‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 18 sur 37 · IM MARIE- ANTOINETTE · texte numérisé non relu

IM MARIE- ANTOINETTE

la scène que je viens d'avoir avec la P[olignac] , je veux cacher mon ressentiment et porter la dissimulation au dernier période ; je sais que la colère n est bonne à rien, c'est pourquoi je pcends le parti qui convient, quoique contraire à mon inclination...

Ne pars demain qu'à une heure, et ne manque pas de te promener ce soir dans l'allée de T [rianon] . ••

. . . Compte sur mon attachement, et sois persuadé que je saurai traiter comme je le dois des ingrats^ qui sont devenus tes ennemis...

De la discrétion surtout, je compte sur la comtesse comme sur moi-même *• »

U est naturellement question dans cette correspondance du collier. La lettre qui porte le n** 28 est adressée parla Reine au cardinal.

E31e commence ainsi : « Si je n'avais pas voulu mettre du mystère dans F emplette du bijou, je ne vous aurais certainement pas employé pour me le procurer. »

Dans le numéro suivant , la Reine envoie au cardinal le papier contenant les approuvé et sa signature, et elle ajoute : « La comtesse te remettra l'écrit et t'expliquera le motif de la tournure que j'ai prise; comiriê je suis censée ignorer la confidence que tu lui as faite ainsi que la marque de confiance que tu lui donneras en lui faisant voii* nos arrangements particuliers, c'est une raison plus que

* Mémoires de la comtesse de Valois, t. I, p. 332.

suffisante pour lever toutes les difiGicultés ; tu garderas cet écrit et ne le remettras qu'à moi. »

Enfin le n^ 32 , qui termine cette indigne correspondance, est daté du 12 février 1785.

Le lecteur nous pardonnera d'avoir insisté sur ces

lettres et de l'avoir conduit dans ce dédale d'infa-

mie ; il nous a paru bon de montrer à quel point d'animosité en sont arrivés quelques adversaires passionnés de Marie- Antoinette.

De telles turpitudes ne se discutent pas ; on doit se borner à les. faire voir. C'est à la conscience publique à en faire justice.

S'il faut s'en rapporter à certains écrits de l'époque, madame de Lamotte vécut à Londres dans l'intimité de M. de Galonné ^ : « Depuis longtemps.

^ (t Je m'aperçus bientôt que les liaisons de M. de Galonné avec le rejeton du sang des Valois étaient de la nature la plus intime.... Une rupture éclatante eut lieu tout à coup

entre les deux réfugiés Je dirai en peu de mots qu'étant

à jouer ensemble au piquet, l' ex-ministre s'écria sur un coup décisif : « Madame, vous êtes marquée, n Le ton dont il prononça ces paroles , la manière dont il appuya sur le dernier mot, annonçaient assez l'intention d'une allusion maligne. La comtesse la sentit , elle en fut indignée au dernier point, et à l'instant une foule d'injures plus énergiques les unes que les autres sortirent de sa bouche. L'ex-ministre y répondit avec un feu à peu près égal.^ La comtesse^ hors d'ellemême, ren\aBrse la table qui la séparait de M. de Galonné; elle fond sur lui , et ses belles mains qui jusqu'alors n'avaient fait que flatter la figure hétéroclite de son vieil amant, s'y font sentir d'une tout autre manière , et y fonnent une em-

dit M. de Lamottc \ les liaisons de madame de Lamotte et sa manière de vivre m'avaient éloigné d'elle. Je regrettais avec raison, et comme elle en convient elle-même, d'avoir conti'acté, en l'épousant contre le gré de ma famille, une alliance qui m'avait abreuvé de chagrins et qui était la source de mes malheurs. Dans le récit qu'elle a fait depuis son arrestation à Bar-sur- Aube jusqu'à son évasion de la Salpétrière, on a dû s'apercevoir de ce qu'elle nomme vivacité^ impatiences ^ et que je qualifie, moi, de violence de caractère. Plusieurs fois, pendant le temps que j'ai passé avec elle, elle a tenté de se détruire, et cela pour des bagatelles, pour des contrariétés fort minimes ; deux fois je l'ai retenue par ses vêtements lorsqu'elle s'élançait par la croisée; une autre fois elle saisit un pistolet dans mon secrétaire , et sans un livre que je tenais heureusement et que je lançai contre l'arme et la main qui la dirigeait vers son oreille , je l'aurais vue tomber à mes pieds

Lorsqu'elle vint me rejoindre à Londres, j'évitais toutes les occasions de lui donner la moindre contrariété. Je m'aperçus aisément que les grands malheurs qu'elle venait d'essuyer avaient encore aigri son caractère , et qu'il fallait user de ménagements et de précautions pour la conserver. Malgré toutes

preintc des plus désag^réables. » Julie philosophe ^ ou le Bon patriote, t. II, p. 17.

* Mémoires du comte de Lamotte, etc., p. 83 et suiv.

ma patience , je ne pus cependant m' empêcher de lui dire un jour que son entêtement et ses violences étaient la cause de tous nos malheurs. Je n'eus pas plus. tôt prononcé ces mots qu'elle sauta sur un poignard qui se trouva par hasard sous sa main , et , malgré ma promptitude à voler à son secoiu's, ainsi que les personnes qui se trouvaient dans T appartement, nous ne pûmes empêcher qu elle ne se frappât au-dessous du sem , et nous la vîmes tomber à la renveree. Les prompts secours qui lui furent administrés lui sauvèrent la vie. »

Cet aveu de M. de I^amotte sur le caractère violent de madame de Lamotte et sur ses liaisons et

sa. manière de vivre est précieux pour nous, en ce qu'il prouve bien qu'il était édifié sur les relations de sa femme avec Rétaux ; et si la scène curieuse racontée par Julie philosophe n'est pas vraie, au moins, d'après les paroles de M. de Lamotte lui-même, ne manque-t-elle pas tout à fait de vraisemblance.

Quoi qu'il en soit de la vie que mena madame de Lamotte en Angleterre, sa fin fut misérable.

On a prétendu que pendant une orgie ses compagnons de débauche l'avaient jetée d'un second étage sur le pavé * .

' M. de Lamotte raconte, d'une façon plus hono-

* Mémoires de tabbé Georgel, t. II.

rable poiir sa femme, sa mort tragique, qu'il apprit à Paris , où il se trouvait alors * .

« Ce fut dans le même temps (1791) que j'appris la catastrophe arrivée à madame de Lamotte. Lies agents du duc d'Orléans, trouvant dans la résolution qu'elle avait prise de ne point quitter l'Angleterre des obstacles au succès de leur mission, imaginèrent de la faire airêter, se persuadant que lorsqu'ils l'auraient en leur pouvoir ils parviendraient, par leurs promesses et l'expectative d'une vengeance éclatante, à la conduire à Paris. Parmi ces infâmes agents, il s'en trouva un qui se rendit chez le juge de paix et fit serment sur l'Évangile que madame de Lamotte lui devait cent guinées. On lui délivra de suite l'ordre nécessaire pour la faire arrêter. Munis de cette* pièce, ils se présentèrent chez elle et lui signifièrent de les suivre. Elle ne connaissait même pas le nom de l'effronté qui avait juré la dette ; d'ailleurs, quand la dette eût été réelle, personne n'avait le droit d'arrêter une femme en puissance de mari; madame de Lamotte connaissait assez les lois du pays pour ne pas ignorer cette circonstance; mais il fallait donner des preuves qu'elle était mariée, et elle ne possédait aucun titre, tous ses papiers étaient restés à la Bastille.

Cependant ces misérables insistaient pour Temlïiener ; alors elle leur déclara que s'ils usaient de

* Mémoires du comte de Lamotte , etc., p. 196 et«uiv.

violence elle se mettrait sous la protection du peuple, qui Tiendrait à son secours , ajoutant qu'elle allait envoyer chercher son avocat pour la défendre et donner caution si c'était nécessaire. Elle dépêcha en eÉfet la fille qu elle avait à son service , et la prévint, si l'avocat se trouvait absent, de lui faire un signe en rentrant et de dire que l'avocat la suivait, qu'elle saurait alors le parti qui lui resterait à prendre. Angélique * ne fut pas plus tôt partie que sa maîtresse, afin de faire prendre patience à ses ignobles persécuteurs, leur servit une collation et du vin de Porto. Pendant qu'ils étaient attablés, elle se promenait de long en large à travers la chambre, faisant la conversation avec eux et regardant souvent à la fenêtre pour voir revenir Angélique. Celleci, n'ayant pas trouvé l'avocat et apercevant sa maîtresse à la croisée,^ lui fit le signal convenu.

Alors madame de Lamotte saisit le moment favorable, ouvre la porte avec précipitation et enferme les gens à double tour. Gomme la croisée était restée ouverte, l'un d'eux se mit à regarder si elle sortait de la maison. L'empressement qu'elle mit à s'échapper et le trouble où cette injuste agression avait jeté ses esprits l'empêchèrent sans doute de remarquer que des fiacres stationnaient devant sa maison; elle pouvait se faire conduire

* Le lecteur connaît déjà cette Angélique , c'est celle à qui le soldat de la Salpêtrière fit les premières ouvertures pour l'évasion de madame de Lamotte.

IW MARIE- ANTOINETTE

dans un autre canton de la ville , et dans le cas où on serait parvenu à la découvrir, il aurait fallu un nouvel ordre pour la faire arrêter. Au lieu de prendi'c ce parti, qui était bien simple, elle ne songe pas que ces gens la guetteront pour savoir ce qu'elle devient, et elle entre dans la maison voisine, dont elle connaissait le propriétaire.

Cependant ces infâmes tyrans, à force de frapper à la poile de sa chambre, parvinrent à se faire ouvrir. Ils entrèrent aussitôt dans la maison voisine, et l'un d'eux resta en sentinelle à la porte. Ils s'adressèrent alors au propriétaire pour réclamer madame de Lamotte, qui leur avait échappé. Le propriétaire répondit qu'il ne connaissait pas cette dame et refusa la perquisition qu'ils demandaient. Ils insistèrent, déclarant au propriétaire que si madame de Lamotte n'était pas chez lui, ils se soumettraient k toute la rigueur des lois comme violateurs de son domicile. Les voilà en conséquence qui font perquisition dans la maison. N'ayant rien trouvé au rez-de-chaussée ni au premier étage , ils montèrent au second. Le propriétaire les suivait en renouvelant ses protestations; mais ces assurances ne les empêchaient pas de continuer leurs recherches. Enfin ils arrivèrent à la porte d'une chambre qui se trouvait fermée, et ils en demandèrent l'ouverture. Vainement on leur dit que cette chambre était louée à un particulier qui empoiiiait toujours sa clef. Ne doutant point que madame de

Lamotte ne fût enfermée dans cette chambre, ils menacèrent d'enfoncer la porte si Ton continuait de leur en refuser la clef.

Madame de Lamotte, qui était véritablement dans cette chambre, entendant cette menace, se persuada qu'on avait monté un complot pour la ramener en France et l'enfermer de nouveau. Elle perdit tout à fait la tête, et ouvrant la croisée qui donnait sur une cour, elle se suspendit par les mains à la barre de fer qui servait d'appui, déterminée à se précipiter si ces gens parvenaient à enfoncer la porte. Malheureusement cette porte était en bois blanc ; quelques coups de pied en eurent bientôt fait sauter les panneaux, et dès qu'elle aperçut la tête de l'un de «es ennemis , elle lâcha la barre de fer et tomba sur le pavé. Elle eut le malheur de ne pas être tuée sur place ^ mais elle avait une cuisse cassée en deux endroits 9 le bras gauche fracassé, un œil hors de la tête, et le corps brisé. Dans cet état, «lie vécut •encore trois semaines, et je reçus d'elle une lettre assez longue qui me donnait tous les détails de ce tragique événement. Cette malheureuse femme m'annonçait même qu'on allait la transporter à la campagne, où elle espérait se rétablir

Ainsi mom'ut, à trente-quati'e ans, une femme dont toute la vie n'offre qu'une suite de misères et de calamités, tandis qu'elle eût pu finir par être heureuse, si le privilège de sa naissance, en exaltant son

imagination, n'avait pas fait germer dans sa tête et

développer outre mesure les sentiments d'orgueil et d* ambition qui Font conduite à sa perte. »

M. de Lamotte a raison, Jeanne de Valois fut perdue par son orgueil; ce fut le désii' d'occuper un rang digne de ses ancêtres qui la ^fit enti-er dans cette vie d'intrigues et de sollicitations incessantes au milieu desquelles s'émoussa d'abord puis dispa* rut sa délicatesse. Ce fut l'orgueil qui lui fit désirer la richesse, ce fut l'orgueil qui lui fit dire partout qu'elle était protégée par la Reine, qui honorait en elle la descendante des Valois, ce fiit l'orgueil qui la conduisit au vol.

Certes, ce ne furent pas les dons natm*^ qui lui manquèrent; grâce, esprit, agréments personnels, elle eut tout, et ne sut s'en servir que pour escroquer un collier de diamants.

Si madame de Lamotte eût reconnu ses torts, si, dans les années qu'elle passa à Londres, au lieu d'entasser mensonges sur mensonges, elle eût raconté la vérité, la postérité n'eût vu en elle qu'une voleuse ordinaire, et ne s'en fût occupée qu'à cause de la valeur considérable de l'objet soustrait.

Mais, semblable au Parthe qui lance en fuyant son trait empoisonné , elle lança contre la Reine un déluge de calomnies ; ce fiit Marie -Antoinette qu'elle accusa, et c'est elle, madame de Lamotte, qui se posa en victime innocente et sacrifiée pai' la Reine !

La procédure du Parlement vient heureusement

renverser de fond en comble le piédestal sur lequel se place si complaisamment madame de Lamotte dans ses mémoires ; elle explique tout, classe avec certitude Jeanne de Saint-Remy de Valois à la place qu'elle occupera désormais dans l'histoire et lui restitue sa véritable figure, celle d'une audacieuse intrigante.

Les agents de police qui vinrent arrêter madame de Lamotte n'avaient aucun ordre pour s'emparer de son mari, aussi celui-ci s'empressa-t-il de profiter de cette inadvertance incroyable de l'autorité pour s'enfuir à Londres.

Son affection^ pour madame de Lamotte n'était pas telle qu'il désirât partager son sort. Une seule chose hait ces deux êtres : la cupidité. M. de Lamotte se retira en Angleterre y pour jouir à son aise des produits de sa complicité dans le vol du collier.

Ses mémoires nous le montrent exposé à des tentatives d'assassinat, d'empoisonnement, qui toutes partent, selon lui, des amis du cardinal, dont le but était d'empêcher son retour en France et ses déclarations sur les relations de Marie-Antoinette avec M. de Rohan.

M. de Lamotte est ici en contradiction avec les

faits, car rien ne l'empêchait^ s'il avait eu envie de

figurer au procès, de rester en France et d'apporter à Finstioiction ce qu'il savait sur l'affaire du collier.

Aussi sa retraite à Londres est-elle une preuve formelle contre lui.

Nous n entrerons pas dans les détails de -sa manière de vivre depuis son évasion ; ceux des lecteurs qui désireront en connaître les détails romanesques peuvent recourir à ses propres mémoires.

Notons seulement que lorsque madame de Lamotte eut quitté la Salpêtrière et se ftlt retirée à Londres, les deux époux s'occupèrent activement de la rédaction du fameux pamphlet qui devait calomnier si outrageusement la Reine.

Dès qu'il eut paru, M. de Lamotte, qui avait toujours du goût pom* les négociations , quitta Londres pour venir en France tâcher d'en tirer parti.

Une fois à Paris, il se mit, comme on peut le penser, en rapport avec les ennemis de la royauté ; on était alors au mois d'octohre 1789. Il vit, s'il faut l'en croire, Mirabeau et le duc d'Orléans. Le but apparent de son retour à Paris était de solhciter la révision de l'arrêt que le Parlement avait rendu contre lui, son but réel était de tâcher de vmdre à la cour les Mémoires de sa femme.

Ce fut M. de Laporte, intendant de la liste civile, et qui périt depuis sur l'échafaud révolutionnaire, qui termina cette affaire. 14,000 francs fiu'ent donnés par lui au libraire Gueffier, chargé de la publi-

-noire adressé par Imai 1792 au Roi Louis XV ï our obtenir la révincé contre lui dans V affaire

u Collier.

ii^p

ET LE PROCES DU COLLIER. i97

cation; l'édition tout entière fut placée dans un chariot , portée à la manufacture de Sèvres , et brûlée dans les fours en présence de l'intendant de la liste civile lui-même.

Un seul exemplaire fut gardé par M. de Laporte; lors de son procès il fiit trouvé dans ses papiers ; on s'en empara, et c'est sur ce volume que fut réimprimée l'édition qui est venue jusqu'à nous.

Cependant M. de Lamotte poursuivait également son projet de réhabilitation; dès le 2 janvier 1792 il s'était constitué prisonnier à la Force , et son affaire avait été renvoyée devant le troisième tribunal criminel provisoire .

Ces tribunaux, établis par la loi du 14 mars 1791, devaient instruire et juger tous les procès criminels existant avant le 25 janvier 1791.

L'appel des jugements rendus par l'un de ces tribunaux était porté devant l'un des cinq autres.

L'affaire de M. de Lamotte fut d'abord instruite devant le troisième tribunal, mais bientôt un ordre du ministre de la justice enjoignit de transporter au parquet du premier tribunal les pièces du procès.

Le jugement fut rendu le 27 juillet 1792, il portait : « Le tribunal faisant droit sur l'appel interjeté par Marc-Nicolas Lamotte du jugement contre lui rendu le 5 avril dernier par le troisième tribunal établi au palais ;

Attendu que la plainte rendue par le procm'eur général, au ci-devant Parlement de Paris, le 7 sep-

tembrc 1785, n'est signée qu'à la fin et non pas à chaque feuillet, ce qui est contraire à la loi, annule et met l'appellation au néant , ensemble l'arrêt rendu par le ci-devant Parlement de Paris le 5 décembre 1785;

Néanmoins , vu la gravité du délit , ordonne que ledit liamotte demeurera en état d'arrestation, et que les pièces de la procédure demeureront jointes pour servii' de mémoire seulement au procès, lequel sera envoyé par- devant le directeur du juré pour statuer ce qu'il appartiendra *. »

C'est donc là purement et simplement une cassation pour vice de forme , et non pas une réhabilita^ tioriy comme le prétend l'éditeur des Mémoires du comte de Lamotte *.

M. de Lamotte resta donc en prison, et si le tribunal criminel du département de Paris ne statua pas sur son sort, c'est que les journées de septembre , arrivées quelque temps après , lui ouvrirent les portes de la Conciergerie , d'où il sortit en triomphateur aux cris de joie des massacreurs.

Si madame de Lamotte avait eu plus de patience, elle aussi eût obtenu en ces journées fameuses la même ovation que son mari; les tueurs de la Salpêtrière se seraient inclinés devant elle , devant cette grande victime de la tyrannie de Marie-^ Antoinette!

Nous ne suivrons pas M. de Lamotte dans les

* Moniteur de 1792, n«> 220.

* Mémoires du comte de Lamotte , p. 254, titre courant.

nombreux incidents dont fut parsemé le reste de sa vie; bornons-nous à dire qu'incarcéré pendant la Terreur, il fut mis en liberté après la chute de Robespierre; il était alors remarié avec une jeune personne de dix-huit ans qu il avait connue durant sa captivité.

Le gouvernement de l'Empereur n'eut pas ses sympathies , et ce fut avec joie qu'il vit le retour des Bourbons. Dans ses mémoii'es, sans doute pour faire jwreuve d'impartialité, M. de Lamotte affecte d'exaltw Louis XVI et sa conduite vis-à-vis de lui, pour pouvoir plus à son aise outrager la Reine. Aussi explique-t-il par les bienfaits qu'il reçut de l'infortuné monarque le bonhem^ que lui causa la restauration de Louis XVIIL

Cq[>endant ce ne fut pas la plus belle époque de la vie de M. de Lamotte : devenu veuf une seconde fois, accablé d'infirmités, il se trouvait dans une profonde misère. C'est alors que son esprit inventif lui procura un moyen pour essayer d'en sortir.

Nous l'avons déjà vu négocier en Angleterre avec Gray et Jefferyes les lambeaux du collier, à Paris avec M. de Laporte le pamphlet de sa femme; ce sont ses propres Mémoires qu'il va maintenant mettre en vente.

On comprend facilement que l'annonce d'un Uvre dans lequel M. de Ijamotte raconterait sa vie et celle de sa femme à sa manière, n'était pas faite pour plaire infiniment au gouvernement des Bour-

bons, aussi la police cV alors chercha-t-elle à empêcher cette publication.

On voulait d'abord arrêter le vieillard, encore sous le coup d'une condamnation à perpétuité aux galères ; mais évoquer un arrêt criminel du Parlement après la Révolution, après l'Empire, après l'institution des nouvelles juridictions , et surtout après, la prescription acquise à la contumace, n'était pas possible ; aussi résolut-on de négocier.

Les prétentions de M. de Lamotte étaient modestes : 300 ou 400 francs de rente viagère et son admission à l'hospice de Chaillot, telles étaient ses demandes en 1828.

On ignore quel fut le sort de cette négociation; quoi qu'il en soit, ses mémoires manuscrits furent déposés par lui dans les bureaux de la police. Ce dépôt fut-il fait en vertu d'une transaction ou bien à la suite d'une saisie arbitraire , c'est ce que nous ne saurions dire.

Ce ne fut qu'en 1858 que ces mémoires parurent, publiés pour la première fois avec une préface par M. Louis Lacour.

Le vieux comte de Lamotte promena les dernières années de sa vie sous les fameuses galeries de bois du Palais-Royal. Il mourut accablé d'infirmités et de misère, au mois de novembre 1831..

Nous sommes au 14 octobre 1793; celle qui s'appelait autrefois Marie- Antoinette , et que tous nomment à présent la veuve Capet, comparait devant le tribunal révolutionnaire. Elle est condamnée d'avance, et cependant son procès s'instruit comme si de la discussion des faits devait sortir autre chose qu'un jugement de mort.

Le greffier Fabricius donne lecture de l'acte d'accusation qu'a dressé contre elle l'aciîusateuc public Fouquier-Tinville , de cet échafaudage de mensonges et d'outrages qu'il a été ramasser dans ïa fange des ruisseaux ou dans les déclaratiooil, d'Hébert.

Au milieu de toutes ces imputations calomnieuses, il en est une que l'on cherche en vain, une que l'on ne trouve pas : Fouquier n'a pas un mot pour flétrir la conduite de la ci-devant Reine dans l'affaire du collier, il n'en parle même pas.

Eh quoi ! tous ces faits étaient-ils donc si anciens qu'on en eût perdu le souvenir? La génération de 1793 avait-elle donc oublié les événements de 1786,. et la Vie de Jeanne de Saint-Remy ^ réimprimée en 1792 par le libraire Garnery, n'avait -elle donc rencontré que des lecteurs incrédules ?

Comment l'accusateur public, qui gratifie la Reine des épithètes de Frédégonde, Médicis, Messaliue,

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