L. — * MXRCT A MARIS-TH^BisS
Ce 14 octobre. — Sacrée Majesté, Lors du départ du dernier gardenoble j c'est-à-dire le 16 de septembre, la reine était à son ch&teau de Triainon et devait en revenir le lendemain ; mais S. M. y est restée trois jours de plus pour y donner un spectacle qui a eu Uen le 19. Madame , fille du roi, avait éprouvé les premières atteintes de son indisposition le 17; la douleur des dents prêtes à percer fut d'abord si violente qu'elle occasionna des convulsions. Au premier aviB qui en parvint & la reine, elle se rendit auprès de son auguste fille, et y vint passer deux fois le jour quelques heures, jusqu'à ce que la mar ladie se changea en une petite fièvre intermittente qui n'annonçait ni durée ni le moindre danger, et dont j'ai adressé successivement les détails par la poste ordinaire au secrétaire du cabinet baron de Pichler. Pour peu que l'état de la jeune princesse eût donné lieu à la plus petite inquiétude fondée, la reine était résolue de rester à Versailles et de contremander le spectacle ; mais le roi fut le premier à désirer qu'il n'y eût rien de changé dans l'arrangement projeté. L» forme du dernier séjour à Trianon lui avait paru très-agréable ; il 8'y rendait tous les jours le matin sans aucune suite, souvent en se promenant à pied, ou quelquefois dans une voiture légère qu'il conduisait lui-même. Toutes les matinées ne présentaient à Trianon que l'aspect d'une campagne habitée par des particuliers. La reine y était seule avec sa favorite et la duchesse de Quiche, fille de cette dernière. Il n'y avait de gens de service en soa«'-ordre que le nombre
strictement nécesBtimy sans aucune des charges de la conr. Les aprësdînées prenaient toute une autre face; les princes et princesses de la &mille royale, même Mesdames tantes, les personnes les plus distinguées de Içur suite , les dames du palais et quelques externes les plus favorisés se rendaient à Trianon, et y passaient le reste de la journée et de la soirée. Les jardins charmants de cette maison de plaisance y procuraient les promenades les plus variées, et quelques jeux de commerce y remplissaient les intervalles de Tavant et de Ta» prëB-sonper. Les bontés que la reine a marquées à un chacun ont produit le meilleur effet en faisant cesser les plaintes que les exclusions précédentes avaient occasionnées.
Immédiatement après le voyage de Trianon, le comte Jules de Pclignac fut nonmié duc héréditaire, et son épouse prit le tabouret à la cour, n y avait longtemps que cette grftce devait être accordée ; mais les dons pécuniaires considérables faits à cette famille et la sensation qui en était résultée dans le public avaient décidé le roi à différer la publication de cette dernière faveur*. On prévoit que bientôt il lui en succédera une autre, puisqu'il s'agit maintenant d'asseoir le titre de duc sur une terre qui sera sans doute achetée aux dépens du trésor royal. Il est peu d'exemples d'une &veur qui en si peu de temps soit devenue aussi utile à une famille. H serait & désirer que la reine voulût mettre quelques bornes, ou au moins de plus longs intervalles, à l'effet de ses bontés pour la duchesse de Polignac, et que cette dernière mît un peu plus de mesure dans les moyens d'en profiter.
A la nouvelle de la mort du prince de Caxignan, frère de la princesse de Lamballe, la reine vint en ville pour voir cette dernière et passer quelques moments avec elle. Cette marque de bienveillance est la seule que la surintendante ait éprouvée depuis fort longtemps ; iéchue de tout crédit , elle ne paraît que bien rarement à la cour et passe sa vie avec le duc de Penthièvre, son beau-père, qui habite presque dans toutes les saisons de l'année ses différentes maisons de campagne. Le voyage de Choisy a eu lieu du l"' de ce mois jusqu'au i ; la cour y a été nombreuse, mais il ne s'y est donné aucune fête ni ipectacle. L'objet de ce séjour était les chasses à tirer du roi; la *eine y a quelquefois accompagné son auguste époux en forme de >romenade. LL. MM. sont revenues & Versailles, d'où le roi a été msser trois jours à Compiègne pour y chasser. Avant le départ pour
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Marly il y a encore en nne pièce de théâtre représentée à Trianon ; ce sera sans doute la clôture de ces petits spectacles de société, qui ne pourraient point avoir lieu dans la saison plus avancée, à cause du froid et de l'humidité auxquels le local est exposé.
n ne s'est passé d'ailleurs rien de remarquable dans l'intérieur de la famille royale. Madame, belle-sœur du roi, y est encore traitée un peu froidement, à la suite des circonstances dont j'ai rendu compte dans mes très-humbles rapports précédents. Il n'en est cependant rien résulté d'assez marquant pour que l'harmonie apparente de l'intérieur en fût dérangée. La bonté naturelle de la reine la porte toujours vers les moyens de conciliation ; mais elle paraît décidée dans son jugement sur le caractère de Madame, qui n'est pas d'une tournure à se concilier beaucoup d'amitié ni de confiance. Monsieur n'a pris aucune part à ces petits événements ; il semble vouloir les ignorer, et il n'en est que plus attentif à tâcher de plaire au roi et à la reine.
M. le duc d'Angouléme a été retiré des mains des fenmies et remis entre celles des hommes destinés à l'élever. Cette disposition a été faite deux ans plus tôt que ne le comporte l'usage établi pour les enfants de France. Le jeune prince a été conduit à nne maison d^ campagne appartenante au marquis de Seran, son gouverneur. Tout te plan de cette éducation paraît établi sur des formes nouvelles, efc dans lesquelles le public a voulu remarquer un peu d'ostentation et de projet de faire regarder M. le duc d'Angouléme comme un successeur vraisemblable à la couronne. Malheureusement cette idée n'est encore contredite par aucune apparence de grossesse de la reine; mais la manière d'être entre les deux augustes époux donne lieu plus que jamais d'en espérer les effets désirés.
La reine depuis peu, et de son propre mouvement, vient de faire un usage très-bien placé de son crédit, en l'employant auprès du roi en faveur du comte de Brienne, archevêque de Toulouse (1). Ce prélat, qui, par son esprit et ses talents, a toujours été regardé comme un personnage des plus distingués de ce pays-ci, a souvent donné de l'ombrage aux ministres qui, empressés de le consulter dans les afiaiies épineuses et délicates, avaient grand soin d'ailleurs de l'écarter de toutes les places où ses talents auraient pu prendre leur essor. L'ar-
(1) Voir sur Loménie de Brienne le rapport de Mercy en date du 19 novembre 1775, tome n, page 402, et la note de la page 838 dn tome T*'.
chevêque se prêtait en cela à leurs vues , en se tenant éloigné de la conr, ne demandant aucune grâce , çt se bornant à donner ses avis quand on les lui demandait. La reine a cru qu'une conduite si sage méritait quelque marque de faveur, et elle a proposé au roi de donner à l'archevêque le premier cordon bleu ecclésiastique qui viendrait & vaquer, ce qui a été accordé sur-le-champ, avec la réserve cependant de tenir cette grâce secrète jusqu'à ce que l'occasion se présente de lui donner son effet.
Le garde-noble mensuel m'a remis le 10 au matin les très-gracieux ordres de Y. M. en date du 30 de septembre. Les lettres adressées & la reine lui ont été présentées sur-le-champ , et cette auguste princesse a fort pressé l'expédition d'aujourd'hui à cause du départ de la cour pour Marly.
On s'était flatté trop tôt que l'indisposition de Madame , fille du roi, était décidément terminée. Cet espoir était fondé sur l'absence de la fièvre au jour ordinaire de l'accès; mais cette maladie a repris et s'est fixée de nouveau en très-petite fièvre tierce. Le médecin Lassone affirme qu'elle n'a rien du tout d'inquiétant. L'accès a manqué derechef le 9 ; le 1 1 il s'est trouvé dans le pouls im mouvement qui ne pouvait être caractérisé de fièvre. La jeune princesse n'est ni attristée ni affaiblie ; je présume que la reine confirmera & Y^ M. tout ce qu'il y a & dire de rassurant sur cet article.
Paris, 14 octobre, — Lorsque la reine se trouvait & Trianon, elle me fit dire par l'abbé de Yermond, le dimanche 17 septembre, qu'il lui serait fort inconmiode d'aller à Yersailles le mardi suivant pour y voir les ministres étrangers, mais qu'elle voulait savoir ce que je pensais du projet de s'exempter de cette petite gêne. J'écrivis à la reine que , comme elle avait daigné revenir le mardi précédent pour recevoir à Yersailles les hommages des ambassadeurs, il me parais- Bait que S. M. était fort dans le cas de se dispenser de répéter cette même marque de bonté, et que, s'il en résultait quelques propos, j'étais bien sûr qu'au moins ils ne seraient point tenus par les ministres étrangers, qui ont lieu d'être et sont en effet très-contents de la maoière dont la reine les traite dans les occasions.
Sur ces entrefaites, Madame ayant eu son indisposition, la reine
vint le mardi matin 19 en déshabillé à Versailles chez son angnste fiUe^ et elle m'y fit appeler. Son intention était de contremander le spectacle da soir; mais le roi s'y opposa enlisant que, puisque le premier médecin Lassone assarait que l'indisposition de la jeune princesse n'était d'aucune conséquence, il ne Mlait rien déranger aux amusements de la journée. Sur cela la reine daigna me dire qu'elle voulait que j'allasse au spectacle en question ; mais, en témoignant combien je sentais le prix de cette grâce, j'ajoutai qu'il était de mon devoir d'observer qu'après une exclusion absolue de tous spectateurs, bien des gens se formaliseraient que j'eusse été excepté, et qu'il pourrait s'ensuivre des petits dégoûts. Cette remarque ne changea rien & la volonté de la reine ; elle me répondit que personne ne me verrait, que je serais placé dans une loge grillée, et conduit au théâtre par un homme qui me ferait éviter la rencontre de qui que ce soit. Cela s'exécuta en effet à l'heure marquée, et je vis représenter les deux petits opéras-comiques Rose et Colas et le Demn de vUr loge (1). M. le comte d'Artois, le duc de Guiche,le comte d'Adhémar, la duchesse de Polignac et la duchesse de Guiche jouaient dans la première pièce. La reine exécutait le rôle de Colette dans la seconde, le comte de Vaudreuil chantait le rôle du Devin , et le comte d'Adhémar celui de Colin. La reine a une voix très-agréable et fort juste, sa manière de jouer est noble et remplie de grâce ; en total oe spectacle a été aussi bien rendu que peut l'être \m spectacle de société. J'observai que le roi s'en occupait avec une attention et un plaisir qui se manifestaient dans toute sa contenance ; pendant les entr'actes il montait sur le théâtre et. allait à la toilette de la reine. H n'y avait d'autres spectateurs dans la salle que Monsieur, M*"* la comtesse d'Artois, M"*'' Elisabeth ; les loges et balcons étaient occupés par des gens de service en sous-ordre, sans qu'il. y eût une seule personne de la cour. Le théâtre, qui a été construit en petit sur les dessins da grand théâtre de Versailles, est d'une forme très-élégante, et d'nne richesse en dorures qui devient presque un défaut, et qui a été un objet de grande dépense.
A la première occasion que j'eus de paraître devant la reine, après lui avoir fait mes très-humbles actions de grâce d'une marque de
(1) Roit et Colas, opéra- comique de Sedaine et Monsigny, fnt reptésenté pour la premi^ fois en 1704. Le Devin de village est, comme on sait, de J.-J. Bonaseaui
i)onté si distinguée 9 j'en revins cependant au langage du vrai zèle, et j'exposai quelques remarques sur les inconvénients des spectacles de société par tout plein de petites circonstances que la reine daigna elle-même me confier. Je lui fis voir combien ses alentours cherchaient adroitement à mettre à profit les occasions de mêler des choses très-sérieuses et de conséquence à des objets de pur amusement, et j'en revins à une vérité incontestable dans ce pays-ci , qui est que tous ceux qui approchent les souverains ont toujours quelque plan formé d'intrigue, d'ambition ou de vues quelconques, soit pour eux ou pour les leurs, et qu'en mesure du plus petit nombre de gens qui obtiennent un accès presque exclusif, les intrigues en deviennent plus pressantes , plus difficiles à éclairer, par conséquent infiniment plus dangereuses. Une grande cour doit être accessible & beaucoup de monde ; sans cela les haines et les jalousies exaltent toutes les têtes , et font naître les plaintes, les dégoûts et une sorte d'aliénation. De semblables réflexions ne parurent point déplaire à la reine ; elle me dit qu'à l'époque du voyage de Marly il ne serait plus question de spectacles ; qu'elle n'avait jamais pensé qu'à en faire un amusement très-passager, et que pendant l'hiver prochain elle s'était bien proposé de donner plus à la représentation et aux moyens de rendre la cour nombreuse à Versailles. S. M. me parla du voyage que pourrait faire un jour en France S. A. R. M"' l'archiduchesse Marie (1). La reine me parut effrayée des embarras d'étiquette qui existent ici plus qu'à aucune cour de l'Europe ; elle se représentait les ft>cheuses tracasseries que feu M"*" la dauphine et même feu M"* l'infante de Parme, quoique filles de France, avaient essuyées par cette même cause ; et la reine ajoutait qu'elle se résoudrait à employer des coups d'autorité plutôt que de souffrir qu'une archiduchesse éprouvât ici de ces sortes de difficultés odieuses. J'observai que le projet de voyage en question était d'une exécution encore fort éloignée, et que d'ici au temps où il pourrait avoir lieu, il y aurait sans doute moyen de préparer bien des expédients, et d'aplanir les difficultés qui se présenteraient.
Relativement au grand objet du remplacement futur du comte de Haurepas, j'ai vu que la reine s'était sérieusement occupée de cette matière ; c'est même par une suite de semblables réflexions qu'elle
l)Ce voyage ne se fit qu'en 1786.
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s'est décidée & procurer à l'archevêque de Toulouse la décoration qui vient de lui être assurée. Ce prélat est l'ami intime de l'abbé de Vermond; mais je dois à ce dernier la justice qu'il est incapable d'user de la confiance que lui accorde la reine pour la tourner au profit de qui que ce soit, à moins qu'il n'en résulte un avantage réel pour le service de cette auguste princesse, et c'est ce qui arrive dans le cas en question , parce qu'il est fort probable que l'arclievêque de Toulouse, par la supériorité de ses talents, pourrait ^parvenir un jour au ministère, et dès lors il paraît que c'est chose utile d'en faire une créature de la reine. S. M. ne m'a point caché nombre de détails sur des choix absurdes qui lui sont suggérés par ses alentours ; mais puisque, malgré l'intrigue la plus compliquée et soutenue de toutes les personnes favorites , il y a eu moyen d'éclairer la reine sur le char pitre du duc de Guines , et d'écarter entièrement ce dangereux personnage, j'espère avec une sorte de sécurité qu'il y aura également moyen de réussir à arrêter dans leur marche les sujets qui ne seraient point dignes d'être protégés par la reine. Avant de finir cet article, je dois observer que S. M. m'a dit sous le secret la démarche qu'elle avait faite pour l'archevêque de Toulouse. Cette grâce ne sera connue que quand elle aura son effet ; il reste soumis à V. M. de juger s'il ne serait pas utile qu'elle parût ignorer cette circonstance, à moins que la reine n'en fasse mention elle-même.
V. M. est informée que S. M. l'empereur a écrit par la poste ordinaire au roi et à la reine pour leur faire compliment sur les avantages que le comte de Guichen (1) avait remportés contre l'escadre anglaise dans les îles de l'Amérique; cette marque d'amitié et d'intérêt de l'empereur a produit un très-bon effet. S. M, L, en m'envoyant les lettres susdites, avait daigné m'en écrire ime que j'ai mise sous les yeux de la reine et qu'elle a fiait lire au roi. S. M. l'empereur s'y exprimait d'une manière fort naturelle sur l'absurdité de l'imputation que le roi de Prusse s'efforçait & faire valoir d'une prétendue partialité pour l'Angleterre.
Sur la nouvelle de la prochaine arrivée de S. A. R. M*' l'archi-*duc Maximilien à Cologne, le baron de Belderbusch, qui est ici ministre de l'électeur, avait demandé et obtenu de son oncle (2) h
(1) Voir plus haut lanoto de la page 887.
(2) Le commandeur de Belderbusch, Tun des ministres de Télectenr, à Cologne.
permission d'aller se mettre aux pieds de M*' rarchiduc. Il désirait, avant de partir, d'être charge de quelque ordre de la reine, et & cet effet il s'adressa à moi. Je pris la liberté d'en écrire à S. M., et quoique, selon l'usage de cette cour, la reine n'accorde d'audience à aucun ministre étranger, elle daigna faire venir le baron de Belderbuscb, lui donna une lettre pour M*' l'archiduc, et le chargea de dire de sa part les choses les plus obligeantes à l'électeur, de même qu'à son ministre, le commandeur de Belderbuscb.
Relativement à la remarque que Y. M. daigne faire dans sa trèsgracieuse lettre, il serait sans doute préférable que le roi pût et voulût se passer d'un principal ministre, et si la reine se déterminait à lui donner l'assistance nécessaire, il ne serait pas impossible que le monarque gouvernât par lui-même. Il est indubitable qu'à la mort du comte de Maurepas le roi se proposera d'abord de ne pas le remplacer ; mais le peu d'expérience des affaires, l'embarras de décider, et une infinité de raisons qui tiennent à l'ensemble de ce pays-ci , feront que l'un des ministres quelconque s'emparera de l'esprit du roi, gagnera la prépondérance, et peut-être, sans en avoir le nom, deviendra par le fait premier ministre , et dans ce cas tout ce qui reste à désirer, c'est que personne hu moins n'arrive à ce but que sous la volonté et la protection de la reine.
En parlant des spectacles de Trianon, j'ai nommé ci-dessus tous les acteurs, à l'exception du vicomte de Crussol, qui a quelquefois des rôles. Le comte Esterhazy était aussi employé , mais actuellement il 86 trouve à son régiment ; personne d'ailleurs n'a joué à ce spectacle. Quant au répertoire des pièces et à la désignation des rôles que la reine y a remplis, pour ne pas m'en fier à ma mémoire, je viens de demander une liste exacte (1), et elle doit m'être remise dans la journée d'aujourd'hui ; si elle arrive à temps, elle se trouvera jointe à mon très-humble rapport ; mais si elle me manquait pour cette fi)is , V. M. la recevrait le mois prochain.
L'abbé de Yermond, qui a passé quinze jours à sa nouvelle abbaye, est actuellement à son service auprès de la reine. Je me rendrai à Itlarly immédiatement après le départ du garde-noble, et comme son
(1) Cette liste ne se trouve pas aux Archived de Vienne. Les Mémoires du temps donnent, pour cette année, l'indication des pièces suivantes : Ut Trois Fermiers, la Gageure imprévue, ie Devin de village , Rose et Coltu,
expédition a été un peu pressée, je remets à mon prochain et tartehumble rapport quelques détails qui peuvent avoir été omis dans celui-ci.
LU. — Marie-Thjérèse a Marie-Antoinkttk.
Vienne, 3 novembre. — Madame ma chère fille, J'étais hier (1) tonte la journée plus en France qu'en Autriche, et j'ai récapitulé tout cet heureux temps d'alors , qui est bien passé. Le souvenir seul en console ; je suis bien contente que votre petite , que vous dites si douce, se rétablit.
Je suis bien aise que vous comptiez reprendre toute la représentation à Versailles : j'en connais tout l'ennui et le vide ; mais croyezmoi , s'il n'y en a pas , les inconvénients qui en résultent sont bien plus essentiels que les petites incommodités de la représentation, surtout chez vous, avec une nation si vive. J'aurais bien souhaité comme vous que l'hiver aurait mis fin aux voyages de l'empereur ; mais il est tout occupé de se rendre aux Pays-Bas au conmiencement de mars et rester tout l'été dehors. Cela augmente tous les ans, et cela augmente mes peines et inquiétudes , et & mon ftge j'aurais besoin de secours et de consolation, et je perds tout ce que j'aime, l'un après l'autre; j'en suis tout accablée. L'empereur, après avoir été à Bruxelles et vu le pays, compte se rendre en Hollande, etpeut-^tre vous rendre une visite, que je préfère bien au passage de la mer, et même aux dépens de la durée de ce voyage.
Je suis inquiète pour la Marianne (2), qui est tourmentée par une dureté à l'estomac causée par sa terrible conformation, qui lui fiât rendre tout ce qu'elle mange, sans effort, mais à la longue cela ne saurait se soutenir. Elle a pris un rhume, ce qui l'incommode beaucoup ; au premier accident à l'estomac il n'y a rien & fidre, provenant d'une cause pareille. Je la vois souffrir avec peiné, et son courage, que vous lui connaissez, commence presque à l'abandonner. Moi^ même je suis travaillée quatre semaines d'un rhumatisme au bra9 droit, qui est cause que celle-ci est encore moins bien écrite que d'ordinaire , et qui me fait finir, vous assurant de toute ma tendresse.
(1) Le 2 novembre était le jour de naissaDCe de Marie« Antoinette.
(2; L'archidacheese Marie- Anne , sœur aînée de Marie -Antoinette, et qui était oontreâûtt'
LUI. — Marie-Th^èse a Mercy.
Vienne, 3 novembre. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu votre ^ettre du 14 du passé par le courrier mensuel, arrivé ici le 26 du même mois.
Je crois connaître assez l'avidité de la duchesse actuelle de Polignac et la facilité de ma fille pour ne pas espérer qu'on pourrait fiûre lentrer l'une et l'autre dans les justes bornes, tant que la favorite réussira à se maintenir dans le degré de la faveur dont elle jouit à présent. L'exemple de la princesse de Lamballe devrait cependant la rendre plus circonspecte.
[H y aurait même à craindre qu'une nouvelle, car il y en aura toujours, suivra les mêmes traces de ces deux favorites, ou renchérirait même ; tous ces attachements pour nous sont tels ; c'est un des inconvénients et désagréments entre mille autres attachés aux trônes. ]
Vous sauriez éplucher au mieux le caractère de l'archevêque de Toulouse, pour juger s'il pourrait un jour nous convenir de le voir dans le poste du comte de Maurepas. [Depuis l'éloignement de Sartines (1) et la nomination de Castries, je crois qu'on le prépare pour •cette place, et j'avoue, celle-ci n'a jamais été pour nous, ni même à la reine (2), Depuis, par votre lettre écrite par la poste, vous marquez que Sartines a été si bien traité ; peut-être pense-t-on pour lui à la place de Maurepas : je l'aimerais mieux qu'un autre.] L'essentiel est que ma fille ne se laisse pas entraîner par la cabale à s'intéresser pour quelqu'un dont le choix serait aussi peu avantageux à nos intérêts qu'aux siens propres. Comme ma fille ne me parle pas du cordon bleu qui vient d'être assuré, moyennant son entremise, à l'archevêque de Toulouse, je ferai semblant vis-è^-vis d'elle de l'ignorer. Je ne saurais qu'approuver l'empressement de ma fille de vous faire assister, à l'incognito, à une des représentations à TrianoI^. Si même des inconvénients ne s'y sont pas mêlés jusqu'à présent, je n'en
(1) H. de Bartines avait qnitté le ministère de la marine le 18 octobre et y avait été i'<sinplAcé par le marquis de Castries.
(2) Il faut avouer que tout ceci n'est pas exprimé clairement. Marie-Thérèse veut dire sans -^oate : Je crois qu'on se propose d'élever Sartines au rang de premier ministre.... Jusqu'à pïésex^t ce n*est pas un de nos amis ni de ceux de la reine qui a occupé cette place éminente.
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serai pas moins bien aise de les voir finir^ et je trouve très-fondées les observations que vous avez faites à cet effet à ma fille. Je souhaite que pendant Thiver elle exécute le plan qu'elle se propose, de rendre plus nombreuse la cour [mais j'en doute ; voilà l'effet des étiquettes levées].
Ma fille Marie n'est pas empressée à aller en France ; si elle fiiit ce voyage, c'est dans la vue de pouvoir me rendre compte de Fétat où elle aura trouvé la reine , sa sœur, ensuite du désir que je lui en ai fait entrevoir; [et cela ne serait qu'à son premier voyage ici, qui ne serait encore de si tôt, ne s'y rendant qu'à la fin de mai. Elle ne se soucie nullement de voir Paris ; pour lui (1) il n'y aurait pas de difficulté ; il est oncle du roi, beau-frère de la reine, et traité ici et partout comme mes fils, comme prince royal et archiduc] Au reste il ne devrait pas être difficile d'éviter les embarras d'étiquette si l'entrevue se fidsait dans un lieu tiers à la campagne, sans la moindre publicité.
Quoiqu'on croie ne pas trouver de danger dans l'indispositiaQ de ma petite-fille , la nouvelle de son entier rétablissement peut seule me rendre tranquille.
J'approuve que ma fille, par amitié pour son frère Maximilien, ait donné quelque marque de distinction au baron de Belderbusch à son départ pour Cologne. Ma fille fait bien de mettre des moyens de conciliation dans les brouilleries de Madame , mais de ne pas se fier à son caractère, ni à la fermeté du roi , qui marque du mécontentement et laisse faire ce qu'on veut, dangereuse maxime pour notre place.
[Vous verrez par ma lettre à la reine ce que je touche sur le voyage de l'empereur; il en parle publiquement et même à BreteuO, q l'aura déjà mandé. Ces voyages continuels mettent bien de Tamertume dans mes jours et ne sauraient à la longue faire honneur l'empereur. Comme je dois me croire le sujet de ces absences, j combien j'en suis touchée, et à la longue je ne saurais le supporte: J'ai des vifs chagrins sur ce malheureux testament de mon cb beau-frère; cela va à l'indécence, et l'affaire de la Meuse (2), si
(1) C'est-à-dire pour le prince Albert, mari de TarchiducheBse ICarie-Chiistine.
(2) Le prince Charles de Lorraine avait laissé par testament à la oomteaae de Mense, née de Martignles, une pension viagère de 40,000 livres.
ne m'en mêlais, irait encore pire. Je n'ai jamais estimé cette femme ; mais je révère les intentions de mon beau-frère, qui sont claires. Ce n'est pas le seul inconvénient , tout se fait avec la plus grande indécence et même perte et frais qu'on aurait pu épargner à mes finances; et mes enfants (1), outre la perte que je fais d'eux, qui est grande pour moi , auront et en ont actuellement bien des déboires à supporter. Tant que j'existe encore, je ne laisse rien toucher au gouvernement des Pays-Bas ; mais je ne saurais croire que cela aille loin ; mes chagrins de toute espèce sont trop grands et augmentent journellement, et je suis sans secours ni aide ; à mon âge cela ne se peut plus supporter et ma santé va grand train. ]
Paris, 18 novembre. — De tous les voyages qui, pendant le règne actuel, ont été faits à Marly, le dernier a été sans contredit celui qui s'est passé de la manière la plus convenable et avec le plus d'ordre. La cour y a observé les anciennes formes d'usage, particulièrement dans la tenue du salon, où il y a eu tous les soirs un lansquenet qui, de tous les temps, avait été regardé comme un jeu d'étiquette pendant les séjours à Marly. Le roi, la reine. Monsieur et les princesses ont joué un jeu fort modéré ; mais il n'en a pas été de même quand M. le comte d'Artois tenait la main, et comme il permettait des mises illimitées à la réjouissance , quelques particuliers se sont donné carrière, et il y a eu des pertes considérables. Le marquis de Chabre, officier dans les gardes du corps et très-gros joueur, avait débuté par gagner 18,000 louis, et il en avait perdu 30,000 à la fin du voyage. n est vrai que cette inconduite n'a eu lieu que de la part de quelques individus ; mais pour le bon exemple il eût été à désirer que cela ne se passât pas sous les yeux des souverains.
Madame, fille du roi, était restée en convalescence à Versailles, où la reine allait la voir souvent, et passait plusieurs heures avec son auguste fille, dont elle est dans tous les temps fort occupée. U avait été permis à la noblesse de Paris en honmies et en fenmies d'aller à Marly, et il s'y est rendu successivement autant de monde
(1) Le prince Albert et rarchiduchesse Marie, qui succédaient au prince Charles dans le gouremement des Paye-Bas.
que pouvait Tadmettre une saison où la guerre tient les militaires dans Téloignement, et où. les particuliers libres habitent la plupart leurs terres en province. Au reste tous ceux qui se sont trouvés en même de faire leur cour ont été très-contents du voyage, et en cela la reine a rempli l'objet qu'elle s'était proposé, savoir de faire un peu oublier les exclusions lors des séjours à Trianon.
n n'y a eu à Marly qu'un seul déjeuner dans la forme de ceux qui avaient été établis ci-devant, et où chacun arrivait en déshabillé, ce qui formait une sorte de pêle-mêle de société. Pour cette fois la reine y avait substitué les matins une séance assez longue chez la duchesse de Polignac, où il n'était admis qu'un très-petit nombre des personnes les plus favorisées. Le temps, variable et beaucoup plus mauvais qu'il ne l'est ordinairement en automne, a contrarié plusieurs objets d'amusement et particulièrement celui des promenades. Celles que la reine a faitea lui ont toutes mal réussi. S. M. avait depuis quelque temps un commencement de rhume, qui cédait à un jour ou deux de régime, mais qui reparaissait d'abord à la première occasion où la reine s'exposait au grand air. Quoique cette incommodité n'ait jamais été accompagnée de fièvre, ni même du moindre sjrmptôme de conséquence, cependant elle avait produit un effet visible en ce que la reine était amaigrie; mais l'usage de quelques fondants légers semble avoir totalement dissipé cette humeur de rhume, et S. M. se trouve maintenant très-bien. Elle s-'est abstenue des veillées , sans rien changer d'ailleurs & ses habitudes ordinaires.
Le renvoi du ministre de la marine avait produit à la cour une conmiotion qui s'est soutenue pendant presque tout le séjour de Marly. Ceux qui visent au département de la guerre se sont donné de grands mouvements pour saisir un moment qu'ils supposaient favorable à leurs projets , et à cet effet la protection de la reine a été très-vivement sollicitée. Le comte d'Adhémar, ministre de France à Bruxelles, s'était imaginé de se mettre sur les rangs, et il comptait assez sur Tai^ui de son intime amie, la duchesse de Polignac, pour se permettre des idées d'ambition, lesquelles, en tout état de cause, étaient aussi absurdes que téméraires. La duchesse les a cependant secondées de son mieux ; ses bons offices, devenus de plus en plus pressants, approchaient de l'importunité , et tourmentaient d'autant plus la reine qu'il lui en coûte infiniment de résister aux désirs de la favo-
rite ; enfin S. M. prit le parti de lui déclarer qu'il fallait absolument renoncer à un objet que toutes les raisons réunies rendaient impossible, et dès ce moment les sollicitations ont cessé. 11 se pourrait qu'elles n'aient été que suspendues, parce que la duchesse de Polignac est plus que jamais autorisée à croire que tout doit lui réussir à la longue. Il y a peu d'exemples d'un ascendant aussi marqué que l'est le sien sur l'esprit de la reine, et les abus pourraient devenir d'une grande conséquence s'ils s'étendaient sur les matières du gouvernement.
Avant de se rendre à Marly, le roi était allé passer deux journées à Compiègne avec une suite composée de beaucoup de jeunes gens. On fit jouer dans les soirées des proverbes un peu trop licencieux. La reine, qui en eut connaissance, en marqua du mécontentement à ceux qu'elle savait être les promoteurs de pareils amusements, lesquels d'ailleurs n'ont aucun attrait pour le roi. Le voyage de ce monarque à Fontainebleau, dans le choix de la suite ainsi que dans l'emploi des soirées , a été beaucoup mieux ordonné ; mais il sera toujours fort essentiel que ces parties de plaisir ne se répètent pas souvent sans que la reine y soit présente.
Mesdames tantes sont restées tout le mois d'octobre à leur château de Bellevue ; elles ont été dîner de temps en temps à Marly : la reine les traite avec attention et amitié. Il y a très-longtemps que cette bonne intelligence subsiste, et Mesdames se conduisent de manière à la rendre très-durable. Madame n'a pu se relever encore du tort que lui ont fait les dernières circonstances dont j'ai très-humblement rendu compte dans le temps. Il perce toujours dans le caractère de cette princesse des traits qui lui deviennent de plus en plus défavorables, et qui donnent lieu à la reine d'être assez froidement avec ses deux belles-sœurs , puisque auprès de l'une elle n'y voit que des inconvénients et qu'elle ne trouve auprès de l'autre que de l'ennui. Il n'en résulte cependant aucune mésintelligence apparente ; les deux princes , chacun par des moyens analogues à leur différente tournure, tâchent de réparer le défaut d'harmonie qui provient de la part de leurs épouses, et il en résulte que, sans beaucoup de cordialité et avec encore moins de confiance réciproque, il ne survient heureusement aucune tracasserie dans l'intérieur de la famille royale ; mais comme la reine n'y trouve que peu de ressource , elle n'en est que plus attachée à sa société particulière , qui devient celle du roi ,
et qui, par cette double raison, ga^e une influence dont TabuB est toujours fort & craindre.
Le garde-noble mensuel arrivé le 13 m'a remis les trës-gracieox ordres de Y. M. en date du 3 de ce mois ; les lettres adressées à la reine lui ont été présentées sur-le-champ. Cette auguste princesse a été purgée le samedi 11, et il semble que cette précaution a emporté totalement l'humeur de rhume dont il subsistait quelques restes. Ce succès a déterminé le premier médecin Lassone à conseiller une seconde médecine, que la reine a dû prendre hier.
Monsieur fait préparer pour la semaine prochaine une fête & sa terre de Brunoy, où le roi et la reine iront passer une journée.
Madame, fille du roi, est entièrement rétablie, et il semble que son indisposition passée n'a produit qu'un développement plus prcmipt des forces et de la croissance de cette jeune princesse.
18 novembre, — En rendant compte, dans ma dépêche d'office, de ce qui s'est passé ici depuis un mois, j'ai omis tous les détails qui ont un rapport direct à la reine, et me suis réservé de les exposer à V. M. seule.
Le renvoi du ministre de la marine a é£é l'effet d'une intrigue fort extraordinaire, et qui m'induit à des soupçons dont je n'ai pu encore vérifier qu'une partie. Il est certain que le directeur général des finances a été le premier moteur de ce renvoi ; mais il n'aurait jamais réussi à l'effectuer par son seul crédit H s'était toujours fort récrié contre les grâces énormes accordées aux Polignac. Ses représentations à la reine , le langage qu'il m'avait tenu , devaient me convaincre qu'il était en opposition directe avec les alentours favoris, et cependant il m'est démontré que, dans l'occasion dont il s'agit, ces mêmes alentours ont parfaitement coopéré 'aux vues du directeur général , et que pour les remplir, ils ont trompé la reine ainsi qae le comte de Maurepas. Il fallait à cet effet beaucoup de secret et une grande célérité dans l'exécution, ce qui a été soigneusement observé.
Le courrier d'octobre était au moment de partir, lorsque tout à coup la reine fut assaillie par la duchesse de Polignac et par se» ami le comte de Vaudreuil , qui s'efforcèrent d'engager S. M. de parler au roi de le décider au renvoi du sieur de Sartines et & la nomi-
Dation du marquis de Castries. On proposa en même temps à la reine de faire venir ce dernier pouï lui annoncer sa protection et le mettre dans le cas de connaître qu'il serait redevable de sa place à S. M. Far déférence pour sa favorite, la reine s'engagea simplement à sonder les dispositions du roi, et ne répondit rien sur Taudience à donner au marquis de Castries. Tout cela se passa si rapidement que je n'en fiis informé que vingt-quatre heures après. J'allai me concerter avec l'abbé de Vermond, et il fut convenu qu'il mettrait sous les yeux de la reine par écrit des remarques dont les plus essentielles consistaient : V dans le doute très-fondé que le marquis de Castries tdi un sujet propre au ministère de la marine ; 2** dans la probabilité très-vraisemblable que le comte de Maurepas formerait à ce projet une opposition qu'il n'aurait pas de peine à fonder sur des motifs les plus solides ; S** dans l'embarras qui résulterait d'un conflit de crédit avec le principal ministre, surtout dans un objet où il pourrait étayer ses avis sur des raisons d'État. La reine, déjà inquiète des démarches dans lesquelles on voulait l'entraîner, accueillit trèsbien nos représentations. Elle se décida à rester passive , et déclara qu'elle ne donnerait point d'audience au marquis de Castries. Le directeur général en avait eu une du roi ; il en obtint également une auprès de la reine , mais elle ne répondit à ses raisons rien qui pût donner à connaître ni si elle les approuvait, ni si S. M. interviendrait dans l'objet en question. D'un autre côté le roi , avant de rien prononcer, s'était réservé d'avoir un entretien avec le comte de Maurepas, de manière que toute cette affaire restait dans un état de crise. Ce ftit alors que l'on fit jouer le ressort perfide d'une fausse confidence par laquelle on insinua , sous le plus grand secret , au comte de Maurepas que la reine avait obtenu du roi sa parole positive du renvoi du sieur de Sartines et du choix du marquis de Castries. Le vieux ministre, qui était à Paris très-affaissé de sa maladie, crut prendre un parti très-politique en paraissant concourir lui-même à un arrangement qu'il supposait impossible de changer, et quand le roi vint le voir, il applaudit sans hésiter au changement à faire dans le ministère. Je n'ai pu découvrir encore si le faux avis donné au comte de Maurepas est venu des Polîgnac ou d'autres partisans du marquis de Castries, ou du directeur général, ou d'une commune intelligence entre tous. Si le sieur de Necker n'y a point de part, cela justifierait une partie de sa conduite ; mais il resterait encore matière à soup-
çon sur ce que les alentours favoris ont si bien servi ses desseins. On avait cherché à accréditer dans le public le bruit que la reine avait fait renvoyer le sieur de Sartines ; je n'ai pas balancé à contre» dire cette assertion , et elle est tombée peu à peu.
En récapitulant à la reine les traits obscurs et compliqués de. cette intrigue^ elle m'en a paru frappée ; j'ai lieu de douter qu'elle en parlera à y. M., mais il est certain que cette conjoncture^ qui aurait pu entraîner des embarras^ et qui heureusement n'en a produit aucun , fera assez d'impression à la reine pour la rendre très-circonspecte à l'avenir dans des cas semblables. Il est vrai que la bonté naturelle de cette auguste princesse la porte toujours à vouloir excuser les intentions des personnes qu'elle affectionne. J'ai pris la liberté de lui observer qu'il s'agit bien moins déjuger les intentions que les faits ^ et que, quand ces derniers ont des indices de partialité, d'intrigue, et qu'ils portent sur des objets majeurs, on se rend responsable des démarches que l'on provoque, ainsi que de leurs conséquences. La reine est maintenant assez disposée à s'occuper de grandes affaires : cette idée semble même lui plaire ; cependant il n'en résultera rien d'avantageux pour sa gloire ni rien d'utile pour les choses qu'autant qu'elle modérera ses complaisances pour les alentours favoris , et c'est le point qui me donne le plus d'inquiétude , parce que j'y vois le moins de moyens d'en prévenir ou écarter tous les effets. Ce n'est pas chose bien difficile d'éclairer la reine et de la détourner des objets peu raisonnables : c'est ce qui nous réussit continuellement, à l'abbé de Vermond et à moi. Les prétentions du comte d'Adhémar en sont un exemple ; mais il arrive souvent que les surprises soikt si promptes que l'on n'a pas la possibilité de les découvrir à temps, et c'est précisément ce qui a eu lieu dans la dernière affaire ministérielle.
J'ai fait mention, dans mon très-humble rapport ostensible, du jeu énorme de Marly, et je crois qu'il serait utile si V. M. daignait paraître informée par les bruits publics de ce qui s'est passé à cet égard. Il s'est commis au salon des friponneries scandaleuses, an point qu'il a été volé dans la poche du comte de Dillon un portefeuille qui contenait pour cinq cents louis de billets de banque (1). D
(1) La Carrapondance secrète publiée par M. de Lescure , tome I, page 330, parlant du jeu scandaleux qui eut lieu à Marly pendant ce Tojage, raconte le vol dont le comte Artbnr de Dillon fut victime, et ajoute une autre anecdote de dés pipés qui s'accorde aTeotout ceqneo^ le rapport de Mercj.
est vrai que, sons le règne passé et de tont temps, pareils désordres ont toujours eu lieu au lansquenet de Marly ; mais il n'en serait que plus louable pour la reine s'il lui plaisait d'en abolir la source.
Relativement aux articles dont V. M. daigne me faire mention dans sa très-gracieuse lettre, je dois observer en premier lieu que, du côté de la réputation, de talents et de capacité, l'archevêque de Toulouse est sans contredit un des premiers personnages de ce pays-ci ; mais il s'agirait de s'assurer que ses intentions personnelles peuvent convenir au bien du système présent, et c'est ce que je tâclierai d'approfondir. Si ce prélat devait son existence politique à la reine, cela donnerait des moyens à régler sa conduite ministérielle ; d'ailleurs, étant homme d'esprit, il ne pourrait méconnaître une vérité aussi essentielle à la France qu'elle peut l'être à V. M., c'est que l'alliance actuelle est pour les deux cours la meilleure alliance possible, et d'une utilité réciproquement égale. Le sieur de Sartines a obtenu une bonne retraite (1) parce que la reine l'a protégé et que le roi lui voulait assez de bien. H se pourrait que l'on lui confiât un jour le département de la maison du roi ; mais il n'est pas à présumer qu'il puisse jamais parvenir au principal ministère, et il n'a réellement ni le talent ni le i^erf nécessaire à une place si importante.
Eelativement au petit voyage que S. A. R. M"' l'archiduchesse Marie se propose de faire en France, il ne manquera pas d'expédients pour en écarter les embarras d'étiquette, et celui d'une entrevue en lieu tierce trancherait toutes les difficultés possibles ; mais sans même en venir à ce moyen, j'espère qu'il s'en trouvera d'autres plus susceptibles à réunir les difiérentes commodités et agréments que S. A. R. doit rencontrer dans l'exécution de ce projet, lequel, n'étant pas encore prochain, donne tout le temps d'en préparer les formes.
Quant au voyage de S. M. l'empereur, je ne puis dans ce moment m'arrêter qu'à la réflexion douloureuse que V. M. y trouve des motifs de déplaisir, et s'il devait en résulter la conséquence fatale que cela prît sur sa précieuse santé, ceux des fidèles serviteurs de V. M. qui sont attachés à sa personne sacrée, et qui ne peuvent l'être qu'avec un zèle bien pur, tomberaient dans le dernier accablement. Le ciel nous préservera d'un si grand malheur et bénira par des cir-
^1) Le bruit public était qu'on lui donnait 60,000 livres de rentes en plus des 20,000 qui étaient la retraite ordinaire des ministres, et 50,000 écos d'argent oomptant
constances plus satisfiôsantes le règne glorieux et bienfaisant de y. H. Jusqn^à présent il n'a presque rien transpiré ici de tout ce qui a trait aux suites des dispositions testamentaires de feu MF le prince Charles. La reine a eu quelques petites notions inexactes, et je présume que c'est par la voie du comte d'Adhémar ; mais quand S. M. m'a interrogé sur ce chapitre, j'ai détourné de semblables idées, et je ne crains pas celles qui pourraient provenir de la comtesse de Meuse, parce qu'elle est trop peu intéressante ici pour que l'on fesse grande attention à ses propos.
Les dernières lettres de Marie-Thérèse à Marie- Antoinette et au comte de Mercy-Argenteau que nous ayons eu à insérer sont, comme on Tient de le Yoir, du 3 noyembre 1780, et les deux derniers rapports que Merqr hd ait adressés portent la date du 18. L'impératrice ne lut sans doute ni ces r^>ports ni les réponses à ces lettres; elle mourut dans la journée dn 29 dn même mois. On a conserré au couyent de Sainte-Ursule de Elagenflirt, en Garinthie, une relation de sa maladie suprême écrite au jour le jour par fille aînée Tarchiduchesse Marie- Anne, âgée alors de quarante-deux ans infirme et malade, et pour qui, dans sa lettre du S norembie à Marie-
Antoinette, nous Toyions Marie-Thérèse exprimer ses yiyes inquiétudes. Nous extrayons de cette pièce, rédigée en allemand ayec une sim] respectueuse et sincère, le court récit d'une belle et sainte mort.
« La maladie de Sa Majesté, constatée d'après l'autopsieyproTenait, di l'auteur du journal, d*un endurcissement des poumons qui lui rendit pénible le retour d'un catarrhe dont elle soufEhdt depuis longtemps. Elle sentait, disait-elle, deyenir intérieurement comme de la pierre. Me se jdtîgnait en même temps d'un feu intérieur, feisait ouyrir dans les doniers temps sa fenêtre jour et nuit, et sans cesse demandait de l'air. Lee médecins n'osaient pas la saigner, craignant une hydropisie dont sa pftleur aemUait être un indice. On peut dater du 24 norembre le commencement du mal; le retour de son catarrhe lui causait des accès de toux opiniitre^ auxquels s'ajoutaient des étoufPements quil'aTaient, dès la veille, obligée deqni^ ter son lit , où elle ne remonta plus. Dans cette journée du 24, bien q» très-agitée, elle youlut recevoir Marie-Christine et son époux, qui rcrenaient de Presbourg ; elle s'entretint avec nous et avec l'empereur, qiô ne croyait à nul danger. Le médecin Storck avait pourtant déclaré le mi^
même qnerindisposition deyenait très-grave. Ayant promis de tont temps à l'impératrice mi avis prompt et sincère, il se crnt obligé de Ini dire vers le soir qu'elle devait faire prévenir le prélat son confesseur ( 1 ), ce qu'elle fit, tout en disant autour d'elle qu'elle ne croyait pas au péril imminent, et que ce n'était qu'une mesure de précaution. EUe remercia Storck, lui renouvela son désir formel de tout savoir exactement sur son état, déclara qu'elle ne voulait pas voir d'autre médecin, et exprima le désir de ne pas être tourmentée par des remèdes inutiles. — La nuit du 25 fut mauvaise ; néanmoins Sa Majesté nous fit venir le matin pour le déjeuner, et causa avec une liberté d*esprit qui ne laissait pas deviner qu'elle préparât l'acte sérieux de sa dernière confession; le prélat avait été mandé pour neuf heures. — La nuit du 26 n'ayant pas été plus satisfaisante, Sa Majesté écrivit un billet à l'empereur, lui disant qu'elle voulait absolument recevoir les derniers sacrements. L'empereur, qui n'était pas encore inquiet, essaya de l'en dissuader, mais obtint seulement qu'on ajournerait l'extrême-onction. La triste cérémonie eut lieu dans l'après-midi, elle fut publique ; le nonce portait le saint-sacrement, et nous l'accompagnâmes jusqu'à la chambre à coucher. L'impératrice était agenouillée sur un prie-dieu et portait sur sa tête un Toile de deuil, comme le vendredi saint. Après la communion, elle se reposa mpeu, puis nous reçut, à six heures, avec une gaieté qui nous étonna. Sa respiration paraissait un peu plus libre ; mais cela ne dura pas, et bientôt les étouffements reprirent. — Pendant la nuit du 27, elle ne put même rester mr sa chaise longue, et dut se mettre sur un fauteuil. L'empereur, qui coududt dans une chambre à côté, assista pour la première fois à ces terribles srises d'étouffement, et dès lors perdit tout espoir. — La nuit du 28 fut tellement mauvaise qu'on craignait que Sa Majesté ne passât. Storck l'avertit ju'il était temps de recevoir Textrême-onction, et à quatre heures du matin m vint nous chercher, tout en nous disant que Sa Majesté nous dispensait i'assiflter à la cérémonie si nous craignions d'en être trop vivement impresdoimés; mais nous vînmes tous et nous nous agenouillâmes autour d'elle. Sa Hajesté avait sur la tête un bonnet blanc et portait une robe de chambre jrune qu'elle garda jusqu'à sa dernière heure. J'ai acheté cette robe à les gens après sa mort, et je la garde comme une relique, désirant en être mveloppée lorsqu'on me déposera dans mon cercueil. Sa Majesté s'unit IQX prières avec une grande dévotion ; après la cérémonie, elle demeura lenle avec son confesseur quelque temps, puis nous revînmes, l'empereur, Maximilien, Marie, son époux, Elisabeth et moi. Nous étant placés
(1) Ignace Millier, abbé du couvent de Sainte-Dorothée à Vienne, dernier confesseur de Karie-Thérèse.
en cercle autour du fauteuil de S. M., elle nouB paria pendant yingt minutes d'une Toix claire et intelligible; elle nous remercia de ravoir aimée si tendrement, et nous dit les choses les plus touchantes en fondant en larmes. L'empereur voulut répondre, mais il ne put que sanglotter, s'agenouilla près de sa mère, reçut sa bénédiction et lui baisa la main. A la fin Sa Majesté nous dit : c Allez, il m'en coûte trop de vous voir. > L'empereur seul demeura; elle lui parla longuement, lui donna sa bénédiction pour ses frères et sœurs absents, écrivit beaucoup, expédia encore quelques afihires, et donna ses dernières recommandations pour son enterrement, râlant les prières qu'on devait réciter. Elle n'avait pas conservé la moindre crainte ni le plus petit scrupule de conscience. Elle disait : c J'ai toujours agi avec une intention bonne, j'espère que Dieu sera miséricordieux envers moi. » Elle disait encore : oc J'ai toujours désiré mourir ainsi; mais je craignais que cela ne me fUt pas accordé. Je vois à présent qu'on peut tout avec la gr&ce de Dieu. 7^
c Le 28 dans l'après-midi, elle eut un accès de toux accompagné d'un froid intérieur ; elle dit : c Cest la gangrène, elle m'enlèvera en vingtquatre heures. » Après un très-fort accès d'étouffement , lorsque 8. U. revint à elle et nous vit désolés à ses côtés, elle dit à Storck : c Est-ce l'agonie? — Non, répondit-il, pas encore. — C'est donc quelque chose de pire >, reprit-elle. Pendant tout ce jour et la nuit qui suivit , elle eut des accès de même violence , qui eussent pu nous l'enlever ; dans une de ces crises elle s'écria : c Mon Dieu ! cela finira-t-il bientôt ? ji Le prélat, qui était à ses côtés, croyant que ces paroles lui avaient été arrachées par la douleur, lui recommanda d'être résignée. Elle répondit : c Ce n'est pas pour moi que je désire voir finir ma soufirance, c'est pour vons tous. Je vous tue ; je vois bien comme vous soufirez. »
c La nuit du 29 fut af&euse. S. M. eut des étoufibments, pendant lesquels plus d'une fois elle faillît passer. Lorsqu'elle reprit ses sens, il nous sembla qu'elle était disposée au sommeil; comme elle voulait s'empédier de dormir, nous lui conseillâmes de ne pas lutter ; mais elle nous dit : c Comment voulez-vous que je m'endorme lorsqu'à chaque instant je puis être appelée devant mon juge ? Je crains de m'endormir, je ne veux pas être surprise, je veux voir venir la mort. » A trois heures de la nuit , elle pria l'empereur d'aller s'étendre un peu sur un canapé, et de faire appeler Maximilien , qu'elle avait eu en très-grande amitié ces derniers temps. On alla le chercher et S. M. resta une heure avec lui. A cinq heures elle demanda du café au lait, on lui en apporta et elle en but deux tasses. Nous étions tous présents. Elle voulut que l'empereur fût servi à son goût ; mais il ne pouvait manger tant il était ému. Après la messe je causai une demiheure avec elle. Nous parlâmes des moindres choses : S. M. avait les
idées aurai nettes que lorsqu'elle était en pleine santé ; sa Toix était seulement creuse et éteinte, son visage était trës-changé et portait tous les signes ayant-coureurs de la mort. S. M. me parli^ de ma retraite (1), me fit pro« mettre de ne rien précipiter et de ne pas partir en hiver. Comme j'hésitais, elle me pressa plus vivement et me fit promettre de ne pas parler la première de mon voyage à l'empereur, mais d'attendre qu'il le fît lui-même ; elle croyait qu'il voudrait me garder auprès de lui. Je lui obéis à contre-cœur; elle m'embrassa et me bénit encore. Elisabeth vint ensuite, puis Marie ; après avoir parlé à chacune de nous en particulier, elle désira ne plus nous voir entrer dans sa chambre , parce qu'elle ne vôulait'pas que ses filles la vissent mourir. Nous allâmes à l'église.
€ Pendant cette après-midi eUe parla de tout avec l'empereur en français; mais elle soufirait beaucoup de la soif, à cause de la gangrène. Durant toute sa maladie elle avait pris avec la plus grande impatience lesmédec^ines qu'on lui avait ordonnées; trois heures avant sa mort, Stôrck lui ayant apporté tme nouvelle potion, elle dit en souriant : « Je pense que ceci est destiné à me soutenir ; je ne le prendrai donc pas. > Cinq minutes ftvant sa mort, elle se leva avec violence de son fauteuil, fit quelques pas jusqu'à sa chaise longue et s'y affaissa. On retendit aussi bien que possible et elle s'aida encore. L'empereur lui dit : « Vous êtes maL.. > Elle répondit : « Assez bien pour mourir. » Elle dit à Stôrck : « Allumez le nerge mortuaire et fermez-moi les yeux, car ce serait trop demander à l'empereur. » L'empereur s'^enouilla près d'elle ; Maximilien et le prince Albert firent de même. Nous fûmes appelées , trop tard... — S. M. mourut en hér(^e chrétienne. Elle est heureuse maintenant ; mais nous , infortunés, nous avons perdu la meilleure des mères I Elle avait eu l'attention le nous défendre soit de prier auprès de son corps exposé, soit d'aller au aervioe fanèbre. Mes frères n'obéirent pas ; nous n'assistâmes, quant à nous, lii*Aîi Kreuzfeai (2). S. M. avait eu la bonté de m'envoyer deux jours ïvant sa mort son livre ordinaire de prières ; j'achetai la tasse à café dont îUe se servait journellement , et je pris aussi des reliques que feu l'empereur et elle-même avaient portées jusqu'à leurs derniers moments. »
(1) L'archiduchesse Marie- Aime se retira en 1781 dans le couvent des sœurs de Sainte- Umile 4 Klagenfurt, où elle mourut en 1789.
(2) n s'agit sans nul doute de la solennité célébrée le 9 décembre 1780 dans l'église des àngustins à Vienne par les dames de Tordre de la Croix étoUée ( Sternkreuzorden ) pour la nort de l'impératrice, leur Grande- Protectrice [ohertie Schut^rau). Les archiduchesses fiUes de Karie- Thérèse y assistèrent, ainsi que les autres dames faisant partie de l'ordre par leur laiasance. Cet ordre, fondé en 1668 par l'impératrice Éléonore , veuve de Ferdinand m, existe encore aujourd'hui.
Aux détails précis de la relation que nous Tenons d'analyser les Mémoires dil temps ajoutent quelques indications peut-être incertaines. Ils disent 9 par exemple^ que l'impératrice interrogea son médecin sur le temps qui lui restait à yivre ; comme celui-ci avait peine à s'expliquer, elle le pressa successiTement , en lui demandant si cela irait bien à quinze jours, à huit jours , en sorte qu'il finit par déclarer qu'il ne croyait pas que cela pût durer plus de quatre jours. Alors elle prit son parti , fit venir l'empereur qui, en apprenant cette déclaration, perdit connaissance, a Pour lui donner le temps de se remettre, dit alors l'impératrice, je continuerai aujourd'hui tous les actes de souveraineté, je ferai les signatures, je tiendrai le conseil, etc. » Le lendemain et les jours suivants, son fils écrivit sous sa dictée des lettres à tous ses enfants absents, particulièrement une à la reine de France , qu'on exalte, dit Bachaumont, comme un chef-d'œuvre de sagesse, de politique et d'éloquence maternelle.
Cette dernière lettre a-t-elle été réellement écrite, et où pourrait-on la retrouver?, nous l'ignorons, A n'en pas douter, des pensées et des bénédictions que Marie-Thérèse destina pendant ses derniers jours à ses filles Marie- Antoinette dut avoir une large part. Elle souhaita sans doute et espéra pour celle qu'elle appelait sa charmante reine une mort comme la sienne, paisible , digne et respectée...
Yoici en quels termes Marie- Antoinette , écrivant à son frère Joseph 11^ laissa éclater à quelque temps de là sa douleur filiale :
a Le 10 décembre 1780. Accablée du plus affireux malheur, ce n'est qu' fondant en larmes que je vous écris. Oh ! mon frère, oh ! mon ami , il m me reste donc que vous dans un pays qui m'est et me sera toujours cher Ménagez-vous, conservez- vous; vous le devez à tous. Il ne me reste qn' vous recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi ; e seraient bien malheureuses I Adieu I je ne vois plus ce que j'écris. So^^. venez-vous que nous sommes vos amis, vos alliés ; aimez-moi. Je to^ embrasse. »