‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 76 sur 142 · Mémoires de madame Campan, p · texte numérisé non relu

Mémoires de madame Campan, p

a ses degrés comme tous les sentiments humains. Elle était déjà descendue bien plus avant dans Tabime du désespoir, à la fin de mai, lorsque, spectatrice éperdue de cette lutte préliminaire où les États généraux jouaient, sur de frivoles questions de préséance, l'avenir même de la monarchie, elle s'abandonnait à l'autorité désolante de ces présages funestes qui avaient eu trop de part dans sa vie pour ne pas avoir d'influence sur son imagination.

La reine déjà ne dormait plus, et, pour diminuer l'action de cet aiguillon d'inquiétude qui tourmentait ses insomnies, se couchait fort tard. Un soir qu'elle était assise, pensive, au milieu de la chambre, elle rompit soudain le silence pour raconter plusieurs choses remarquables qui s'étaient passées sous ses yeux pendant la journée et avaient frappé son esprit. Quatre bougies étaient placées sur sa toilette. La première s'éteignit d'elle-même. -M"* Campan achevait a peine de la rallumer, que successivement la seconde, puis la troisième, s'éteignirent également, comme sous un souffle invisible. La reine alors, serrant la main de sa confidente avec un mouvement d'effroi, lui dit : « Lo malheur peut rendre superstitieuse; si cette (juatriènic bougie s'éteint comme les autres, rien ne pourra m'empêcher de regarder cela comme un sinistre présage. »

La quatrième bougie s'éleignit ', et la reine passa une partie de la nuit, le front dans .'cs mains, abîmée dans une sorte de vision funèbre.

C'est en vain qu'on lui fil observer, pour la rassurer, que les quatre bougies avaient probablement été coulées dans le même moule et (lu'un défaut à la mèche s'était naturellement trouvé dans toutes au mêriîe endroil, puisque les bougies s'étaient éteintes dans Furdre où elles s'étaient allumées. 11 est des moments où la superstition l'emporte sur la raison, et oii cette simple et muette prophétie des

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