Mémoires de madame Campan, p. lOi
vengeait la reine de Taffront de coupables espérances. Les ambitions téméraires qui n'avaient reculé devant aucune calomnie, devant aucun artifice pour empêcher un événement qui les déconcertait, semblèrent disposées à respecter désormais cette royale persécutée pour laquelle la Providence prenait si énergiquement parti; ou plutôt, elles changèrent, pendant une sorte de trêve, de stratégie et de moyens. L'anecdote qui suit donnera une idée de lacharncment du parti hostile à Marie-Antoinette, acharnement qui était allé jusqu'à partager les plus ridicules illusions et à user du sortilège.
Peu de jours après qu'elle fut relevée de ses premières couches, le curé de la Madeleine de la Cité à Paris écrivit à 31. Campan pour lui demander un rendez-vous secret. C'était pour le prier de remettre à la reine une petite boîte contenant son anneau nuptial, avec cet écrit de la main du curé : « J'ai reçu, sous le secret de la confession, l'anneau que je remets à Votre Majesté, avec l'aveu qu'il lui a été dérobé en 1771, dans l'intention de servir à des maléfices pour l'empêcher d'avoir des enfants. » La reine, en retrouvant son anneau, dit qu'en effet elle l'avait perdu en se lavant les mains, il y avait environ sept ans, et qu'elle s'interdisait de chercher à découvrir la superstitieuse qui lui avait fait une pareille méchanceté ^
Cette restitution, sorte d'aveu d'impuissance, de renonciation, de démission donnée par la sorcellerie, fut de bon augure pour la reine qui, le 22 octobre 1781, donna le jour à Louis-Joseph-Xavier-François, Dauphin de France.
II régna un si grand silence dans la chambre au moment où l'enfant vint au monde, que la reine crut n'avoir encore qu'une fille. Le roi ne se sentit pas la force de prolonger cette cruelle incertitude, et dans la crainte que le doute ne lui fût plus dangereux que l'excès du