DEUXIÈME IXTEUROGATOIRE DE M. LE CARDINAL DE ROH AN
Du jeudi 1 1 mai 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon , conseiller du Roi en sa cour de Pai-lement , a
* Archives de t Empire, X’, 2576.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 40:j
été amené en l’^nc des salles du château de la Bastille le cardinal de Rohan.
Interroffé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A dit se nommer Louis-René-Edouard, cardinal de Rohan, prince-évéque de Strasbourg, grand aumônier de France, demeurant à Paris, Vieille rue du Temple, hôtel de Strasbourg.
Interrogé si c'est lui qui a rédigé les conventions du marché, ou si elles ont été apportées ou envoyées toutes rédigées , et par qui ,
A dit avant de répondre qu’il se croit obligé de renouveler toutes les protestations qu’il a faites <lans tout le cours de cette instmction , sous les mêmes rapports et par les mêmes motifs, ainsi que ses différentes demandes relativement à l’audition des témoins. A répondu que c’est lui qui a rédigé les conventions du marché, et <|ue même on en a trouvé le premier projet sous le scellé.
A lui présenté l’écrit commençant par ces mots ; « Envoyé chercher B..., » l’avons sommé d’en donner l’explication , et de dire à quelle époque il l’a dicté ,
A répondu que M. le rapporteur et M. le commissaire lui ayant laissé la liberté de lire à plusieurs reprises la pièce informe trouvée sous les scellés, il s’est pénétré des différentes expressions qu’elle renferme, et du sens de l’ensemble surtout, d’après les éclaircissements que lui ont donnés les confrontations avec le sieur de Saint-James et les joailliers; que le
sens de cet écrit est que, toujours attnc)ié au secret que le respect lui avait imposé et auquel il devait s’étre conformé même depuis le propos du sieur Gampan, il croyait donc que les joailliers ne devaient point jvarler au sieur Gampan du fait de la négociation , et qu’ils devaient en conséquence dire que le collier était en pays étranger, pour qu’on ne leur demandât pas à le voir; que d'ailleurs c’était là ce qu’ils avaient l’habitiide de répondre quand on les questionnait sur cet objet; et, quant à « lu tranquillité qu’il était sûr de faire nuitre » , le moyen projmsé n’était autre que d’inviter M. de Saint-James à ne point exiger pour le moment le pavement de ce que les joailliers lui devaient; par là ils étaient tranquilles jmur le présent, et, quant au futur, il croyait être sûr qu’ils seraient payés par la Reine au mois d’octobre, ainsi que la dame de Lamotte le lui avait dit. Observe que dans cette même pièce informe il y trouve une j)reuve de sa bonne foi par ces mots : « Graignaiit que la tête ne lui tourne à l’occasion d’un ensemble de choses toutes nouvelles pour lui , » il s’ensuit qu’il était tranquille auparavant, et qu’il était devenu tel depuis l’arrangement proposé au sieur de Saint-James; qu’il croyait donc toujours fermement que la Reine avait le collier; or, le sieur de Saint- James est convenu avoir promis qu’il accorderait des délais aux joailliers et ne les presserait pas, et cette promesse reconnue de lui est la preuve de tout ce que dit le répondant; ne peut, au surplus, se rappeler l’époque à laquelle il a dicté cette pièce informe.
A lui représente qu’il purait que cet écrit a été fait après que les joailliers lui ont dit que la Reine ne comprenait rien à la lettre qu’ils lui avaient remise,
A répondu que certainement il doit être postérieur au propos que les joailliers lui dirent avoir été tenu par le sieur Canq>an , savoir, que la Reine paraissait ignorer ce que les joailliers avaient voulu lui dire.
A lui représenté qu’en faisant dire par les joailliers que le collier était passé en pays étranger, cela j)eut faire croire qu’à cette époque il savait que le collier n’était pas entre les mains de la Reine.
A répondu que l’ensemble de tout ce qu’il a dit et fait relativement à la conviction où il était que la Reine avait le collier, prouve invinciblement qu’il n’a jamais j)u même en douter ; <|ue la déposition de la dame de Lamotte, toute fausse qu’elle est, prouve encore pour lui, car elle prétend lui avoir conseillé dans les premiers jours d’août de vérifier les prétendus approuvé et la signature , donc elle convient elle-même que lui répondant était convaincu alors de la vérité des approuve et de la signature; se contente d’ajouter à cette première preuve que lui fournit même la dame de Lamotte de la persuasion où il était que la Reine avait le collier, la remise des conventions signées et approuvées faite par lui très-librement au Roi, et qu’à son très-grand étonnement il a vu devenir une pièce contre lui au procès. D’après ces deux preuves qui pourraient être accompagnées de grand nombre d’autres qui sont au procès, il reste prouvé qu’il a toujours cru que le
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collier était entre les mains de la Reine; or, s’il a cru que le collier était entre les mains de la Reine, il n’a pas cru qu’il fût en pays étranger; donc la réponse qu’il conseillait aux joailliers de donner n’était que comme une défaite de leur part.
Interrogé quel est le moyen qu’il avait proposé qui arrangeait tout pour le présent et pour le futur,
A répondu que le délai qu’accordait le sieur de Saint- James, ainsi que lui répondant l’a dit, et l’espérance qu’il avait, d’après le dire de la dame de LamoUe, <]ue les joailliers seraient payés par la Reine au mois d’octobre, sont les deux motifs (jui faisaient naître sa sécurité.
A lui représenté que, s’il eût été persuadé que la Reine avait le collier, il ne devait pas douter (ju’elle ne payât aux échéances convenues, et qu’ainsi il ne devait point proposer au sieur de Saint-James d’accorder des délais , et ne devait pas être tourmenté par le trouble et le désespoir annoncés dans l’écrit,
A répondu que le trouble et le désespoir dont il est question dans l’écrit venaient de ce que les joailliers ayant des sommes exigibles ii acquitter jusqu’au montant de 800,000 francs au sieur de Saint-Janies, sans compter les autres qu’ils ])ouvaient avoir à acquitter; qu’il est aisé de concevoir l’état de trouble où étaient les joailliers; que, quant aux intentions de la Reine pour le payement aux échéances , ce n’était pas à lui à les juger, d’autant plus qu’il doit paraître très-simple que la Reine juge à propos de retarder un payement.
Titün. Le cabdinai. de Rohan.
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THOISIÈMF. INTEHRÜÜATOIRE DE RÉTAUX DE VILLETTE <.
Du jeudi 11 mai 1786.
Par-devant nous, Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, a été amené, en l'une des salles du gouvernement du château de la Bastille, le* sieur Rétaux de Villette.
Interrogé de ses nom, surnoms, âge, (Qualités et demeure ,
A dit se noiumc-r l.ouis-Marc-Aiitoine Rétaux de Villette, âgé de trente-deux ans, ancien gendarme, demeurant avant sa détention rue Saint-Louis, au Marais.
A lui représentées deux lettres, l’une datée de Paris «lu 3 mai, l’autre également datée de Paris du V mai 1786, toutes deux signées Rétaux de Villette, avec les enveloppes desdites lettres, portant l’adresse : a A monseigneur le comte de Vergennes, secrétaire d’Ktat à la cour;» l’avons sommé de déclarer s’il est l’auteur desdites lettres et enveloppes , et de les parapher.
Ledit Rétaux de Villette, après avoir examiné lesdites deux lettres et enveloppes, a déclaré qu'il en est l’auteur; que c’est lui qui les a fait parvenir à M. le comte de Vergennes , et qu’il est prêt de les parapher.
A lui représenté que de la dernière lettre il résulte qu’il ne nous a pas dit toutes les particularités dont il a connaissance dans cette alfaire, et que d’après le ser-
• Arciiives de F Empire, X*, 2576.
ment qu’il a prêté il doit à la justice de ne rien dissimuler; l’avons sommé de nous déclarer ce qu’il entend par la dernière phrase de la seconde lettre,
A répondu que la dernière lettre qu’il a eu l’iioiineur d’écrire à M. le comte de Verfjennes a précédé .son dernier interro{;atoire , où il a donné en abrégé l’idée des connaissances et particularités qu’il a dans cette affaire; que, puis(pic la justice exige des détails plus circonstanciés, il vu les donner. Il a été instruit à peu près dans le mois de juin ou de juillet 1 78i, par la dame de Lamotte, que M. le cardinal l’avait pressée de l'aire une démarche auprès de la Reine, afin que Sa Majesté fit connaître ses intentions à M. le cardinal, pour qu’elle, dame de Lamotte, en l’eciit des bienfaits, et que par ce moyen cela donnât occasion ii M. le cardinal d’avoir des rapports directs avec la Reine, auprès de laquelle il n’était pus en faveur. La dame de Lamotte, en conséquence, s’était jetée, comme il l’a dit déjà, aux pieds de la Reine; cette démarche fut infructueuse. La dame de Lamotte, interrogée par M. le cardinal sur l’effet de sa démarche, lui répondit, soit par vanité ou ne voulant pas avouer son peu de réussite, qu’elle avait vu la Reine, qu’elle lui avait fait l’exposé de sa situation fâcheuse, <‘t qu’elle lui avait parlé avantageusement du cardinal, lequel lui recommanda de continuer ses bons offices auprès de Sa Majesté dans ses entrevues subséquentes, ce que madame de Lamotte lui dit avoir fait. La dame de Lamotte fit écrire par lui répondant , à peu
près au mois de mai, comme il l’a dit, des lettres auxquelles il ne comjtrenait rien ; mais que d’autres lettres, ainsi que les précédentes censées venir de 1a Reine et plus circonstanciées, l’ont éclairé, et lui ont fait connaître l’ambition et la nature des prétentions de M. le cardinal, qui étaient, autant qu’il peut le dire, un désir véhément d’obtenir les bonnes yraces de Sa Majesté pour parvenir au premier ministère , en écartant les personnes en faveur qui pourraient y apporter obstacle. Cette correspondance a duré jusqu’à 1a scène de la demoiselle d’Oiiva , avouée par tout le monde. Il peut d’autant plus assurer la vérité de ce qu’il vient de nous dire relativement à l’explication des lettres qu’il a écrites, <pi’il a vu une partie des lettres de M. le cardinal auxquelles on le cbaryeait de répondre, correspondance que peut attester le baron de Planta. Pour le reste, il s’en réfère à ses interrogatoires et confrontations, auxquels il n’a plus rien à ajouter.
Titon. Rétacx de Villette.
MO