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Que m*arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu? Je n'en eais rien; tout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que vous n'ayez prévu, réglé, voulu et ordonné de toute éternité; cela me suffit. J'adore vos desseins éternels et impénétrables, je m'y soumets de tout mon cœur pour l'amour de vous ; je veux tout, j'accepte tout, je vous fais un sacriGce de tout, et j'unis ce sacriûce à celui de mon divin Sauveur. Je vous demande, en son nom, et par ses mérites infinis, la patience de mes peines et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voulez et permettez.
Et cette résignation, qui se montre ici sous une forme un peu ascétique, ne fut que le moindre des mérites de Madame Elisabeth. En même temps que, pour satisfaire aux règles de sa foi, elle trouvait moyen de se priver au milieu de toutes les privations, de se mortifier au milieu de tous les affronts, de jeûner même au milieu de la faim, Elisabeth, vis-à-vis de son frère et de sa sœur, déployait sans efforts toutes les ressources d'un dévouement à. la fois fraternel et filial, en même temps qu'elle enveloppait son neveu et sa nièce de la maternité la plus délicate et la plus attentive. A Louis XVI, qui lui rappelait des temps meilleurs, elle répondait : « Ah ! mon frère, puis-je avoir des regrets quand je suis auprès de vous? » Et k Marie-Thérèse de France, plus tard, quand l'ignominie du procès du roi vint dépasser les bornes de sa résignation novice et de sa jeune patience, elle devait dire : « C'est Dieu qui le permet, et nous devons nous soumettre. »
Il faudrait ici un volume ou les cent pages dans lesquelles Madame Royale a écrit les Actes des martyrs du Temple pour raconter avec les détails, sinon avec l'éloquence nécessaires, les épisodes principaux de cette longue captivité, de cette avant-dernière station de la Passion royale. Mais ne suffit-il pas d'un mot pour rappeler à nos jeunes lecteurs ces scènes si connues, et en évoquer le tableau devant leurs yeux? La séparation de la princesse de Lamballe et de la famille royale, réduite aux soins de Cléry et aux services mercenaires et suspects de la famille Tison ; l'interrogatoire de la princesse à la Commune, son incarcération à la Force ; les massacres des 2 et 3 sep?
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lembie, répandant dans les prisons le sang de plus de mille innocciils dOsarmés; la promenade cannibalesque dans Paris altcn'i^ la visite au Temple des porteurs de ce trophée sanglant : la lêle pile, coiffée et houclée, par une inrernale ironie, de la meilleure amie de la reine ;
les tentatives héroïques des Michonis, des Toulan, des de Balz et < Jarjayes pour arracher à leur prison les royaux captifs; la mise i accusation du roi ; les efforts éloquents et le dévouement stérile d Tronchet, des Malesherbes et des de Sèze; les deniiers adieux du R h, sa famille, et plus tard la séparation de la mère et de renfaiil, |
dramatique tmdition du Dauphin à Simon ; qui ne trouverait dans son imagination, échauffée par ses souvenirs, des images de ces événements plus fidèles et plus pathétiques que celles que nous pourrions tracer? Nous n'insisterons donc pas sur ces scènes connues d'un dmme que nous avons eu surtout pour but d'étudier dans ses premiers actes, et où nous avons plutôt essayé de peindre des figures et des caractères que d'exposer et d'analyser l'action. Nous nous bornerons à rappeler cet admirable billet de Marie-Antoinette à M. de Jarjayes, lorsqu'il semble que les chances favorables d'une évasion se bornent à elle seule, et qu'il faudra acheter sa liberté au prix de l'abandon du Dauphin. Quel magnifique mouvement lui dicte ce billet, dernier adieu à tout ce (lui la retenait encore à l'espérance, simple et sublime profession de foi et d'abandon à cette tyrannie de l'amour maternel qui, désormais, occupera son cœur tout entier!
Nous avons fait un beau rêve, voilà tout. Vous trouverez, dans toutes les occasions, en moi, du caractère et du courage; mais Tintérôt de mon fils est le seul qui me guide, et quelque bonheur que j'eusse éprouvé à être hors d'ici, je no peux pas me séparer de lui... Comptez que je sens la bonté do vos raisons pour mon propre intérêt, et que cette occasion peut ne plus se rencontrer ; mais je no pourrais jouir de rien en laissant mes enfants, et cette idée no me laisse pas môme de regret.
11 ne nous reste donc plus qu'à amver rapidement à ce dernier épisode du procès du roi, conséquence inévitable de tout ce que nous avons déjà vu. Les Girondins, en effet, n'avaient triomphé au 10 août (ju'à la condition de se montrer plus hardis, ou plutôt plus coupables que les Jacobins. Us n'avaient renversé la monarchie qu'à la condition d'établir la République. Par une première punition de leur ambition, qui ne devait pas être la dernière, ils furent réduits à lutter de fcuiatisme avec leurs indignes rivaux, à faire assaut de cruauté avec ceux qui leur reprochaient la pitié comme une trahison et se faisaient des armes de leurs remords. C'est par suite de cette barbare et
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aveugle émulation de crimes que les Girondins laissèrent faire les
massacres de seplembre, qu'ils détestaient, et laissèrent mettre en
gement le prince qu'ils ne pouvaient s'empêcher de plaindre. A n; llecret mobile de leurs funestes contradictions, ajoutons l'excitalioii
înnanente des passions populaires, le délire de l'orgueil national, la folie du salut public, tous ces sentiments inexorables qui firent ■egarder la mort d'un roi comme ta seule réponse possible à la
alition, et firent jeter sa léte comme un délî aux années qui ïvahissaient la France, et nous comprendrons, sans l'excuser, le
ncert de passions et d'ambitions très contraires, unies dans cet
twe sacrifice d'un roi déaênoé, qid assonit i k cwh de 1»
vehdkn l'âao des cansu déseqtârées.
C'est es mto de ce pacte jiairiidle de compUoea qui se détealieat» ifatoaiH le f&oB à&towMin de» souverains cradainDé comme )*il m eût été le plnB i^ael, qn'm entendit leq^iérir l'échaCuid, son» Iode de vangeance du sang de aea sq'ets versé par loi, omtn oe xâ ■ Al précieuao- tang », comme l'appelaienf, non sans mpndte, ses derniers courtisans, qui, au 1& juillet, au 6 octobre 1789, au 28 février, au 18 avril 1791, qui, àVarennes, au 20 juin, au 10 août, avait fait rentrer au fourreau l'épée de ses défenseurs. Ce ne fut pas cependant sans peine que les hommes qui avaient juré la mort du roi, croyant par Ih garantir à jamais leur vie, arrivèrent à leur but, grice h la défection de Sieyès, de Vergniaud et du duc d'Orléans, dont la fidélité il leur devoir ou à leur promesse leur eût enlevé la majorité. Cette majorité, on ne l'obtint que le 18 janvier, après avoir annulé le vote du 17, qui ne donnait que le résultat humiliant de cinq voix de majorité, et en comptant arbitrairement pour la mort les votes à réserves ou à conditions. C'est ainsi qu'on parvint à rallier 21 voLx de déserteurs, et qu'on porta le chiffre total des votes parricides à 387 (sur 721).
Nous jetons un voile de honte sur cette séance dramatique où la vanité et la peur offrirent un spectacle si digne d'elle à cette foule parée des tribunes qui, au milieu des rafraîchissements, circulant comme au théâtre, supputait à chaque vote, comme aux courses, le résultat final, ouvrant des paris sur le chiffre de ces votes régicides piqués sur des cartes avec des épingles. Nous jetterons aussi le voile de la douleur, impuissante à rendre ce qu'elle éprouve, sur cette scène déchirante des derniers adieux entre le roi et la famille royale, sur cette entrevue terrible du 20 janvier, dont labbé Edgeworth fut l'invisible témoin et dont il dit :
Pendant près d'un quart d'heure, on n'articula pas une seule parole. Ce n'étaient ni des larmes, ni des sanglots, c'étaient des cris perçants qui devaient être entendus hors de l'enceinte de la tour. Le roi, la reine, le Dauphin, Madame Elisabeth, Madame Royale, tous se lamentaient à la fois, et les voix semblaient se confondre. EnQn, les larmes cessent, parce qu'on n'a plus la force d'en répandre.
Nous ne nous arrêterons un moment qu'à cette scène si exemplaire, si édifiante du roi, supérieur en. cela, comme en oeaucoup d'autres choses, à Charles P% qui demande dans les consolations de la religion, une de ces faveurs que ses persécuteurs n'accordent que parce qu'ils ne peuvent pas la refuser, se jette le 21 janvier, à six heures du matin, aux pieds de son digne confesseur, l'abbé de Firmont, et reçoit de lui le pain de vie qui fait de la mort l'immortalité. Cléry et l'abbé Edgeworth ont raconté eux-mêmes cette scène immortelle dont ils furent, avec quelques municipaux émus malgré eux, les uniques témoins. Nous empruntons à M. de Beauchesne son résumé de leur déposition :
Pendant ce temps (de la conférence du roi avec M. de Firmont), Cléry place une commode au milieu de la chambre et il la dispose en forme d'autel. Il la revêt d'une nappe blanche, il l'orne d'un petit crucifix en argent; deux flambeaux ordinaires rem-
placent les candélabres, la bougie lienl lieu de cierges; il Iransfcre dans sa chambre tes ornements du prêtre, le calice et tous les objeLs nécessaires pour le s«<rvice divin, que, sur la demande des municipaux, on avait apportés, h deux heures du matin, de l'ancienne église des Capucins du Marais (rue d'Orléans), devenue la paroisse de Saint- François d'Assise. Tout étant ainsi préparé, il va prévenir Louis XV(. Le nu lui demande s'il peut servir la messe. Ciéry répond alTimiativemcnl, maïs qu'il no sait pis les répons par cœur. Le roi tenait un livre a la main, il l'ouvre i l'artide de la messe el le lui remet, puis il prend pour lui un autre livre. Cléry avait placé devuni l'autel un fauteuil el mis un grand coussin ii terre. Le roi lui Tait oter ce cou^n et va lui-même dans son cabinet en clioiclier un autre plus petit et garni de crin, dont il m servait ordinairement pour dire ses prières. Le prêtre, qui, pendant ce temps, s'habillait, entre ponant le calice ; les mnnicipau.i se retirent dans l'anlicbambre, laissinl ouvert un des battants do la poilc. La messe commence : la pendule manpait ^x heures, l'n grand silence ré^ne dans la tour, qui semble comme associée k l'augusie cérémonie. Louis XVI, conslammenl à genoux, entend la messe et communie dans le plus sainl recueillement...
Api^s la messe, Cléry reçut, comme récompense, la biïiiédicUoii de celui qui allait mourir et l'honneur de Iransmeltre, avec l'abbti Edgeworth, ses derniers adieux à celte famille infortunt^e qa'W av«i pour garder eon courage, refusé de revoir.
Paris était en armes de{)uis cinq heures du matin : on entendait battre la générale. Le bruit des armes, le mouvement des chevaux, le transport des canons qu'on plaçait et replaçait sans cesse, tout reten- ■ tissait dans la tour'.
Des détachements de cavalerie entrèrent dans la cour du Temple, et on entendit distinctement la voix des ofTiciers et le pas des chevaux.
Santerre et les deux délégués municipaux, désignés par Hébert au choix de la Commune, se tenaient dans la salle du Temple, où les conseillers qui étaient en permanence délibéraient longuement sur les plus petits détails du service.