‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 4 sur 142 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

fond qu'à cet ftge déjà elle a su lui inspirer! Malgré ses pleurs, au péril de sa jeune vie, on a persisté à les séparer. Ah I comment avez-vous osé, dans la fête du 10 août, mettre sur les pierres de la Bastille des inscriptions qui consacraient la juste horreur des tourments qu'on y avait soufferts? Les unes peignaient les douleurs d'une longue captivité; les autres, l'isolement, la privation barbare des dernières ressources. Et ne craigniezvous pas que ces mots : « Ils ont enlevé le fils à la mère », ne dévorassent tous les souvenirs dont vous retraciez la mémoire?

« Voilà le tableau de l'année que cette femme infortunée vient de parcourir. Et cependant elle existe encore; elle existe parce qu'elle aime, parce qu'elle est mère. Ah! sans ce lien sacré, pardonnerait-elle à ceux qui voudraient prolonger sa vie? Mais, lorsque, malgré tant de maux, il vous reste encore du bien à faire, traînerez-vous du cachot au supplice cette intéressante victime? Regardez-la, cruels! non pour être désarmés par sa beauté; mais, si les pleurs l'ont flétrie, regardez-la pour contempler les traces d'une année de désespoir ! Que vous faudrait-il de plus si elle était coupable? Et que doivent donc éprouver les cœurs certains de son innocence?

« Je reviens à vous, femmes immolées toutes dans une mère si tendre, immolées toutes par l'attentat qui serait commis sur la faiblesse par l'anéantissement de la pitié. C'en est fait de votre empire, si la férocité règne; c'en est fait de votre destinée, si vos pleurs coulent en vain. Défendez la reine par toutes les armes de la nature. Allez chercher cet enfant qui périra, s'il faut qu'il perde celle qu'il a tant aimée; il sera bientôt aussi lui-même un objet importun, par l'inexprimable intérêt que tant de malheurs feront retomber sur sa tête; mais qu'il demande à genoux la grâce de sa mère : l'enfance peut prier, l'enfance ignore encore.

« Mais malheur au peuple qui aurait entendu ses cris en vain ! Malheur au peuple qui ne serait ni juste ni généreux! Ce n'est pas à lui que la liberté serait réservée. L'espérance des nations, si longtemps attachée au destin de la France, ne pourrait plus entrevoir dans l'avenir aucun événement réparateur de cette génération désolée ! »

Malgré cette admirable adjuration tirée de son cœur par une femme de génie, Marie-Antoinette périt ; et la cruauté qui n'avait pas épargné sa vie, n'épargna pas sa mémoire. Jusqu'en un livre fameux, les Girondins, un homme de grand cœur, un grand poète, Lamartine avait laissé pénétrer l'écho de ces calomnies qui, après l'avoir tuée, essayaient de la déshonorer. Plus tard, reconnaissant son erreur, il s'en est repenti; il en fait — et c'est là le second témoignage que nous avons à invoquer — amende honorable, dans une rétractation qui l'honore plus à nos yeux que tous ses succès :

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