INTERROGATOIRE DE LA FILLE LEGUA Y, DITE D'OLIVA
Du jeudi 19 janvier 1786.
Par-devant nous Jean- Baptiste -Maximilien- Pierre Titon, conseiller du Roi au Parlement, en l'une des salles du gouvernement du château de la Bastille, a été amenée, par le sieur de Losme, major adjoint du château, Marie-Nicole Leguay d'Oliva ou Designy.
Interrogée de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A dit se nommer Marie-Nicole Leguay d'Oliva ou 1 Archives de t Empire, X a , 2576.
Designy, âgée de trente-quatre ans, bourgeoise de Paris, y demeurant rue Thiroux, Chaussée d'Antin.
Interrogée si elle n'a pas connu une femme nommée la dame de Lamotte de Valois ,
À répondu que oui.
Interrogée depuis quel temps elle en a fait connaissance, et de quelle manière elle l'a faite ,
À répondu que sur la fin du printemps 1784, se promenant au Palais-Royal avec un enfant, elle fut suivie d'un jeune homme qu'elle ne connaissait pas; que peu de temps après qu'elle fut rentrée chez elle , rue du Four, au premier sur le derrière, à l'hôtel Lambesc, son domestique, nommé François, lui annonça un monsieur qui demandait à lui parler, et qu'elle ne connaissait pas ; que cette personne, qui était la même que celle qui l'avait suivie au Palais-Royal, entra, et se présentant honnêtement, elle la reçut; qu'il lui demanda la permission de venir la voir ; que lui ayant été demandé qui il était, il lui dit qu'il était le comte de Lamotte, et qu'elle lui permit de venir la voir.
Interrogée si elle connaît un nommé Nathan , juif,
À répondu que oui.
Interrogée si elle ne devait pas de l'argent à ce juif, et s'il n'avait pas obtenu contre elle une sentence ,
À répondu que oui.
Interrogée si elle n'a pas demandé à ce juif de suspendre les poursuites qu'il pouvait faire contre elle; qu'elle allait incessamment faire fortune; si elle ne lui fit pas part de ce qui s'était passé entre elle, le sieur et
la dame de Lamotte , et si elle ne lui ajouta pas que la dame de Lamotte lui ferait avoir de l'argent et la mènerait à Versailles ,
À répondu qu'elle n'a pas parlé au sieur Nathan avant d'aller à Versailles; que c'est à son retour qu'elle lui a dit qu'elle lui donnerait de l'argent, parce que madame de Lamotte devait lui donner 15,000 francs; et qu'en effet elle a donné audit Nathan 100 écus, qui étaient le montant de ce qu'elle lui devait dans ce temps-là.
A elle représenté qu'elle nous a bien dit comment elle avait fait connaissance avec le sieur de Lamotte, mais qu'il faut qu'elle nous dise si elle a fait connaissance avec la dame de Lamotte, et comment,
À répondu qu'au bout de sept ou huit jours que le sieur de Lamotte la connaissait, venant habituellement chez elle presque tous les jours, il lui dit un jour, étant fort gai , qu'il sortait d'une maison où on avait beaucoup parlé d'elle; elle lui demanda quelle était cette maison et quelles étaient les personnes ; il lui dit que c'était une dame; que lui ayant répondu que cela l'étonnait, ne voyant dans ce temps-là ni homme ni femme , qu'il lui assura que c'était bien d'elle dont on avait parlé ; que c'était une dame très comme il faut et attachée à la cour; qu'elle lui dit que c'était une raison de plus pour qu'elle en fût étonnée ; qu'il lui répliqua que cette même dame se proposait de venir le même soir chez elle, et qu'il la lui amènerait; qu'en effet le soir il est venu lui annoncer cette dame, laquelle est
entrée un moment après seule ; qu'elle lui dit : « Vous devez être fort étonnée de me voir, ne me connaissant pas? * Qu'elle lui répondit que la surprise était fort agréable. Pour lors, cette dame s'étant assise, tira de son portefeuille plusieurs lettres qu'elle lui dit être de la Reine ; qu'elle était une femme très comme il faut ; qu'elle était attachée a la cour ; qu'elle ne pouvait pas lui dire son nom , mais qu'elle le saurait un jour. À la lecture des fragments de ces lettres, la répondante lui dit qu'elle ne comprenait rien h tout cela ; que la dame lui dit : « Mon cher cœur, je suis les deux doigts de la main avec la Reine, elle m'a mise dans toute sa confiance ; et qu'elle l'avait chargée de trouver quelqu'un qui ferait ce qu'elle lui dirait lorsqu'il en serait temps. » Elle lui dit que si elle faisait ce qu'on lui disait, elle lui ferait un cadeau de 15,000 francs, et que celui de la Reine serait plus conséquent; que même, si elle voulait, elle allait la mener chez un notaire lui faire faire un contrat de 15,000 francs; à quoi la répondante lui dit qu'elle était trop flattée d'être dans le cas de faire quelque chose qui pût plaire à la Reine, que ce n'était pas l'intérêt qui la guidait; que ladite dame lui dit : « Si vous êtes décidée, ce que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire vis-à-vis d'une personne comme cela, le sieur de Lamotte viendra vous prendre demain au soir et vous amènera chez moi, à Versailles. » Qu'elle, répondante, lui dit qu'elle ne pouvait passe refuser à une pareille proposition de la part de la Reine ;
qu'en effet le sieur de Lamotte est venu chez elle le
lendemain après midi ; qu'ils sont partis sur la brune pour Versailles; en arrivant à Versailles, ils ont rencontré avant la grille la dame de Lamotte avec sa femme de chambre, qu'ils sont descendus, et que le sieur de Lamotte, après avoir parlé à la dame de Lamotte , la conduisit avec la femme de chambre chez ladite dame, place Dauphine, dans un hôtel garni , où elle, répondante, est restée seule avec la femme de chambre pendant environ deux heures, au bout desquelles le sieur de Lamotte est revenu avec sa femme, laquelle, en entrant d'un air fort gai, lui dit qu'elle venait de chez la Reine, laquelle était fort contente, qu'elle voudrait être au lendemain pour savoir comment cela se serait passé; que la répondante lui demanda ce qu'on lui voulait faire faire : à quoi ladite dame de Lamotte lui dit : « Je vous le dirai demain. » Que le lendemain après midi elle l'habilla et lui dit qu'elle la conduirait le soir dans le parc ; qu'auparavant elle parlerait à la Reine ; qu'après lui avoir parlé, il viendrait un très-grand seigneur, à qui elle remettrait une lettre, qu'elle lui remit. En effet, le soir, vers les dix heures, elle la mena dans le parc et lui remit une rose en lui disant : « Vous remettrez cela à la personne qui va paraître, et vous lui direz : Vous savez ce que cela veut dire. » Elle la quitta un moment, fut chercher la personne qui devait venir. Pour lors, la personne vint, elle lui présenta la rose en lui disant : « Vous savez ce que cela veut dire. » Elle ne remit pas la lettre, parce qu'elle était trop troublée. La dame de Lamotte
revint dans l'instant et lui dit : « Venez vite, venez vite. » La répondante se retira avec le sieur de Lamotte, à qui elle remit la lettre, ayant oublié de la remettre ; et la personne à qui elle avait remis la rose s'est retirée avec la dame de Lamotte. Observe qu'elle n'a pas vu la Reine ni autres personnes que celles dont elle vient de nous parler ; qu'elle est rentrée chez le sieur de Lamotte , où la dame son épouse vint les rejoindre et leur dit qu'elle sortait de chez la Reine, qui était trèscontente. Le lendemain, la dame de Lamotte lui a montré une lettre , qu'elle lui a dit être de la Reine , dans laquelle il y avait : « Ma chère comtesse , je suis enchantée de la personne que vous m'avez procurée ; elle s'est acquittée de sa mission à merveille , et elle peut être assurée de son sort. » Elle est revenue le soir à Paris, avec le sieur de Lamotte, dans une voiture de la cour. La dame de Lamotte lui a donné, en différentes fois, 4,000 francs, dont la dernière était 1 ,000 écus, en lui disant qu'au lieu des 1 5,000 francs, c'était là tout ce qu'on pouvait lui donner.
A elle demandé si , lorsque cette personne est venue, elle a levé sa coiffe avec son éventail et lui a dit qu'il pouvait espérer qu'elle oublierait le passé,
À répondu qu'elle n'a point levé la Thérèse blanche qu'elle avait sur sa tête; qu'elle n'avait pas d'éventail; qu'elle n'a point dit qu'elle oublierait le passé, parce qu'elle n'était pas chargée de le dire.
Interrogée si cette personne qui vint à elle ne lui fit pas un profond salut,
A répondu qu'elle n'a pas pu distinguer, attendu qu'il faisait nuit, si on lui a fuit un salut, si la personne était grande ou petite, attendu que cela a été l'affaire d'une minute, la dame de Lamotte étant venue tout de suite lui dire : « Venez vite, venez vite. »
Interrogée s'il n'y avait pas auprès d'elle dans ce moment un particulier qui a la figure mince, le teint pâle , le visage allongé , les sourcils noirs , et si ce particulier ne vint pas dire que Madame et madame la comtesse d'Artois rejoignaient la Reine,
A répondu qu'en entrant dans le parc, elle a vu un monsieur à qui madame de Lamotte a dit : « Ah ! vous voilà ! » que ce monsieur s'est retiré avec madame de Lamotte; qu'elle n'a point vu la personne que nous lui désignons auprès d'elle ni auprès de la dame de Lamotte, qui est venue seule lui dire : « Venez vite, • et n'a pas entendu autre chose.
Interrogée si soit avant d'aller à Versailles, soit avant d'aller au parc, elle était instruite du rôle qu'on devait lui faire jouer,
A répondu qu'elle ne savait pas autre chose que ce qu'elle vient de nous déclarer.
Interrogée si outre les 4,000 livres qu'elle vient de nous déclarer avoir reçues de la dame de Lamotte, elle n'a pas reçu d'autre somme ,
A répondu que non.
Interrogée si à son retour de Versailles elle n'a pas été demeurer rue Neuve-Saint-Augustin , où elle s'est meublée ,
A répondu que oui.
Interrogée si elle aurait pu payer ses dettes et se meubler si elle n'avait pas reçu de la dame de Lamotte une somme plus forte,
À répondu qu'avant de connaître la dame de Lamotte elle avait loué son appartement et commencé à le meubler; que les mille écus qu'elle a reçus de la dame de Lamotte en une fois ont servi à payer; que sans cela elle aurait eu la ressource des mille écus qu'elle a eus de sa famille.
Interrogée si elle n'a pas continué de voir la dame de Lamotte et d'aller chez elle jusqu'au mois d'août 1785,
À répondu que la daine de Lamotte n'a monté qu'une fois chez elle; qu'elle a été diner chez la dame de Lamotte, tant à Paris qu'a Charonne, trois ou quatre fois, et qu'elle a cessé de la voir dans le courant de 1 784.
Interrogée si elle a vu différentes personnes chez la dame de Lamotte , et notamment une dame que l'on appelait de Gourville ou la baronne de Salleberg,
À répondu qu'elle a vu plusieurs personnes chez la dame de Lamotte, mais n'a connu que M. et madame Lafresnaye , ancien notaire , chez qui elle a été souper avec la dame de Lamotte , en revenant avec elle de sa campagne.
Interrogée si elle a vu chez la dame de Lamotte un sieur Ogeard ou Àugeard, et un autre particulier qu'on appelait tantôt Marsilly, tantôt le conseiller,
À répondu qu'elle n'a pas entendu nommer ces noms-là.
A elle demandé si depuis le mois de septembre 1784 elle a vu ou a eu quelque relation avec la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interrogée pourquoi, lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée, elle s'est absentée de Paris et a été demeurer hors du royaume ,
A répondu qu'elle était à la campagne lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée ; qu'étant revenue à Paris et étant fort tourmentée par ses créanciers, à la veille de voir ses meubles vendus , ayant des engagements à payer et ne pouvant y faire face, une personne avec laquelle elle vivait lui proposa de se retirer dans quelque petite ville, jusqu'à ce que lui eût atteint sa majorité, temps où il pourrait payer ses dettes et arranger ses affaires ; qu'ils étaient déterminés à aller à Fontainebleau , mais qu'une femme qui demeurait dans la même maison qu'elle et à laquelle elle communiqua son embarras, lui dit : a Vous feriez bien mieux de vous retirer à Bruxelles, qui est mon pays, où l'on vit à très-bon marché, et avec ce que vous avez, cela vous suffira très-amplement pour être comme vous désiriez être à Paris, et je vous y accompagnerai. » Qu'elle communiqua à la personne avec laquelle elle vivait ce projet ; elle lui répondit que cela lui était égal de vivre là ou ailleurs. Que d'après cela elle s'est rendue à Bruxelles où le particulier est venu la rejoindre huit jours , et qu'ils comptaient y rester jusqu'au mois de novembre, époque de la majorité du particulier.
Interrogée si ce n'était pas dans la crainte d'être arrêtée comme ayant participé à tout ce que la dame de Lamotte avait fait,
A répondu que lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée, elle a entendu dire que c'était relativement à un collier de diamants ; qu'elle ne pouvait avoir aucune inquiétude là-dessus, n'ayant jamais vu ni entendu parler du cpllier chez la dame de Lamotte, puisqu'elle a cessé absolument de la voir au mois de septembre 1 784.
Interrogée si elle veut croire les témoins ,
A répondu que non.
Interrogée si elle a jamais été en prison,
A répondu qu'elle a été quatre heures à l'hôtel de la Force, pour s'être rendue caution de quelqu'un.
Titon. Leguay d'Ouva.
PREMIER INTERROGATOIRE DE RETAUX DE V1LLETTE i.
Du vendredi 7 avril 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, a été amené en l'une des salles du gouvernement du château de la Bastille, par le sieur de Losme, major adjoint, le nommé Rétaux de Villette.
Interrogé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
* Archives de t Empire 9 X 2 , 2576.
A dit se nommer Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette, âgé de trente-deux ans, ancien gendarme, demeurant avant sa détention rue Saint-Louis, au Marais.
Interrogé s'il a connu le sieur et la dame de Lamotte et dans quel temps il les a connus ,
A dit qu'il les a connus tous les deux avant qu'ils fussent mariés, demeurant dans le même pays que lui.
Interrogé s'il n'a pas quitté, il y a deux ou trois ans, la maison de sa mère à Bar-sur- Aube , pour venir demeurer à Paris ,
A dit qu'il est parti de Bar-sur-Aube pour venir solliciter à Paris, au mois de janvier 1784, l'agrément d'une place d'officier de maréchaussée.
Interrogé si à cette époque il n'avait pas consommé une partie de son patrimoine, et s'il ne s'est pas soutenu au moyeu des secours qui lui furent procurés par les sieur et dame de Lamotte ,
A répondu qu'il n'a pas vécu à Paris par les secours des sieur et dame de Lamotte, s'étant rendu en cette ville du consentement de sa famille, qui lui avait fourni l'argent nécessaire à ses besoins.
Interrogé s'il n'allait pas exactement chez la dame de Lamotte ,
A dit qu'il n'y allait pas souvent dans le commencement, s'occupant beaucoup de l'objet qui l'avait amené à Paris.
Interrogé si, lorsqu'il a été plus particulièrement lié avec la dame de Lamotte, il ne s'occupait pas beaucoup à écrire ce qu'elle lui dictait,
A dit qu'elle lui a fait écrire différentes fois des mémoires pour des malheureux qui réclamaient sa recommandation auprès de M. le cardinal- pour les Quinze-Vingts, d'autres pour sa famille ou pour des personnes auxquelles elle s'intéressait, adressés à des ministres ou autres personnes en état de procurer des places.
Interrogé s'il a connu une fille nommée Designy, dite la baronne d'Oliva, et interpellé de déclarer de quelle manière il a fait sa connaissance,
A dit qu'il Ta connue dans le mois de juillet 1784; que c'est le sieur de Lamotte qui l'y a mené pour la première fois et qu'il y a été quelquefois seul depuis , et d'autres fois avec le sieur de Lamotte.
Interrogé s'il sait que la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d'Oliva , et dans quel temps ,
A dit qu'il sait que la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d'Oliva vers la fin de l'été,
Interrogé s'il sait comment la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d'Oliva , et si elle lui a confié pour quel motif elle a fait cette connaissance,
A répondu qu'il ne sait pas comment et pour quel objet, et que la dame de Lamotte ne le lui a pas confié.
Interrogé s'il n'a pas été, à la fin de juillet ou au commencement d'août 1 784, à Versailles, avec la dame de Lamotte, et si le sieur de Lamotte ne s'y est pas rendu le même jour avec la fille d'Oliva,
A répondu qu'il s'y est rendu avec le sieur de Lamotte et la fille d'Oliva dans le même carrosse, et que
la dame de Lamotte y a été de son côté le même jour.
Interrogé si, le lendemain, la dame de Lamotte n'habilla pas la fille d'Oliva et ne lui dit pas qu'elle la conduirait le soir dans le parc , . A répondu qu'il l'avait vue s'habiller en chemise blanche doublée de rouge, mais que la dame de Lamotte ne lui dit pas alors qu'elle la conduirait dans le parc ; que le fait est qu'il partit avec le sieur de Lamotte et s'en fut dans le parc avant que ces daines s'y rendissent; que marchant difficilement à cause d'un mal qu'il avait au talon , il s'est assis sur un banc de marbre; que le sieur de Lamotte a continué sa promenade; qu'il est venu le joindre, lui répondant, un quart d'heure après ou environ; que la dame de Lamotte et la fille d'Oliva sont venues peu de temps après; qu'ils sont descendus tous quatre vers le bosquet de la Vénus ; que là ils se sont séparés de ces dames ; que peu de temps après la fille d'Oliva est venue rejoindre lui répondant et le sieur de Lamotte , la dame de Lamotte étant sortie auparavant avec le cardinal et le baron de Planta , à ce qu'on lui a dit ; que la dame de Lamotte s'en fut de son côté, et que lui revint avec le sieur de Lamotte et la fille d'Oliva, après s'être promenés encore dans le parc.
Interrogé s'il savait que la fille d'Oliva jouait le rôle de la Reine vis-à-vis du cardinal de Rohan ,
A répondu qu'il a su depuis qu'elle avait joué ee rôle-là; qu'il l'a appris l'instant d'après; il avoue même qu'il a eu l'absurdité de ne regarder cette méprise que
par son côté plaisant et qu'il en a beaucoup ri ; que de longs remords ont racheté depuis cet instant de délire dont il ignorait la conséquence.
Interrogé par qui il a appris le rôle qu'on venait de faire jouer, et s'il a vu ou si on lui a dit quel en a été le but,
A répondu qu'il l'a appris par ces dames, qui l'ont raconté le soir; qu'il ne savait pas qu'il y eût aucun buta cela.
Interrogé s'il sait le propos qu'elle a tenu au cardinal et si elle lui a remis une*rose,
A dit qu'il croit qu'elle avait une rose et qu'il ignore le propos qu'elle a tenu.
Interrogé si c'est lui qui est venu dans le moment de l'entrevue avec lajjfille d'Oliva et le cardinal dire : « Voilà Madame et madame la comtesse d'Artois qui se promènent, retirez-vous; »
A dit qu'il n'a point vu M. le cardinal avec la fille d'Oliva, qu'il n'a parlé ni de Madame ni de madame la comtesse d'Artois et n'a joué aucun rôle là-dedans.
Interrogé s'il savait que la fille d'Oliva était chargée de remettre une lettre au cardinal, et si cette lettre n'ayant pas été remise, la fille d'Oliva ne l'a pas remise au sieur de Lamotte ,
A dit qu'il l'ignore.
Interrogé s'il n'avait pas écrit une lettre relative à cela sous la dictée de la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interrogé s'il n'est pas vrai que le lendemain la
dame de Lamotte montra à la fille d'Oliva une lettre qu'elle lui dit être de la Reine, dans laquelle il y avait : « Ma chère comtesse , je suis enchantée de la personne que vous m'avez procurée ; elle s'est acquittée de sa mission à merveille, elle peut être assurée de son sort,»
A répondu qu'il l'ignore, et que la lettre n'a point été lue en sa présence.
Interrogé s'il n'a pas écrit sous la dictée de la dame de Lamotte la lettre dont nous venons de lui parler,
A dit que non.
Interrogé s'il n'est pas vrai que le même jour la fille d'Oliva revint à Paris avec le sieur de Lamotte et lui,
A dit qu'il ne se le rappelle pas.
Interrogé si depuis il n'a pas vu plusieurs fois la fille d'Oliva chez la dame de Lamotte et s'il n'a pas mangé avec elle ,
A dit que oui.
Interrogé s'il sait si la dame de Lamotte a donné une somme quelconque à la fille d'Oliva pour la récompenser du rôle qu'elle avait joué ,
A dit qu'il croit bien qu'elle lui a donné quelque chose , mais ignore la somme.
Interrogé s'il a entendu la dame de Lamotte se vanter souvent des bontés que la Reine avait pour elle et dire qu'elle avait tout accès auprès de Sa Majesté,
A dit que la dame de Lamotte lui avait fait part qu'elle s'était jetée aux pieds de la Reine pour lui exposer sa situation fâcheuse ; que la Reine avait paru touchée de son sort, et que depuis elle l'honorait de ses bontés
Interrogé s'il n'a pas contribué à persuader à différentes personnes que la dame de Lamotte avait tout crédit auprès de la Reine , et si en conséquence plusieurs personnes ne se sont pas présentées chez la dame de Lamotte pour obtenir par son canal des grâces ou des emplois ,
A dit que non.
A lui représenté un écrit en forme de mémoire, commençant par ces mots : a Marie-Anne de Lamotte , » et finissant par ceux-ci : « pour la conservation de ses jours précieux..» Interpellé de déclarer si c'est lui qui a écrit ce mémoire, et l'avons sommé de le parapher,
A dit que ce mémoire est écrit de sa main et qu'il est prêt de le parapher; et à l'instant ledit écrit a été paraphé par le répondant, non par nous, l'ayant été ci-devant.
Interpellé de dire s'il n'est pas à sa connaissance que la dame de Lamotte, ayant persuadé au cardinal qu'il pouvait compter sur les bontés de la Reine, le cardinal ait remis à la dame de Lamotte des sommes considérables qui lui étaient demandées de la part de la Reine par des personnes auxquelles Sa Majesté s'intéressait ,
A répondu qu'il a toujours vu la dame de Lamotte dans une grande aisance , sans savoir quelle en était la source.
Interrogé s'il sait si le cardinal venait souvent chez la dame de Lamotte, et si dans l'absence de la dame
3t>6 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
de Lamotte il ne venait pas d'autres personnes dans sa maison ,
A dit qu'il sait que le cardinal est venu quelquefois chez la dame de Lamotte , mais qu'il ne l'y a jamais vu ; ignore si le cardinal y venait en l'absence de la dame de Lamotte et y amenait quelqu'un.
Interrogé s'il n'a pas eu connaissance des propositions qui ont été faites à la dame de Lamotte pour faire acquérir par la Reine, par l'entremise du cardinal, le collier qui était chez les joailliers de la Reine ,
A dit qu'il l'ignore absolument.
Interrogé s'il a eu connaissance que Bassenge vint dans le courant du mois de décembre 1784 avec le sieur de Laporte chez la dame de Lamotte lui montrer le collier de diamants ,
A répondu qu'il n'en a aucune connaissance.
Interrogé s'il a connaissance que la dame de Lamotte en parla au cardinal , en lui faisant entendre que l'acquisition de ce collier serait agréable à la Reine,
A dit que non.
Interrogé s'il a connaissance que la dame de Lamotte ait fait voir au cardinal de Rohan des lettres qu'il disait lui avoir été écrites par la Reine, et s'il n'a pas écrit des lettres dans cette vue-là , sous la dictée de la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interrogé s'il sait si le cardinal a envoyé demander, à la fin de janvier 1785, à la dame de Lamotte, l'adresse de Bassenge, et si la dame de Lamotte n'a
pas été le 24 janvier au matin chez les joailliers leur dire que le grand seigneur qui était chargé de la part de la Reine de faire l'acquisition du collier, allait paraître, A dit qu'il n'en a aucune connaissance.
Interrogé s'il n'a point écrit aucune instruction pour autoriser le cardinal à traiter avec les joailliers de l'acquisition du collier comme de la part de la Reine, ou s'il a connaissance qu'il en ait été envoyé au cardinal de la part de la dame de Lamotte , A dit que non.
Interrogé s'il a eu connaissance de la façon dont le marché a été conclu par le cardinal avec les joailliers ; à lui représenté ledit marché, l'avons sommé de déclarer s'il reconnaît l'écriture de ce marché et de s'expliquer à ce sujet ,
A dit qu'il ignore de quelle manière ce marché a été conclu , et croit reconnaître l'écriture du marché pour être celle du cardinal , en ayant vu quelquefois chez la dame de Lamotte sur des adresses.
Interrogé s'il n'a pas connaissance que le cardinal remit le marché à la dame de Lamotte; si elle ne le garda pas deux jours, sous prétexte de le communiquer à la Reine; si elle ne le lui rendit pas en lui disant qu'il était inutile que les conditions lussent approuvées ou signées par la Reine, parce qu'elle payerait sous peu de jours , A dit qu'il l'ignore.
Interrogé si le cardinal ayant insisté pour que la Reine approuvât et signât les conditions du marché,
la dame de Lamotte ne le reprit pas et ne le rapporta pas au cardinal avec les mots approuvent la signature Marie-Antoinette de France ,
A dit qu'il ignore ce qui s'est passe entre la dame de Lamotte et le cardinal.
A lui représenté de nouveau le marché, et interpellé de déclarer s'il connaît l'écriture des mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France, et si ce n'est pas lui qui les a écrits,
A répondu qu'il ne les a point écrits; observe que, comme il a le plus grand intérêt à cette affirmation, elle ne peut être une preuve ; supposant donc que par la séduction on lui eût fait commettre une faute de cette nature, il est aisé d'imaginer combien il craindrait d'en faire l'aveu. Admettant en outre toutes les probabilités qui seraient à sa charge , supposant même de faux témoins qui déposassent les lui avoir vu écrire, il s'agirait alors de juger le fait et lui comme en étant coupable; mais, par le fait, ce n'est ni l'écriture ni la signature de la Reine : non-seulement on n'a point imité l'écriture de Sa Majesté, et dans ce cas il n'y a pas de faux matériel; non-seulement encore on n'a point employé la signature dont se sert Sa Majesté, donc il n'y a ni faux ni crime de lèse-majesté , mais même la signature qui existe ne peut être celle de la Reine , puisqu'elle porte Marie- Antoinette de France, ce qui est un être de raison dans le royaume. Le répondant demande donc de quel poids peut être une pareille signature? Ne devait-elle pas
être prise pour ce qu'elle valait? D'abord par le joaillier de la Reine qui doit avoir des rapports avec Sa Majesté, et surtout par M. le cardinal, homme de cour, qui , par sa place et son rang , doit en connaître l'écriture et doit savoir au moins comment Sa Majesté doit signer, et que le nom de Marie-Antoinette de France ne peut pas être sa signature ; observe , au surplus, que ce ne pourrait être alors qu'une subtilité dont il n'aurait pas tiré de profit ; observe , de plus , que l'on peut objecter que cet écrit , dont on le soupçonnerait l'auteur, a été présenté aux joailliers comme étant la véritable écriture de la Reine , et les a déterminés à livrer le collier; si c'est là le crime, on ne peut pas certainement l'imputer au répondant, puisqu'il ne connaît ni M. le cardinal ni les joailliers , et que sur une pareille proposition on lui aurait ri au nez et on l'eût fait arrêter; qu'en un mot, ce n'est pas lui qui a fait usage de la signature et qu'il n'en a tiré aucun profit.
A lui représenté de nouveau l'écrit commençant par ces mots : « Marie-Anne de Lamotte. » Interpellé de déclarer s'il peut nier ou disconvenir que l'écriture ne soit pas semblable à celle des mots approuvé et de la signature Marie-Antoinette de France ,
A répondu qu'une infinité d'écritures ont des rapports entre elles; qu'au surplus, il s'en tient à ce qu'il vient de répondre au précédent interrogatoire.
Le marché ci-dessus représenté n'a point été paraphé
par le répondant ni par nous , l'ayant été ci-devant,
Interrogé s'il a connaissance d'une lettre que le cardinal a fait voir aux joailliers lorsqu'ils lui livrèrent le collier, qu'il leur annonça être de la Reine , et qui portait : « Je n'ai pas coutume de traiter de cette manière avec mon joaillier, vous garderez donc ce papier chez vous , et vous arrangerez , du reste ,* tout comme vous le jugerez convenable, »
À répondu que non.
Interrogé s'il n'a pas connaissance qu'il en ait été écrit une dans ce genre-là par la dame de Lamotte, et si elle ne lui en a pas fait écrire ,
A dit que non.
Interrogé s'il a connaissance que la dame de Lamotte ait été le 1 er février, jour de la conclusion du marché , à Versailles , et s'il ne l'accompagna pas ,
À répondu qu'il a été plusieurs fois à Versailles avec la dame de Lamotte, mais qu'il ne se souvient pas s'il y a été ce jour-là.
Interrogé si le cardinal ne se rendit pas le même jour à Versailles chez la dame de Lamotte,
À dit qu'il n'en sait rien.
Interrogé si , peu de moments après que le cardinal fut entré chez la dame de Lamotte, on ne vint pas dire à ladite dame que quelqu'un demandait à lui parler, et si elle ne dit pas au cardinal que c'était de la part de la Reine,
A dit qu'il n'a aucune connaissance de toutes ces choses-là.
Interrogé si le cardinal, s'étant retiré dans une al*
côve , celui qui s'était annoncé de la part de la Reine n'entra pas et ne remit pas une lettre à la dame de Lamotte , qui , après avoir décacheté la lettre , fit sortir le particulier, et si le cardinal , ayant remis pour lors le collier renfermé dans une boite à la dame de Lamotte, elle ne le remit pas au particulier,
A dit qu'il n'a pas plus de connaissance de ces faits que des précédents, qui sont tout à fait étrangers.
L'avons interpellé de déclarer s'il n'est pas le particulier qui a apporté la lettre et à qui la dame de Lamotte a remis le collier,
À dit que non.
L'avons interpellé de déclarer s'il a eu connaissance de cette lettre, et si ce n'est pas lui qui l'avait écrite sous la dictée de la dame de Lamotte ,
A répondu que non, et qu'il n'a jamais entendu parler de rien qui y fût relatif.
Interpellé de déclarer s'il n'a pas eu connaissance que les sieur et dame de Lamotte n'étaient pas dans l'opulence dans l'année 1783; si leur maison ne s'est pas beaucoup accrue dans le courant de l'année 1784, surtout depuis le mois d'août , et si depuis la livraison du collier l'opulence n'a pas considérablement augmenté ,
A répondu qu'il n'était point à Paris en 1783 ; qu'il ne s'y est rendu qu'au mois de janvier de l'année suivante ; qu'il leur a toujours vu trois domestiques mâles, une femme de chambre et une cuisinière ; qu'ils avaient
à leur usage un carrosse de remise, et qu'ils avaient
des bijoux dont le nombre lui a paru s'accroître sac* cessivement.
Interrogé s'il a vu chez la dame de Lamotte un officier des gardes du corps nommé Dolomieux, et s'il était très-lié avec ladite dame de Lamotte,
À dit qu'il l'y a vu assez souvent , et qu'il ignore s'il avait des liaisons intimes avec ladite dame de Lamotte.
Interpellé de déclarer s'il a connaissance que le sieur Dolomieux ait eu part à tout ce qu'a pu faire la dame de Lamotte, soit pour faire persuader qu'elle avait accès et crédit auprès de la Reine, soit pour la négociation du collier et la vente des diamants,
A répondu qu'il ne l'y a jamais vu que comme société , ainsi que lui répondant y était admis , et qu'il n'a jamais rien vu qui ait pu lui faire croire qu'il ait participé à ce que nous venons de lui demander.
Interpellé de déclarer si , après la remise du collier faite par le cardinal à la dame de Lamotte , elle a gardé le collier pour elle afin de s'en approprier à elle seule le bénéfice ,
À répondu qu'il ignore absolument la livraison du collier, ainsi que son dépècement.
Interpellé si la dame de Lamotte ne lui a pas remis des diamants provenant de ce collier pour les vendre, et s'il ne les a pas proposés à vendre ,
A dit qu'il a été chargé de vendre environ quarante diamants qu'il a proposés à un juif, beau-frère du sieur Vidal, avec lequel il n'a rien conclu, et qui l'a adressé au sieur Vidal avec lequel il ne s'est pas arrangé, et
qu'il les rendit un matin à la dame de Lamotte qui était encore dans son lit ; qu'il ignorait d'où ces diamants pouvaient provenir.
Interrogé s'il a eu. connaissance que la damé de Lamotte eût employé d'autres personnes pour vendre des diamants ,
À dit qu'il n'en connaissait point.
Interrogé s'il a connaissance qu'elle en ait vendu et de l'emploi qu'elle a fait. du prix en provenant ,
À répondu qu'elle ne lui a jamais confié qu'elle en eût vendu.
Du samedi % avril 1786.
Interrogé s'il ne sait pas que dans le courant du mois d'avril 1785 le sieur de Lamotte ait été à Londres pour y vendre des diamants, accompagné du sieur O'Neil ,
À répondu qu'il a su que le sieur de Lamotte allait en Angleterre avec le sieur O'Neil, mais qu'il ignorait l'objet de son voyage, dont on ne lui a pas parlé.
Interrogé pourquoi , étant aussi lié qu'il l'était avec le sieur et la dame de Lamotte, il n'a pas accompagné le sieur de Lamotte à Londres, et si ce n'était pas pour aider à la dame de Lamotte a vendre les diamants qui provenaient du collier,
À répondu qu'il ne sait pas si le sieur de Lamotte avait des raisons de l'éloigner de foire ce voyage avec lui; qu'au reste, il n'a proposé de diamants à vendre que ceux qu'il a montrés au sieur Vidal.
Interrogé s'il sait si la dame de Lamotte a fait an voyage à Saverne dans le courant du mois de mai 1785,
À répondu qu'il a su qu'elle y avait été vraisemblablement pour voir le cardinal.
Interrogé s'il n'a pas été informé du retour du sieur de Lamotte de Londres à Paris, et si le sieur de Lamotte n'a pas rapporté avec lui des lettres de change pour des sommes considérables sur le sieur Perregaux, et si le sieur et la dame de Lamotte n'ont pas gardé pour eux le montant de ces lettres de change ,
A répondu qu'il affirme n'avoir point eu l'ombre de
connaissance de cela.
Interrogé s'il a su que le sieur de Lamotte a rapporté
de Londres des bagues et des bijoux entourés de diamants et quel usage ils en ont fait ,
À répondu qu'il a vu effectivement au sieur de Lamotte et à la dame son épouse , à cette époque , des bijoux entourés de diamants qu'ils n'avaient pas auparavant ; mais ne sait pas l'usage qu'ils en ont (ait.
Interrogé s'il a vu à la dame de Lamotte une bonbonnière qu'elle a fait faire à cette époque, entourée de diamants ; s'il sait l'usage qu'elle en a fait ,
À répondu qu'il ne l'a pas vue et n'en a pas même entendu parler.
Interrogé s'il a eu connaissance que dans le mois de juillet 1785 la dame de Lamotte ait montré au cardinal une lettre où il était écrit que la Reine destinait 700,000 livres au lieu de 400,000 pour le premier payement du collier, et si ce n'est pas lui qui a écrit
cette lettre sous la dictée de la daine de Lamotte,
A répondu qu'il n'a point écrit cette lettre , et qu'il ne sait pas si elle a existé.
Interrogé s'il a connaissance que la dame de Lamotte ait vu le comte de Cagliostro chez le cardinal , si la dame de Lamotte y a mené sa nièce , et s'il a connaissance des opérations mystiques qui y ont été faites,
A répondu qu'il a ouï raconter la scène à la dame de Lamotte et à sa nièce, qui en étaient même effrayées, ayant regardé le sieur de Gagliostro comme un sorcier.
Interrogé si la dame de Lamotte lui a fait part des serments qu'on lui a fait faire , des différentes opéra* tions qu'on avait faites pour l'y amener, et de la remise des diamants qui lui avait été faite par le cardinal ,
A répondu qu'elle ne lui avait fait part d'aucune particularité, qu'elle lui avait paru seulement effarée du sortilège qu'on avait pratiqué vis-à-vis d'elle et de sa nièce.
Avons interpellé le répondant de déclarer si, lors de la livraison du collier, le cardinal pouvait savoir que les mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France, mis sur le marché du collier, n'étaient pas l'écriture et la signature de la Reine,
A répondu qu'il n'en a et ne peut en avoir de connaissance positive; que, sans avoir les lumières de M. le cardinal, il pense qu'à sa place il n'aurait pas été dupe.
Interrogé si le cardinal depuis n'a pas été informé
que les approuvé et la signature netaient pas véritables, et si ce n'est pas en conséquence de la connaissance qu'il en a eue qu'il a gardé par devers lui le marché sans le remettre aux joailliers ,
A répondu qu'il n'a pas connaissance de cela.
Interrogé s'il ne s'est pas prêté à écrire les mots approuvé et la signature sur le marché du collier, à l'instigation de la dame de Lamotte, qui lui aurait confié qu'elle en tirerait un grand profit , et que , lui répondant , en serait bien récompensé ,
À répondu qu'il ne l'a point écrit, mais que s'il eût eu la faiblesse d'y consentir, il l'aurait fait, sur l'assurance qu'un tel papier ne sortirait jamais des mains de M. le cardinal; que, quant à la récompense, il a toujours montré trop de désintéressement pour qu'on puisse lui imputer ce motif.
Interrogé si la dame de Lamotte, avant ou depuis le marché du collier, ne lui a pas remis différentes sommes, non à titre de prêt, mais à titre de don,
À répondu qu'avant et après cette époque la dame de Lamotte lui a rendu différents services d'argent, mais que cela a toujours été à titre de prêt dont il a tenu des notes, qu'il lui rappelait même, et dont son honnêteté ne voulait pas entendre parler.
Interrogé s'il a connaissance que le cardinal ait remis des diamants aux sieur et dame de Gagliostro ,
À répondu qu'il n'a ouï parler du sieur de Gagliostro que par ses sortilèges, et comme étant l'oracle de M. le cardinal.
Interrogé s'il a vu chez la dame de Lamotte une fille nommée Mêla de Courville ou baronne de Salleberg, avec un jeune homme âgé de quinze ans, qui passait pour être le fils de la Mêla de Courville ,
À répondu qu'il ne les y a point vus et n'a point entendu parler de ce nom-là chez la dame de Lamotte.
Interrogé s'il a eu connaissance du projet que pouvait avoir le cardinal de marier cette fille à l'effet de reconnaître un enfant qu'elle avait ,
À répondu qu'il ne sait pas l'ombre de tout cela.
Interrogé s'il a connu un particulier qui se nomme Bette d'Étienville, et s'il ne l'a pas vu chez la dame de Lamotte ,
À répondu qu'il ne le connaissait pas.
Interrogé s'il a connu un particulier qu'on nommait tantôt Marcilly, tantôt le conseiller» et s'il l'a vu chez la dame de Lamotte ,
A répondu qu'il n'a aucune idée de cette personne-là.
Interrogé s'il a connu un particulier qui se nommait Âugeard , et si lui-même n'a pas porté ce nom pendant quelque temps chez la dame de Lamotte ,
À répondu qu'il ne connaît point ce particulier, qu'il n'a jamais porté un pareil nom ; qu'il a pu faire bien des actions d'étourderie et d'inconséquence dans lesquelles son faible pour les femmes aurait pu l'engager, mais qu'il n'a rien à se reprocher de nature à déguiser son nom , dont il n'a jamais changé.
Interrogé s'il a connaissance qu'il y ait eu une conférence chez la dame de Lamotte entre le cardinal , la
fille Courville et Bette d'Étienville, relativement à un mariage projeté entre ladite Courville et le baron de Pages,
A répondu qu'il ignorait cette conférence , dont on ne lui a jamais fait part.
Interrogé s'il a eu connaissance que le cardinal ait proposé aux sieur et dame de Lamotte, à la fin de juillet, de s'absenter, et de se retirer dans l'une de ses terres au delà du Rhin ,
À répondu que les sieur et dame de Lamotte lui en ont parlé effectivement, mais sans s'expliquer ouvertement sur le motif et sur la cause d'un pareil voyage.
L'avons interpellé de déclarer si les sieur et dame de Lamotte , en lui faisant part de la proposition qui leur était faite par le cardinal , ne lui ont pas parlé de rien de relatif au collier de diamants , et de nous dire quelle est l'époque à laquelle- il a eu connaissance de cette proposition ,
À répondu, qu'autant qu'il peut se le rappeler, l'époque est à la fin de juillet; qu'il a entrevu de l'inquiétude dont il n'a point démêlé la cause et dont on ne l'a point instruit.
Interrogé s'il n'a pas été à cette époque-là chercher le sieur de Lamotte , qui était à Bar-sur- Aube ,
A répondu que oui.
Interrogé si c'est la dame de Lamotte qui l'y a envoyé , et si elle lui a fait part des motifs qui exige* raient le retour de son mari ,
A répondu qu'elle lui remit des dépèches pour les
porter en diligence à son mari avec lequel il revint, et ne sait pas ce que contenaient ces dépêches.
Interrogé s'il a connaissance que les sieur et dame de Lamotte, avant de quitter Paris, se sont retirés chez le cardinal pendant deux jours,
A répondu que oui.
Interrogé s'il a connaissance, qu'avant que les sieur et dame de Lamotte se soient retirés dans la maison du cardinal , il y ait eu de fréquentes allées et venues du cardinal chez la dame de Lamotte ,
A répondu qu'il a ouï dire qu'il y était venu à cette époque-là, ignore combien de fois, mais qu'il ne l'y a jamais vu.
Interrogé s'il sait quels sont les motifs qui ont déterminé les sieur et dame de Lamotte à aller chez le cardinal; si c'a été à la sollicitation du cardinal, ou si c'est au contraire la dame de Lamotte qui a demandé cette retraite,
A répondu qu'il ne l'a pas demandé , et qu'on ne l'en a pas instruit.
Interrogé si la dame de Lamotte lui a fait part des motifs qui l'engageaient à sortir de Paris ,
A répondu que la dame de Lamotte ne lui ayant pas expliqué si c'était par économie ou par d'autres rai* sons qu'elle s'absentait, il ne peut en déduire le vrai motif.
Interrogé s'il a vu entre les mains de la dame de Lamotte des lettres, mémoires, pièces qui pouvaient établir une correspondance entre elle et le cardinal , et
s'il sait que la dame de Lamotte ait remis toutes ces lettres et mémoires an cardinal avant de partir,
À répondu qu'il a vu chez elle beaucoup de papiers, mémoires y lettres et autres pièces dont il ignore la teneur, et n'a jamais eu la curiosité de chercher à s'instruire, et ignore l'emploi qui en a été fait.
Interrogé s'il partit avant ou après les sieur et dame de Lamotte, et s'ils ne lui ont pas remis des fonds pour soutenir sa dépense ,
À répondu que les sieur et dame de Lamotte lui ayant fait part qu'ils s'en allaient à Bar-sur-Aube, il leur témoigna l'éloignement qu'il avait d'y aller, n'ayant pas obtenu à Paris la place qu'il était venu solliciter, et leur ayant renouvelé le désir qu'il avait depuis longtemps de foire un voyage en Italie , et leur ayant exposé qu'il n'avait pas les fonds nécessaires, il en reçut, à titre de prêt, la somme de 4,000 livres.
À lui demandé si ce n'est pas plutôt la dame de Lamotte qui l'a engagé à passer en pays étranger, en lui représentant qu'il pourrait être poursuivi relativement au collier,
A répondu que la dame de Lamotte avait approuvé son départ, et le lui avait conseillé sur les raisons et le désir qu'il lui en avait témoigné.
Interrogé s'il n'a pas vu emporter par les sieur et dame de Lamotte beaucoup de meubles et une quantité considérable de diamants ,
A répondu qu'il sait qu'on a emporté les meubles qui étaient à Paris, ce qui s'est fait publiquement; n'a
PIECES JUSTIFICATIVES. 38i
rien vu de précieux qu'on se soit proposé d'emporter furtivement.
A lui demandé s'il est parti de Paris de la maison des sieur et dame de Lamotte, et s'il n'avait pas passé une partie de la nuit dans le cabriolet qui devait lui servir à voyager,
À répondu que sa malle et ses autres effets étant chargés sur le cabriolet dans lequel il devait partir, qui était chez la dame de Lamotte, et lui étant venu souper chez elle et se disposant à partir le lendemain de bon matin, il laissa les sieur et dame de Lamotte se coucher à peu près à une heure et demie ou deux heures, et fut se reposer dans son cabriolet pour attendre le jour, vu qu'il n'y avait plus dans la maison d'autre lit que celui des sieur et dame de Lamotte.
Interrogé s'il a connaissance que le sieur de Lamotte avait laissé à Londres des diamants chez les différents bijoutiers, et qu'il les a retirés après que sa femme a été arrêtée,
A répondu qu'il n'en a aucune connaissance.
Interrogé s'il a entretenu quelque correspondance avec le sieur de Lamotte depuis qu'il est séparé de lui, s'il est informé du lieu où il s'est retiré, et s'il sait où il peut être à présent,
A répondu qu'il n'a eu aucune correspondance avec les sieurs et dame de Lamotte depuis qu'il a quitté Paris, et qu'il ignore absolument ce qu'est devenu depuis le sieur de Lamotte.
Interrogé s'il n'a jamais été mis en prison ni repris de justice,
À dit que non, si ce n'est qu'il a été mis en prison à Genève.
Interrogé s'il veut croire les témoins,
À dit que oui, s'ils disent vérité.
Titon. Rétaux de Villette.