Î02 MARIE- ANTOINETTE
Briuieliaut, oublie-t-il la conduite de Taccusée avec madame de Lamotte, cette victime immolée à ses caprices ? Comment Fouquier, qui compare Marie- Antoinette à AgrippinCy ne trouve-t-il pas dans son indignation révolutionnaire quelques paroles bien senties pour flétrir les intrigues de la veuve Capet avec Rohan, qualifié ci-^devant de cardinal^ comme on disait alors? Et dans tout le cours du procès, comment se fait-il qu'on ne rencontre que ces mots (|ui se rapportent au collier :
« Le président à i accusée. — Cïonnaissez-vous la femme Lamotte ?
» V accusée, — Je ne Fai jamais vue.
» Le président. — N'a-t-elle pas été votre victime •dbns l'affaire du collier ?
» L'accusée. — Elle n'a pas pu l'être, puisque je ne Faî jamais vue. »
Et voilà tout, plus rien, pas un mot de plus.
Pourquoi ce silence , pourquoi cet oubli trop singulier pour n'être pas volontaire? Ah! c'est que Fon savait déjà la vérité sur cette affaire; c'est que les mensonges de madame de Lamotte n'avaient trompé personne, et que la majorité du public voyait en elle la vraie, la seule coupable.
Arrêtons-nous et ne cherchons plus d'autres preuves ; le silence de Fouquier-TinvîBe n'est-il pas le meilleur témoignage que Fon puisse souhaiter en faveur de Marie- Antoinette ?
Ce n'est pas, on le comprend, pour le stérile plai-
sir de retracer les turpitudes des époux Lamotte que nous avons pris la plume, notre but est tout autre : à Taide des pièces authentiques , nous avons essayé de raconter à notre tour le procès du collier, et de notre traMnil résulte pour nous la conviction intime que Marie- Antoinette a été complètement étrangère à toute cette malheureuse affaire.
Telle n'est pas l'opinion d'un érudit estimable, qui a préféré rechercher la vérité plutôt dans les pamphlets de M. et madame de Lamotte que dans les pièces de la procédure, et qui, par suite de la source impure où il a puisé ses renseignements, en est arrivé à écrire les paroles suivantes : « Capricieuse et coquette , Marie- Antoinette , après avoir désiré le coUier, l'avait refusé faute d'argent, puis s'était repentie de ce refus. Le cardinal de Rohan persuada alors à la Reine qu'elle l'obtiendrait, par son entre- . mise, à des conditions meilleures qu'on ne les lui Êûsait. Son but était d'occuper de sa personne et de iaire revenir sur son compte Marie- Antoinette, qui depuis longtemps lui montrait une vive aversion. En acceptant, la Reine trouva encore moyen d'atteindre l'homme qu'elle haïssait par les espérances même de bonheur qu'elle le laissa accumuler. L'ingratitude qu'elle réserva au service qu'on lui rendait fut une nouvelle vengeance.
>» Elle en tira une autre de la façon dont elle compromit le cardinal avec une coureuse d'aventures que le hasard leur avait donnée comme intermé-
diaire. La bassesse de Rohan amusa la Reine. Par r assurance d'une marque de faveur, elle T amena jusqu'à baiser, dans une intrigue de comédie, le pied d'une grise tte qu'il avait prise pour elle. Cependant la Reine, qui s'était engagée à paf^er à jour fixe le prix du collier, s'aperçut bientôt qu'il lui serait impossible de le faii'e, et pour ne pas paraître refuser, elle demanda une réduction de 200,000 fr. sur le prix convenu. O supplice ! cette réduction fut accordée et Marie- Antoinette obligée de solliciter un nouvel atermoiement. Les joailliei's se fâchèrent, et Breteuil, ennemi de Rohan, homme bas et rancunier, instruit de leurs plaintes, courut chez la Reine et lui posa cette alternative : « Voilà ce que vous avez fait à l'insu du Roi, vous serez perdue si vous ne consentez pas à perdre le cardinal.. » Il n'y avait pas d'hésitation possible : Louis de Rohan fut sacrifié ^ . »
Où donc faut-il chercher la vérité, est-ce dans les conclusions de M. Lacour, ou dans ce que nous venons de raconter ? Le lecteur prononcera*
Pour nous, la question n'est pas douteuse, et nous nous estimerons trop heufeux, si notre travail a un peu éclairé le débat, d'avoir contribué, dans la mesure de nos forces, à venger la grande mémoire de la Reine des injures auxquelles elle est encore en butte.
* L. Lacour, Mémoires du comte de Lamotte-Valois , pré* face, p. 30 et 31.