Recueil d'ilunolstein, p. 157 à
Mirabeau a cru bien faire en parlant ainsi, pour donner le change à TAssemblée et trouver plus de crédit dans des circonstances plus graves encore. 0 mon Dieu I si nous avons commis des fautes, nous les avons bien expiées* 1
Le récit qui précède suffit pour faire apprécier Timportance de cette conquête par la reine de l'homme que tout le monde signalait, M. de Bouille lui-même, comme seul capable de sauver la monarchie, « de guérir le Français de sa superstition, et d'y substituer son culte » . Mais, dans les lettres que nous venons de citer, le lecteur aura aussi pris une idée des tiraillements et des contradictions fatales qui paralysèrent Mirabeau, que la trop juste méfiance de ceux qu'il servait à 8a manière laissa sans autorité et sans moyens. Tout cela eût peutêtre fini par un conflit et une rupture définitive, si la mort ne s'était chargée de relever Mirabeau d'une tâche impossible, et de briser les liens dont il avait uni, malgré elles, la Révolution et la monarchie. « Je ne voudrais pas avoir travaillé seulement à une vaste destruction », disait Mirabeau malade. Mirabeau mourant ne conservait plus d'illusions sur le succès de ses eflbrts, s'il est vrai qu'il ait dit, en songeant à cette dernière fatalité de sa fin prématurée : « J'emporte dans mon cœur le deuil de la monarchie ; les factieux vont en disperser les débris. » Le 2 avril 1791, Mirabeau s'était tu à jamais, et le Panthéon recevait triomphalement ses restes, que la populace de 93 devait jeter à l'égout.
Eùt-il, s'il eut vécu, réalisé ses plans, justifié ses promesses et sauvé la monarchie, dont le plus grand malheur, au dire de quelques historiens, fut cette mort imprévue et fatale? Fût-il parvenu à former et à discipliner une majorité libérale et fidèle? Les regrets unanimes qu'excita sa perte ne furent-ils pas une solennelle hypocrisie d'amis et d'ennemis également satisfaits d'enterrer un rival redou-