CHAPITRE PREMIEfi
Mirabeau élait mort le 2 avril 1791. Le 18 avril, une commune indignation et une commune crainte faisaient prendre au roi et à la reine, enfin d'accord dans un même sentiment, ce parti que Mirabeau leur avait tant recommandé et qu'il considérait comme la clef de voûte de son plan de salut. Mais quelques détails sur l'origine et les progrès de cette résolution sont nécessaires à l'intelligence du récit de son exécution et de son avorteraent. Il semblait qu'une sorte de malédiction s'attachât à tous les desseins de cet homme fatal, dont la principale inspiration ne lui survivait que pour mieux perdre ceux auxquels il s'était attaché. II faut faire, 5. sa décharge, la part de la responsabilité qui incombe à la faiblesse du roi « qui, toujours indécis, ne
Ml UARIE-ANTOINETTE
sadiant jamais prendre de lui-même une délibéralion ni la Bmvre&no persévérance, écoulait tous les ans, el, voulant profiter de tous, n'en suivait aocuD complètement ou adoptait le plus mauvais '. ■>
n esJ aujourd'hui certain qu'en dehors des fautes et des fatalités dedéfai], le plan que le roi mit k exécution, en quittant la capitale funr se réfogier à Mootmédy, n'était ni le plan originaire de >lirabcBO» qui ivulut borner le but de ce voyage tout politique h Conipièe «■ FoataBKbe&u ', où le roi trouverait facilement, au milieu de ftlrfrmf Sdëles, un refuge inviolable, ni le plan auquel M. de iSè Knîi apporfé les modirications de sa prévoyance et de £0B fèÔÊmx. Le rai, d'autant plus opiniâtre qu'il était plus faible, fut, on petf Ie dbe, par b mknconlreu&e initiative qui lui fit adopter le projet le pin défenmble, ie chemin le plus dangereux, la nuit la plu» coorte da riwii'r. par ses retards et ses imprudences sur la route, le prôcyal «ilear de la catastrophe de Varennes, où la royauté reçut !e prenûer coup mortel, celui que donne le mépris d'un peuple i caUe pour Ja fuite et qui eûl pJulôt pêrtUmm à U TéeuAttaoe,
Ce n'est pas sans répugnance, il &ut le dire, que Marie-ADtoinette s'était résignée à un projet qui convoiait médiocrement à sa nature généreuse et militante, et que sod but et son succès pouvaient seuls, en quelque sorte, réhabiliter. De tous les projets de Mirabeau, celui qd lui eût le plus souri, c'eût été de monter à cheval, et de faire, son fib dans ses bras, cet héroïque appel au peuple qui avait si bien réussi à Afarie-Thérèse auprès des Hongrois, et qui n'eût pas trouvé les Français insensibles. Mais elle n'était maltresse de rien, pas même d'ellemême. Enchaînée par le devoir et le dévouement h. son mari et fc ses enfants, elle n'eût pu tenter aucun effort isolé pour sa délivrance per sonneile, quand bien même son cœur n'eût pas bondi à la pensée de
1. Corrapondanci dit eomlê iê Mirabtau »t d» eomi» i» la Marek, L I, p. lU. 3. Comtpond. d» eomtt de Mirabtan «t dit eoail* d* la Marek, p. VIO.
cet abandon et de ce salut égoïste que lui conseillait, avec le calme que donne la philosophie, son frère Léopold. C'est à ce prince à courtes vues, qui ne se croyait tenu vis-à-vis de sa sœur qu'aux devoirs d'un simple particulier, et qui pensait avoir assez fait en lui offrant un asile, qu'elle écrivait, le 27 décembre 1790, cette belle lettre où tout en convenant de l'imminence du danger, elle refuse de s'y dérober seule.
Ce n'était pas la première et ce n'était pas surtout la dernière fois que Marie-Antoinette devait refuser le salut au prix de ce qu'elle considérait comme une lâcheté.
Quelques jours plus tard, elle répondait à M. de Bouille, qui avait proposé de diviser le danger pour le diminuer en faisant d'abord partir la reine et le Dauphin : « Si l'on veut nous sauver, il faut que ce soit tous ensemble ou pas du tout. »
Toute la correspondance de Marie-Antoinette, pendant les premiers mois de 1791, est pleine de cette idée du départ, étudiée sous toutes ses faces, et de l'aveu de cette nécessité, à laquelle elle refuse cependant tout sacrifice qui serait incompatible avec ses devoirs de reine et de mère. Dans sa lettre du 20 janvier à M. de Mercy, elle repousse, par exemple, avec une patriotique énergie toute solidarité avec des projets menaçants de contre-révolution à main armée qu'un propos indiscret prêtait à l'empereur son frère*.
Cependant, le mal empirait chaque jour et de manière à rendre inutile tout remède ajourné.
Le 24 et le 28 février, Paris, où à tout moment éclataient les éléments de désordre qu'y semaient les clubs, fut le théâtre de conunencements d'insurrection réprimés par la garde nationale avec une mollesse et une partialité qui attestaient le déclin de la popularité de La