‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 15 sur 37 · MA RIE- ANTOINETTE · texte numérisé non relu

MA RIE- ANTOINETTE

Après un court séjour en Toui'aine, le Roi permit au cardinal de rentrer dans son diocèse.

Lors des événements de la Révolution, M. de Rohan parut un moment se ranger du côté des réformateurs politiques ; il prêta même serment à la constitution civile du clergé ; mais bientôt il se sépara des révolutionnaires , dont il ne goûtait pas les lois sur les biens du clergé, et se retira dans son évêché de l'autre côté du Rhin.

Là, sa noble conduite fit oublier les torts de sa vie passée. Les émigrés français, les prêtres déportés, trouvèrent en lui un protecteur et un soutien. Bien qu'à peu près ruiné, il les soutint encore de ses ressources. Il fit plus, il leva des soldats qui s'unirent à l'armée de Condé. Comme on le pense bien, il n'en fallait pas tant pour attirer sur sa tête les foudres des €imis de la Révolution ; l'Assemblée nationale retentit de déclamations furibondes contre lui. Victor de Broglie proposa de le mettre en accusation et de le traduire devant la haute cour nationale, mais cette motion fut rejetée.

En 1801, lors du Concordat, M. de Rohan se démit de son évêché de Strasbourg, et se retira à Ettenheim, où il mourut le 16 février 1803.

20 janvier 1793, et journaliste en vogue sous le Directoire, l'Empire et la Restauration, eut occasion de voir plusieurs fois M. (le Rohan à Marmoutier, et de l'entendre déplorer avec amertume ses folles espérances vis-à-vis de la Reine, et la conBance aveu(]^le qu'il avait accordée à madame de Lamotte.

Le !**■ juin 1786, Cagliostro reçut communication de Farrêt qui le déchargeait d'accusation et qui ordonnait sa mise en liberté.

Le premier soin de F autorité fut de lui faire la remise des effets trouvés lors de son aiTcstation à son domicile , et que le commissaire Chénon avait mis sous les scellés au mois d'août 1785.

Voici la pièce officielle qui constate cette remise.

PROCÈS-VERBAL DE LA REMISE FAITE A CAGLIOSTRO, LORS DE SA MISE EN LIBERTÉ, DES EFFETS SAISIS A SON DOMICILE , LE JOUR DE SA MISE EN ÉTAT d' ARRESTA- TION ' .

a L'an 1786, le jeudi l*"^ juin, dix heures de relevée, nous, Marie -Joseph Chénon fils, avocat en Parlement, conseiller du Roi, commissaire au Châtelet de Paris, en vertu des ordres à nous adressés à l'effet de faire à M. de Cagliostro la remise des effets, bijoux, diamants et deniers comptants, le tout renfermé dans un carton sous le cachet de madame de Cagliostro, après la description qui en a été faite par notre père et confrère au château de la Bastille, et duquel carton M. le marquis de Launay et M. le major sont chargés par procès -verbal du 5 septembre dernier.

Nous sommes transporté au château de la Bastille,

* jirchives de t Empire, Y, 11514.

OÙ étant dans la salle du conseil, M. le marquis de I^unay a fait venir M. de CagIiosflt*o, en présence duquel M. de Launay a représenté le carton renfermant les effets saisis sur madame de Cagliostro.

Ce carton est fermé d'un ruban de soie verte faisant plusieurs tours, et sur les deux bouts de ce ruban sont deux cachets représentant une tête de ' vieillard.

Avons sommé M. de Cagliostro de nous déclarer s'il reconnaît dans ces deux cachets qui sont sur ce carton le cachet de la dame son épouse.

Cagliostro nous a dit qu'il ne peut reconnaître si ces cachets sont l'empreinte de celui de sa femme.

M. le marquis de Launay a envoyé chercher le cachet de la dame de Cagliostro, et ce cachet a été £^porté de la part de la dame de Cagliostro et par un de ses gens, et remis à M. de Launay en présence du sieur Cagliostro.

Le siem^ Cagliostro a examiné le cachet et a dit qu'il ne reconnaît pas ce cachet pom' être celui de sa femme , mais que , apporté par le nommé Augustin, l'un de ses gens affidés à lui, il ne peut plus douter que ce cachet ne soit celui de sa femme.

Le siem' Cagliostro, le nommé Augustin retiré^ a confronté le cachet sur les empreintes qui sont sur le carton , et a reconnu que les empreintes qui sont sur le caiton sont bien les mêmes du cachet apporté, à l'instant par le nommé Augustin, et a retenu le cachet.

Le carton ayant été ouvert, le ruban coupé sans altérer les cachets , il s'y est trouvé :

1* Un rouleau de vingt-cinq doubles louis ; un autre rouleau de vingt-cinq doubles louis ;

2" Une bourse de soie, renfermant une grosse pièce du Portugal en or; cinq demi -louis et un louis en or;

S"" Une bourse de peau, contenant huit pièces de monnaies étrangères en argent;

4" Une bourse de soie bleue vide ;

5"^ *Deux grandes bagues de brillants ;

6* Dans un petit papier, trois louis d'or;

7" Une montre et sa chaîne, garnies de diamants, dans sa boite de galuchat ;

8* Un étui (de galuchat, renfermant deux bagues de femme en brillants, deux joncs de brillants, une bague en jarretière de brillants et un jonc de rubis;

9" Un étui de galuchat, renfermant une paire de pendeloques de neuf gros brillants chacune ;

10** Un étui de galuchat, renfermant le portrait de madame Cagliostro entouré de brillants ;

11" Un étui de galuchat, renfermant une paire de boucles pendeloques en brillants, un saint esprit en brillants , une paire de boutons d'oreiUes de cheveux entourée de diamants, une petite quantité de perles fines enfilées ;

12* Un petit paquet de grenats;

13* Un étui de chagrin noir, renfermant une paire de pendants de perles;

14" Un petit paquet de boutons d'habit et veste brodée ;

15" Un étui de chagrin noir, renfermant le portrait de madame de CagUostro ;

16" Une petite montre d'or dans sa boîte, avec verre monté en cuivre, chaîne d'or et soie et six breloques en or;

17" Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte d'or émaillée de vert;

18" Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte d'or ovale émaillée, et dedans un -filet de perles orientales ;

19" Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte d'or longue émaillée ;

20" Un étui de galuchat, renfermant une boîte à mouches et à rouge, d'or émaiUé, avec médaillon entouré de diamants ;

21" Un étui de galuchat vert, renfermant une boîte à mouchei en or ;

22" Une boîte d'or de couleur, dans sa boîte de galuchat ;

23" Un encrier façon de la Chine, garni d'or, dans sa boîte de galuchat;

24" Une petite journée de femme en or;

25" Une bonbonnière d'écaillé blonde, garnie en or;

26" Une paire de bracelets et boucles de diamants, rubans de velours noir ;

27* Un portefeuille de velours, garni d'ustensiles d'argent ;

28* Une boîte orientale, garnie en or, en baignoire ;

29" Un souvenir d'ivoire, garni en or;

30* Une petite seringue d'argent dans son étui rouge ;

31" Un souvenir en laque, garni d'or;

32" Un portefeuille en soie blanche, brodé en or;

33" Une petite tabatière d'or, de forme ronde;

34" Un couvert d'or, dans son étui de peau rouge ;

35" Un coquetier en corbeille, d'argent;

36" Une boîte d'or d'homme, ronde et émaillée sur les bords ;

37" Un étui d'or, un autre très-petit étui d'or;

38" Un étui de deux couteaux, l'un lame d'or, l'autre lame d'acier, le tout garni en or;

39* Une cuillère à café en or;

40" Un petit couteau manche d'ivoire blanc, dans son étui noir, ruban de soie rose et argent ;

41" Un couteau de nacre de perles, lame d'or;

42" Une bonboniiière de cristal, garnie en or;

43" Une paire de boucles de femme en marcasitte?

44" Une petite passoire en vermeil;

45" Un couteau lame d'acier, manche d'ivoire, garni en or;

46" Un flacon de cristal , garni en or ;

47" Une paire de boucles de jarretières d'argent;

48" Une paire de ciseaux acier et or;

16î MARIE-ANTOINETTE

49" Une aigrette de roses, une paire de pendeloques et dix épingles de pierres fausses , une paire de boucles de souliers pour femme en pierres fausses, un médaillon en or entouré de perles, un médaillon de fleurs sous verre , monté en or, et sa chaîne d'or;

50° Un autre médaillon de verre monté en or, sa chaîne de grenat, deux paires de bracelets en or, un autre bracelet seul avec le chiffre de madame de GagUostro, en or, sur pierre de composition.

Un paquet de papiers saisis chez madame de Cagliostro .

M. le marquis a remis tout le contenu de la présente description à M. de Cagliostro, qui le reconnaît et en décharge M. le marquis de Launay et tous autres.

ChÉNON rmS , LE COMTE DE CAGLIOSTRO,

LE MARQUIS DE LaUNAY. »

Cette formaUté une fois remplie, Cagliostro se rendit à son domicile de la rue Saint-Claude , où il rentra après un séjour de neuf mois et demi à la Bastille.

Séraphina FéUciani avait été plus heureuse que lui; à la suite d'une longue maladie qu'elle avait faite, Cagliostro avait présenté requête au Pariement afin d'obtenir la mise en liberté de sa femme, contre laquelle aucun décret de prise de corps n'avait été rendu. Ce fut d'Épréménil qui soutint

ET LE PROCÈS DU COLLIER. . i«3

arec ehalenr au sein du Parlement les droits de rhumanité violée dans cette affaire, et qui obtint en e£Pet la mise en liberté de Sérapkîna, qui quitta sa prison le 26 mars 1185.

La réunion des deux époux ne fut pas de long^ durée. Le 2 juin, Tinspecteur de police de Bro* gnières se présentait chez Cagliostro et lui signifiait un ordre du Roi qui lui enjoignait de sortir de Paris sous vingt-quatre heures et du royaume sous Irois semaines , avec défense d'y rentrer dans quelque temps et sous quelque prétexte que ce f&t, à peine de désobéissance.

Dans la matinée du 3 juin Cagliostro se rendit à Passy; le 13 il rejoignait sa femme à Saint-Denis, et tous deux partaient pour Boulogne-sur-Mer. Le 16 ils s'embarquèrent pour F Angleterre : u La côte que je quittais, s'écrie Cagliostro, était bordée par une foule de citoyeiis de tous états qui me bénissaient, me remerciaient du bien que j'avais fait à leurs frères et m'adressaient les adieux les plus touchants. Les vents m'emportaient loin d'eux, je ne les entendais plus, mais je les voyais encore à genoux et les mains levées vers le ciel; et moi de bénir à mon tpur, et de m'écj;ier et de r^éter oonmie ^'ils pouvaient m' entendre : •. Adieu, Français! adieu, me^ enfants! adieu, ma patrie '4 »

* * Mémoires pour le comte de Cagliostro contre Chénon et de Launay, par M« Thilorier, avocat. — Paris , 1786. Lottin atné €t Lottin de Saint-Germain , me Saint-André-des-Arts.

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