‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 75 sur 142 · Mémoires de tnadame Campan, p. 22G · texte numérisé non relu

Mémoires de tnadame Campan, p. 22G

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un courant irrésistible. Elle eut à lutter contre les résistances les plus douloureuses pour son cœur, et c'est dans sa famille, dans son entourage, qu'elle rencontra avec peine des objections sans prévoyance, dont le comte d'Artois s'était fait l'organe *. Il est certain que ces deux mesures, l'une restrictive, l'autre libérale, eussent produit, prises à propos, un effet des plus salutaires et eussent refusé à l'incendie de passions et d'idées qui allait s'allumer, les complicités d'un théâtre combustible par excellence et les éléments d'une première fermentation.

L'ouYorlui-e des ôlats généraux se fit le 4 mai. Pour la dernière fois do Si vie. la roino parut avec la magnificence royale.

Je ne passerai pas sous silence une anecdote connue, qui prouve qu'avant coUe optHpie une faction avait ourdi des trahisons contre cette princesse. L ors de la procession lies itats j:enérau\, des femmes du peuple, en voyant passer la reine, crièrent : Vive le tfuc d Orléans! avec des accents si factieux, (iu'elle pensa s'évanouir. On b soutint, et ceux qui l'envir^mnaient craignirent un moment qu'on ne fût obligé d'aruMer h marchi^ de la pro.-ession. La reine se remit et eut un vif re;;rel do n'avoir pa éviter les etfets de ce saisissenier.t.

\a\ première Si-aiiiv «les états eut lieu le lendemain. Le roi prononça son discours aNec assurance et noblesse; la reine in'iivait dit ([u'il s'en occupait beaucoup, et le re|H'lait souvent pour être luailre des inton.ilîons de sa vui\.

Sa Majesté donna îles niar.iues pu';»lique> «le déférence et d'attachement pour la reine, qui fut applaudie: mais il fut aise «le reinanpier que ces applaudissements étaient un homma.LM» rer.du seulei:iei:l au roi '.

l)r> co jour, ou clïol, dans l'opinion, la w'mo fut condanimV. i;iia(|ii«^ pas (iii'rlh» IVra , victime prédestinée, poin* se rai)pri>rhrr (lu pruph», la poussera vers Tautol. Elle porte déjà sur son visagi\ jiiiii par la (louh'ur et virilisé par la pensée, comm*^ la mar(|iic iniplaral)l<' et le sombre rayon de la fatalité. Elle le S(Mit, elle io .shII, ('t U)[\\r> s(\s Kttres, tous les Mémoires contemporains, sont

1. Mémoitrs ih' mndiimr Campan. p *2*2T. "2. Mémoire^ de madame Campan, p. ->*J'.>.

pleins des témoignages de ce pressentiment qui n'enlèvera rien à l'énergie de sa lutte héroïque contre l'ingratitude de son rôle et de sa destinée.

Le jour même où le roi annonça qu'il consentait à la convocation des États généraux, la reine sortit de son dîner public, et fuyant cet éclat qui l'offusquait, elle se dirigea vers sa chambre à coucher et se plaça dans l'enfoncement de la première croisée, le visage tourné vers le jardin, mélancolique et recueillie. Le roi était occupé par quelque affaire et lui avait laissé un moment sa liberté. Elle appela M"'* Campan et lui dit : « Grand Dieu ! quelle nouvelle va se répandre aujourd'hui ! Le roi accorde la convocation des États généraux. » Puis elle ajouta, en levant les yeux au ciel : « Je le crains bien, cet important événement est un « sinistre premier coup de tambour pour la France ». Et ses yeux se baissèrent, inondés de larmes. Elle ne put continuer et alla rejoindre le roi. Le soir, quand elle fut seule avec sa première femme, elle lui parla de nouveau de cette résolution, objet de ses justes inquiétudes. « C'est le Parlement, dit-elle, qui a amené le roi jusqu'à la nécessité d'avoir recours à une mesure depuis longtemps considérée comme funeste au repos du royaume. Ces messieurs veulent restreindre la puissance royale. Ce qui est certain, c'est qu'ils portent un grand coup h l'autorité dont eux-mêmes font un si mauvais usage, et qu'ils amèneront leur destruction. C'est peut-être le seul côté favorable d'une si alarmante mesure * . »

La Révolution, en effet, devait entraîner la chute des parlements, mais elle devait entraîner aussi la ruine du trône.

Mais ce, n'est pas du premier coup que devait s'accomplir, dans l'âme de Marie- Antoinette, cette initiation prophétique. La crainte

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