INTERUOG.ATOIRE DE I.A FILLE LEGUAY, DITE D’OLIVA
Du jeudi janvier 1786.
Par-devant nous .lean-Baptiste-Maximilien-Pierrc Titon, conseiller du Roi au Parlement, en l’une des salles du gouvernement du château de la Bastille, a été amenée, par le sieur de Losme , major adjoint du château, Marie-Nicole Legiiay d’Oliva ou Designy.
Interrogée de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A dit se nommer Marie-Nicole Leguay d’Oliva ou
' Archives de F Empire, X’, 2576.
De.signy, àjjée de trentfvquatre ans, bourgeoise de Paris, y demeurant rue Thiroux, Chaussée d’Ântin.
Interrogée si elle n’a pas connu une femme nommée la dame de Lamotte de Valois ,
A répondu que oui.
Interrogée depuis quel temps elle en a fait connaissance, et de quelle manière elle l’a faite ,
A répondu que sur la fin du printemps 1784, .se promenant au Palais-Royal avec un enfant, elle fut suivie d’un jeune homme qu’elle ne connaissait pas; que peu de temps après qu’elle fut rentrée chez elle , rue du Four, au premier sur le derrière, à l’hôtel Lambesc, son domestique, nommé François, lui annonça un monsieur qui demandait à lui parler, et qu’elle ne connaissait pas ; que cette personne, qui était la même que celle qui l’avait suivie au Palais-Royal, entra, et se présentant honnêtement, elle la reçut; qu’il lui demanda la permission de venir la voir; que lui ayant été demandé qui il était, il lui dit qu’il était le comte de Lamotte, et qu’elle lui pei-mit de venir la voir. Interrogée si elle connaît un nommé Nathan, juif, A répondu que oui.
Interrogée si elle ne devait pas de l’argent à ce juif, et s’il n’avait pas obtenu contre elle une sentence ,
A répondu que oui.
Interrogée si elle n’a pas demandé à ce juif de suspendre les poursuites qu’il pouvait faire contre elle; qu’elle allait incessamment faire fortune; si elle ne lui fit pas part de ce qui s’était passé entre elle, le sieur et
la dame de Lamotte, et si elle ne lui ajouta j»as que la dame de Lamotte lui ferait avoir de l’argent et la mènerait il Versailles ,
A répondu qu’elle n’a pas parlé au sieur Nathan avant d’aller à Versailles; que c’est à son retour qu’elle lui a dit qu’elle lui donnerait de l’argent, parce que madame de Lamotte devait lui donner 15,000 francs; et qu’en effet elle a donné audit Nathan 100 écus, qui étaient le montant de ce qu’elle lui devait dans ce temps-lù.
A elle représenté qu’elle nous a bien dit comment elle avait fait connaissance avec le sieur de Lamotte , mais qu’il faut qu’elle nous dise si elle a fait connaissance avec lu dame de Lamotte, et comment,
A répondu (|u’au bout de sept ou huit jours que le sieur de Lamotte la connaissait, venant habituellement chez elle pres([ue tous les jours, il lui dit un jour, étant fort gai, qu’il sortait d’une maison où on avait beaucoup parlé d’elle; elle lui demanda quelle était cette maison et quelles étaient les personnes; il lui dit que c’était une dame ; que lui ayant répondu <[ue cela l’étonnait, ne voyant dans ce temps-là ni homme ni femme, qu’il lui assura que c’était bien d’elle dont on avait parlé ; que c’était une dame très comme il faut et attachée à la cour; qu’elle lui dit que c’était une raison de plus pour qu’elle en fût étonnée; qu’il lui répliqua que cette même dame se proposait de venir le même .soir chez elle, et qu’il la lui amènerait; qu’en effet le soir il est Aenu lui annoncer celte dame, laquelle est
entrée iin moment après seule; qu’elle lui dit : « Vous devez être fort étonnée de me voir, ne me connaissant pas? » Qu’elle lui répondit que la surprise était fort agréable. Pour lors, cette dame s’étant assise, tira de son portefeuille plusieurs lettres qu’elle lui dit être de la Reine ; qu’elle était une femme très comme il faut ; qu’elle était attachée à la cour ; qu’elle ne pouvait pas lui dire son nom, mais qu’elle le saurait un jour. A la lecture des fragments de ces lettres, la répondante lui dit qu’elle ne comprenait rien à tout cela ; que la dame lui dit : « Mon cher cœur, je suis les deux doigts de la main avec la Reine, elle m’a mise dans toute sa confiance; et qu’elle l’avait chargée de trouver quelqu’un qui ferait ce qu’elle lui dirait lorsqu’il en serait temps. " Elle lui dit que si elle faisait ce qu’on lui disait, elle lui ferait un cadeau de 1.5,000 francs, et que celui de la Reine serait plus conséquent; que même, si elle voulait, elle allait la mener chez un notaire lui faire faire un contrat de 15,000 francs; à quoi la répondanli; lui dit qu’elle était troj) flattée d’être dans le cas de faire quelque chose <pii pût plaire à la Reine, que ce n’était pas l’intérêt qui la guidait; que ladite dame lui dit : « Si vous êtes décidée, ce que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire vis-à-vis d’une personne comme cela, le sieur de Lamotte viendra vous prendre demain au soir et vous amènera chez moi, à Versailles. » Qu’elle, répondante, lui dit qu’elle ne pouvait ]>as se refuser à une pareille proposition de la part de lu Reine ; qu’en effet le sieur de Lamotte est venu chez elle le
:»4 PIÈCES J OSTIKICATI VES.
leiidemuin après raidi ; qu’ils sont partis sur la brune pour Versailles; en arrivant à Versailles, ils ont rencontré avant la {jrille la darae de Laraotte avec sa femme de chambre, (|u’ils sont descendus, et que le sieur de Lamotte, après avoir parlé à la dame de Lamott(! , la conduisit avec la femme de chambre chez ladite dame, place Dauphine, dans un hôtel parni , où elle, répondante, est restée seule avec la femme de chambre pendant environ deux heures, au bout desquelles le sieur de Lamotte est revenu avec sa femme , laquelle, en entrant d’un air fort {jai, lui dit (ju’elle venait de chez la Reine, laquelle était fort contente, qu’elle voudrait être au lendemain pour savoir comment cela se serait passé; que la répondante lui demanda ce qu’on lui voulait faire faire : à quoi ladite dame de Lamotte lui dit : o Je vous le dirai demain. » Que le lendemain après midi elle l’habilla et lui dit qu’elle la conduirait le soir dans le parc; qu’auparavant elle parlerait à la Reine ; qii’après lui avoir parlé, il viendrait un très-grand seigneur, h qui elle remettrait une lettre, qu’elle lui remit. En effet, le soir, vers les dix heures, elle la mena dans le parc et lui remit une rose en lui disant : » Vous remettrez cela à la personne qui va paraitre, et vous lui direz : Fbi/s savez ce que cela veut dire. » Elle la quitta un moment, fut chercher la personne (jui devait venir. Pour lors, la personne vint, elle lui présenta la rose en lui disant : « Vous savez ce que cela veut dire. » Elle ne remit pas la lettre, parce qu’elle était trop troublée. La dame de Lamotte
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PIKCKS JlîSTIl’ICATlVES.
revint dans l’instant et lui dit : « Vener vite, venez vite. » La répondante se retira avec le sieur de Lamotte, à qui elle remit la lettre, ayant oublié de la remettre ; et la personne à qui elle avait remis la rose s’est retirée avec la dame de Lamotte. Observe qu’elle n’a pas vu la Reine ni autres personnes que celles dont elle vient de nous parler; qu’elle est rentrée chez le sieur de Lamotte, où la dame son épouse vint les rejoindre et leur dit qu’elle sortait de chez la Reine, qui était trèscontente. Le lendemain, la diune de Lamotte lui a montré une lettre, qu’elle lui a dit être de lu Reine, dans laquelle il y avait : « Ma chère comtesse , je suis enchantée de la personne que vous m’avez prficurée ; elle s’est acquittée de sa mission à merveille, et elle peut être assurée de son sort. » Elle est revenue le soir à Paris, avec le sieur de Lamotte , dans une voiture de la cour. La daine de Lamotte lui a donné, en ditlérentes Ibis, 4, 000 francs, dont la dernière était 1 ,000 écus, en lui disant qu’au lieu des 1 5,000 francs, c’était là tout ce qu’on pouvait lui donner.
A elle demandé si , lorsque cette personne e.st venue, elle a levé sa coiffe avec son éventail et lui a dit qu’il pouvait espérer qu’elle oublierait le passé,
A répondu qu’elle n’a point levé la Thérèse blanche qu’elle avait sur sa tête; qu’elle n’avait pas d’éventail; (ju’elle n’a point dit qu’elle oublierait le passé, parce qu’elle n’était pas chargée de le dire. ^
Interrogée si cette personne qui vint à elle ne lui fit pas un profond salut,
PIECKS JUSTIFICATIVES.
 répondu qu’elle n’a pas pu di.stiii(;uer, attendu qu’il faisait nuit, si on lui a fait un salut, si lu personne était {jrande ou petite, attendu que cela a «fté l’affaire d’une minute, la dame de Lainotte étant venue tout de suite lui dire : « Venez vite, venez vite. » Interrogée s’il n’y avait pas auprès d’elle dans ce moment un particulier qui a lu figure mince, le teint pâle, le visage allongé, les sourcils noirs, et si ce particulier ne vint pas dire que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient la Reine,
A répondu qu’en entrant dans le parc, elle a vu un monsieur à qui madame de Lamotte a dit : « Ah! vous voilà! i> que ce monsieur s’est retiré avec madame de Lamotte; qu’elle ii’a point vu lu personne que nous lui désignons auprès d’elle ni auprès de la dame de Lamotte, qui est venue seule lui dire : .< Venez vite, » et n’a pas entendu autre chose.
Interrogée si soit avant d'aller à Versailles, soit avant d’aller au parc, elle était instruite du r<>le qu’on devait lui faire jouer,
A répondu qu’elle ne savait j»as autre chose que ce qu’elle vient de nous déclarer.
Interrogée si outre les 4,000 livres (ju’elle vient de nous déclarer avoir reçues de la dame de Lamotte, elle n’a pas reçu d’autre somme,
A répondu que non.
Interrogée s^ à son retour de Versailles elle n’a pas été demeurer rue Neuve-Saint-Augustin , où elle s’est meuhlée ,
A répondu que oui.
Interrogée si elle aurait pu payer ses dettes et se meubler si elle n’avait pas reçu de la dame de Lamotte une somme f)lus forte ,
A répondu t|u’avant de connaitre la dame de Lamotte ell(! avait loué son ap]>artciuent et commencé à le meubler; que les mille écus qu’elle a reçus de la dame de Lamotte eu une fois ont servi à payer; que sans cela elle aurait eu la res.soiirce des mille écus qu’elle a eus de sa famille.
Interrogée si elle n’a pas continué de voir la dame de Lamotte et d’aller ebe/ elle jusqu’au mois d’août 1785,
A répondu que la dame de Lamotte n’a monté qu’une fois eboz elle; qu’elle a été diner chez la dame de Lamotte, tant à Paris qu’à Gharonue, trois ou quatre fois, et qu’elle ace.ssé de la voir dans le courant de 1784.
Interrogée si elle a vu différentes personnes chez la dame de Lamotte, et notamment une dame que l’on appelait de Courville ou la baronne deSalleberg,
A répondu qu’elle a vu plusieurs personnes chez la dame de Lamotte, mais n'a connu que M. et madame Lafresnaye, ancien notaire, chez qui elle a été souper avec la dame de Lamotte, en revenant avec elle de sa campagne.
Interrogée si elle a vu chez la dame de Lamotte un sieur Ogeard ou Augeard, et un autre particulier qu’on appelait tantôt Marsilly, tantôt le conseiller,
A répondu qu’elle n’a pas entendu nommer ces noms-là.
A elle demandé si depuis le mois de septembre 1784 elle a vu ou a eu (juelque relation avec la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interro(jée j>ourquoi, lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée, elle s’est absentée de Paris et a été demeurer hors du royaume ,
A ré|K>i>du qu’elle était à la campagne lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée; qu’étant revenue à Paris et étant fort toiirmentée par ses créanciers , à la veille de voir ses meubles vendus , ayant des engagements à payer et ne pouvant y faire face, une personne avec laquelle elle vivait lui proposa de se retirer dans quelque petite ville, jusqu’à ce que lui eût atteint sa majorité, temps où il pourrait payer ses dettes et arranger ses affaires ; qu’ils étaient déterminés à aller à Fontainebleau , mais qu’une femme qui demeurait dans la même maison qu’elle et à laquelle elle communiqua son embarras, lui dit : « Vous feriez bien mieux de vous retirer à Bruxelles, qui est mon pays, où l’on vit à très-bon marché, et aA'ec ce que vous avez, cela vous suffira très-amplement pour é^^e comme vous désiriez être à Paris, et je vous y accompagnerai. » Qu’elle communiqua à la personne avec laquelle elle vivait ce projet; elle lui répondit que cela lui était égal de vivre là ou ailleurs. Que d’après cela elle s’est rendue à Bruxelles où le particulier est venu la rejoindre huit jours , et qu’ils comptaient y rester jusqu’au mois de novembre , époque de la majorité du particulier.
PIÈCES JCSTIKICATIVES. 359
Interrogée si ce n’était pas dans la crainte d’être arrêtée comme ayant participé à tout ce que la dame de Lamotte avait fait ,
A répondu que lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée, elle a entendu dire que c’était relativement à un collier de diamants; qu’elle ne pouvait avoir aucune inquiétude là-dessus, n’ayant jamais wi ni entendu parler du collier chez la dame de Lamotte, puisqu’elle a cessé absolument de la voir au mois de septembre 1784.
Interrogée si elle veut croire les témoins,
A répondu que non.
Interrogée si elle a jamais été en prison,
A répondu qu’elle a été quatre heures à l’hôtel de la Force, pour s’être rendue caution de quelqu’un.
Titon. Leglay d’Ouva.