qu’il a vu chez elle beaucoup de papiers, mémoires, lettres et autres pièces dont il i(jiiore la teneur, et n’a jamais eu la curiosité de chercher à s’instruire, et ignore l’emploi qui en a été fait.

Interrogé s’il partit avant ou après les sieur et dame de Lamotte, et s’ils ne lui ont pas remis des fonds pour soutenir sa dépense,

A répondu que les sieur et dame de Lamotte lui ayant fait part qu’ils s’en allaient à Bar-sur- Aube , il leur témoigna l’éloignement qu’il avait d’y aller, n’ayant pas obtenu à Paris la place qu’il était venu solliciter, et leur ayant renouvelé le désir qu’il avait depuis longtemps de faire un voyage en Italie, et leur ayant exposé qu’il n’avait pas les fonds nécessaires, il en reçut, à titre de prêt, la somme de 4,000 livres.

A lui demandé si ce n’est pus plutôt la dame de Lamotte qui l’a engagé à passer en pays étranger, en lui représentant qu’il pourrait être poursuivi relativement au collier,

A répondu que la dame de Lamotte avait approuvé son départ, et le lui avait conseillé sur les raisons et le désir qu’il lui en avait témoigné.

Interrogé s’il n’a pas vu emporter par les sieur et dame de Lamotte beaucoup de meubles et une quantité considérable de diamants,

A répondu qu’il sait qu’on a emporté les meubles qui étaient à Paris, ce qui s’est fait publiquement; n’a

rien vu de précieux qu’on se soit proposé d’emporter furtivement.

A lui demandé s’il est parti de Paris de la maison des sieur et dame de Lamotte, et s’il n’avait pas passé une partie de la nuit dans le cabriolet qui devait lui servir ii voyager,

A répondu que sa malle et ses autres effets étant chargés sur le cabriolet dans lequel il devait partir, qui était chez la dame de Lamotte, et lui étant venu souper chez elle et se disposant à partir le lendemain de bon niatiii, il laissa les sieur et dame de Lamotte se coucher à peu près à une heure et demie ou deux heures, et fut se reposer dans son cabriolet pour attendre le jour, vu (pi’il n’y avait plus dans la maison d’autre lit que celui des sieur et dame de Lamotte.

Interrogé s’il a connaissance que le sieur de Lamotte avait laissé à Londres des diamants chez les différents bijoutiers, et qu’il les a retirés après que sa femme a été arrêtée ,

A répondu qu’il n’en a aucune connaissance.

Interrogé s’il a entretenu quelque correspondance avec le sieur de Lamotte depuis qu’il est séparé de lui, s’il est informé du lieu où il s’est retiré , et s’il sait où il peut être à présent,

A répondu qu’il n’a eu aucune correspondance avec les sieurs et dame de Lamotte depuis qu’il a quitté Paris, et qu’il ignore absolument ce qu’est devenu depuis le sieur de Lamotte.

Interrogé s’il n’a jamais été mis en prison ni repris de justice,

A dit que non, si ce n’est qu’il a été mis en prison à Genève.

Interrogé s’il veut croire les témoins,

A dit que oui, s’ils disent vérité.

Titon. Rétaux de Villette.

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