Mémoires historiques de ûr William Wraxal, 1. 1, p
craindre. Elle éprouva un tel saisissement, malgré toutes les précautions prises pour amortir ce coup inévitable, qu'elle fut attaquée d'un crachement de sang qui inquiéta pendant quelques jours.
Une heure après avoir appris ce fatal événement, elle prit le deuil de respect, refusant, dans sa pieuse impatience d'honorer une mémoire si chère, d'attendre que le deuil de cour fût prêt. Elle resta enfermée dans ses cabinets durant plusieurs jours, ne sortit que pour entendre la messe, ne vit que la famille royale, et ne reçut que la princesse de Lamballe et la duchesse de Polignac, empressées à lui prodiguer les consolations de l'amitié.
« Son maintien, sa douleur, sa noblesse, sa beauté, — dit Weber, « — lorsque, en grands habits de deuil, assise sous un dais lugubre, « elle reçut les tristes hommages de la cour, sont restés profondé- « ment gravés dans la mémoire de tous ceux qui ont vu cette impo- « santé cérémonie. On a dit alors qu'elle s'était montrée digne d'avoir « une telle mère, par la manière seule dont elle avait senti le mal- « heur de la perdre * . »
L'unique soulagement qu'elle put trouver à ses regrets était de faire l'éloge de celle qui en était l'objet. Elle ne cessait de parler du courage, des malheurs, des vertus et des succès de sa mère. Les sentiments d'humilité chrétienne les plus touchants avaient dignement couronné la fin d'une vie si glorieuse. Celle à qui un légitime orgueil eut été si permis n'avait pas dédaigné de préparer elle-même ses vêtements funèbres, et n'avait pas craint de se donner cette énergique leçon dont elle avait si peu besoin. Son linceul et les vêtements qui devaient servir à l'ensevelir, cousus entièrement de sa main intrépide, se trouvèrent préparés dans un de ses cabinets*.
Enfin il naquit, ce Dauphin tant désiré, dont la venue consolatrice