‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instreite devant le parlement de ParisChapitre 7 sur 29 · DÉCLARATION DE JEFFERYES, JOAILLIER · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE JEFFERYES, JOAILLIER

« Le comte de Valois a acheté chez moi les articles ci-dessous :

12 mai 1785.

Lit. il. Schell. Den.

Un nœud d'épée en acier 6 16 6

Une paire de rosettes de souliers en acier. 2 12 6

Une ceinture d'acier avec ses ornements. . 6 6

Une paire de bracelets or et acier 18 7 6

Total 34 2 <T

* Pièces justificatives pour M. le cardinal de Rohan, accusé*

J'ai acheté de M. le comte de Valois les articles ci-dessous :

Lit. sterL

28 mai 1785. ... Un nœud de perles 23

27 août 1785. . . . Un paquet de perles 40

31 août 1785. . . . Un autre paquet de perles. . . 45

2 septembre 1785. Deux autres paquets de perles. 86

La vie que menait M. de Lamotte à Londres, toutes ces allées et venues chez les joailliers, ces diamants dont il regorgeait , ces perles dont il était couvert, cet argent qu'il ne savait plus comment dépenser, avaient excité F étonne ment de quelques personnes qui vivaient dans son intimité, et entre autres d'un nommé Mac Dermott, prêtre irlandais , qui avait connu autrefois le père et la mère de M. de Lamotte, et qui se trouvait en même temps que lui à Londres. Il attribua cette fortune considérable au jeu, mais Lamotte lui répondit : « Loin de jouer, je n'aime pas même le jeu ; mais puisque vous avez la bonté de vous intéresser à moi , je vous dirai naïvement ce qui nous a procuré l'aisance dont nous jouissons. J'ai épousé madame de Lamotte avec ses 800 livres de pension seulement, contre l'avis de ma famille, vu que je n'avais rien et elle à peu près autant, ce qui faisait craindre à ma mère que nous. ne lui devinssions à charge. Nous vînmes à Paris, où Madame et madame la comtesse d'Artois étirent la bonté de s'intéresser à nous auprès des

ministres; n'ayant obtenu que de très-petits secours, on nous conseilla d'essayer de réclamer les bontés de la Reine. Ma femme se détermina à présenter un placet à Sa Majesté, mais l'appareil de Sa Majesté et la hardiesse de l'action ont manqué lui coûter la vie : elle tomba évanouie aux pieds de la Reine, qui ordonna qu'on en eût soin et qu'on la portât chez une dame de la cour. Après cet accident, la Reine a eu la bonté de la voir, de s'intéresser à son sort, en rengageant à lui demander les grâces qu'elle pouvait lui accorder; ma femme m 9 ayant fait part de cette bonté de la Reine , et me témoignant sa répugnance à tirer de cette faveur les avantages qui en résulteraient, je lui dis que n'ayant point de pain et point d'autres ressources, il fallait bien s'y résoudre , et que je me chargerais de la suite et des stipulations à faire . Voilà la source du bien-être et des bijoux dont vous me voyez en possession. La Reine comble ma femme de bontés et de présents, elle l'honore de ses ordres et commandements même auprès de M. le cardinal de Rohan; il y a peu de temps que S. M. lui a donné une paire de pendants d'oreilles superbe, n'ayant pas trouvé à son goût ceux que ma femme portait alors, quoiqu'ils fussent de diamants et dont je veux me défaire , et d'une bague en brillants qu'on évalue à 1,200 guinées. »

Avant de quitter Londres, M. de Lamotte s'occupait de réaliser son avoir ; un jour qu'il dînait

avec Mac Dermott, la conversation tomba sur la différence du change entre la France et l'Angleterre, qui était très-désavantageuse pour les Français. Lamotte se plaignait d'avoir payé fort cher le crédit (jue Perregaux, son banquier, lui avait fourni sur Londres, crédit qui lui devenait actuellement inutile , puisqu'il avait plus d'argent qu'il n'en pouvait dépenser. Mac Dermott lui conseilla de convertir ses fonds en lettres de change sur Paris. Lamotte avait alors entre les mains une traite de 3,200 livres sterling qui allait échoir. Le jour de l'échéance , un banquier lui en compta le montant, et Mac Dermott l'ayant conduit chez un nommé Motteux, négociant, il convertit cet argent et d'autre qu'il avait apporté en deux lettres de crédit sur le banquier Perregaux l .

Le 2 juin, M. de Lamotte était de retour à Paris, et le 3 il se rendait chez le banquier Perregaux , à qui il présentait ses lettres de crédit, formant à elles deux un total de 122,896 livres, qu'il touchait de la manière suivante : 1° un mandat de 100,000 francs sur la caisse d'escompte; 2° 21,667 livres 10 sous en billets de la caisse d'escompte et en espèces; le surplus était retenu pour frais de commission 9 .

1 Information : Déposition de Pierre-Barthélémy Mac Dermott, âgé de cinquante-six ans, capucin, et aumônier de l'ambassade du Roi à Londres , rue de Ton mon.

2 Information : Déposition de Jean-Frédéric Perregaux ; âgé de quarante et un ans, banquier, rue du Sentier.

Une fois en possession de cette somme, le luxe des époux Lamotte ne connut plus de bornes; ils achètent des meubles chez Hérioourt, Fournier et Gervais , tapissiers au faubourg Saint- Antoine ; des marbres chez Adam , marbrier, rue Popincourt , et chez Chevalier, stucateur, sur le boulevard, et des cristaux chez Sikes, place du Palais-Royal '. Ils achètent deux pots à huile à un juif et lui donnent un diamant en payement, et enfin ils ont dans leur salon un oiseau automate qui vole tout seul et qui a coûté 1,500 livres a .

Ce n'est pas tout encore : la maison qu'ils ont achetée à Bar-sur- Aube, et qui est le produit de la première escroquerie commise au préjudice du cardinal, n'est pas encore meublée. Lamotte achète pour plus de 50,000 francs de meubles , et les y envoie avec un tapissier de Paris qui doit décorer la propriété et la rendre digne de gens aussi opulents *.

Ce fut assurément la plus belle période de la vie de madame de Lamotte. Jeune, riche et belle, elle voyait tous ses désirs satisfaits , et vivait enfin dans ce luxe qu'elle avait appelé si longtemps de tous ses vœux. Mais cette richesse, ces diamants, cet or, produit d'un vol , il fallait les dissimuler au cardinal, et ce n'était pas foi! difficile; outre que M. de Ro-

4 Confrontation du cardinal avec le père Lot h. 1 Mémoire pour le cardinal de Rohan , accusé. * Information : Déposition de Louis Texier, Agé de trentequatre ans, tapissier, rue Saint-Louis.

han quittait souvent Paris pour se rendre à Saverne, il ne venait pas fréquemment chez madame de Lamotte. Pendant tout le temps qu'ont duré leurs relations , il ne se rendit pas rue Neuve-Saint-Gilles plus de quatre ou cinq fois ' ; et lorsqu'il s'y présenta , à l'époque où ce ménage de fripons nageait dans les diamants, on le recevait dans une chambre haute qui tenait le milieu entre la mansarde et le grenier, et dont le mobilier indiquait une fortune médiocre.

Le mois d'août, terme du premier payement, approchait avec rapidité , et madame de Lamotte' dut songer à compliquer un peu la situation pour tâcher de se tirer d'affaire.

Elle dicta au faussaire Rétaux une lettre que la Reine était censée avoir écrite et l'adressa au cardinal. Au reçu de la petite épître sur papier à vignettes bleues, M. de Rohan fit immédiatement appeler Bôhmer et Bassenge , et leur dit que Marie- Antoinette lui avait écrit qu'elle trouvait le collier trop cher et qu'elle voulait le leur rendre , à moins qu'ils ne consentissent à un rabais que lui, cardinal, estimait devoir être de 200,000 livres.

Il ajouta qu'au lieu des 400,000 livres qu'ils devaient toucher le 1 er août ils toucheraient 700,000 livres. Les joailliers n'acceptèrent pas d'abord cette diminution inattendue sur un objet vendu et livré ; ils représentèrent que cela nuirait à leurs affaires et

1 Confrontation du cardinal avec les témoins.

aux engagements qu'ils avaient pris; mais M. de Rohan leur ayant dit que ce rabais n'était que conditionnel, et que si les experts estimaient le collier au-dessus de 1 ,400,000 livres , ils seraient payés au taux de restimatiou, ils consentirent. Au moment où les deux associés prenaient congé de lui , le cardinal leur recommanda de nouveau de faire leurs remercîments à la Reine de vive voix ou par écrit; il fit même écrire par Bassenge une lettre où les sentiments de gratitude des joailliers envers Marie- Antoinette se trouvaient consignés ; mais , peu content de la rédaction de cette épître , il lui en dicta une autre conçue en ces termes : « Madame , nous sommes au comble du bonheur d'oser penser que les derniers arrangements qui nous ont été proposés , et auxquels nous nous sommes soumis avec zèle et respect , sont une nouvelle preuve de notre soumission et dévouement aux ordres de Votre Majesté, et nous avons une vraie satisfaction de penser que la plus belle parure de diamants qui existe servira à la plus grande et à la meilleure des reines l . »

Les joailliers ne furent pas les seuls que le cardinal entretint du rabais que Marie-Antoinette était censée avoir demandé. Il en parla également à Baudard de Saint-James, à qui précédemment il avait fait confidence de la vente du collier, et lui dit avoir vu entre les mains de la Reine la somme de 700,000

1 Information : Déposition de Bassenge.

francs qu'elle destinait au payement du 1" août; qu'elle-même avait voulu les lui donner pour les remettre à Bôhmer, mais qu'il avait refusé et qu'il s'en repentait, car il craignait que la Reine n'en fit pas l'usage auquel ils étaient destinés l .

Quel que soit le récit du financier Saint-James, il est difficile de l'admettre en entier; la disgrâce du cardinal était assez publique pour qu'on ajoutât foi à un récit de cette nature, et M. de Rohan n'était pas assez impudent pour mentir de la sorte. La mémoire de Baudard le servait mal lors de ses dépositions ; le cardinal s'était sans doute borné à lui dire qu'on lui avait dit avoir vu et non pas qu'i/ avait vu entre les mains de la Reine une somme de 700,000 francs, et la meilleure preuve que l'on puisse en donner, c'est qu'il ne tient pas du tout ce langage aux joailliers, et qu'il se borne à leur transmettre sans commentaires les phrases de la lettre écrite par Rétaux de Villette.

Cependant le 12 juillet, Bôhmer remettait luimême à la Reine la lettre de remercîments que lui avait dictée le cardinal ; on sait la réponse que Marie-Antoinette lui fit tenir par une de ses femmes de chambre : « Je n'y comprends rien. »

Ces mots plongèrent le joaillier dans une stupéfaction profonde; il chargea son associé d'aller les répéter au cardinal. M. de Rohan blâma vivement

* Information : Déposition de Saint-James.

Bôhmer de n'avoir pas fait à l'instant même de démarches pour éclaircir tout cela , ajouta qu'il fallait retourner immédiatement à Versailles, tâcher de voir la Reine et obtenir quelques explications l .

On a vu dans le premier chapitre que Bôhmer tenta en vain de voir la Reine et fut obligé de renoncer à son projet. Quelques jours après , une lettre de M. de Breteuil le manda à Versailles; avant de s'y rendre il alla consulter le cardinal, qui lui dit de se souvenir des ordres que lui avait transmis Marie- Antoinette, et de garder vis-à-vis du ministre le secret de la vente du collier.

Le joaillier fii t introduit chez M. de Breteuil, qui lui demanda ce que signifiait la lettre qu'il avait remise à la Reine . Bôhmer, suivant religieusement les instructions qu'il avait reçues , répondit qu'il s' agis* sait de quelques bijoux qu'il désirait vendre à Sa Majesté, et se retira V

Malgré tout ce qu'il y avait d'étrange dans ce qui se passait, la confiance du cardinal n'était pas ébranlée, lorsque tout à coup, le 31 juillet, une lettre signée Marie-Antoinette et écrite par Rétaux de Villette lui fut remise par madame de Lamotte. On lui marquait que les 700,000 livres promises pour le lendemain ne pourraient être payées avant le 1 er octobre 1 . Ce retard consterna M. de Rohan, mais

1 Information : Déposition de Bassenge.

1 Information : Déposition de Bassençe.

* Information : Déposition de Bassenge.

combien plus grand encore fut son abattement quand le hasard lui ayant mis sous les yeux de la Traie écriture de la Reine, il reconnut qu'il était trompé ! !

Au lieu de se confier à quelqu'un des membres de sa famille qui eût pu lui donner un bon conseil , le cardinal préféra tout raconter à Cagbostro et lui montrer le marché revêtu de la prétendue signature de Marie-Antoinette; celui-ci n'eut pas de peine à lui faire comprendre que la Reine ne signait pas de la sorte et qu'il était la dupe d'une friponnerie. « Vous n'avez, ajouta-t-il, d'autre parti à prendre <jue d'aller vous jeter aux pieds du Roi et de lui dire tout ce qui s'est passé *• »

Le cardinal refusa et se rendit cfaea madame de Lamotte. Cette femme artificieuse parvint par ses discours à faire rentrer un peu d'espoir dans l'esprit de sa malheureuse dupe, et M. de Roban ne tarda pas à lui rendre entièrement sa confiance lorsqu'à la vit lui remettre 30,000 francs que la Reine lui avait données, prétendait-elle, afin de payer aux joailliers les intérêts du retard qu'elle leur faisait éprouver.

Ce trait fit rentrer le calme dans Famé troublée du cardinal, qui ne put prendre pour une voleuse une femme qui lui remettait 30,000 livres.

Il lui était impossible de deviner que madame de Lamotte s'était procuré cette somme en mettant en

1 Interrogatoire du cardSbal.

3 Interrogatoire.de

i04 MARIE- ANTOINETTE

gage ses diamants chez son notaire, qui lui avait prêté dessus 35,000 livres ! .

A cette époque, M. de Lamotte se trouvait à Bar-sur- Aube , où il s'occupait de faire placer dans sa maison les meubles qu'il avait achetés exprès à Paris , et ceux de son appartement de la rue Neuve- Saint-Gilles qu'il y avait envoyés également *. Il se préparait dans sa ville natale une charmante retraite où. sa femme devait bientôt le rejoindre. Plein de ces pensées, vivant dans le luxe, ce digne gentilhomme passait joyeusement la vie, lorsqu'il fut surpris par l'arrivée inattendue de Rétaux de Villette qui venait le chercher en toute hâte de la part de madame de Lamotte , et le ramenait à Paris le 2 ou le 3 du mois d'août \

La position devenait fort difficile, et la descendante des Valois comprenait que le moment était arrivé où son vol audacieux allait être découvert; elle voulut sans doute tenir conseil avec son mari avant l'explosion et l'avoir auprès d'elle en cas de danger. Le jour même du retour de M. de Lamotte , le père Loth vint prier Bassenge de se rendre rue Neuye->Saint-Gilles 4 . Le joaillier passa d'abord chez le cardinal , dont l'inquiétude reparaissait plus

1 Information : Déposition de Jean-Baptiste Ma in guet, âgé de trente-quatre ans, notaire, place de Grève. 1 Information : Déposition du père Loth.

1 Interrogatoire de Rétaux de Villette.

* Information : Déposition du père Loth.

vive que jamais. Le silence que gardait la Reine au sujet du collier le surprenait étrangement; il voulait lui écrire pour lui représenter les malheurs qui pouvaient survenir si elle continuait à ne pas satisfaire les engagements qu'elle avait pris. Bassenge laissa M. de Rohan en proie à une perplexité qu'il partageait également,* et courut chez madame de Lamotte. Il la trouva seule dans son appartement. Il n'y avait plus d'autre meuble qu'un lit et qu'un canapé; tout annonçait un départ prochain. Après quelques mots indifférents, Bassenge crut rêver quand il entendit madame de Lamotte lui dire d'une voix ferme :

a Vous êtes trompé , l'écrit qui contient les conditions du marché est revêtu d'approuvé et d'une signature fausse.- On a contrefait l'écriture de la Reine ; du reste , le cardinal est très-riche , vous devez vous en tenir à lui et insister pour qu'il prenne des engagements personnels avec vous ' . »

Le joaillier, étourdi du coup qu'il venait de recevoir et ne sachant plus où donner de la tête , se hâta d'aller consulter son associé, et, d'un commun accord, ils résolurent de s'adresser au cardinal.

Bassenge, admis auprès de lui, exposa d'abord ses inquiétudes et celles de Bôhmer ; puis il lui demanda s'il était bien sûr de la personne qui lui avait servi d'intermédiaire dans la négociation du collier.

1 Information : Déposition de Bassenge. — Confrontations de Bôhmer et de Bassenge avec la dame de Lamotte.

JOÔ MARIE- ANTOINETTE

M. de Rohan hésita quelque temps ayant de répondre , puis il s'écria : « Si je tous disais que j'ai traité directement, seriez- vous tranquille? Eh bien, je vous affirme que j'ai traité directement, et je vous l'assure en levant le bras en signe d'affirmation; allez-vous-en rassurer votre associé l . »

Dans quel but le cardinal proférait-il des paroles évidemment fausses, et prétendait-il avoir traité avec la Reine quand il avait dans les nains la cor* respondance qui prouvait qu'il n'avait été que l'intermédiaire?

C'est que M. de Rohan était sûr désormais qu'il était trompé, qu'il prévoyait le scandale immense si une pareille friponnerie était connue dans le public, que le ridicule et la honte seraient pour lui, et pour éviter tout cela, pour empêcher les joailliers d'ébruiter l'affaire, il affirmait avoir traité directement avec la Reine, et s'engageait ainsi à payer intégralement des engagements dont il était solidaire.

C'est sur quoi madame de Lamotte avait compté, et c'était là son dernier espoir; cependant elle voulut encore compromettre davantage le cardinal et le mettre dans l'impossibilité de faire on de dire quoi que ce soit contre elle.

Le 4 août, elle se rend chez M. de Rohan* et se présente à lui tout éplorée ; elle lui dît qu'elle est

1 Confrontations de Basse n ce et de Bôhiner avec la dame de Lamotte:

* Interrogatoires dit cardinal et de la dame de Lj

victime de la haine des courtisans de Versailles, qu'elle est obligée de fuir pour éviter leurs coups , mais qu'avant de partir elle désire passer quelques jours dans un asile sûr, pour pouvoir déjouer les projets de ses ennemis jaloux de sa faveur auprès de la Reine.

Le cardinal la reçoit, et elle passe deux jours, elle , son mari et sa femme de chambre, dans l'hôtel de Strasbourg l .

Le 6 août, Rétaux de Villette quittait précipitamment Paris; il emportait 4,000 livres en billets de caisse, présent de madame de Lamotte, qui lui avait dit : « Mes affaires s'embrouillent, je vais me retirer avec mon mari à Bar-sur- Aube ; allez en Italie, votre absence ne sera pas longue, je vous rappellerai sous peu près de moi 2 ; » et Rétaux, toujours docile , s'était hâté de fuir.

Le même jour, M. de Lamotte était dans la cour de sa maison occupé à faire emballer ses derniers meubles, lorsque Bassenge entra ; il s'informa delà santé de madame de Lamotte, il lui fut répondu qu'elle était depuis trois jours à Versailles, où elle sollicitait pour le cardinal. Lamotte ajouta que, revenu depuis trois jours seulement de Bar-sur- Aube ,

1 Interrogatoires du cardinal et de Rétaux de Villette. — Récolement de Quidor à Rétaux.

1 Information : Déposition d' Etienne-François Quidor, âgé de trente-sept ans, conseiller du Roi, inspecteur de police, rue des Moineaux.

il avait appris l'histoire du collier, et par une raillerie charmante il conseilla au malheureux joaillier, dont il avait les dépouilles , de répondre à la Reine, si elle lui demandait ce que signifiait la lettre de remercîment qu'il lui avait adressée, que le collier était toujours à sa disposition, et que c'était en vue de le lui offrir de nouveau qu'ils lui avaient remis la lettre en question ' .

Après avoir présidé quelque temps encore à l'emballage de ses meubles, M. de Lamotte, accompagné du père Loth, se rendit chez le notaire Mainguet, lui remit six billets de fermes de 5,000 livres chacun, en échange desquels le notaire lui rendait l'écrin que sa femme avait engagé quelques jours auparavant*, écrin que l'orfèvre Régnier avait estimé à 100,000 livres*.

Ces petites affaires une fois terminées, le mari rejoignit sa femme, et les deux époux se hâtèrent de partir pour Bar.

Il n'était que temps, car le 9 tout se découvrait; Bôhmer donnait par écrit à la Reine le récit de toute cette négociation 4 , et le 15 d'août le cardinal de Rohan était arrêté en habits pontificaux, au milieu du palais de Versailles.

Madame de Lamotte revenait d'une fête que don-

1 Information : Déposition de Bassengc.

1 Information : Déposition du père Loth.

1 Confrontations du père» Loth avec la dame de Lamotte.

* Information : Déposition de Basson ce.

nait M. le duc Penthièvre à Cliâteauvillain l lorsqu'elle apprit l'arrestation du cardinal.

Elle était à peine rentrée chez elle que des exempts lui signifiaient l'ordre du Roi, qui enjoignait de la conduire à la Bastille, où elle arrivait le 18.

Quant à son mari, que la lettre de cachet avait épargné, nous ne savons en vérité pourquoi, il se hâtait de profiter de cette distraction de l'autorité pour mettre la mer entre lui et la prison qu'il avait si bien méritée, et se rendait à Londres, où il reprenait chez le joaillier Gray un collier d'un seul rang et une paire de girandoles , derniers débris du grand collier de Bôhmer qu'il avait laissés à monter à son premier voyage, et valant à peu près 2 ou 3,000 livres sterling 2 .

L'instruction était terminée, quand un nommé Bette d'Etienville r détenu pour dettes dans les prisons du Châtelet, écrivit au procureur général pour

1 Le titre de duc de Châteauvîllain fiit porté par l'un des fils du duc de Penthièvre, qui mourut encore enfant. Voyez son portrait au Musée de Versailles, n° 3906 (ancien 3813).

2 Déposition et récolement de Victor Laisus, âgé de vingtsix ans, ci-devant domestique du comte de Lamotte, et actuellement chez Constant, agent de change, boulevard Poissonnière.

lui annoncer qu'il avait des révélations à faire , et nécessita de la sorte une nouvelle information.

Jean-Charles-Vincent de Bette d'Etienvillc, bourgeois de Saint-Omer, vivant noblement et de ses biens, ainsi qu'il le prétendait lui-même \ était un aventurier de la pire espèce ; il ne s'appelait que Bette tout court , et c'était par pur caprice qu'il avait ajouté à son nom patronymique le nom fantastique de d'Etienvilte; il n'était pas bourgeois de Saint-Omer, mais tout simplement élève en chirurgie à Lille; enfin il ne vivait ni noblement ni de ses biens, puisque son père était ouvrier, tireur de pierres blanches et de moellons ; quant à lui , il avait épousé à Lille , malgré sa famille, une vieille demoiselle de soixante ans, dont il avait dilapidé en fort peu de temps tout l'avoir, puis il l'avait abandonnée pour venir à Paris solliciter le privilège des almanachs chantants 9 .

Telle était la moralité, tels étaient les antécédents de cet individu, qui fit par-devant les magistrats instructeurs la déclaration suivante, dont voici la substance :

Vers le 8 du mois de février 1785, Bette fit connaissance au café de Valois d'un sieur Augeard, qui se prétendait intendant d'une dame de Cour ville.

1 Mémoire pour Jean-Charles Vincent de Bette d'Étienville, bourgeois de Saint-Omer en Artois; par M* Meslier, avocat.

1 Mémoire pour les sieurs Vaucher, horloger, et Loque, bijoutier; par M* Duveyrier, avocat.

ET LE PROCES DU COLLIER. iif

Cet Augeard lui proposa de se mêler d'un mariage ; il s'agissait d'une dame de qualité qui avait eu au* trefois un enfaut d'un très-yrand seigneur, et qui désirait donner un état à cet enfant. La dame voulait un bon gentilhomme titré : Bette refusa d'abord de se mêler de cette affaire, mais l'intendant lui ayant promis de nombreux avantages, il accepta et se mit en quête d'un mari. Il s'adressa d'abord au comte Xavier de Vinesacq , capitaine d'infanterie et chevalier de Saint-Louis, à qui il vendait habituellement de l'eau de Cologne ; mais celui-ci, se défiant de la moralité de l'intermédiaire, refusa absolument ' .

Le lundi saint de la même année , un certain baron de Fages, garde du corps de Monsieur, vint trouver Bette et se proposa pour le mariage en question ; il ajouta qu'il était bon gentilhomme, et que ses titres avaient été déposés par lui chez l'abbé Mulot, grand prieur de Saint- Victor.

D'Etienvilfle se rendit chez cet abbé, y prit les titres, les remit à Augeard pour qu'ils passassent sous les yeux de la dame de qualité ; celle-ci en fut satisfaite, et fit répondre quelques jours après qu'elle acceptait le baron de Fages pour futur mari et que l'union aurait lien après la Quasi modo.

Lorsque cette époque fut arrivée , Augeard dit à

1 Information : Déposition de Joseph -Xavier, comte de Vinesacq, âgé de trente-cinq ans, capitaine d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, demeurant chez le maréchal de Mâlly, rue de l'Université.

Bette que le mariage devait être retardé à cause de quelques affaires ; et comme Bette avait F air de ne pas ajouter foi à ses paroles, Augeard lui proposa de le mener chez la dame, mais en exigeant de lui le plus grand secret. Le surlendemain de la Quasimodo, le soir, Augeard Je conduisit dans une maison où il trouva une dame de trente-quatre ans , d'une belle figure, ayant de l'embonpoint et les yeux noirs. Cette dame lui confirma les paroles d' Augeard, et après lui avoir demandé le secret, lui confia que le père de l'enfant était, après les princes du sang, l'un des plus grands seigneurs du royaume, et qu'il lui ferait faire sa fortune. Le lendemain, accompagné d' Augeard, il revint chez la dame, et y trouva un inconnu que Ton appelait tantôt Marsilly et tantôt Conseiller. Cet individu a dirigé l'affaire tout le temps de sa durée. Marsilly s'informa ensuite du baron de Fages, de sa conduite , de ses mœurs, et sortit. La dame fit voir alors à d'É tien vil le ses bijoux et des diamants non montés, qui provenaient, lui dit-elle, d'une rivière de diamants qu'on portait autrefois, et qui avaient été estimés 432, 000 livres. Elle ajouta qu'elle désirait les vendre avant son mariage, et qu'elle avait des raisons pour qu'ils ne fussent pas vendus à Paris ; elle lui proposa de passer en Hollande avec quelqu'un qu'elle lui désignerait et de les y vendre; sur le produit de cette vente, 100,000 livres devaient être donnés comme cadeau de noces au baron de Fages. Mais Bette refusa, craignant d'être arrêté étant nanti

de valeurs aussi considérables, et fit part de tous ces détails au baron de Fages, de la part de madame Mêla de Gourville : c'est ainsi quelle avait prétendu se nommer. Bette était inquiet du mystère qui présidait à ces entrevues; il fit bien attention à la maison et à la rue où Augeard le conduisait, et y étant revenu seul, il découvrit que cette maison était celle de madame de Lamotte, et que le cardinal de Rohan y venait souvent. Persuadé alors que madame de Lamotte et la dame de Gourville ne faisaient qu'un, il ignorait que madame de Lamotte fût mariée, il se tint tranquille; mais bientôt l'événement le détrompa, caries papiers publics lui apprirent l'arrestation de madame de Lamotte à Bar-sur- Aube, et ce jour-là il était à Arras avec la dame de Courville. Le délai de la Quasimodo passé, le mariage fut fixé au 10 ou 12 avril. A cette époque Augeard lui dit que le cardinal de Roban désirait le voir; Bette se rendit donc chez la dame de Courville, où il trouva Marsilly et le cardinal ; celui-ci était vêtu d'une redingote ou lévite de petit- gris, et coiffé d'un chapeau rond à cordonnet et à glands d'or. Le cardinal lui témoigna sa satisfaction pour son zèle et lui .assura qu'il se chargerait de sa Fortune, et. après avoir entretenu Marsilly et la dame de Courville en particulier, il revint à lui et lui déclara que pour des raisons de la plus haute importance, le mariage n'aurait lieu que du 1 er au 15 juillet. Il chargea

Bette d'apprendre cette nouvelle au baron de Fages ;

la lettre fat écrite sur-le-champ et sous la dictée de Marsifly. Le baron de Fages accepta le délai, et on conviât que pour le dédommager, dans le cas où le mariage manquerait, la dame de Courville s'obligerait envers M. de Faces pour 30,000 livres ea trois payements : 1° an 15 août ; 2° an 15 octobre ; 3* au 15 décembre. L'obligation fut remise à Belle, cachetée avec le cachet de la dame de Courville.; celui-ci dans la crainte de l'égarer la remit à l'abbé Mulot, qui voulut bien s'en charger. Ce fut à la même époque que la dame de Courville loi dit ea -secret que lie était baronne et d'une haute naissance, et ancienne chanoinesse d'an chapitre d' Allemagne ; c'était dans ce pays qu'elle avait coana le cardinal, qui l'avait séduite; qu'elle avait vécu avec lui, en avait eu un enfant,, qu'elle avait suivi le prélat à Paris, à Strasbourg, en Allemagne, à Vienne et ailleurs; et enfin, que son nom était baronne de Sollebercg ou Salleberq. Cette dame panlait bien l'allemand, l'italien et le français. Au mois de mai 1785, elle fit de nouvelles instances auprès de Bette pour qu'il allât vendre ses diamants en Hollande, mais sur «on refus elle n insista plu*. Quelque temps après elle lui dit en avoir vendu une partie et avoir fait monter l'antre; elle lui montra même une tabatière avec «on portrait entouré «le brillants , une montre et sa chaîne , le tout garni de diamants, une bague et un solitaire, en le priant d'eu parler au baron de Faces, à qui tout cela était des-*

tirié. Le 1 er juillet, Bette demanda à madame de Courville si elle pensait que le mariage aurait lieu le 15; elle lui répondit affirmativement , et que M. le cardinal restait à Paris dans ce but. Mais le 15 passa encore. Madame de Courville voyant l'inquiétude de Bette, lui promit de lui procurer une nouvelle entrevue avec le cardinal. Le 18 ou le 20 juillet, sur (es onze heures du soir, il trouva effectivement M. le cardinal chez madame de Courville : il était vêtu d'une petite lévite violette. Il dit à Bette de ne s'en pas prendre à lui si le mariage n'était pas fait, et que c'était de la faute de madame de Courville. Alors cette dame lui avoua que M. le cardinal lui avait promis 500,000 francs pour le mariage, et que tant que les 500,000 francs- ne lui seraient pas comptés, elle n'irait pas plus loin. Bette fit part de cet entretien au baron de F âges.

Vers cette époque, madame de Courville alla passer quelques jours à la campagne , et l'y invita , ainsi que l'abbé Mulot et le baron.de Fages. Le mariage devait s'y conclure le 12 août, époque du payement des 500,000 livres. Le 7 août, Bette revenait de Chantilly, où se trouvait alors le baron de Fages, quand il fut mandé chez madame de Courville. Il la trouva en larmes, et elle lui demanda de lui rapporter l'obligation de 30,000 livres souscrite par elle. Bette la retira des mains de l'abbé Mulot et la lui remit; madame de Courville la déchira aussitôt et la brûla, ajoutant que si elle ne

sortait pas de Paris, elle était perdue; elle le pria de la suivre , en lui promettant que son absence ne serait pas longue. Vaincu par ses instances, il céda. Madame de Courville l'envoya alors retenir une place pour Saint- Omer, sous le nom de Wanin, c'est ainsi qu'on l'appelait dans sa maison; elle lui fit observer qu'il n'était pas prudent qu'ils partissent ensemble ; qu'elle voyagerait dans sa chaise et s'arrêterait à Arras, où elle l'attendrait. Arrivés là, elle lui dit qu'elle allait quitter la France, et que s'il était prudent il en ferait autant, parce qu'il se trouvait mêlé dans une grave affaire, le cardinal étatiî arrêté depuis la veille et conduit à la Bastille ; elle lui offrit même de l'emmener à Londres avec elle. Bette s'informa alors des causes de la détention du cardinal , et madame de Courville lui dit qu'il avait acheté un collier de diamants; qu'il avait mêlé à cette négociation le nom de la Reine, et que son but était de se procurer les 500,000 francs nécessaires à son mariage , et de se faire quelques ressources à lui-même, et que les diamants qu'elle lui avait montrés et qu'elle lui montrait à l'instant même dans une boite, provenaient du collier.

Bette refusa d'accompagner madame de Courville à Londres, dans la crainte que ce voyage ne le compromît ; il lui demanda le payement des 30,000 francs ; elle lui répondit que la demande était juste et qu'elle y satisferait à Saint-Omer, s'il ne consentait pas à la suivre. Mais nue fois qu'ils furent arrivés à

un relai, il vit tout à coup madame de Courville retournant vers Paris en compagnie d'un homme vêtu d'une lévite bleue. Il la crut arrêtée, et à son arrivée à Saint-Omer on lui confirma la vérité de l'aventure du cardinal. Lui. de son côté, se rendit à Dunkerque, où il resta jusqu'au 16 septembre 1785 \.

Cette déclaration faite, le bourgeois de Saint- Omer vivant noblement et de ses biens, se fit taxer à trois livres pour sa déposition, et fut reconduit dans sa prison du Châtelet.

Le récit incroyable que venait de faire Bette d'Étienville compliquait énormément l'affaire du collier, car il était assez dificile de démêler ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans cet échafaudage de mensonges.

D'Étienville voulut-il à l'aide de cette fable masquer les escroqueries nombreuses qu'il avait commises envers les sieurs Vaucher et Loque, bijoutiers à qui il avait dérobé différents objets, ou bien était-il lui-même la dupe de madame de Lamotte?

N'est-il pas possible de supposer que celle-ci, lorsque le collier fut entre ses mains et qu'elle songea à en vendre les débris, chercha des gens qui l'aidassent dans cette périlleuse entreprise; mais, que d'un autre côté, ne voulant pas augmenter le

1 Information : Déposition de Jean-Charles- Vincent de Bette d'Êtienville , âgé de vingt-sept ans, bourgeois de Saint-Omer, à Paris, rue du Petit-Lion, et actuellement détenu au Châtelet.

nombre des personnes à mettre dans le secret, elle imagina , avec son mari et Rétaux de Villette, la fable de la dame de Gourville ;

Qne l'intendant Augeard n'était autre que Rétaux de Villette; le conseiller qui se faisait aussi appeler Marsilly, M. de Lamotte, et la dame de Courvilte, madame de Lamotte elle-même ;

Et que leur but, en forgeant cette histoire de mariage, était de faire vendre à Bette d'Étien ville en Hollande les diamants qu'on avait tant de peine i écouler à Paris?

Quoi qu'il en soit, Bette fut mis en présence du cardinal , qui affirma n avoir jamais vu ni connu le personnage qu'on lui montrait *, et qui nia avoir jamais entendu parler d'une dame de Courville*.

Madame de Lamotte , au contraire , appuya pendant quelque temps la déposition de Bette d'Étienville; elle prétendit avoir vu la dame de Courville et ses diamants, et avoir entendu dire qu'elle avait été la maîtresse du cardinal * .

Puis subitement elle changea de Système et avoua positivement ne pas connaître la dame de Courville, et n'avoir jamais vu le sieur Bette d'Étienville 4 .

Celui-ci voyant tomber morceau par morceau le roman qu'il avait si laborieusement combiné, finit

1 Confrontations du cardinal avec les accusés.

1 Interrogatoire du cardinal.

1 Interrogatoire de madame de Lamotte.

4 Confrontations du cardinal avec madame de Lamotte.

ET LE P10CE& DL COLLIER. ifft

par avouer qu'il s était peut-être trompé „ et mime par se rétracter positivement 1 .

Cet étrange inckleiit a ayant pas eu de suite , l'instruction fat définitivement close le 26 avril 1186.

Un écrivain que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de citer, M. Louis Lacour, émet sur le rôle joué par le cardinal de Rohan dans l'affaire du collier les trois propositions suivantes :

u Ou il avait agi pour lui , et le nom de la Reine n'avait été qu'un piège ;

Ou il avait servi d'intermédiaire à la Reine r et il avait eu en réalité avec elle une correspondance suivie ;

Ou c'était madame de Lamotte qui avait pu l'abuser au point de lui persuader qu'il voyait la Reine , et lui faire accepter comme vraies des lettres évidemment fausses *. »

1 Bette d'Etienville songea plus tard à tirer parti de la richesse de son imagination; il se fit romancier. En 1788 il publia chez le libraire Buisson deux volumes in- 12. sous ce titre : Les Effets de ta prévention, ou ta Marquise de Ben.... La reine Marie-Antoinette avait cet ouvrage dans sa bibliothèque du petit Trianon. (Voyez P. Lacroix, Bibliothèque de JUMne-Antomette au petit Trian+n. Paris , J. Gay, 1863.)

fin 1806, Bette d'Etienville publia un nouveau roman en plusieurs volumes , intitulé Les sacrifices de t Amour et de tAmîtié.

1 Mémoires du comte de Lmniêttc- Votai*, préface , p. xxvji.

Dans le premier cas, le cardinal était un fripon; dans le second, un ambitieux irréfléchi; dans le troisième, une dupe des plus niaises.

Or, continue M. Lacour, comme M. de Rohan n'était ni un fripon ni un sot, il en résulte que c'était un ambitieux irréfléchi , qu'il avait servi d'intermédiaire à la Reine, et qu'il avait eu en réalité avec elle une correspondance suivie.

Nous protestons de toutes nos forces contre cette conclusion erronée, à laquelle la procédure, que nous venons de dérouler sous les yeux du lecteur, donne le plus énergique démenti.

Non, le cardinal n'était ni un fripon ni un sot, c'était, comme le dit l'auteur des Mémoires du comte de Lamotte, un ambitieux irréfléchi, mais sa crédulité inconcevable fut la seule cause de sa perte, et sa confiance en madame de Larçiotte, dans laquelle il crut voir une intermédiaire capable de le faire rentrer en grâce auprès de Marie- Antoinette, donne la clef de toute sa conduite dans l'affaire du collier..

On s'est beaucoup récrié contre cette confiance invraisemblable, et c'est là ce qui a fait à tort supposer la Reine de connivence avec le cardinal.

Mais si immense que puisse paraître la crédulité de M. de Rohan, il faut néanmoins l'accepter, puisqu'elle existe et que tout l'atteste dans la procédure.

Deux points seulement incriminaient le cardinal dans les dépositions des témoins :

ET LE PROCES DU COLLIER. lîi

1° D'avoir dit au sieur de Saint-James qu'il avait vu entre les mains de la Reine une somme de 700,000 francs destinée à payer le collier l ;

2° D'avoir dit à Bassenge quil avait traité directement du collier avec la Reine *.

A cela le cardinal répondit : « 1° Le sieur de Saint-James est convenu qu'il s' a {fis sait entre lui et moi d'une conversation légère, tenue sur une terrasse étroite où il y avait beaucoup de monde et où nous nous parlions bas de peur d'être entendus. Or, il est très -facile, surtout dans une telle circonstance, de confondre au bout de plusieurs mois <Ieux propos aussi semblables quant aux termes, l'un : J'ai vu dans les mains de la Reine une somme de 700,000 livres; l'autre : J'ai vu écrit de la main de la Reine qu'elle avait 700,000 livres, pour qu'on se permette de fonder quelque opinion sur une base aussi chancelante; l'influence des témoins doit être mesurée sur la nature des faits dont ils déposent. Il en est sur lesquels ils n'ont pas pu se tromper, il en est d'autres susceptibles de mille modifications incertaines , et ce sont surtout les paroles , car on ne les retient guère que selon le sens qu'on y attachait en les écoutant, et j'avoue que j'ai dû parler trèsaffirmativement des 700,000 livres, parce que je n'avais aucun doute d'abord sur l'existence, ensuite sur la disposition de cette somme destinée au paye-

1 Information : Déposition de Saint-James.

a Récolcment de Bassenge.

ment des joailliers, et que mon erreur était alors dans toute sa force '. »

« 2° Le 3 août, madame de Lamotte fait venir Bassenge chez elle, et lui annonce qu'il est trompé, que la signature Marie -Antoinette de Frange et les approuvé sont faux. Le joaillier agité se présente chez M. le cardinal , il le voit tranquille, son erreur n'était pas encore dissipée : Voire intermédiaire, dit le sieur Bassenge, ne nous trompe-t-il pas tous les deux? M. le cardinal réfléchit et le rassure.* Le sieur Bassenge ajoute dans son récolement que M. le cardinal lui a affirmé avoir traité directement avec la Reine : c'est une erreur de témoin, et il est aisé de s'en convaincre.

Personne n'était mieux instruit que Bassenge de la manière dont les ordres prétendus de la Reine avaient été transmis à M. le cardinal. Celle à qui les joailliers avaient montré le collier en décembre; celle qui les avait avertis le 21 janvier que la Reine désirait le collier et qu'un grand seigneur serait chargé d'en traiter pour Sa Majesté ; celle qui était venue le 24 janvier, à sept heures du matin, les prévenir qu'il allait paraître et qu'il fallait prendre des précautions avec lui ; celle à qui ils ont fait leurs remercîments le 4 février; celle à qui même ils ont pensé à faire offrir un présent, était bien à leurs yeux

1 Mémoire pour Louis-René-Edouard de Rohan, accusé, contre M. le procureur général, par M" Target, avocat, p. 68.

l'auteur de toute l'affaire"; voilà le tiers ou l'intermédiaire par lequel ils savaient que s'était formée la correspondance que M. le cardinal croyait avoir avec la Reine, et l'on remarque que dans l'entrevue du 4 août, le premier mot du sieur Bassenge est celui-ci : Votre intermédiaire ne nous trompe-t-it pas tous tes deux? Instruit parfaitement que M. le cardinal ne traitait que par un intermédiaire, il le dit lui-même; il ne peut donc pas venir à l'esprit de M. le cardinal de l'assurer qu'il a traité directement !

Mais si l'on ajoute à ceci que les joailliers ont présenté un mémoire au Roi le 1 2 août , huit jours seulement après cette conférence, et qu'Us n'ont rien dit de ce dernier fait ; qu'Us ont présenté le 23 août, au ministre du Roi, un autre mémoire dans lequel Us parlent de cette conversation du 3 août où la dame de Lamotte leur déclara que la signature était fausse, et leur donna le conseU de s'adresser à M. le cardinal, et que dans ce mémoire Us n'en ont pas dit davantage ; que le 18 août le sieur Bassenge a conféré de l'affaire avec le sieur Serpaud, qui en a déposé ' ; que, dans cette conférence, U a parlé de la

' Information : Philippe-Jacques Serpaud, figé de cinquante ans, ancien fermier général, rue Sainte-Apolline, dépose qu'il a connu les détails de l'affaire du collier par Bassenge qu'il a rencontré le 17 août i la Comédie française - et qu'il a été voir le lendemain; que Bassenge lui a fait l'éloge de la bonne foi du cardinal, en ajoutant cependant

visite du 4 août par lui faite à M. le cardinal, de la conversation qu'ils ont eue ensemble, et que nonseulement il n'a rien raconté de ce même fait au sieur Serpaud , mais encore qu'il a mis dans la bouche de M. le cardinal ces paroles toutes différentes : Oui, je vous affirme que tout ce que je vous ai dit e$t vrai ; si l'on ajoute encore que dans sa déposition faite au mois de septembre, le sieur Basscnge , parlant à la justice souveraine sous la foi du serment, n'a pas retrouvé ce fait dans son souvenir, nous lui demanderons quelle mémoire nouvellement éclose a pu lui rendre un mot si longtemps oublié ? Quand même il serait arrivé, ce qui n'est pas, que dans quelque conversation que ce pût être, M. le cardinal, regardant les paroles qu'il croyait avoir entendues dans les jardins de la bouche de la Reine comme une garantie personnelle et directe des ordres que lui transmettait la dame de Lamotte, M. le car-

dinal, considérant les lettres que celle-ci lui montrait comme l'expression directe de la volonté de la Reine, puisqu'elles auraient été destinées à parvenir jusqu'à lui, eût dit en effet qu'il avait traité directement ; allons plus loin encore , quand même quelques esprits mal disposés voudraient croire que ces motifs de persuasion n'avaient pas assez de

qu'il avait donné légèrement sa confiance, et qu'il ne répondait pas qu'il ne fut pas dupe, et qu'il lui avait même dit (au cardinal) : « Si vous n'avez pas traité directement avec la Reine, je crains que le tiers ne nous trompe. »

force , et que pour prendre du corps à ses yeux ils avaient besoin d'être appuyés soit de l'état d'anxiété où les moindres doutes devaient jeter M. le cardinal , soit des illusions d'un amour-propre toujours bien difficile à réprimer lorsqu'il persuade une chose honorable, eh bien, que s'ensuivrait-il de cette supposition? Autorisé comme M. le cardinal aurait cru l'être, forcé par l'état de son âme à repousser toute idée alarmante, ce serait à peine une faiblesse, et il serait aussi juste de l'excuser dans sa personne qu'il serait juste de punir dans la dame de Lamotte la cause monstrueuse de son erreur ! . »

Sur tous les autres points, Target, avocat du cardinal, prouva jusqu'à l'évidence sa non-culpabilité.

Mais, si M., de Rohan n'avait trempé en aucune façon dans l'escroquerie du collier, si, au lieu d'être un fripon, il n'était qu'une dupe, il est un crime dont il s'était rendu coupable, et ce crime, c'était d'avoir outragé de la manière la plus indigne sa souveraine, d'avoir cru, lui prince, que Marie- Antoinette le recevrait à merci, parce qu'il se chargeait d'acheter pour elle un collier de diamants, et d'avoir traîné dans la fange de l'intrigue le nom de la Reine.

Quant à la correspondance échangée entre lui et la Reine, elle était brûlée. L'abbé Georgel avait mis

1 Mémoire pour Louis- René-Edouard de Rohan, accusé, contre M. le procureur général , par M* Target, avocat, p. 77.

au feu les lettres de Marie-Antoinette , et madame de Lamotte en avait fait autant pour les réponses du cardinal.

Aussi M. de Rohan, craignant d'aggraver encore sa position et d'augmenter l'indignation du Roi et de la Reine à son égard s'il avouait cette correspondance , se hâta-t-il de la nier. Il prétendit que madame de Lamotte lui montrait des lettres de Marie- Antoinette à elle adressées, que ces lettres contenaient les ordres qui l'avaient déterminé à acheter le collier 1 , et que c'était toujours à madame de Lamotte qu'il s'adressait quand il avait quelque chose à lui marquer pour le faire savoir à la Reine. Le cardinal avait en effet beaucoup écrit à madame de Lamotte, et M. Beugnot, qui aida cette dernière, un peu avant son arrestation, à brûler quelques papiers qu'elle avait à Bar, a vu plusieurs de ces lettres : « C'est là , dit-il dans ses Mémoires , qu'en portant mes regards sur une des mille lettres du cardinal, j'ai vu avec pitié quel ravage avait fait chez ce malheureux homme le délire de l'amour exalté par celui de l'ambition. Ces lettres, de nos jours, un homme qui se respecte le moins du monde pourrait commencer de les lire, mais ne les achèverait pas*. »

Madame de Lamotte les achevait, elle, et Ton doit bien penser dans quel style devait être conçue

* Confrontation du cardinal avec madame de Lamotte. 5 Mémoires du comte Beugnot.

ia correspondance prétendue de la Reine avec le cardinal.

Du reste, les dénégations de M. de Roha nsur ce point , et qui étaient pour lui une nécessité de position , n'affaiblissent en rien les déclarations de Rétaux de ViUette, qui a écrit ces lettres. La correspondance à existé, et, comme Ta dit le même Rétaux de Ville tte, elle est non-seulement vraie, mais encore elle est nécessaire pour amener l'affaire du collier, qui sans cela serait dépourvue de vraisemblance ! .

La défense de madame de Lamotte n'était pas à beaucoup près aussi facile à établir que celle du cardinal.

Dire toutes les invraisemblances, toutes les fables, toutes les ruses et toutes les calomnies que cette femme artificieuse entassa les unes sur les autres, .serait complètement impossible. Nous allons essayer de dégager de cet amas de faussetés la substance de la justification qu'elle présenta.

« Je ne suis pour rien dans toute cette affaire, disaitelle. Les personnes qui m'entourent savent bien que jamais je n'ai eu l'honneur d'entretenir la Reine*, et le cardinal mieux encore qu'un autre ; mais moi, comtesse de Lamotte, descendante des Valois, que l'on ose accuser de vol, je vais dévoiler le coupable, et ce coupable c'est l'un de ces personnages que le

1 Confrontation du cardinal avec Rétaux de Villette.

2 Interrogatoire de madame de Lamotte.

vulgaire ignorant appelle des hommes extraordinaires: empirique dans l'art des cures humaines, bas alchimiste, rêveur sur la pierre philosophale, faux prophète dans les sectes dont il se dit instruit, profanateur du seul culte vrai, et qualifié par luimême de comte de Cagliostro. Oui, dépositaire de la part de M. de Rohan du splendide collier, Cagliostro l'a dépecé pour en grossir le trésor occulte d'une fortune inouïe. Mais pour voiler son vol, il a commandé à M. de Rohan, par l'empire qu'il s'est créé sur lui, d'en faire vendre et d'en faire monter de faibles parcelles à Paris par la comtesse de Lamotte, d'en faire monter et vendre des portions plus considérables en Angleterre par son mari. M. de Rohan a reçu le prix des portions vendues à Paris, et en nature celles qui y ont été montées ; M. de Rohan a reçu, sur son propre banquier à Paris, les traites venues de Londres pour les objets vendus; il a reçu en nature aussi d'autres objets qui y ont été montés , ainsi que la note de ceux qui y sont restés pour les monter encore , et il veut croire que ce collier, toujours circulant dans ses mains, sous des formes différentes , multiplié sur lui-même, a été remis en entier, à qui? C'est un blasphème, à la Reine ! l »

On le voit, madame de Lamotte débutait par accuser le cardinal et Cagliostro d'avoir volé le collier;

1 Mémoire pour dame Jeanne de Saint- Remy de Valois , épouse du comte de Lamotte, par M* Doillot, avocat.

quant à elle, elle s'était bornée, pour rendre service à M . de Rohan , à faire monter quelques pierres à Paris et à en vendre quelques autres à Londres par F entremise de son mari.

Mais alors , lui objectait-on , dans quel but avezvous fait jouer à la fille d'Oliva le rôle de la Reine, et à quoi pouvait vous servir la scène de Trianon ?

u C'est là un fait d'une absurdité inconcevable, répondait-elle par l'organe de son avocat : la dame de Lamotte a procuré à M. le cardinal quoi? Une entrevue avec la Reine , Où ? Dans le parc de Versailles. A quelle heure? A minuit. Dans quel temps? Au mois de juillet 1784, époque antérieure à l'affaire du collier. Ce serait manquer à tous les devoirs que d'entreprendre de réfuter sérieusement une assertion si {grossièrement indécente. Quoi ! un homme de l'importance de M. de Rohan présenté par une femme qui n'avait aucun titre pour voir sa souveraine !

Aussi n'est-ce pas de lui-même que M. le cardinal croit avoir été présenté, il le croit sur la foi d'un témoin, et quel est celui-ci? le baron de Planta, qui a voulu une fois traiter la comtesse de Lamotte, lui soutenant qu'elle était malade, quoiqu'elle se portât bien. Il prétendait que le mal était au genou; elle pria M. de Rohan de ne lui plus envoyer un homme qui l'ennuyait. Eh! qui ne voit que dans cette mascarade nocturne, c'est le baron de Planta

qui apparemment aura fait voir à M. de Rohan, ou

qui lui aura fait croire qu'il voyait on ne sait quel fantôme à travers Tune de ces bouteilles d'eau limpide avec laquelle Cagliostro a fait voir notre auguste Reine à la jeune demoiselle de la Tour ' ? Dans ce rêve extravagant , M . de Rohan a-t-il donc reconnu le port majestueux, ces attitudes de tête qui n'appartiennent qu'à une reine fille et sœur d'empereurs 8 ? »

Cependant les déclarations des témoins, les aveux de Rétaux de Villette et de la d'Oliva vinrent bientôt forcer madame de Lamotte à prendre un autre système de défense.

A l'orfèvre Grenier, dont les dépositions sont si terribles contre elle , elle répond : « Ce témoin est suspect, il a été à la Bastille pendant quinze jours, et quand il en est sorti, il n'a pas manqué de déposer contre moi par vengeance de ce que je l'ai mis à la porte de chez moi , et de ce qu'il a été emprisonné relativement à moi 8 . »

Au père Loth : « Vous avez dérangé mon mari , vous lui avez fait voir des filles, vous l'avez engagé à faire mauvais ménage avec moi, vous m'avez volée 4 . »

1 Voyez dans les Pièces justificatives, au premier interrogatoire de madame de Lamotte, le récit de cette scène de fantasmagorie.

2 Mémoire pour dame Jeanne de Saint-Remy de Valois . épouse du comte de Lamotte, par M* Doillot, avocat.

1 Confrontations de la dame de Lamotte et du cardinal. 4 Confrontation de la dame de Lamotte avec les témoins.

Cependant , il fallait expliquer d'une manière satisfaisante la scène de la d'Oliva, scène qu'elle avait d'abord niée impudemment, et c'est ce qu'elle fit en chargeant le cardinal de la manière suivante :

« C'est vers le mois d'avril 1784 que le cardinal me fit ses premières confidences au sujet de la Reine , tantôt en me montrant des lettres qu'il disait venir d'elle, tantôt en me disant qu'il la voyait. Au mois de mai, je lui témoignai ma surprise de ce qu'il me disait avoir le bonheur de voir la Reine ; le cardinal me répondit : « Si vous voulez en être persuadée, je vous mènerai dans un endroit où je passe pour aller chez elle sans être vu de personne. » Il m'expliqua que c'était auprès de l'escalier de marbre blanc qui était à côté de l'appartement de Madame. Très-peu de jours après ce propos , le cardinal vint chez moi à dix heures du soir, il me montra une lettre qu'il dit venir de la Reine , et dans laquelle un rendezvous lui était donné entre minuit et une heure dans l'endroit qu'il savait; il ajouta : « Vous me voyez une lévite bleue, je me la suis fait faire exprès pour n'être pas reconnu, et pour qu'on me crût attaché au Roi. »

Il partit de chez moi après avoir fait un paquet

de plusieurs mouchoirs enveloppés dans un, qu'il

portait à la main pour n'être pas reconnu par le

cent-suisse qui est en sentinelle ou par d'autres ; il

releva même ses cheveux sous son chapeau rond,

toujours pour n'être pas reconnu.

Au mois de juin et au mois de juillet suivants, le

cardinal me dit encore qu'il voyait la Reine quelquefois dans le même endroit, mais plus souvent à Tria non, quand elle y était.

Il me raconta même qu'il entrait dans les jardins sur une planche qu'il posait sur le fossé à côté d'un gros tas de pierres provenant des travaux faits au rocher du petit Trianon.

Quand j'y allais, me dit-il, mon cabriolet m'attendait à quelque distance, sous des arbres, sous la garde du baron de Planta.

Il ajouta que la dernière fois qu'il y était allé, c'était au mois de juillet, il était tombé dans le fossé, s'était démis le pouce et avait déchiré sa calotte, ce qui avait fait beaucoup rire le baron de Planta.

Je lui fis observer qu'il était étonnant qu'un homme de son nom et de son rang ne fût pas reçu publiquement par la Reine , et qu'il devrait insister auprès d'elle pour obtenir cette faveur 1 .

Impatientée de la jactance du cardinal, continue madame de Lamotte dans son Mémoire justificatif, de ses vœux pour la dignité de premier ministre, de ses espérances de voir à ses pieds ses rivaux, humiliée enfin d'un outrage grave fait à moi personnellement, je me déterminai à une vengeance, seul reproche que j'aie à me faire : c'est la scène scandaleuse jouée par la demoiselle d'Oliva s . »

f Confrontation de madame de Lamotte avec le cardinal. ' Sommaire pour la comtesse de Valois- Lamotte , accusée, par M" Doîllot, avocat.

On sait les conséquences de l'entrevue de Trianon. Madame de Lamotte , après avoir persuadé au cardinal qu'il avait vu la Reine, lui escroqua, à deux reprises différentes, une somme de 150,000 livres, que lui porta le baron de Planta, qui en déposa.

 cette déclaration formelle, madame de Lamotte répondit que le baron de Planta était un fou , qu'il lui avait fait la cour; qu'au mois d'octobre 1784, se trouvant avec lui dans une petite chambre où il n'y a pas de sonnettes, il la pressa très-vivement de répondre à ses désirs; pour la déterminer, il fit beaucoup de gestes avec sa canne , et lui dit qu'il avait le pouvoir de faire paraître des millions au moment même, et qu'il lui ferait une fortune considérable. Il lui promit, si elle consentait, de n'en pas parler au cardinal ; puis , passant tout à coup de la parole à l'action , il se mit à gesticuler d'une manière étrange et à se précipiter sur elle d'une façon effrayante ; elle se hâta de s'enfuir et se réfugia dans son salon, où se trouvaient alors sa sœur, le comte de Dolomieu et quelques autres personnes dont elle a oublié les noms : elle était si pâle et si tremblante, qu'elle faillit se trouver mal. Une fois remise, elle raconta aux assistants ce qui s'était passé, et le comte de Dolomieu lui dit : « Vous n'aviez qu'à nous appeler, nous aurions été à votre secours l . »

Il faut avouer qu'en acceptant même cette scène

1 Confrontations de la dame de Lamotte avec les témoins.

comme une vérité, elle ne prouverait pas encore que madame de Lamotte n'eût pas escroqué 150,000 livres au cardinal, en les lui demandant par une lettre soi-disant écrite par la Reine.

On sait comment elle explique les diamants qu elle a vendus ou montés à Paris, et ceux que son mari a portés à Londres.

Quant à son changement subit de fortune, elle l'explique par les libéralités de plusieurs grands personnages et par les profusions de M. de Rohan envers elle.

Nous en avons dressé le tableau suivant :

« SOMMES REÇUES PAR MADAME DE LAMOTTE, DE LA PART DE DIVERS PARTICULIERS, D* APRES LES INTERROGATOIRES ET CONFRONTATIONS DE LADITE DAME DE LAMOTTE.

En janvier 1781 et en février 1782, de M. le

duc de Penthièvre 8,400 livres.

En juin 1782 et en août 1783, des mains de Madame elle-même, en billets 12,000

En or 1,200

En mars 1782, de feu M. le duc d'Orléans, par un chevalier de Saint-Louis, en billets noirs 6,000

En juin 1783, de feu M. le duc d'Orléans,

par un aumônier 6,000

En 1782, 1783 et 1784, de M. le duc de Chartres, tant par lui-même que par un aumônier 18,000

En janvier 1782 et 1783, de madame la duchesse de Chartres, par deux aumôniers. . 8,000

En 1782, 1783 et 1784, <le M. le duc de Choisen] , son parent , par ferme de pension, en trois fois 12,000 livres.

En 1782 et 1783, de H. de Castries, par le premier commis de la marine , sur les aumônes secrètes 3,000

En 1783, tant de M. de Calonne que de son

premier commis 6,000

Total des sommes que madame de Lamolte

prétend avoir reçues de divers particuliers. 80,600 liv. »

S PRÉTENDUES REMISES PAR LE CARDINAL A MADAME DE LAMOTTE , D'APRÈS L'INTERROGATOIRE ET LES CONFRONTATIONS DE CETTE DERNIÈRE.

1782. En mai 1782 . . • 1,220 livres.

Même mois, trois billets noirs et dixhuit cents livres en or et argent, ci. 4,800

En juin, même année, par son suisse. 600

Même mois , à elle-même 6,000

En juillet, pour son frère, en trois Ibis différentes 10,000

En août, par Carbonnières , tant en or qu'en argent, à l'hôtel de Reims où elle demeurait, en présence de sa sœur malade, de la nommée Vincent, garde-malade, et des nommées Emilie, Julie et Sophie, femmes de chambre. . . 4,800

Fin d'août, au départ du cardinal pour Sa verne, à elle-même, en billets noirs 18,000

En décembre, à son retour, a elle-même, en billets noirs 9,000

Mémo mois, pour acquitter des lettres

de change, en billet* noirs 7,000

1783. Fin de janvier 1783, à elle-même, en

billets noirs 15,000 livres.

En mars, dans une lettre, en billets noirs, pour l'installation rue Saint- Gilles 10,000

En avril , en billets noirs et en argent,

pour payer ses dettes 8,500

Dans le courant de la même année, en une seule fois , en billets noirs. . . . 30,000

Provenant de trois effets de dix mille francs, venant de l'ancienne caisse de Poissy, £t donnés au cardinal par Cerfber, à qui il avait fait avoir l'entreprise des fourrages pour le prince de Montbarrey.

1784. En mars 1784, en billets et en argent. 11,000

En mai, or et billets 9,000

Le 23 juillet, jour du départ du cardinal pour Savcrne, en billets 10,000

A son retour, fin novembre ou commencement de décembre 20,000

Venant encore de Cerfber, que le cardinal avait fait continuer dans son bail.

Fin de décembre, au retour du voyage fait par le cardinal à Versailles, où il avait parlé à M. de Galonné pour l'intéresser en sa faveur 15,000

Total des libéralités faites par M. de Rohan à madame de Lamotte, d'après les dires de cette dernière 203,720 liv. »

En femme habile et pour expliquer les libéralités du cardinal, elle a eu le soin d'entretenir le magistrat instructeur de ses relations intimes avec M. de

Rohap, et d'une manière assez claire pour ne pas lui laisser ignorer qu'elle était sa maîtresse, et ce, en la présence même du cardinal ' .

Quant aux cinq ou six louis qu'elle recevait assez régulièrement de M. de Rohan et qu'elle ne peut nier, elle prétend que ce n'était pas à elle qu'ils étaient adressés, mais à ses domestiques 8 .

Cependant ce qu'il y eut de plus grave contre madame de Lamotte , ce furent les aveux de Rétaux de Villette, qui déclara avoir écrit par ses ordres les approuvé sur le marché du collier, y avoir apposé la signature Marie- Antoinette de France, et les lettres soi-disant adressées par la Reine au cardinal ' .

Madame de Lamotte répondit par un démenti formel aux déclarations de son ancien ami; on lui objecta la ressemblance de l'écriture de Rétaux avec les mots approuvé et avec la signature Marie- Antoinette de France, elle répondit : « Cette ressemblance ne prouve rien, car on a trouvé dans mes papiers des lettres dont l'écriture a aussi quelques rapports avec les approuvé. »

Or, c'était Rétaux de Villette qui lui servait habituellement de secrétaire 4 et qui écrivait sous sa dictée; les lettres trouvées chez elle avaient été écrites par lui, donc il n'est pas étonnant que l'écri-

1 Confrontations du cardinal avec madame de Lamotte. ' Confrontations de la dame de Lamotte et du cardinal.

* Déposition et interrogatoires de Rétaux de Villette.

* Information : Déposition du père Loth.

ture de Villette ressemblât à celle des approuvé, puisque c'était la même.

Mise en présence de son coaccusé , celui-ci essaya en vain de la ramener à la vérité , en lui faisant observer que ses dénégations ne pouvaient être une preuve, surtout lorsque lui, l'agent principal de l'intrigue , et les autres témoins , venaient lui donner des démentis éclatants : « Vous ne voulez pas voir que vous êtes chargée par tout le monde d'une façon irrésistible et que votre voix devient alors sans force. Il est impossible que vous vous dissimuliez que le cardinal, vous et moi, sommes coupables dans cette affairé. Votre dénégation absolue ne fait f que soulager vos complices, et c'est sur vous que

retombe la culpabilité tout entière ; de tout ce procès, il résulte un ensemble de charges qui témoignent contre vous, et ce n'est que par l'aveu des prétentions vraies et avancées du cardinal que vous pourrez expliquer les motifs qui vous ont décidée à toutes les manœuvres constatées par la procédure. Vous voulez détruire sèchement l'aveu que je fais de mes propres fautes , vous dites que je mens quand je m'accuse de faux , vous vous perdez , car en agissant ainsi vous entendez bien mal vos intérêts l . »

A ces paroles, madame de Lamotte répondait, en persistant dans son système de défense : que toutes les observations que lui faisait Rétaux de Villette

4 Confrontation de madame de Lamotte avec Rétaux de • Villette.

étaient fausses et ne pouvaient l'effrayer, malgré tout ce qu'il disait des preuves établies contre elle au procès; qu'elle sentait mieux que personne tout l'intérêt qu'elle aurait à avouer si elle était coupable, car ses aveux pourraient peut-être adoucir le châtiment qu'on lui infligerait; mais qu'elle n'était pas coupable et qu'elle attendrait de sang-froid son jugement l .

En résumé, la défense de madame de Lamotte était celle-ci : « C'est M. de Rôhan qui a volé le collier, c'est par ses ordres que moi ou mon mari avons fait monter ou vendre les diamants qui en provenaient.

C'est lui qui est coupable, lui qui a en sa possession l'écrit signé Marie-Antoinettbde France, et qui est reconnu pour avoir fait les demandes chez les joailliers *.

Je n'ai qu'un tort , c'est la scène de la d'Oliva ; aussi je le confesse, et si j'en avais d'autres je les confesserais de même.

Le luxe que vous me reprochez et que vous prétendez provenir de la vente du collier est en réalité le résultat des bienfaits des personnes qui s'intéressaient à moi, et de M. de Rohan en particulier.

Quant à Rétaux de Villette, je ne lui ai jamais

1 Confrontations de madame de Lamotte avec Rétaux de Villette.

* Confrontations du cardinal avec madame de Lamotte.

ordonné de commettre de faux, et rien ne peut prouver la vérité de ses assertions. »

Jusqu'à la fin du procès madame de Lamotte persistera à soutenir qu'elle est innocente et que M. de Rohan est le voleur du collier; mais une fois quelle aura quitté la France, une fois qu'elle sera établie en Angleterre, son système changera, et ce sera surtout Marie-Antoinette qu'elle cherchera à écraser sous le poids de ses infâmes calomnies.

Ce ne fut pas tout d'abord que Rétaux de Villette avoua qu'il était l'auteur du faux approuvé; il lui fallut quelque temps avant de s'y décider ; mais il nia que madame de Lamotte lui eût donné de l'argent pour écrire la signature Marie- Antoinette de Frange; il fit môme à ce sujet une assez jolie réponse au conseiller instructeur qui lui demandait si madame de Lamotte lui avait remis de l'argent à titre de don :

« Jamais ! répond Rétaux ; quelquefois seulement elle m'en a prêté, et j'en ai tenu note. Mais toutes les fois que j'en ai parlé à madame de Lamotte, elle a eu l'honnêteté de ne rien vouloir entendre l . »

Au reste, voici la défense de Rétaux écrite par lui-même :

« L'écrit du sieur de Villette n'est point un faux matériel, puisqu'il n'y a pas d'imitation d'écriture d'aucune personne ni contrefaction de la sienne

1 Interrogatoires de Rétaux de Villette.

propre ; la signature Marie- ANTOINETTE DE FRANCE est un être de raison. L'on ne peut donc juger dans un faux arbitraire de sa nature que l'intention de son auteur et les fruits qu'il en a retirés; mais on dira que le sieur de Villette savait bien qu'il écrivait à côté d'un marché, cela est vrai, mais il savait aussi qu'il le faisait par M. le cardinal, par son ordre, et à côté de son écriture. Il savait qu'il ne commettait pas un faux matériel , il savait trèsbien que Son Émînence était dans le cas de répondre de l'objet, il savait que M. le cardinal avait promis que l'écrit ne sortirait pas de ses mains, qu'il n'en ferait usage que pour le montrer aux joailliers , faits authentiques dont est convenu Son Ëminence. Il savait que la dame de Lamotte lui avait promis de lui rapporter le papier pour le détruire, elle l'assurait en outre qu'il n'y avait aucun danger en signant de la sorte , et certainement la chose était spécieuse , surtout après les promesses de M. le cardinal qui étaient appuyées du marché écrit en entier de sa main ; d'après donc ces promesses, ces assurances et l'écriture du prélat qui sont incontestables, quel homme, dans la position du sieur de Villette, s'y serait refusé?

Enfin il ne peut être regardé comme complice de sa fraude , puisque dix ou quinze jours après on le charge de vendre des diamants qu'il croit provenir du collier par le moyen de M. le cardinal; il est conduit chez M. le lieutenant général ''•

police ; il déclare ingénument qu'il les tient de madame de Lamotte, preuve bien concluante qu'il ne participait en rien à l'escroquerie que M. le cardinal prétend lui avoir été faite; dernière preuve enfin pour la droiture de son intention et la nullité de sa complicité prétendue, c'est qu'il n'a jamais retiré aucun produit de son écriture, et certainement s'il eût agi de concert dans l'artifice supposé, il eût prétendu que le danger auquel il s'exposait lui devint profitable.

, Or, son écrit étant une chimère et son intention démontrée pure, sur quoi pourrait-il être condamné? Sur le malheur d'avoir été cruellement trompé , assassiné par une femme qui lui paraissait sincèrement attachée, dont l'amitié perfide est la source de sa situation affreuse et de son désespoir.

Le délit ne peut être dans la signature, qui est insignifiante de sa nature, et qui n'a eu d'effet que par celui qui l'a fait valoir.

II ne peut donc y avoir de faux que celui d'avoir donné cet écrit chimérique pour être réellement émané de la Reine, soit duperie, soit mauvaise foi de la part de celui qui en a fait usage. Si c'est mauvaise foi, il n'est pas besoin de dire qu'il est le seul coupable; si c'est duperie, le sieur de Villette n'est point, ne peut être le trompeur, il n'est pot peut être le complice de la fraude, puisque I foi et son erreur sa

traire trompé lui-même, et. qu'enfin il demeure victime d'une intrigue à laquelle il n'a eu aucun intérêt 1 .»

Dans la nuit du 29 au 30 mai 1786 , tous les prévenus furent transférés à la Conciergerie , sous la garde d'un huissier du Parlement.

Le cardinal fut placé dans le cabinet du greffier en chef, sous la surveillance du lieutenant du Roi de la Bastille, qui l'avait accompagné.

Depuis les lettres patentes de Louis XVI , qui attribuaient au Parlement la connaissance de l'affaire du collier, tout ce qu'il y avait de gens hostiles à la royauté s'était rangé du parti de M. de Rohan.

Mais ce fut surtout parmi ceux qui devaient le juger que le cardinal trouva ses plus chauds partisans. Le Parlement fut gagné presque en entier, et madame Campait rapporte que le substitut du procureur général, M. de Laurence!, fit parvenir à la Reine une liste des noms des membres de la grand'chambre, avec les moyens dont s'étaient servis les amis du cardinal pour gagner leur voix pendant la durée du procès. Cette liste se trouvait dans les papiers que Marie- Antoinette avait donnés a garder à M. Campan , son beau-père , et qu'elle-même fut

chargée de conserver par la suite ; les femmes y jouaient un rôle affligeant pour lés mœurs : c'était par elles et à raison des sommes considérables qu'elles avaient reçues que les plus vieilles et les plus respectables têtes avaient été séduites l .

Les princes et les princesses de la maison de Condé, alliée à celle du cardinal, les maisons de Rohan , de Soubise et de Guéménée prirent le deuil, et se mirent dans ce costume en haie sur le passage des conseillers de la grand' chambre pour les saluer quand ils se rendaient au palais les jours des séances relatives au procès du collier. Des princes du sang se déclarèrent en sollicitation ostensible contre la reine de France f .

Le conseiller d'Épréménil instruisait les amis du cardinal de particularités intéressantes dont la connaissance leur fut très-utile par la suite.

Un maître des requêtes, qui assistait aux séances du Parlement où se faisait la lecture des pièces de la procédure, tenait note de tout ce qu'on y disait, et faisait passer aux avocats du cardinal un plan de conduite 8 .

Telles étaient les dispositions des juges au moment du procès. Le public était également peu favorable à la Reine.

4 Mémoires de madame Compati : Éclaircissements historiques.

1 Mémoires de madame Campan : Éclaircissements historiques.

1 Mémoires de tabbé Georgcl, t. II.

Pendant le carême de 1786, l'abbé Georgel, vicaire général du cardinal , à qui sa charge de grand aumônier donnait la juridiction spirituelle à la chapelle du Roi à Versailles, aux Quinze-Vingts et à F Assomption, fit imprimer et afficher aux portes des églises et sacristies qui dépendaient de la grande aumônerie , un mandement où il rappelait les expressions de saint Paul, qui exhorte dans sa seconde épître son disciple Timothée à ne pas rougir de sa captivité et de ses liens; et ce mandement, d'une audace inconcevable, fut placardé dans la propre chapelle du Roi l !

Les femmes mêmes firent chorus, et pendant tout le temps de la captivité de M. de Rohan on les vit porter des rubans rotiges et jaunes, dont la couleur s'appelait cardinal sur la paille 2 .

Le 30 mai au matin, le Parlement, toutes les chambres assemblées, ouvrit sa séance.

Ce fut madame de Lamotte qui parut la première. Devant ses juges sa contenance ne changea pas; elle fit un mouvement marqué de répulsion en voyant la sellette, siège ordinaire des accusés. Mais bientôt reprenant son calme , elle s'y plaça , et promena ses regards avec effronterie sur la cour. Son système de défense fut toujours le même , une dé* négation absolue.

Après elle vint le tour du cardinal. Le premier

* Mémoires de Pabbé Georgel , t. II.

' Mémoires de la République des lettres.

président <T Aligre, ayant fait ôter la sellette, fit prier M. de Rohan d'entrer.

L'accusé fut introduit : il était vêtu d'une longue robe violette , le deuil des cardinaux ; ses bas et sa calotte étaient rouges. Il portait ses ordres au cou et en sautoir.

u II avait, dit l'abbé George], la noble attitude d'un homme profondément affecté, mais calme au milieu de ses peines ; sa contenance faisait voir un mélange intéressant de respect , de modestie et de dignité qui disposa favorablement les juges. Il se tenait debout à la barre : la pâleur de son visage annonçait les suites de la maladie qui avait inquiété pour ses jours ! . Le premier président, sur la demande de plusieurs conseillers, l'invita jusqu'à trois fois à s'asseoir pendant le long interrogatoire qu'il allait subir. Ce prince, marquant sa sensibilité et sa reconnaissance par une profonde inclination , n'pbéit qu'à la troisième invitation à cette honorable distinction. Interrogé successivement par plusieurs magistrats bien intentionnés qui espéraient des réponses satisfaisantes sur certains points non encore éclaircis, il étonna ses juges par la clarté, la précision, la force de ses réponses. Il s'aperçut du grand intérêt que son humiliante situation inspirait; il en profita pour développer avec franchise les faux pas

1 Le cardinal avait éprouvé de douloureux dérangements de corps , après avoir bu une tasse de petit-lait préparée dans une casserole où se trouvait du vert-de-gris.

que lui avaient fait faire sa bonne foi et sa crédulité : « J'ai été complètement aveuglé, s'écria-t-il, par le désir immense que j'avais de regagner les bonnes • grâces de la Reine ! » Cette scène si touchante fit une grande sensation sur cette vénérable magistrature qui allait décider du sort d'un des plus grands personnages du royaume l . »

Quand le cardinal eut cessé de parler, il se leva et salua en se retirant tous les conseillers : la cour entière se leva également et lui rendit son salut.

Après M. de Rohan, ce fut la demoiselle d'Oliva qui fut entendue, et en dernier lieu parut Gagliostro. Quand l'audition des témoins fut terminée, le procureur général Joly de Fleury, du petit nombre de ceux qui ne se fussent pas rangés du parti du cardinal, posa ses conclusions ; elles sont ainsi conçues : « 1° Les approuvé et la signature Marie- Antoinette de Frange être- déclarés faux,

2° Marc -Antoine Nicolas de Lamotte, galères à perpétuité par contumace.

3° Marc-Antoine Rétaux de Villette , aussi aux galères à perpétuité, fouetté et marqué d'un G. A. L. Leurs biens confisqués.

4° Jeanne de Valois de Lamotte, enfermée à perpétuité à l'hôpital, préalablement fouettée et marquée sur l'épaule dextre de la double lettre W, ses biens confisqués.

1 Mémoires de tabbé Georgel, t. II.

Loui£-René Edouard de Rohan, tenu de déclarer en la cour et en la présence du procureur général, la grand'chambre assemblée, que c'est témérairement qu'il s'est permis de croire à un rendez-vous nocturne faux et supposé sur la terrasse de Versailles.

Que c'est témérairement à l'insu et sans s'être assuré par lui-même des intentions du Roi et de la Reine, qu'il a entamé et suivi une négociation et consommé avec lesdits Bôlimer et Bassenge le marché pour le collier de brillants, qui lui a été remis sur la foi de la vérité desdits approuvé et signature.

Que depuis que le collier lui a été remis, il a, par des assertions fausses et controuvées, continué d'entretenir lesdits Bôhmer et Bassenge dans la confiance de la vérité du marché, et que même après, de son propre aveu, avoir constaté par des pièces de comparaison que les approuvé et la signature étaient faux, il a, par une suite d'abus du nom de la Reine, fait auxdits Bôhmer et Bassenge un payement de 30,000 livres, dont il s'est fait donner quittance au nom de la Reine.

Qu'il s'en repent et demande pardon au Roi et à la Reine d'avoir eu la témérité de manquer au respect dû à leurs personnes sacrées.

Requiert qu'il soit fait défense audit de Rohan d'approcher de tous les lieux où il y aura maison royale , et de tous autres dans lesquels le Roi et la

Reine pourraient faire leur résidence, jusqu'à ce qu'il ait plu au Roi d'en ordonner autrement.

Ordonne que , daûs le délai qui sera fixé par la cour, ledit de Rolian sera teniï de se démettre de l'état et dignité de grand aumônier de France, dont il a plu au Roi de l'honorer.

Ledit de Rohan condamné en telle aumône qu'il plaira à la cour.

Ordonné que ledit de Rohan gardera prison jusqu'à ce qu'il ait obéi et satisfait à l'arrêt qui interviendra .

6° Marie-Nicole d'Oliva, mise hors de cour.

7° Alexandre de Cagliostro , renvoyé de l'accusation ' . »

Les rapporteurs de l'affaire , messieurs Titon de Villotran et Dupuis de Marcé , adoptèrent ces conclusions, et leur exemple fut suivi par quinze conseillers, parmi lesquels se trouvait M. d'Ame court.

Le président d'Ormesson proposa un amendement aux conclusions. Il laissait au cardinal ses places et ses dignités, mais il exigeait qu'il demandât à la Reine le pardon des offenses qu'il lui avait faites ; huit conseillers furent de cet avis.

Mais le parti opposé à la Reine, et en tête duquel se trouvaient les conseillers d'Éprémenii et Fretteau, rejetèrent entièrement les conclusions.

Le second prononça même un discours, qu'il termina en demandant que le cardinal fût déchargé de

1 archives de ? Empire, X*, 2576.

150 marie-antoineYte

r accusation ; Robert de Saint-Vincent fut du même avis ; il alla même plus loin encore , il osa blâmer la publicité donnée à ce procès, et plaindre le Roi et la Reine de ne pas avoir eu auprès d'eux un ministre assez sage pour les empêcher de compromettre ainsi la majesté du trône.

L'abbé Sabattier, MM. de.Barillon, de Jonville et autres adhérèrent au discours de Fretteau; enfin, après dix-huit heures de délibération, les amis du cardinal remportèrent, et le 31 mai 1786, à neuf heures du soir, le Parlement rendit l'arrêt suivant :

« La Cour, la grand'chambre assemblée , faisant droit sur le tout, ensemble sur les conclusions du procureur général du Roi, déclare les mots approuve et la signature Marie- Antoinette de France frauduleusement apposés en marge de l'écrit intitulé : « Propositions et conditions du prix et du payement » du collier dont est question au procès et faussement attribuées à la Reine ; ordonne que lesdits mots approuvé et ladite signature Marie- Antoinette de France seront rayés et biffés dudit écrit, et que mention sera faite du présent arrêt sur ledit écrit, lequel sera et demeurera déposé au greffe criminel de la cour, dont du tout sera dressé procès-verbal par le greffier de la cour.

Adjugeant le profit de la contumace déclarée bien et valablement instruite par l'arrêt de la cour du 10 avril 1786 contre Marc-Antoine- Nicolas de Lamotte, accusé, absent.

Pour les cas résultant du procès, condamne ledit Marc -Antoine -Nicolas de Lamotte à être battu et fustigé nud de verges et flétri d'un fer chaud en forme des trois lettres G. A. L. sur l'épaule droite par F exécuteur de la haute justice; ce fait, mené et conduit es galères du Roi pour en icelles être détenu et servir ledit seigneur Roi comme forçat à perpétuité.

Déclare tous les biens dudit Marc-Antoine-Nicolas de Lamotte acquis et confisqués au Roi ou à qui il appartiendra ; sur iceux préalablement pris la somme de 200 livres d'amende envers ledit seigneur Roi, au cas que confiscation n'ait pas lieu à son profit ; laquelle condamnation, attendu la contumace dudit de Lamotte, sera transcrite dans un tableau , lequel sera attaché à un poteau pour ce planté en place de Grève.

Bannit Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette à perpétuité du royaume.

Condamne Jeanne de Valois de Saint -Remy de Luz, femme de Marc -Antoine-Nicolas de Lamotte, à être , ayant la corde au col , battue et fustigée nue de verges et flétrie d'un fer chaud en forme de la lettre V sur les deux épaules par l'exécuteur de la haute justice ; ce fait, menée et conduite en la maison de force de l'hôpital général de la Salpêtrière, pour y être détenue et renfermée à perpétuité.

Déclare pareillement tous les biens de ladite de Lamotte et dudit Rétaux de Villette acquis et con-

fisqués au Roi, ou à qui il appartiendra ; sur chacun d'iceux préalablement pris la somme de 200 livres d'amende envers ledit seigneur Roi, au cas que confiscation n'ait pas lieu à son profit.

Sur les plainte et accusation intentées à la requête du procureur général du Roi contre Marie-Nicole Le Guay, dite d'Oliva ou Dessigny, met les parties hors de cour et de procès.

Décharge Alexandre de Cagliostro et Louis-René Edouard de Rohan des plainte et accusation contre eux intentées à la requête du procureur général du Roi.

Ordonne que les mémoires imprimés pour Jeanne de Saint-Remy de Valois de Lamotte seront et demeureront supprimés comme contenant des faits faux, injurieux et calomnieux tant audit cardinal de Rohan qu'audit de Cagliostro.

Sur le surplus de la requête dudit de Cagliostro , tant contre le commissaire Chénon fils que contre Delaunay, gouverneur de la Bastille , le met hors de cour, sauf à lui à se pourvoir comme et ainsi qu'il avisera bien être; sur le surplus des demandes, fins et conclusions des parties, les met hors de cour.

Permet au cardinal de Rohan et audit de Cagliostro de faire imprimer et afficher le présent arrêt partout où bon leur semblera l . »

1 Archives de t Empire, X f , 2576.

Billet de la Reine Marie-Antoinette a la Duchesse

de Polignac, relatif au jugement prononcé dans . le procès du Collier.

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L'arrêt du Parlement excita l'indignation du Roi et de la Reine; Louis XVI, quand il en eut connaissance , prit la main de Marie- Antoinette et lui dit : « Cette affaire vient d'être outrageusement jugée; elle s'explique cependant aisément. Il ne faut pas être Alexandre pour trancher ce nœud gordien. Le Parlement n'a vu dans le cardinal qu'un prince de l'Église, un prince de Rohan, le proche parent d'un prince du sang; et il eût dû voir en lui un homme indigne de son caractère ecclésiastique , un dissipateur, un grand seigneur dégradé par ses honteuses liaisons, un enfant de famille aux abois, comme il y en a tant dans Paris, et faisant de la terre le fossé. Il a cru qu'il donnerait d'assez forts payements à Bôhmer pour acquitter avec du temps le prix du collier; mais il connaissait trop bien les usages de la cour, et n'est pas assez imbécile pour avoir cru madame de Lamotte admise auprès de la Reine et chargée d'une semblable commission ' . »

Quant à la Reine, on connaît les paroles qu'elle adressa à madame Campan : « Faites-moi votre compliment de condoléance ; l'intrigant qui a voulu me perdre, ou se procurer de l'argent en

1 Mémoires de madame Campan : Éclaircissements historiques.

abusant de mon nom et prenant ma signature, vient d'être pleinement acquitté. Mais, comme Française > recevez aussi mon compliment de condoléance. Un peuple est bien malheureux d'avoir pour tribunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs passions, et dont les uns sont susceptibles de corruption, et les autres d'une audace qu'ils ont toujours manifestée contre l'autorité, et qu'ils viennent de faire éclater contre ceux qui en sont revêtus ' . »

Quelques heures après que M. de Rohan fut sorti de la Bastille et rentré dans son hôtel de la rue Vieille-du-Temple , il reçut du Roi Tordre de lui renvoyer le cordon du Saint-Esprit et de donner sa démission de grand aumônier. De plus, une lettre de cachet l'envoyait en exil dans son abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne.

L'abbé Georgel, dans ses Mémoires, parle en ces tenues de cette mesure : « Qui eût jamais pu croire qu'un jour si glorieux serait suivi d'un jour de disgrâce et d'exil? Ne devait-on pas s'attendre que le Roi , charmé de trouver l'innocence où il avait présumé le crime , ferait éclater son amour pour la justice en répandant sur son grand aumônier les dons de la plus haute faveur? Cette conduite eût honoré Louis XVI... Croira-t-on qu'il fallut user de ménagements pour annoncer à la Reine le triomphe du

4 Mémoires de madame Campan : Eclaircissements historiques.

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Varon de Breteuil, en date laquelle il lui enjoint de se e Rohan, pour lui demander

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cardinal? Personne ne voulut se charger de le lui apprendre. On engagea sa meilleure amie, la duchesse de Polignac, à lui en foire part, avec les tempéraments que lui suggérait son tendre attachement pour elle ' . »

Le zèle du grand vicaire de M. de Rohan remporte trop loin , et il eût été par trop fort que le Roi « répandît sur son grand aumônier les marques de la plus haute faveur » après le scandaleux procès du collier.

Sans doute , le cardinal avait les mains pures de toute fraude; sans doute, il n'était pour rien dans l'escroquerie commise par les époux de Lamotte ; mais il avait insulté la Reine, lui, cardinal; il avait outragé sa souveraine par des espérances insensées ; il avait pris pour confidente de son ambition déplacée une intrigante de la pire espèce, et Louis XVI et Marie-Antoinette ne firent qu'un acte de justice en l'éloignant de leurs personnes.

L'abbaye de la Chaise-Dieu, située au milieu des montagnes d'Auvergne, n'était pas un séjour convenable pour la santé du cardinal, altérée par les excès de sa jeunesse et par sa longue captivité à la Bastille; il obtint et sollicita du Roi la permission de séjourner désormais à l'abbaye de Marmoutier, près de Tours 8 .

* Mémoires de tabbé Georgel; t. II.

1 Le grand-père de l'auteur de ce livre, M. Gallais, auteur de Y Appel à la postérité sur le jugement du Roi, publié le

Après un court séjour en Touraine , le Roi permit au cardinal de rentrer dans son diocèse.

Lors des événements de la Révolution, M. de Rohan parut un moment se ranger du côté des réformateurs politiques ; il prêta même serment à la constitution civile du clergé ; mais bientôt il se sépara des révolutionnaires, dont il ne goûtait pas les lois sur les biens du clergé, et se retira dans son évêché de l'autre coté du Rhin.

Là, sa noble conduite fit oublier les torts de sa vie passée. Les émigrés français, les prêtres déportés, trouvèrent en lui un protecteur et un soutien. Bien qu'à peu près ruiné, il les soutint encore de ses ressources. Il fit plus, il leva des soldats qui s'unirent à l'armée de Condé. Comme on le pense bien, il n'en fallait pas tant pour attirer sur sa tête les foudres des amis de la Révolution; l'Assemblée nationale retentit de déclamations furibondes contre lui. Victor de Broglie proposa de le mettre en accusation et de le traduire devant la haute cour nationale, mais cette motion fut rejetée.

En 1801, lors du Concordat, M. de Rohan se démit de son évêché de Strasbourg, et se retira à Ettcnhcim, où il mourut le 16 février 1803.

20 janvier 1793, et journaliste en vogue sous le Directoire, l'Empire et la Restauration, eut occasion de voir plusieurs fois M. de Rohan à Marmoutier, et de l'entendre déplorer avec amertume ses folles espérances vis-à-vis de la Reine, et la confiance aveugle qu'il avait accordée à madame de Lamotte.

Le 1" juin 1786, Cagliostro reçut communication de l'arrêt qui le déchargeait d'accusation et qui ordonnait sa mise en liberté.

Le premier soin de l'autorité fut de lui faire la remise des effets trouvés lors de son arrestation à son domicile, et que le commissaire Chénon avait mis sous les scellés au mois d'août 1785.

Voici la pièce officielle qui constate cette remise.

PROCÈS-VERBAL DE LA REMISE FAITE A CAGLIOSTRO, LORS DE SA MISE EN LIBERTÉ, DES EFFETS SAISIS A SON DOMICILE , LE JOUR DE SA MISE EN ÉTAT d' ARRESTA- TION 1 .

h L'an 1786, le jeudi 1" juin, dix heures de relevée, nous, Marie-Joseph Chénon fils, avocat en Parlement, conseiller du Rot, commissaire au Châtelet de Paris, en vertu des ordres à nous adressés à l'effet de faire à M. de Cagliostro la remise des effets, bijoux, diamants et deniers comptants, le tout renfermé dans un carton sous le cachet de madame de Cagliostro, après la description qui en a été faite par notre père et confrère au château de la Bastille, et duquel carton M. le marquis de Launay et M. le major sont chargés par procès-verbal du 5 septembre dernier.

Nous sommes transporté au château de la Bastille,

1 Arclùves tic fl:'m

où étant dans la salle du conseil, M. le marquis de Launay a fait venir M. de Cagliostro, en présence duquel M. de Launay a représenté le carton renfermant les effets saisis sur madame de Cagliostro.

Ce carton est fermé d'un ruban de soie verte faisant plusieurs tours, et sur les deux bouts de ce ruban sont deux cachets représentant une tête de vieillard.

Avons sommé M. de Gagliostro de nous déclarer s'il reconnaît dans ces deux cachets qui sont sur ce carton le cachet de la dame son épouse.

Cagliostro nous a dit qu'il ne peut reconnaître si ces cachets sont l'empreinte de celui de sa femme.

M. le marquis de Launay a envoyé chercher le cachet de la dame de Cagliostro, et ce cachet a été apporté de la part de la dame de Cagliostro et par un de ses gens, et remis à M. de Launay en présence du sieur Cagliostro.

Le sieur Cagliostro a examiné le cachet et a dit qu'il ne reconnaît pas ce cachet pour être celui de sa femme , mais que , apporté par le nommé Augustin, l'un de ses gens affidés à lui, il ne peut plus douter que ce cachet ne soit celui de sa femme.

Le sieur Cagliostro, le nommé Augustin retiré, a confronté le cachet sur les empreintes qui sont sur le carton , et a reconnu que les empreintes qui sont sur le carton sont bien les mêmes du cachet apporté à l'instant par le nommé Augustin, et a retenu le cachet.

Le carton ayant été ouvert, le ruban coupé sans altérer les cachets, il s'y est trouvé :

1* Un rouleau de vingt-cinq doubles louis; un autre roideau de vingt-cinq doubles louis ;

2° Une bourse de soie, renfermant une grosse pièce du Portugal en or; cinq demi-louis et un louis en or;

3 e Une bourse de peau, contenant huit pièces de monnaies étrangères en argent;

4* Une bourse de soie bleue vide ;

5* Deux grandes bagues de brillants ;

6* Dans un petit papier, trois louis d'or;

7* Une montre et sa chaîne, garnies de diamants, dans sa boite de galuchat;

8" Un étui de galuchat, renfermant deux bagues de femme en brillants, deux joncs de brillants, une bague en jarretière de brillants et un jonc de rubis ;

9* Un étui de galuchat , renfermant une paire de pendeloques de ncui gros brillants chacune ;

10° Un étui de galuchat, renfermant le portrait de madame Cagliostro entouré de brillants;

11 e Un étui de galuchat, renfermant une paire de boucles pendeloques en brillants, un saint esprit en brillants, une paire de boutons d'oreilles de cheveux entourée de diamants, une petite quantité de perles fines enfilées ;

12* Un petit paquet de grenats;

13' Un étui de chagrin noir, renfermant une paire de piitihiuls de perles;

14* Un petit paquet de boutons d'habit et veste brodée ;

15" Un étui de chagrin noir, renfermant le portrait de madame de Cagliostro ;

16" Une petite montre d'or dans sa boîte, avec verre monté en cuivre, chaîne d'or et soie et six breloques en or;

17* Un étui de galuchat vert, renfermant une boite d'or émaillée de vert;

18* Un étui de galuchat Vert, renfermant une boite d'or ovale émaillée, et dedans un filet de perles orientales ;

19° Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte d'or longue émaillée;

20° Un étui de galuchat, renfermant une boite à mouches et à rouge, d'or émaillé, avec médaillon entouré de diamants ;

21* Un étui de galuchat vert, renfermant une boite à mouches en or;

22* Une boîte d'or de couleur, dans sa boîte de galuchat ;

23* Un encrier façon de la Chine, garni d'or, dans sa boîte de galuchat;

24* Une petite journée de femme en Offj

25* Une bonbonnière d'écaillé blonde, giimie en or;

26* Une paire de bracelets e rubans de velours noir;

27* Un portefeuille de velours, garni d'ustensiles d'argent ;

28* Une boîte orientale, garnie en or, en baignoire;.

29* Un souvenir d'ivoire, garni en or;

30* Une petite seringue d'argent dans son étui rouge ;

31' Un souvenir en laque, garni d'or;

32* Un portefeuille en soie blanche, brodé en or;

33* Une petite tabatière d'or, de forme ronde ;

34* Un couvert d'or, dans son étui de peau rouge ;

35" Un coquetier en corbeille, d'argent;

36* Une boîte d'or d'homme, ronde et émaillée sur les bords ;

37* Un étui d'or, un -autre très-petit étui d'or;

38' Un étui de deux couteaux, l'un lame d'or, l'autre lame d'acier, le tout garni en or;

39" Une cuillère à café en or;

40* Un petit couteau manche d'ivoire blanc, dans son étui noir, ruban de soie rose et argent;

41" Un couteau de nacre de perles, lame d'or;

42* Une bonbonnière de cristal, garnie en or;

43' Une paire de boucles de femme en marcasitte?

44" Une petite passoire en vermeil;

45" Un couteau lame d'acier, manche d'ivoire, garni en or;

46' Un flacon de cristal, garni en or;

47' Une paire de boucles de jarretières d'argent;

48* Une paire de ciseaux acier et or;

49° Une aigrette de roses, .une paire de pendeloques et dix épingles de pierres fausses , une paire de boucles de souliers pour femme en pierres fausses, un médaillon en or entouré de perles, un médaillon de fleurs sous verre , monté en or, et sa chaîne d'or;

50° Un autre médaillon de verre monté en or, sa chaîne de grenat, deux paires de bracelets en or, un autre bracelet seul avec le chiffre de madame de Cagliostro, en or, sur pierre de composition.

Un paquet de papiers saisis chez madame de Cagliostro.

M. le marquis a remis tout le contenu de la présente description à M. de Cagliostro, qui le reconnaît et en décharge M. le marquis de Launay et tous autres.

CHÉNON FILS , LE COMTE DE CAGLIOSTBO,

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