I. Mimetra d* Clrry. édil. Didot, p. lOâ
Ainsi le roi ayant remis à Cléry, dans l'embrasure d'une croisée, le cachet de sa montre pour son fils, son anneau de mariage (après l'avoir longuement considéré) pour la reine, et un petit paquet contenant des cheveux de toute la famille, un commissaire les saisit et accourut dénoncer le fait au conseil.
Un moment après, un autre commissaire vint dire que le roi demandait des ciseaux. Le conseil délibéra immédiatement. Un membre demanda ce que le roi en voulait faire ; le conseil envoya un délégué pour le savoir. Sa Majesté lui répondit elle-même : « C'est pour que Cléry me coupe les cheveux. » Le conamissairc revint avec cette réponse si simple, et, après de longs débats, le conseil, qui avait refusé h Marie -Antoinette des ciseaux pour coudre et raccommoder les habits du roi, refusa au roi des ciseaux pour faire couper ses cheveux.
Conrnie ils auraient rougi, s'ils avaient entendu avec quelle dignité le roi repoussait, en parlant à Cléry ou à l'abbé de Firmont, les honteux soupçons dont ils voulaient flétrir son courage !
« Ces gens-là voient partout des poignards et du poison, dit-il à ce dernier en souriant; ils craignent que je ne me lue. Hélas! ils me connaissent bien mal ! Me tuer serait une faiblesse. Non, puisqu'il le faut, je saurai mourir. »
Enfin, neuf heures sonnèrent à l'horloge du Temple. Il se fit un grand mouvement. Les portes s'ouvrirent et se fermèrent avec fracas. Le général Santerre, suivi de son cortège de municipaux et d'un peloton de gendarmes, arriva superbe dans son bel habit neuf et daigna frapper lui-même à la porte du roi.
La porte s'ouvrit et le roi parut.
Le roi portait sur sa plus fine chemise un gilet de piqué blanc, et le plus frais des deux habits que lui avait laissés la munificence nationale. Il avait une culotte de soie grise et les bas pareils. Fidèle
534 MAR[E-ANTÛINETTE
& cette noble susceptibilité qui lui avait fait retrancher du (fiscours (le de Sèze une péroraison trop louchante et qui lui avait (ait dire ce mot si fier : « J'espère peu les persuader et ne veux pas les attendrirl n fidèle enfin h. ces traditions d'une famille où, de bonne heure, l'on apprend à mourir avec dignité, le roi Louis XVI avait repris pour cette deniière entrevue toute sa majesté; et il tempérait cette majesté par une gi*àce sans gêne et un sourire sans effort. II s'était fait accommoder le matin par Cléry avec un soin tout particulier. 11 était coiffé en cérémonie et avait mis une sorte d'héroïque coquetterie h braver devant deux municipaux ce fer glacé du rasoir que Cléry n'approchait qu'en soupirant, et tremblant sur ses jambes, de son auguste visage. C'était bien 1^ le roi qui avait insisté avec énergie sur la nécessité de ce soin journalier et qui répondait à. Cléry, lui représentant que cette privation, sensible sur son visage, ferait la honte ses geôhers et provoquerait l'indignation du peuple qui verrait com-| ment on le traitait : « Non ! non ! je ne veux pas chercher h intérest sur mon soH ! ^i
Santerre, malgré son assurance, son cynisme, ne put que balbutier.
« Vous venez me chercher? lui dit le roi.
— Oui.
— Je suis en affaire, lui répondit le roi avec autorité. Attendezmoi là, je serai à vous. »
Et fermant la porte, il se jeta aux genoux de l'abbé Edgeworth t « Tout est consommé, lui dit-il, monsieur; donnez-moi votre dernière bénédiction, et priez Dieu qu'il me soutienne jusqu'à la fin. u
11 se releva bientôt, et, sortant de son cabinet, il s'avança vers la troupe qui était au milieu de la chambre à coucher. Leurs visages n'annonçaient rien moins que l'assurance. Ils avaient cependant tous leurs chapeaux sur la tête. Le roi s'en aperçut et demanda aussitôt le
en-
sien. Cléry courut le chercher en pleurant et, en le lui remettant, voulut lui passer aussi sa redingote, cette redingote couleur des beaux cheveux de Marie-Antoinette, couleur cheveux de la reine, comme on disait aux jours heureux.
Le roi refusa ce dernier service : « Je n'en ai pas besoin », dit-il à Cléry.
Alors montrant un papier qu'il tenait à la main, il s'adressa à un municipal nommé Jacques Roux, prêtre jureur (assermenté) qui se trouvait le plus en avant : « Je vous prie de remettre ce papier à la reine, ma femme. — Cela ne me regarde point, répondit ce prêtre en refusant de prendre l'écrit ; je suis ici pour vous conduire à l'échafaud. »
Le roi ne parut pas s'apercevoir de cet affront; il se tourna vers un autre municipal appelé Jobeau :
« Remettez ce papier, je vous prie, à ma femme, lui dit-il. Vous pouvez en prendre lecture. 11 y a des dispositions que je désire que la Commune connaisse. »
C'était cet admirable testament, monument de piété, chef-d'œuvre de pardon, dont la lecture devait attendrir jusqu'aux ministres qui lui avaient annoncé la mort, et où la patience et la bonté du roi parlaient un langage qui forçait les larmes.
Puis, donnant une dernière fois la main à Cléry, qui la couvrit de baisers et de larmes, il dit :
« Je recommande aussi à la Conmiune Cléry, mon valet de chambre, des services duquel je n'ai qu'à me louer. On aura soin de lui donner ma montre et tous mes effets, tant ceux qui sont ici que ceux qui sont déposés à la Commune. Je désire également qu'en récompense de l'attachement qu'il m'a témoigné, on le fasse passer au service de la reine, de ma femme. » Personne ne répondant, il regarda Santerre, et lui dit d'un ton ferme : « Marchons ! »
troupes imposant et formé sans doute de tout ce qu'il y avait de plus corrompu dans Paris. Pour comble de précaution, on avait placé en avant des chevaux une multitude de tambours, afin d'étouffer par ce bruit les cris qui auraient pu se faire entendre en faveur du roi. Mais comment aurait-on entendu ? Personne ne paraissait ni aux portes ni aux fenêtres, et on ne voyait dans les rues que des citoyens armés qui, tout au moins par faiblesse, concouraient à un crime qu'ils détestaient peut-être dans leur cœur.
Une centaine de furies, ayant à leur tête quelque Théroigne, se mêlaient aux rangs des fédérés et provoquaient leur enthousiasme. C'étaient ces mêmes vieilles ou jeunes femmes, la lie de la prostitution révolutionnaire, qui, tout entricolorécs de rubans, grignotaient des gâteaux et trinquaient avec les patriotes des tribunes le jour de la condamnation de Louis XVI, et, parieuses forcenées, piquaient sur des cartes, avec un murmure de satisfaction, chaque vote régicide. Et à leur instigation, quelques fédérés, plus hardis ou plus ivres que les autres, chantaient aux oreilles du roi une insulte rimée à la reine :
Madame à sa tour monte, No sait quand descendra, Bientôt en descendra I
La masse des citoyens paraissait engourdie par une torpeur générale. On osait à peine se regarder dans les mes que le cortège ne faisait que traverser. La tristesse était peinte sur toutes les physionomies ; une inquiétude sourde semblait miner toutes les âmes.
Celui qui" eût plongé un regard observateur dans cette foule ennemie, à certains signes, à certains mouvements, eût pu deviner, avec la clairvoyance que donne la sympathie, qu'il n'y avait pas là que des gens indifférents ou hostiles. 11 eût reconnu successivement, à un regard d'intelligence, perdus dans la foule et attendant le cri de
ment, la plupart des membres de l'élite de cette conspiration du lut, dont le dévouement fut vaincu dans une lutte où était trop ùil-e la part des hommes et des choses. Il eût salué enfin la petite ouade de héros inspûés par de Batz, les Jaijayes, les Talmont, les cliefort, les Rougeville, les Saint-Maurice, les Marsan, les Moutrency, les Sonibreuil, les La Guiche, les Marigny, les Miomandre, Devaux, les Cortey, les Roussel, les MichonJs.
ul k coup la voiture s'arrêta. Les cavaliers, retounmnt à. bride
ittue, accoururent faire h chaque portière une barrière de lames
s. Le peloton des fédérés fut refoulé en désordre, et la foule
'arrêta éperdue , haletante d'une sea-ète espérance. Un fou de
ouement, ce sublime et téméraire de Batz, qui eut un morai
ut un peuple k sa poursuite et nargua si longtemps les trois
liUe livres {mornses k qui tivr^Bit sa tôte, venait de se jeter à k tMe
1 codége en raïant comme un désespâ^ : ■ A nout eeiUD fut vbh-
if tauver le roil a Vains efforts ! quatre hommes seulemoit aor^
mit de la foule, et deux pour n'y plus renber : Us hxnat fboléa aux
pieds des chevaux et hachés contre la porte d'une maison où ils se
réfugiaient. Les deux autres parvinrent à s'échapper k la faveui- de la
stupeur générale, au milieu des baïonnettes, non sans renverser
<juelques sans-culottes.
Cette tentative avortée témoigne au moins que le crime du 21 janvier ne fut pas le crime de la France ! Toute prévoyance humaine ■devait se briser contre la fatalité, passée au service de la Révolution. Les ordres pour cette alTreuse matinée avaient été conçus avec tant <i'art et exécutés avec tant de précision, que de quatre ou cinq cents personnes qui s'étaient dévouées pour leur prince, vingt-cinq seule* ment avaient réussi à gagner le rendez-vous : tous les autres, par l'effet des mesures prises dès la pointe du jour dans toutes les rues -de Paris, ne purent pas même sortir de leurs maisons.
nenl^^H ceid^l
Quant au peuple, tout honnête et tout mécontent qu'il fût au fond, il laissa faire avec la stupidité de l'instinct de conservation. Un marchand royaliste avait fait un jour au général Dumouriez, cherchant dans Paris à organiser un coup d'État populaire qui eût fait de lui le Monk de Louis XVI, en rougissant de honte et en baissant les yeux, cette réponse caractéristique :
Citoyen, je vois ce que vous voudriez nous inspirer : nous sommes des lâches, le roi sera victime. Que pouvez-vous attendre d'une ville qui, ayant quatre-vingt mille hommes de gardes nationales superbes et bien exercées, s'est laissé désarmer, dans les premiers jours de septembre, par moins de six mille fédérés marseillais et bretons ?
La voiture s'arrêta. On était arrivé à la place Louis XV. On fit halte. On voyait, autour d'un grand espace vide, qu'avait fait, comme le mancenillier sur l'herbe, l'échafaud dans la multitude, une immense et noire ceinture de corps humains bruissants et de têtes humaines agitées. Ces milliers de fronts blafards, sur lesquels se reflétait l'horreur d'un ciel sans soleil, amassant dans les nuages les torrents de pluie nécessaires pour laver cette tache ineffaçable du sang qui allait couler, formaient la digne décoration, le cadre naturel du sinistre tableau de l'holocauste. L'un des bourreaux, impatient de sa proie, vint ouvrir la portière ; le roi l'arrêta, et, appuyant la main sur le genou de son confesseur : « Messieurs, dit-il d'un ton de maître au groupe des municipaux, je vous recommande monsieur que voilà ; ayez soin qu'après ma mort il ne lui soit fait aucune insulte. Je vous . charge d'y veiller. »
Ainsi, à deux pas de la mort, le roi Louis XVI commandait encore et commandait en roi, pour protéger.
Dès que le roi fut descendu de voiture, dans cette première enceinte de l'échafaud, formée de canons prêts à vomir la mitraille, trois bourreaux l'entourèrent et voulurent lui ôter ses habits ; mais il
e fiertf et se dësbabilla lui-niùnic. Jt dt^ni j^râienl
i cbemiee, et s'urangea de ses propres niains. Les bciur-
i la rotileiiancc Aère da roi asaJt di-concerli^>5 un momeot,
reni alors reprendn? àf. l'audaœ : ils l'eiitour^ciil de nouveau
vou renl lui lier les matas. •> Que prétendez-^ ous ? leur dît le
en retîranl se* maine avec \ivadl^'. — Vous lier, ri^pruidil un des
nneaus. — Me lier ! reparlil le roi d'un Ion d'indignalion, nnn, je
"ttirai jamais ï Faites ce qui vous est rommaiidi-', mais \uas
K lierez pas, retiuucez à ce projet. ■ Les bourreaux iiisisttrenl,
éle>ërent la voix cl «cmblaienl vouloir appeler du secours pour li
îde vive force.
A ce Dtompnl crîlîqw : ■ Sire, loi dit l'abbé Edgcnorlli en sa»-| tant, dans ce nouvel outra^. je ne vois qu'un dernier trait i ifiemblance entre Votre Majesté- ci le Dieu qui va iHre sa réconi tec. *
El Louis SVI fut lié coniine le Christ l'avait clé. Les marches qui conduisaient à rL-chafaud «étaient extrêmema roides à monter. Le roi fut obligé de s'appuyer sur le bras de son confesseur. Parvenu à la dernière marche, il s'échappa, pour ainsi dire, de ses mains, traversa d'un pas ferme toute la largeur de l'échafaud, imposa silence, par un seul regard, aux vingt tambours placés vis-4-vis de lui, et d'une voix si forte qu'elle put cire entendue au pont tournant , prononça distinctement ces paroles à jamais mémojatHes.: .» Je meurs innocent de tous la crimes tju'on m'impute. Je ftardonne auj: auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous ailes répandre ne retombe jamais sur la France! »
Plusieurs voLv crièrent aux exécuteurs, qui étaient quatre, de faire leur métier. Un officier à cheval fondit sur les tambours, l'épée haute, et les força de reprendre leur roulement, auquel se joignirent les chants et les cris des héros de septembre, encourageant leur confrère.
Sanson fit un mouvement. Le roi s'avança vers la planche fatale... il se courba... L'abbé Edgeworth s'élança vers lui et, et murmurant quelques mots que Dieu seul entendit, et qu'une tradition d'admiration et de piété a traduits dans cette formule immortelle et populaire, plus vraie que la vérité, plus historique que l'histoire : Fils de saint Louis y dit-il, montez au ciel! Si le mot n'a pas été dit ainsi, c'est ainsi qu'il aurait dû l'être.
« A ce moment, a dit plus tard un des spectateurs de celte scène, je sentis s'étendre sur mes yeux comme un voile de sang, au travers duquel je vis briller comme un éclair d'acier. J'entendis un bruit sourd, suivi du roulement des tambours, de l'éclat des fanfares et des acclamations de : Vive la République! la République! dont ce peuple, aussi insensé que féroce, saluait un crime qui la tuait pour jamais. La royauté, qui comptait jusque-là des héros et des saints, avait son martyr. »
Cependant un bruit, pareil à un coup de tonnerre, avait ébranlé la place, répondant au dernier soupir de Louis XVL C'était la curée de suprême curiosité, de dernière insulte. Le cercle des canons avait été forcé par le peuple, et profitant du premier désordre de l'invasion, les uns coupaient les lambeaux de ce vêtement que la mort avait consacré ; quelques autres ofii'aient aux bourreaux un louis pour quelques cheveux de la tête sanglante. Ceux-ci trempèrent leurs sabres dans le sang, comme si ce sang eut dû en faire un talisman capable de les rendre vainqueurs de tous les tyrans de la terre. Ceux-là se retiraient lentement, l'âme brisée, après un dernier adieu. Un Anglais, plus hardi que tous, se jeta au pied de l'échafaud, trempa un mouchoir dans le sang qui couvrait la terre et disparut. Le soir même, le bourreau, témoin de tant de grandeur et de tant d'infamie, douta de la justice, douta de son innocence. Il alla trouver un prêtre et fonder une messe expiatoire, religieusement dite par les soins de son fils.
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i pibtéc, éÊm «■ ■CéenlJ. pov 1» pnaibe fan, » «M ■ÉMhMe liiniti éi, mmt Um f
Eut ses pr^ralife <lukî dd çîixace qo'îiil«Tonïp«il seules les lannes de sa belle-icmr ^ de sa GHe, et ktnr? Taioes prières d'être admises â raccrtmpagner. EJIe s'babîlle, sao: que les nmnîdpaox daignent t'écarter. Ifs foi deniaMkiil fes poches. La reine leur lirre ce dernier trésor compfj^: des reliqœs de =«i Cftor : on paqnel de cheveux de son mari et de se? entante, b petite table de chiffres où elle apprenait à compter â son fils, un portefeiulle où est l'adresse du médecin de ses enbnts, des portraits des princesses de Hesse et de Mecklembourg, ses amies d'eotaoce, un portrait de M" de Lamballe, une prière au Sacré-Cœur de Jésus, une prière à l'Immaculée Conception. On ne hiî laisse, par grâce, qu'un mouchoir pour essayer ses larmes, et un flacon au cas où elle se Irouverail mal. liais son courage n'a pas besoin de ces ^veurs d'une pitié dérisoire. EU« embrasse stoïque-
ment sa fille interdite, la recommande, en quelques mots, à Madame Elisabeth, s'arrache de leurs bras et sort de la tour d'un pas ferme. Au guichet, elle se heurte le front contre la pierre devant laquelle elle a oublié de se baisser. Et comme on lui demande si elle s'est fait du mal : a Oh! non! dit-elle, rien à présent ne peut plus me faire de mal! »
La reine passa près de deux mois et demi à attendre que le Comité de salut public, aidé de l'expérience de Fouquier-Tinville, eût terminé cet interminable acte d'accusation, défait chaque jour, refait chaque nuit, et où la collaboration de Daujon, d'Hébert, de Marat lui-même, échouait à chaque pas devant une innocence évidente. Jusqu'au dernier moment, à force d'hésiter, de modifier, on laissa Fouquier-Tinville sans pièces. Et ces pièces étaient sans preuves. Lui-môme recula et rougit devant l'unique arme forgée par le génie diabolique d'Hébert. On sait que cette arme devait se retourner contre son auteur et contre la Révolution elle-même. On sait que le cri sublime échappé à la jusJe indignation de Marie-Antoinette, et qui, sorti du plus profond des entrailles humaines, lui donna à jamais toutes les mères pour alliées, fut l'unique résultat de cette infernale machination. Les juges condamnèrent Marie- Antoinette sans pouvoir se dissimuler qu'ils l'assassinaient, et Fouquier-Tinville lui-môme ne put changer la victime en coupable.
Nous avons, par ces détails anticipés, franchi l'intervalle qui sépare l'emprisonnement du supplice. L'espace et peut-ôtre la force nous manquent pour raconter, dans tous ses détails navrants, cette dernière captivité, sur laquelle il n'existe aucune ombre, sur laquelle tout a été dit avant nous. Nous ne ferons donc pas la description de ce suprême séjour. Nous n'y peindrons point l'auguste prisonnière, passant toute la journée assise sur une chaise de paille, dans l'embrasure de la fenêtre, à écouter les nouvelles que des captives com-
SAMC-Ayt«nCTT e
qodtpf^ 6dÊi^ iunpide» qn f'»fftaieal pour m dt-livranœ, loul un parti seart de f^tnae i|ai b inwliiilnifnl. qui pleuraient et |iiiaKtil poar eVe, I^i^bc panai ces poiiaiidM et ces (anino« de k HaUp. juli» H boalSe*, aqovdThoi si buaiuuiiii de choisir, poiir le lai oflirir, leur phis bean poolel oa leur phu savoorrax inelou, cl eu rpfasanl k pris avec me maeàé attendrie, l^s gp<ylier5, le brave RiclianJ et ^ temnte, plus tant le siear cl la dame Baolt, l'hujntile Tille de guicbel qui la tenait, les geodannes enx-mÈmes qui la gardaient, avaient Hi ^goC-s. du premier coop ou «uc<;^Ê^Î%eiQenl, à la piti^ ou k l'admimlion, et se Taisaient volontiers les complices de cette iDofiennve codspiralion de présents, de soins, de prévmances, de petits sacrifices, celui, par exemple, pour les deux militaires, de la pipe ou du juron, derrière leur paravent. Tandis qu'ils poussaient la discrétion jusqu'à
se retirer dans Tantichambre, de hardis et, on peut le dire, d'incorrigibles sauveurs, Michonis, le chevalier de Rougeville, et surtout l'intrépide et insaisissable de Batz, acharné à ajouter à la gloire de sa maison, consacrée par le salut de Henri IV, dû à un de ses aïeux, le salut de ses descendants, hasardaient des plans et des essais de délivrance que favorisaient la complicité de l'administrateur de police Dangé, le zèle infatigable des Hue, des Turgy, des Cléry, le sacrifice d'un million offert à Chabot par la comtesse de Janson, les prières, les menaces, les propositions transmises de Bruxelles à Danton par M. de Mercy. Mais ces projets avortaient successivement, soit par suite de la fatalité des circonstances, soit par suite de l'impossibilité héroïque où Marie-Antoinette se trouva de consentir à certains sacrifices, celui, par exemple, de la vie des deux gendarmes qui la gardaient avec tous les égards compatibles avec le devoir.
Qui ne sait, dans leurs moindres détails, ces touchantes histoires? Qui ne croit avoir entendu, à force de les entendre répéter, les courageuses paroles de la défense de Chauveau-Lagarde , les réponses fières, nettes et fermes par lesquelles Marie-Antoinette déconcerte un interrogatoire captieux ? Qui ne croit avoir contemplé son attitude toujours royale, devant laquelle se troublent les témoins accusateurs, et devant laquelle les gens de cœur, les Bailly, les la Tour-du-Pin, les d'Estaing, retrouvent le courage de l'ancien respect, et Manuel celui du silence? Qui ne croit avoir vu enfin la reine condamnée, tournant le dos à des juges qui ont fait leur métier et qu'elle méprise sans les haïr, marcher droit à la balustrade, qu'elle ouvre d'une main ferme et d'un visage impassible? Faisons conmie notre auguste héroïne et arrivons du même pas qu'elle au dénoûment qu'elle a prévu sans le craindre.
Le mardi 15 octobre 1793, à minuit, se terminèrent ces débats, dont la fatigue surhumaine finissait par triompher d'une énergie indif-
548 HAUIE-ÂNTOINBTTE
rérente & leur teneur. A quatre heures du malin, la mue rentre à la Conciergerie, épuisée mais non eflrayée. Dans ce cabinet de l'avantgreffe, dernier asile des condamnés, elle écrit à sa sceur Elisabeth cette admirable lettre testamentaire, partout citée comme un cbefd'œu^TC de courage et de générosité, digne pendant du dernier écrit de Louis XVI. L'approche de l'heure fatale lui fait tomber la plume des mains. Elle interrompt ses adieux pour se préparer, par un l^r repas et par un peu de repos, h mourir dignement. Elle dort les pieds enveloppés dans une couverture qui ia garantit à peine des âpres humidités d'octobre.
En s'éveillanl, elle accueille avec égard, mais sans lui Uvrer une conscience, dont un prêtre plus digne, l'abbé Magnin, plus tard curé de Saint-Germain-rAuxerrois, a reçu les secrets, un eccléâa^lique constitutionnaire qui vient lui odrir ses senices. Marie- Aoloînette n'en a pas besoin. Elle est en paix avec son Dieu, dont atgai^ encore elle a reçu la sanctifiante visite, la vivifîante chi {Emekaristie). Mais rite ne refuse pas son aide et sa compagni
A sept heures, quand Saitson se présente, il ne lui demeure rien à Caire. La reine a elle-^n^ne coupé ses cheveux, par un soin où respire tant de courage, de pudeur et de fierté.
La reine déjeune d'une tasse de chocolat apportée du café voisin de l'entrée de la Conciergerie, et un de ces petits pains appdés alors mignonnelta.
Vers onze heures, la reine est conduite au greffe à travers une double baie de gendarmes. Là, on lui lie les mains derrière le dos. Elle marche, et le prêtre (Fabbè Girard) la Buit en silence, recevant d'elle le courage qu'U croyait lui p(»rter.
Dès cinq heures du matin, le rappel avait battu dans Paris et réuni toute la force année des sections. A sept heures, trente miUe hommes étaient sur pied. La circulatioD des voitores, à partir de dix
larilfi^H
heures, était partout interdite, du Palais à la place de la Révolution. Des canons fermaient les issues des ponts, des places et des carrefours ; des patrouilles sillonnaient les rues.
Tout Paris était dans les rues, sur les portes, aux fenêtres, sur les parapets, sur les toits, attendant, avec une bruyante curiosité ou une anxiété silencieuse, le spectacle du sinistre cortège ou de la mort sublime, l'heure de la dernière insulte ou du dernier adieu.
Bientôt un bruit sourd court dans la foule. Les têtes se penchent, les yeux brillent ou se mouillent, les poitrines battent frémissantes. La lourde charrette arrêtée devant la porte de la prison, avec ses roues crottées, sa banquette faite d'une planche, son plancher sans paille ni foin, son robuste et stupide cheval blanc, s'ébranle. Un officier à cheval, le farouche comédien Grammont, fait un conmiandement ^ l'épée haute. La grille s'ouvre et la reine paraît.
Derrière elle marche le bourreau Sanson, fils et successeur de l'exécuteur de Louis XYI, qui n'a plus voulu verser de sang après celui d'un roi. Il tient les bouts d'une grosse ficelle qui noue en arrière les coudes de la royale condamnée. Celle-ci, avant que Sanson ait eu le temps de la soutenir, après lui avoir montré le petit échelon qui monte au marchepied trop court, est déjà assise, tournant le visage au cheval. Ses deux guides lui disent de se retourner et de faire face au cortège. Le prêtre Girard, curé de Saint-Landry, en habit bourgeois, s'assied à ses côtés, toujours silencieux, tenant un crucifix d'ivoire. Sanson se place derrière, le tricorne à la main, debout, appuyé contre les écalages de la charrette, laissant avec un soin visible flotter les cordes qui gênent les bras de la reine. L'aide de Sanson est au fond, debout comime lui et conmie lui le tricorne à la main . « Il ne devait y avoir en ce jour de décent que les bourreaux * . »
1. Edmond et Jules de Goneoort, Histoire de Mariê'AntoinêUe, p. 454.
550 MAHIE-ANTOINETTE
La charrette sort de la cour et commence lentement cette Icole marche h travers des spectateurs dont chacun veut sa part de royauté. L'atUtude de la foule débordante, refoulée par la double haie de gardes nationaux qui maintiennent le passage au milieu duquel se meut la charrette entourée de gendarmes à pied et i cheval, est CTjrieuse, maïs calme et plus triste qu'hosUle. Les cris, les injures, les huées n'éclateront qu'aux points prévus par le programme et oîi la prévoyaiKe des comités et de la Commune les a soldés. Et encore faudra-t-il que Grammont, ignoble chef de claque de la vengeance nationale, gourmande la pitié, lasse signe i. l'injure et provoque par soD exemple le courage de ta lâcheté.
La reine est pâle, sa tête est droite, ses yeux sont fixes et tranquilles dans leurs orbites rougis par les veîUes. Elle est velue d'un méchant manteau de Ut de piqué blanc, par-dessus un jupon noir. Elle porte un ruban de faveur noir aux poignets, au cou un fichu de ■noosselioe uni blanc: elle a des bas noirs et des souliers de prunelle MQÎTv, à haut talon à la SatiH-Huberty. Un bonnet de linon sans barbes cache les cheveux blancs précoces, qu'elle eût voulu montrer, pour tout reproche, au peuple qui les avait blanchis.
Nous De suivrons pas davantage ce cortège funèbre qui monte la nie Saint-HoDoré. Nous ne dirons pas la station en face de l'Oratoire, où le baiser envové à la reine par un enfant soulevé dans les bras de sa mère -faillit la faire pleurer, ni le passage devant le Palais-Égalité à rinscriplion vengeresse, ni les injures mercenaires du parvis de Saint-Roch, ni le passage devant les Jacobins, ni le zèle brutal de Grammont, ivre de haine et fou de joie.
A midi, la reine arrivait sur la place de ta Révolution. Elle montait sur cet échafaud oii était mort son mari. Elle jetait un dernier regard du côté des Tuileries, que son fîlS ne devait plus habiter, et... le coup fatal ta délivTait de la pensée, de la douleur et de la vie. Le peuple
cria machinalement : Vive la République I et le fils de celui qui lui avait montré la tête de Louis XYI lui montra la tête de Marie- Antoinette, tandis qu'au-dessous de la guillotine, le gendarme Mingault trempait son mouchoir dans le sang de la martyre et se désignait ainsi au même sort.
Si ce n'est pas un sujet de remords, a dit Napoléon, ce doit être au moins un bien grand sujet de regret pour tous les cœurs français que le crime commis dans la personne de cette malheureuse reine. Il y a une grande différence entre cette mort et celle de Louis XYI, quoique, certes, il ne méritât pas son malheur. Telle est la condition des lois, leur vie appartient à tout le monde; il n'y a qu'eux seuls qui ne peuvent pas en disposer; un assassinat, une conspiration, un coup de canon, ce sont là leurs chances; César et Henri lY ont été assassinés, l'Alexandre des Grecs l'eût été s'il eût vécu plus longtemps. Mais une femme qui n'avait que des honneurs sans pouvoir, une princesse étrangère, le plus sacré des otages, la traîner d'un trône à Téchafaud à travers tous les genres d'outrages ! il y a là quelque chose de pis encore que le régicide * !
Le 20 floréal an II (9 mai 1794), Marie-Thérèse de France perdit sa seconde mère, celle qui, avec une sollicitude si intelligente, si mâle, si pratique, si tendre et si forte à la fois, avait comblé le vide laissé par l'absence de Marie- Antoinette, absence qu'elle ignorait être définitive. La Révolution, qu'elle avait oubliée, venait de se souvenir d'elle, du crime de son innocence et du scandale de sa vertu.
Donc, le 20 floréal an II, vers sept heures du soir, l'huissier Monet se rendit au Temple, accompagné des citoyens Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et Seraillée, aide de camp du général Hanriot. Il présenta aux membres du conseil du Temple, Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation de remettre entre les mains des susnomimés la sœur de Louis Capet.
1. Mémoires d'un ministre du Trésor public (le comte Mollien). Paris, 1845, t HT, p. 125.
La princesse se disposait h se coucher lorsqu'elle enlendit grincer les verrous. Elle interrompt sa prière commenci^e, croise son fichu et attend, résignée, l'ordre qui croit la surprendre : « Citoyenne, descends tout de suite, on a besoin de toi », lui crient d'un ton brusque ses sinistres %i5iteurs. « Ma nièce restera-t-elle ici ? n deinandet-elle sans songer à. elle-même. «. Cela ne te regarde pas, on s'en occupera après, u Madame Elisabeth comprend tout et embrasse la royale orpheline, en lui disant : » Je vais remonter. — Non, tu ne remonteras pas, reprend le commissaire Eudes ; prends ton bonnet et descends. » — Elle obéit, relève Madame Royale agenouillée, la serre dans ses bras, lui recommande d'avoir du courage et de la fermeté, d'espérer toujours en Dieu, de se servir des bons principes de religion que s*5 parents lui ont donnés, el d'être fidèle aux dernières recommandations de son père el de sa mère. L'impatience de ses goidcf interrompt cette suprême étreinte, et abrège cette liberté des •dieux accordée h tous les mourants.
Madame Elisabeth les suit, et en se reloaroant elle met son &me dans un dcruior baiser ot dans ce? mol~ : ■- Pensez à D'ieu, mon enlant! »
On fait entrer la prisonnière, délivrée pwur le supplice, dans-la salle du conseil, où on la fouille et où l'on rédige, au milieu des injures, le procès-verfïal' de tradition. Elle traverse, sous une pluie battante, le jardin et la première cour, monte en fiacre avec l'huissier du tribunal révolutionnaire el les deux officiers qui ont gagné leurs épaulettes & ces l&ches missions. Gwduite & la Conciergerie, puis inleirogée par Gabriel Deliège, vice-président du tribunal révolatioonaire, elle paraît le lendemain devant ses juges. Son défenseur, Cbauveau-I^garde, la couvre en vain de l'égide d'une courageuse éloquence. En vain il dit : n Celte qui a été & la cour de France le plus parlait modèle de toutes les vertus, ne peut être l'ennemie des Français, » Cet hommage irré-
sisUble, en présence d'une telle accusée, ne fait que compromeltre l'avocat, sans sauver Madame Elisabeth, condamnée d'avance. On précipite les formalités, on a hâte d'en finir avec cette sainte, dont le regard serein fait baisser tous les yeux. On la condamne & mort
comme complice des crimes de la monarchie, comme coupable, dit ce réquisitoire plus absurde encore que cruel, « d'avoir mâché, pour les empoisonner, les balles du 10 août ».
Le sacrifice était complet, le calice était bu jusqu'au bout, dame Elisabeth n'avait plus qu'à mouiir. Celle qui avait dit : « Que
lution. Celui qu*on n'appelait plus que Capet, quand on était poli, n*eut pas de peine à deviner le sort qui Tattendait entre les mains de ce geôlier, choisi de la main de Marat. Mais il n'avait pas encore perdu l'énergie ni l'espérance. Deux années suffirent à peine à lui faire mépriser les hommes et à lui faire désirer la mort. Deux années suffirent à peine à briser cette organisation d'élite, aux ressorts héroïquement trempés, et à épuiser la volonté et la vie, huile généreuse de cette lampe destinée à jeter un royal éclat. Le Dauphin résista d'abord, et tout roidi dans ses habits de deuil, pâle d'un jeûne volontaire, il se dressa, les mains crispées, l'œil en feu, devant les municipaux qui riaient de ce déjà mâle désespoir : « Je veux savoir, disait le jeune prince, je veux savoir quelle est la loi qui vous ordonne de me séparer de ma mère et de me mettre en prison ; montrez-moi cette loi, je veux la voir * ! »
Quelques mois après, le régime de Simon avait commencé « de mater le louveteau », comme il disait dans son argot sans-culotte. Le fils des rois de France était réduit à la domesticité de ce cordonnier ivre et de sa moitié. Le descendant de Louis XIV faisait la chaufferette de la femme et essuyait les pieds du mari. C'est ce que Simon appelait former son élève au nouvel ordre de choses. Et pour toute récompense de la résignation angélique avec laquelle ce noble enfant subissait fièrement ces hiuniliations de la servitude, il ne recevait que les injures et les coups, par lesquels son précepteur se vengait, sur lui, de toutes les mauvaises nouvelles qui lui arrivaient. Le petit Capet était battu le 12 juillet, à cause de la prise de Condé par l'armée autrichienne ; le 1&, à cause de la mort de Marat; le 22, à cause de l'échec de l'armée républicaine à Saumur. On n'a pas de peme à comprendre les effets physiques et moraux d'un tel régime. La fi-êle