‹ Marie-AntoinetteChapitre 8 sur 30 · XLV. — MAKiE-AMTOiNErra a Marib-Thi · texte numérisé non relu

XLV. — MAKiE-AMTOiNErra a Marib-Thi

Le là juillet. — Madame ma très-chère mère, Il n d'exprimer h ma chère maman l'attendrissement et

frontït!r« de Pnusc, aar la grande route qui mène do GlAti en Pnu Bohême. C'est parlA qne Yiidiric II entra en Bohémeen IT78 et pu 1 siena j eotrèrent en 186E. — Plus connu que U ville est le m&giiiflqne donné pendant la guerre de Trente luu par l'emperent Ferdinand II aa colomini. En ITSS le cMtean de Nacbod fut acheté, aree lea terre* qui duc Pierre de Conriaode ponr la somme de 1,ÎOO,000 florin! ; sa fille, L en hérita après Im ; aujourd'hui Q appartient an prince Gnillamne de ( 1) Pièce entièrement autographe, et très-probablemant da 7 jatUe

' sm dans ce moment de malheur ; mais mon plus grand tourment it la sensibilité et le cœur de ma chère maman. Je les connais et je m OB qu'elle doit souffrir ; jusqu'à son courage même, tout me fait ■dder pour elle. Dieu! que ne puis-je voler auprès d'elle! Je la reidenis^ je la verrais, je pourrais^ pour ainsi dire, partager ses 'ÉKtÊ, mêler mes larmes aux siennes! Qu'elle me pardonne ces exprima, mais elles partent d'un cœur pénétré de douleur; pourtant ide grandes espérances! Non, Dieu ne laissera pas triompher un pme aussi injuste ! La présence de l'empereur, les deux généraux neommandent, et surtout le cœur de tous les Autrichiens me donift grande confiance. J'ai eu ce matin une ^cène bien touchante le k roi. Ma chère maman sait que jamais je n'ai attribué à son ■r tout ce qui se passait, mais à son extrême faiblesse et au peu oonfianc^ qu'il avait en lui-même. Aujourd'hui donc il est venu ■ moi ; il m'a trouvée si triste et alarmée qu'il en a été touché i*aiix larmes. J'avoue que j'en étais bien contente ; cela me toute son amitié pour moi, et j'espère qu'enfin il prendra son de lui-même pour se conduire en vrai et bon allié. J'ai vu aussi Maurepaa depuis l'arrivée du courrier : je lui ai fait sentir l'indécence de la conduite de M. de Goltz dans ce pays-ci, et je l'ai persuadé d'envoyer la déclaration qu'on a faite ici, il mi mois, au chargé d'affaires qui est à Berlin , pour qu'il la pleine et entière au roi de Prusse, telle qu'on l'avait mandée et qu'elle devait être.

chère maman est trop bonne de s'inquiéter encore de ma santé. eat très-bonne, et j'ose dire que dans ce moment-ci elle ne • absolument qu'à la sienne propre. Je la supplie donc de se méy ne fbt-ce que par bonté pour ses enfants , à qui elle est si \f et de se persuader que, même pour le bien des affaires, sa 8*il est possible , est plus précieuse que jamais. Permet-elle Pembrasse tendrement ? Que je crains mais désire en même Parrivée d'un nouveau courrier !

^uiêj n juillet. — Sacrée Majesté, Depuis la date de mon derct très-humble rapport du 17 de juin, il n est rien sur\'enu de irqnable relativement à l'état de la reine, si ce n'est la pre-

de tout côté, étant plus fort de 40,000 hommes que nous; vous pouvez juger combien j'en suis affectée ! Dieu nous préserve que cette guerre finisse comme j'ai prévu son conamencement I H est sûr que la France nous a bien fait du tort avec sa cachotterie avec le roi. Nous vivions bien des torts aussi vis-à-vis d'elle, mais pas tant que cette indifférence choquante qu'elle nous marque. Je n'ose trop insister auprès de la reine, crainte de la commettre ou attendrir, verrez si cette lettre convient, alors vous la lui présenterez J il m manquerait de devoir craindre aussi pour elle comme pour sa sœ la Marie, pour l'empereur, mon fils et gendre. J'avoue que ma situa-— ^^ tion est plus qu'accablante. Je suis, etc. P. S. Pichler ne savait rien de ce courrier.

Sans date. — Je me remets entièrefnent à ce que vous recevr^^ par la chancellerie. Voilà que trop vérifiés les malheurs prévus de 1U marche en Bavière. Dieu nous préserve de ceux qui sont à prévenir encore! Notre situation est très-critique et exige un prompt remèi«. Je vous recommande de n'oublier entièrement la sûreté des Pa]^'*- Bas, en cas de besoin. Si nous retirons, conmie je le crains, le p'^ de troupes que nous y avons, il importe autant qu'à nous à la Fraim^ de ne les exposer aux incursions, ou à une perte même, sans en è*5r« d'accord. Jugez de ma situation; je ne sais comme j'existe ; il n'y* que la religion seule qui me soutient, mais à la longue je ne saur*^ le supporter.

Le \5 juillet. — Madame ma très-chère mère, H m'est impossîW^ d'exprimer à ma chère maman l'attendrissement et l'inquiétude où

frontière de Prusse, sur la grande route qui mène de Glatz en Prusse & Koniggriti ^ Bohême. C'est par là que Frédéric II entra en Bohême en 1778 et par là aoBsique les Vn»siens y entrèrent en 1866. — Plus connu que la ville est le magnifique chftteaa de Kadiod, donné pendant la g^rre de Trente ans par Tempereur Ferdinand II au prinoe Octario Pb' colomini. En 1792 le château de Nachod fut acheté, avec les terres qui en dépendent, pirlft duc Pierre de Courlande pour la somme de 1,200,000 florins; sa fille, la duchesse de Sagan, en hérita après lui ; aujourd'hui il appartient au prince Guillaume de Schaambonrg-Lippe. (1) Pièce entièrement autographe, et très-probablement du 7 jniUet 1778. Voir la pièoe précédente.

J^ Suis dons ce moment de malheur ; mais mon plus grand tourment ^t la sensibilité et le cœur de ma chère maman. Je les connais et je sens ce qu'elle doit souffrir ; jusqu'à son courage même, tout me fait trembler pour elle. Dieul que ne puis-je voler auprès d'elle! Je la regarderais, je la verrais, je pourrais, pour ainsi dire, partager ses peines, mêler mes larmes aux siennes! Qu'elle me pardonne ces expressions, mais elles partent d'un cœur pénétré de douleur ; pourtant j*ai de grandes espérances! Non, Dieu ne laissera pas triompher un homme aussi injuste ! La présence de l'empereur, les deux généraux qui commandent, et surtout le cœur de tous les Autrichiens me donnent grande confiance. J'ai eu ce matin une ^cène bien touchante avec le roi. Ma chère maman sait que jamais je n'ai attribué à son cœur tout ce qui se passait, mais à son extrême faiblesse et au peu de confiance qu'il avait en lui-même. Aujourd'hui donc il est venu chez moi ; il m'a trouvée si triste et alarmée qu'il en a été touché jusqu'aux larmes. J'avoue que j'en étais bien contente; cela me prouve toute son amitié pour moi, et j'espère qu'enfin il prendra son pftrti de lui-même pour se conduire en vrai et bon allié. J'ai vu aussi H, de Maurepas depuis l'arrivée du courrier : je lui ai fait sentir toute l'indécence de la conduite de M. de Goltz dans ce pays-ci, et ^ufin je l'ai persuadé d'envoyer la déclaration qu'on a faite ici, il J y a un mois, au chargé d'affaires qui est à Berlin , pour qu'il la Contre pleine et entière au roi de Prusse, telle qu'on l'avait mandée ^ Vienne et qu'elle devait être.

Ha chère maman est trop bonne de s'inquiéter encore de ma santé. **lle est très-bonne, et j'ose dire que dans ce moment-ci elle ne tient absolument qu'à la sienne propre. Je la supplie donc de se mé- ^^er, ne fût-ce que par bonté pour ses enfants, à qui elle est si ^^ère, et de se persuader que, même pour le bien des affaires, sa *^té, s'il est possible , est plus précieuse que jamais. Permet-elle ï^eje l'embrasse tendrement ? Que je crains mais désire en même ^Qnps l'arrivée d'un nouveau courrier !

XL VI. — Mkrcy a Marib-ThiSrèse.

Paris, n juillet. — Sacrée Majesté, Depuis la date de mon dernier et très-humble rapport du 17 de juin, il n'est rien survenu de remarquable relativement à l'état de la reine, si ce n'est la pre-

222 MEBCY A MARIE-THÉRÈSE.

miëre saignée faite à cette auguste princesse, ainsi que je le mandat le lendemain au secrétaire du cabinet de V. M. Depuis cette précau-^ tion prise, la reine n'a plus ressenti les pesanteurs de tête et les lé^ gers étourdissements qui avaient été occasionnés par une trop grand^ abondance de sang. S. M. mange maintenant beaucoup plus que le passé, et, faisant moins d'exercice, a eu à différentes reprises d petits embarras d'estomac , mais qui n'ont été d'aucune conséquen Le fond de la santé de la reine n'a jamais été meilleur ; son vis ne change point, et elle n'éprouve aucune incommodité de sa gt^y^ sesse. Il n'y a eu presque aucune représentation à lui faire sur Js partie du régime qui tient aux promenades ou à tout autre genre d'exercice ; mais il n'en est pas de même sur d'autres points. Dès la fin du voyage de Marly, le jeu avait repris à la cour, et cet inconvénient a considérablement augmenté dans ces dernières semaines, (k s'est remis à jouer très-gros jeu; la reine y a perdu en peu de jours 1,400 louis, et les veillées ont été souvent prolongées jusqu'à deux et trois heures du matin. Comme les principaux acteurs du pharaon seront bientôt dans le cas de devoir se rendre au camp de Normandie , il est à espérer que ce dangereux amusement se larlentira; d'ailleurs, après le demi-terme de la grossesse de la reine, il y aura des petits voyages à Choisy et des spectacles à la cour, ce q*^ pourra faire diversion aux jeux de hasard.

Depuis un mois la reine, vivement sollicitée pour plusieurs s'est prêtée aux instances de ses favoris et favorites beaucoup delà de ce qui eût été à désirer, et particulièrement dans un obj qui excitera beaucoup de dégoût et de jalousie quand il sera pubUq ment connu. Le duc de Guines, toujours si particuUèrenK protégé par la reine, a désiré que sa fille épousât le fils unique marquis de Castries. Une des premières conditions de ce mariage ^ été que le roi daignerait doter l'épouse d'une somme de cent mill* écus. Cette demande, présentée par la reine, et fortement appuya par S. M., a cependant été combattue par le ministre des finance^; qui a objecté les besoins présents de l'État et l'embarras dans 1^ moyens d'y suffire. Le duc de Guines a capitulé en réduisant sa demande de moitié , les refus ont subsisté, et le crédit de la reine est encore actuellement occupé à les vaincre ; mais une grâce d'un autre genre a souffert moins de difficulté , et cette grâce a été d'obtenir la promesse d'un titre de duc héréditaire pour le marquis de Castriea,

qui n'était guère dans le cas de pouvoir aspirer à cette illustration. Le roi 7 répugnait fortement ^ et il a fallu pour le déterminer toute la vivacité que la reine a mise à cette demande. Dès le premier moment j'en avais représenté les inconvénients et les conséquences ; mais les raisons les mieux motivées n'ont eu aucun succès.

Le public se persuade que, dans le cas de la naissance d'un dauphin, le duc de Guines sera choisi pour gouverneur des enfants de France ; il est cependant bien certain que la reine daigne m'assurer qu'elle persiste dans la sage résolution de ne se décider pendant plusieurs années sur aucun choix qui ait trait & l'éducation à venir de ses augustes enfants.

La bonne intelligence continue à subsister dans Tintérieur de la

fiunille royale ; mais il y a à cet égard des nuances qui méritent

d'être observées. Depuis quelque temps il n'est sorte de soins que

ne se donne Madame pour s'attirer plus particulièrement l'amitié et

la confiance de la reine. L'empressement de consulter S. M. dans

toates les occasions, de paraître déférer à ses avis, et de lui faire les

confidences les plus intimes, sont les moyens que Madame emploie

avec succès. La bonté du caractère de la reine la rend sensible à ces

sortes de démonstrations ; je tâche de lui représenter qu'il y a une

juste mesure à garder entre trop de défiance et trop de facilité à se

iVrer. En revenant sur les temps passés , je trouve des exemples con-

^ncanta et qui prouvent la nécessité de cette mesure. La reine n'a

PQ en disconvenir, et je ne cesse de la supplier de vouloir bien y

*ii*6 attention. M™" la comtesse d'Artois suit l'exemple que lui donne

^ Bœur ; mais il y a de sa part moins d'inconvénients à prévoir en

f^ÎBon du caractère très-apathique de cette princesse et de son peu

^^prit. Monsieur n'est pas moins attentif à faire sa cour à la reine ;

" ^U est beaucoup mieux traité que ci-devant. Quant à M. le comte

^Artois, les occasions de jouer gros jeu sont pour lui des moyens de

^ rendre agréable, et il est naturellement porté à en profiter.

De tout ce qui compose la société intime et particulière de la reine, ^^t toiyours la comtesse de Polignac qui jouit de plus de faveur , et du plus de temps à passer auprès de sa souveraine. La princesse de Lamballe n'est plus que tolérée, et presque toujours avec ennui.

Au conmiencement du mois la reine a donné successivement deux petites fêtes à Trianpn ; elles ont consisté en différents petits divertissements répandus dans les bosquets de ce château , et en un spec-

tacle après le souper. Le roi parait se plaire à ce genre d'amusement, quoiqu^il lui occasionne des veillées qui ne s'accordent pas avec son régime ordinaire.

L'abbé de Vermond a fait quelques voyages à Versailles et y est resté plusieurs jours de suite. On avait débité dans Paris sa prétendue disgrâce à la cour, et Ton ajoutait à ce bruit des circonstances aussi absurdes que fausses. Elles ont été bien démenties par les marques de bonté de la reine envers l'abbé ; il passait matin et soir des heures entières dans le cabinet de S. M., qui n'a pas cessé im tant de lui témoigner la même confiance que par le passé. L'abbé d Vermond est maintenant à son abbaye pour ses affaires particulières et à son retour, qui sera vers la fin du mois, il fera de temps à au des séjours à Versailles quand le service de la reine l'exigera.

Mes dépêches d'office contenant tout ce que j'ai été dans le d'exposer à la reine en matière d'affaires , ainsi que les démarch^^ de cette auguste princesse sur ces mêmes objets , je crois devo» ^ omettre d'en répéter ici les détails.

Le courrier mensuel m'ayant remis le 10 au soir les ordres ^e V. M. en date du 30 de juin, j'ai été le lendemain matin présenC^cr à la reine les lettres qui lui étaient adressées. Je présume que c&t;te auguste princesse témoignera dans ses réponses combien elle a été émue du compte que je lui ai rendu de l'état actuel des affaires, et qu'elle ajoutera quelques circonstances dont je ne suis pas encore informé au moment où j'écris, ayant cru devoir, par circonspection, ne pas trop me montrer à Versailles dans un moment où j'aurais pu être soupçonné d'exciter la reine à des démarches que je l'ai vue résolue de tenter, et dont elle exposera sans doute l'issue à V. M.

XLVIL — Mercy a Marie-Thérèse.

17 Juillet, — Sacrée Majesté, Quoique la reine soit constammeiB animée d'un vif désir et d'un vrai zèle de se rendre utile à son tH guste maison, je la vois souvent embarrassée, et en quelqi^ ftçw -découragée par les obstacles qu'elle rencontre à effectuer tout ce q' serait désirable dans les circonstances présentes. Ces obstadesc deux causes : la première est que la reine, encore peu habituée f Affaires, n'en sait point assez les détails; elle généralise ses mandes sans les appuyer sur les raisonnements politiques qui

If

:Mieraient toute la force à ces mêmes demandes, et la moindre objeciion faite par les ministres reste sans réplique, malgré les précautions que je prends pour suggérer les moyens d'y répondre. La seconde cause provient de l'extrême timidité du roi, qui s'est tellement laissé subjuguer par le comte de Maurepas qu'il n'a ni la volonté ni la force de marquer à ce ministre une opinion propre sur les affaires. Ce double inconvénient a des conséquences bien f&clieuses pour le moment présent, et en aurait pour l'avenir dans tout ce qui intéresse la reine, si die ne s'occupe pas sérieusement à y remédier. Le moyen le plus efficace serait sans doute de tâcher de donner au jeune monarque plus de nerf et de volonté. Cela ne serait pas impossible à la reine ; mais pour y réussir, il faudrait plus de méthode et de suite qu'elle ne paraît disposée à en employer. Un autre expédient bien plos facile serait celui de s'attacher le comte de Maurepas, et j'ai prouvé à la reine jusqu'à l'évidence qu'elle en aurait tous les moyens. Le roi lui-même concourrait à les procurer; il ne s'agirait que de flatter un peu l'amour-propre du vieux ministre par des démonstrations d'affection, de faveur et de confiance. Naturellement vain , faible et timoré, le comte de Maurepas serait depuis longtemps aux ordres de la reine s'il avait pu espérer auprès d'elle un appui solide ; xcàais jamais la reine n'a voulu le réduire, ni par la force, ni par les bons traitements. Elle s'est toujours tenue dans une sorte de conti^aste qui aliénait le ministre, et qui ne suffisait pas pour l'intimider. Voilà en grande partie la vraie cause du peu de moyens qu'il y i^ eu jusqu'à présent d'effectuer ici ce qui aurait été le plus utile au «rvice de V. M. Je viens de faire à cet égard les plus fortes repré- «ntations à la reine , et je dois soimiettre aux hautes lumières de M. l'usage qu'elle jugera peut-être à propos de faire de ces remarues vis-à-vis de son auguste fille.

n m'est évidemment prouvé que cette conduite de la reine envers ^ principal ministre est l'effet des insinuations du parti du duc de ^IJhoiseul, qui verrait avec trop de peine le comte de Maurepas en nne mesure auprès de la reine, tandis que le parti susdit a touourç cherché à se servir du crédit de S. M. pour fronder le vieux ^^ninistre'; et c'est ainsi que des intrigues particulières ruinent le T)ien du service de la reine, en faisant par contre-coup un grand tort Il celui de V. M.

Le coacyuteur de Strasbourg, qui a pris le nom de cardinal de

lU. 15

Guéménée (1), est tonjonrs un personnage très-suspect à la reine ; il fie donne tous les mouvements possibles pour se procurer un accès favorable auprès de S. M., mais elle est bien décidée à ne point changer d'opinion sur ce prélat ; il a auprès de lui comme homme de confiance cet abbé Georgel que je crois un des plus dangereux intrigants qui existent. Il s'est interné chez le comte deMaurepas et a de fréquents entretiens avec ce ministre dans son cabinet. Une particularité bien remarquable , et que la reine a daigné me confier, c'est que le roi lui a parlé, il y a peu de jours, de cet abbé Georgel dans les termes de la plus grande indignation , en disant qu'il désirerait bien que cet ecclésiastique fût chassé de la cour. Le roi ne s'est point expliqué sur les motifs de ces propos , et malheureusement la reine n'a rien fait pour les éclaircir. S. M. soupçonnait cependant qu'elle pouvait entrer pour quelque chose dans cette confidence du roi, et que cet abbé Georgel pourrait bien être l'auteur de propos défavorables à la reine. Il suffit que cet ex-jésuite soit un des fidèles de la comtesse de Marsan pour exiger que l'on observe ses manœuvres. La comtesse susdite , qui a le caractère le plus implacable et le plus audacieux, est aussi ulcérée contre la reine qu'elle est attachée de tout temps à Monsieur. J'ai exposé là-dessus de sérieuses réfiexions à faire, et la reine m'a paru en sentir les conséquences, surtout dans la conjoncture présente ; pourvu que la reine s'observe vis-à-vis de Monsieur et de Madame, il n'y a rien de bien dangereux dans les menées que pourraient tenter leurs partisans, et j'y veillerai d'ailleurs de si près que rien ne pourra m'échapper à cet égard.

Sur ce que V. M. daigne me marquer dans sa très-gracieuse lettre du 30 de juin, j'observerai que la prétendue brouillerie de l'abbé de Vermond avec la princesse de Lamballe est une histoire absurde qui a été débitée dans Paris , que la reine a sue et dont elle s'est amusée ; il n'y a d'ailleurs pas l'ombre de vérité à ce conte (2).

Relativement à l'ordre que V. M. daigne me donner d'éviter tout ce qui pourrait compromettre la reine en matière d'aflaires, je dois m'en remettre aux très-humbles remarques que j'ai déjà exposées

(J) Ce n'est point ce nom qui lui est resté dans l'histoire , mais celai de cardinal de Rohan.

(2) Voir ci-dessus la lettre XLI.

dans mes rapports précédents, et, vu Pensemble de la position de la reine, elle est en état d'effectuer beaucoup de bien sans que y. M. ait à prévoir ni à craindre le moindre inconvénient ponr son auguste fille, et je veillerai d'ailleurs avec une extrême attention à cet article important.

Mon très-bnmble rapport était écrit jusqu'ici , lorsque le courrier extraordinaire arrivé le 13 m'a remis le très-gracieux billet de main propre qne V. M. a daigné m'écrire en date du 7 (1). A l'instant même j'envoyai l'incluse à la reine, en écrivant à S. M. que, l'événement dn moment prévalant à tontes réflexions antérieures, je croyais devoir me rendre à Versailles et que j'irais prendre les ordres de la reine le mercredi après avoir vu le comte de Vergennes, qui était alors à Paris.

Ma dépêcbe d'office expose l'audience de sept quarts d'heure que j'ens chez la reine, et ce qui s'y passa d'intéressant sur les affaires (2), il ne me reste qu'à ajouter ici quelques particularités qui ne peuvent être déduites qu'à V. M. seule.

Jamais je n'ai vu la reine si oppressée, et, avec un épanchement

(1) (Test le billet qui annonçait le commencement des hoBtilités entre T Autriche et la Pnme.

(S) Dans cette dépêche d'office, Mercy, rendant compte de son entrevue, dit qu'il troura la

reizie en larmes. Elle lui dit que l'inyasion du roi de Prusse en Bohême était le sujet de

Km. chagrin, mais qne son émotion était accrue par im entretien qu'elle venait d'avoir

av^ec le roi ; celui-ci était arrivé ^ elle les yeux mouillés de larmes, lui déclarant qu'il ne

povKTdt supporter de la voir en si grande inquiétude , qu'il voulait faire tout au monde

apaiser sa douleur, qu'il y avait toujours incliné , mais que ses ministres l'avaient

a , le bien de son rojraume ne lui permettant pas de faire plus qu'il n'avait fait.

Ysise, par une longne déduction, prouva alors au roi que son honneur et sa gloire

lui prescrivaient de tout autres mesures contre le roi de Prusse. Le roi n'y contredit

. Dans la même dépêche, Hercy rend compte encore du récit que lui fit la reine d'une

'^'^s^evoe qu'elle avait eue avec Maurepas. « Celui-ci ayant voulu recourir à ses subterfuges

"^^^iaaires, la reine , élevant la voix, lui dit : Voici , monsieur, la quatrième ou cinquième

^%m que je vous parle des affaires, vous n'avez jamais su me faire d'autre réponse ; jusqu'à

P^^^ttent j'ai pris patience , mais les choses deviennent trop sérieuses, et je ne veux plus

"apporter de pareilles défaites ; puis aussitôt, se rappelant ce que lui avait dit Mercy,

*^^ exposa tonte la suite des événements depuis le commencement de l'affaire, et montra

^Kkiment la France s'était prêtée aux cajoleries du roi de Prusse et, au lieu de le retenir,

^^^^t rendu, s'il était possible, plus opiniâtre, -i- Maurepas, surpris d'entendre la reine parler

'^^Q tant de vivacité et de connaissance de cause, se confondit en excuses et en protesta-

7^^*^^ de dévouement, n En recevant de la reine la confidence de cette conversation, Mercy

^^Cftgea à agir avec plus de condescendance envers Maurepas, de peur de l'aigrir, mais il

tixonva peu inclinée à suivre cet avis ; elle lui répondit d qu'elle trouverait de la bassesse

Yt^ontrer de la bonté envers un homme dont elle était mécontente j>,

là.

228 MEBCT A MARIE-TUÉBÈSE.

de confiance et de bonté, elle daigna me dire qu'elle voulait me faire sa confession générale, et partant de là elle me parla de ses amusements, de ses sociétés et généralement de tous les détails de sa vie privée, m'ordonnant de lui dire mon faible avis sur chaque article et sur chaque individu. Je m'en acquittai avec zèle, et cette matière me conduisit à des remarques si étendues, si motivées et variées qu'il serait impossible de les exposer à Y. M. dans un simple rapport. Je déclamai beaucoup contre le jeu, j'analysai les vues et la conduite des favoris et des favorites , je passai aux intrigues de cour et je n'omis pas un seul point intéressant au service de la reine. Elle daigna m'écouter avec des marques de bonté extraordinaires, et ajouta que la tristesse où elle se trouvait lui devenait un moment favorable à faire des réflexions sérieuses sur sa conduite à venir, et qu'enfin elle sentait la nécessité de s'y décider.

Ce même jour la reine devait donner au roi, à Trianon, une petite fête dont les apprêts étaient déjà formés. Elle daigna me dire qu'elle venait de contremander cette fête, ne pouvant supporter l'idée des amusements tandis qu'elle ne pouvait que partager les peines et les inquiétudes de V. M. La reine versa des larmes en tenant ce propos, et en parlant de S. M. l'empereur, de M*' l'archiduc, et de S. A. IL M"* l'archiduchesse Marie, prenant part à ses alarmes sur S. A. R. M*"* le prince Albert, son époux.

La reine voulait en même temps ne plus paraître à aucun spectacle à Versailles et se refuser à tout amusement tant que les circonstances critiques présentes dureraient. J'observai à S. M. que la première pensée, de contremander la fête de Trianon, me paraissait bien placée et raisonnable, mais que, dans les démonstrations d'une juste sensibilité, je croyais qu'il y avait une mesure à garder ; qu'en s'abstenant de toute fête et de tout ce qui annonce la gaieté, la reine marquerait avec raison aux yeux du public son vif et tendre intérêt pour son auguste maison, mais qu'en se renfermant dans une douleur solitaire, elle marquerait de l'abattement ; que son état de grossesse exigeait même un peu de dissipation nécessaire & la santé, et que ce serait augmenter les inquiétudes de V. M. que de lui donner des sujets de crainte à cet égard. Je fus obligé d'insister beaucoup avant de parvenir à modérer des résolutions qui auraient pu devenir très-dangereuses à la santé de la reine. Je ne présume pas que sa lettre contienne rien à ce sujet ; mais je suis bien sûr

[ue ce serait grande satîsfisuîtion pour cette angaste princesse, si ^. M. daignait loi faire connaître qu'elle a été informée par mes raports de la suppression de la fête de Trianon, et des marques de la ensibilité et de la tendresse la plus touchante que la reine a don* ées dans ces circonstances envers Y. M.

lia reine me demanda ensuite sous quelle forme elle pourrait sndre compte à V. M. de ses dernières conversations avec le roi. Je pondis qu'il n'y avait qu'une seule manière, et que c'était d'exposer [en exactement tout ce qui s'était passé ; mais la reine m'objecta l'elle répugnerait un peu à faire voir à V. M. jusqu'à quel point le i s'est laissé subjuguer par son principal ministre, et qu'elle avait une à parler de cette faiblesse de son auguste époux. Je repli* xai que cette délicatesse était digne de la belle âme de la reine, lais que, quand il s'agissait de s'expliquer vis-àrvis de son auguste .ère seule , il ne pouvait et ne devait exister de retenue ni le moindre' îTopule à épancher le fond de son cœur. La reine parut bien conlincue de cette vérité ; j'ignore cependant le degré de précision i^elle aura mis dans sa lettre à Y. M.

D'après ce que je viens d'exposer, il est à présumer qu'il y aura quelae parti à tirer de cette cour; à cet égard l'ardeur de mon zèle est Qcore plus vivement excitée par la vraie douleur et l'inquiétude ne me causent les peines personnelles de V. M., et par l'extrême onté avec laquelle elle daigne m'en parler. Le ciel bénira sa juste Bwse contre une agression aussi atroce, et de bonnes mesures, soumîmes avec ce sublime courage dont Y. M. a donné tant de preuves ans le cours de son glorieux règne, procureront une issue heureuse

des conjonctures si critiques.

XLYIII. — Marie-Thiîrèse a Mercy.

^Aanbrunn, 31 juillet. — Ceci est pour votre information seule et l^e vous me renverrez par le premier courrier ; selon ma juste con- ^•ï^ce dans votre zèle et discrétion, quoiqu'il m'en coûte de vous le 'ounnuniquer (1). La persuasion où j'étais, depuis le premier moment

(') ^Carie-Thérèse, déseepérant da succès de la guerre, s'était décidée à entamer directe- If^t luie négodation avec Frédéric II ; le baron de Thugnt était parti le 18 juillet de '^'^ duurgéde ses propositions, et arrivait le 17 an camp du roi de Prusse. Prévoyant que

230 MARIE-THÉRÈSE A MERCT.

de cette malheureuse a£faîre^ qui a été traitée bien différemment de ce que Kaunitz et moi traitions ci-devant les affaires, et nous attirera les plus grands malheurs , fait que depuis six mois je ne suis plu9 entrée en rien. Ce n'est que depuis l'entrée du roi de Prusse en Bohême , et depuis les copies de ses lettres, que ma tendresse a été ébranlée, croyant nonnseulement devoir sauver la monarchie, mais tirer d'affaire mon fils avec honneur ; ne fiiisant ou ne me passant aucune réflexion sur moi de ce pas délicat, qui m'a même coûté à faire* Vous verrez comme j'en ai été récompensée , et je vous avoue que j'en suis si accablée qu'il ne serait étonnant que je succombe. Je suis à la vérité accoutumée d'être toujours contre* dite et que rien qu'on propose n'est jamais approuvé, ce qui fait que toutes nos négociations et actions sont toujours si décousues que rien ne tient à l'autre. Je n'ai pas fait ce pas de ma tête seule ; Kaunitz l'a proposé pour me consoler, et je me serais moi-même jetée aux pieds du roi si j'avais pu obtenir la paix. Vous verrez malheureusement ce qui en est suivi et que je me vois frustrée de toutes mes espérances.

J'aurais arrêté ce courrier jusqu'au 8, où j'aurai une réponse de l'empereur sur ma dernière ; mais cela aurait dérangé là tout et aurait pu découvrir mes intentions ; car même Kaunitz ne saura jamais que je vous en ai écrit, et vous ne pouvez faire usage vis-èrvis de personne que de ce qu'on vous prescrira par les dépêches de la chancellerie. Je dois encore vous confier que l'empereur a fini depuis six semaines toute correspondance avec Kaunitz et qu'il se l&che trèsfortement contre lui. Je ne sais la raison, mais j'en suis fiSLchée ; cela abat le prince ( 1 ), et Binder l'est déjà depuis longtemps. Je n'ai d'autre

BOD filfl serait contraire à cette tentative, l'impératrice ne lui en fit part qu'après le dé> part du négociateur, par une lettre datée du 18. « Ayant commencé cette besogne, disaitelle , je l'achèyerai selon ma tête , car il s'agit de tous et de la monarchie... ma vleiUe tète grise peut supporter tout , on peut la charger de tout le blâme. ]» Joseph II éprouva un Tentable désespoir de cette démarche, qu'il qualifia comme « la plus flétrissante qu'on eût pa imaginer w. Lettre du 16 juillet. Le roi de Prusse rejeta les propositions de l'impératrice, en fit d'autres qui ne furent point acceptées, et les négociations furent complètement rompues au milieu d'août. -^ L'impératrice avait envoyé à Mercy la copie d'une lettre de l'empereur ; c'est à cette communication que se rapportent ici ses premiers mots. Pour toute la correspondance entre Marie-Thérèse et son fils, nous renvoyons encore au tome II de Maria Thtrtna und Joseph 77, par A. d'Ameth.

(1) Le prince de Kaunitz. — Binder était, auprès de Kaunitz, sous-chef de la chancellerie d'État.

ministre ni conseil , et je sois à plaindre et ne sais comment sortir de tout ceci. Je le saurais bien si on était dans d'autres circonstances, mais dans ce moment on ne saurait y penser.

Je dois seulement ajouter, pour votre information , que depais un mois Fempereur et ses quatre maréchaux , le prince Albert , Hadik, Lacy et Laudon sont d'avis que nous sommes inférieurs au roi avec les Saxons, de 40,000 hommes, qu'avec nos armées de 180,000 hommes, nous ne pouvons tenir la défensive et empêcher que le roi ne s'établisse l'hiver en Bohême ou Moravie, et pendant ces mois d'été ne pille et dévaste nos bonnes provinces, nous ôtant toutes nos ressources en hommes, vivres et argent. Si ces messieurs avaient voulu dire cela en avril, et même en mai, on n'aurait pas laissé aller les choses si loin et rompu la négociation ; mais alors ils faisaient les ooortisans, et nous voilà dans l'embarras, car on ne pense pas moins ^ae d'abandonner Prague et toute la Bohême en se mettant derxiëre l'Elbe à Kolin , sur le grand chemin de Vienne , et cela sans Avoir encore le moindre échec. Cela fait bien honneur au prince Oharles et à Daun (1), qu'on appelait des gens peu entreprenants ; soutenaient au moins les choses.

X'autre est si vous croyez, et comment, former une médiation venir à la paix, si on pouvait compter sur la France, si on dej mêler la Bussie en même temps, ou l'empire ; on souhaiterait on pût le faire déclarer neutre pour que les catholiques , qui sont avec les Prussiens et qui ont des troupes, ne se joignent à lui, co-ximieles Saxons, qui l'appellent ReicAs^Executions-Armee. Les Ha- ^ovriens se tirent actuellement ensemble à Mûhlhausen, les Hessois ^^ outres petits princes saxons de même. La chose va trop loin, nous ^^ons négligé tout le monde, nous ne disons rien et le roi prévient ^Xi^t le monde par ses écrits, cajoleries et émissaires grands et petits, ^ojons seulement tout ce qu'il prévient et ménage vis-à-vis de la ^i^nce, et nous restons toujours les bras croisés ! Autant que j'aime ^ estime le prince Kaunitz, autant sur ce point je me suis souvent ^i^utée à vouloir le pousser ; mais vous connaissez ce grand homme , ^ ^^ sur ce point qu'il est plus que faible et ne saurait se changer : ^ ^«t contre son naturel. La faiblesse de Binder depuis une couple

Clj Le prince Charlef et le maréchal Daun, dont Marie-Thérèse rappelle ici le souyenir, **>'mandaient les armées autrichiennes pendant la guerre de Sept ans.

d'années y contribue encore pins. Je dois rendre justice que Kaunitz travaille plus à cette heure, lui seul, qu'il n'a fait ci-devant, mais pourtant pas assez pour la besogne. Il n'a personne dans ses bureaux, des honnêtes gens, mais ni tête élevée, ni science : routine et bonne volonté, mais point de conseil.

Je suis i&chée de devoir vous, faire ce tableau effrayant, mais il fallait que vous soyez au fait pour pouvoir me conseiller ; je l'attends avec empressement.

Schonhrunn, 3 doût. — Madame ma chère fille, Personne n'était plus impatiente que moi de vous envoyer xm courrier sur notre situation ; mais malheureusement les choses ont traîné et paraissent encore peu favorables à venir à cette fin que j'ai tant désirée, pour tirer promptement l'empereur et mes fils de la cruelle situation où ils se trouvent, et qui a augmenté encore par la jonction des Saxons , qui sont 30,000, et par là causent au roi une supériorité de 40,000 hommes sur les nôtres et nous obligent à la défensive. Tant que nous pouvons garder les deux endroits, du côté où le roi se tient depuis un mois , et de Zittau à Aussig du côté du prince Henri, il n'y a rien à craindre (1) ; mais il ne peut rester plus longtemps ainsi. Alors, le pays étant dégarni de toute forteresse, il peut nous tourner et forcer, ayant la supériorité , et notre retraite sera de nouveau vers Kolin, conmie l'année 1767 avant la bataille qui a sauvé Prague. J'avoue que cette perspective est des plus désolantes. D'abandonner tant de pays et ressources à l'ennemi, qui ne £ût que piller partout, et nous priver en même temps de bien grandes ressources, et voir nos bons sujets foulés I J'attends encore xme réponse en peu de jours , qui doit éclaircir nos espérances ou craintes, et je n'ai pas voulu arrêter plus longtemps ce courrier, comptant vous envoyer un autre d'abord que je verrai plus clair ou que les choses changeront. En attendant, nous ne pouvons assez remercier Dieu que la santé de vos deux frères se soutient, et le prince Albert se remet

(1) On a vu plus Imat ( pièce XLIII } que Frédéric II était entré à Nachod, au N. E. de la Bohême. — Zittau est une petite ville de la Saxe royale, en Haute Lusaoe, au S. E. de Bautzen, et par conséquent voisine de la frontière orientale de la Saxe. Aussig est dans le cercle de Leitmeritz, en Bohême, Fur l'Elbe, et un peu an N. de Prague.

on peu lentement à cause des fatigues et du peu de repos, mais pourtant bien, grâce à la china (1).

Ce que vous me mandez d'un entretien avec le roi m'a tiré les larmes de consolation, mais encore plus ce que Mercy me marque de Yos chères larmes, et combien tous étiez touchée. Je reconnais bien ce cœur admirable de ma chère Antoinette I L'idée de ne vouloir plus intervenir aux spectacles est bien touchante à votre âge et dans un pays où on croit ne pouvoir vivre sans cela ; mais je vous prie de suivre le conseil là-dessus de Mercy. On peut être triste, mais jamais abattue. Notre cruel ennemi en jouirait bien ; plus que les circonstances sont critiques , et plus on doit se soutenir pour pouvoir prendre les moyens nécessaires. Je ne puis vous exprimer ma consolation, combien la fête contremandée à Trianon vous a fait honneur dans toutes les lettres particulières ; surtout Breteuil en a eu une joie très-vive et Ta bien débité partout. Votre état de grossesse, qui me cause tant de consolation , exige que vous ne vous laissiez pas aller aux tristes idées , je vous conjure ; on incline sans cela dans cet état à la fin à im peu de mélancolie. Espérons en Dieu, qu'il ne nous abandonnera pas et nous tirera tout d'un coup de cet état dang^ereux. Je souhaiterais bien que votre santé fîlt si robuste que la mienne ; mais vous me dites si agréablement que la vôtre ne tient absolument qu'à la mienne que j'en aurai tout le soin et plus que je n'en ai eu jusqu'à cette heure.

Schimbrunny 6 août. — Madame ma chère fille, Mercy est chargé de ^ons informer de ma cruelle situation , comme souveraine et comme ^^re. Voulant sauver mes États de la plus cruelle dévastation, je dois, ^^^te qu'il coûte , chercher à me tirer de cette guerre ; et comme ^ère, j'ai trois fils qui ne courent pas seulement les plus grands dan- 8^*8, mais doivent succomber par les terribles fatigues, n'étant ac- ^^^Hitomés à ce genre de vie. En faisant à cette heure la paix, je m'at- ^^e non-seulement le blâme d'une grande pusillanimité, mais je ^^nda le roi toi:gours plus grand , et le remède devrait être prompt. ** *voue , la tête me tourne, et mon cœur est depuis longtemps déjà

( 1 } An quinquina.

entièrement anéanti. Mais ne craignez pas pour ma santé, elle est bonne et je la conserve pour Tamour de vous, mais je suis afiSigée. Le commencement de la campagne n'est pas heureux. Le prince Henri étant entré de tous côtés de la Saxe avec force, Laudon n'a pas cru pouvoir lui tenir tête, s'est replié jusqu'à Kosmanos derrière l'Iser, et par là donne cinq cercles les plus beaux à l'ennemi, qui ne fiût que piller (1). Nous avons fait même dans cette retraite de petites pertes par-ci par-là, mais il a voulu se mettre au niveau de la grande armée, pour se donner la main. Mais il y a à craindre que œlle^i même ne pourra guère plus se soutenir dans son poste avantageux, l'ennemi venant de deux côtés à ses flancs ; alors les choses prendront une tournure assez délicate et je vous recommande de soutenir Mercy pour sauver votre maison et vos fières. Je ne demanderai jamais rien au roi qui puisse l'attirer dans cette malheureuse guerre, mais des ostentations, de nommer ou rassembler des régiments et généraux pour venir nous secourir, en cas que les Hannovriens et autres se mettent avec nos ennemis. U ne convient pas à la France que nous devenons subjugués à notre cruel ennemi. Elle ne trouvera jamais un ami et allié plus sincèrement attaché pour le fond que nous : pour les dehors, attentions et cajoleries, j'avoue, en cela nous sommes toujours en défaut. Je suis doublement agitée, craignant votre trop de sensibilité dans l'état présent. Je vous conjure de vous ménager, de vous ranimer et ne vous abandonner. Le bon Dieu aura pitié de nous, et nos alliés nous aideront à nous tirer d'affaire avec honneur. Je vous embrasse.

Versailles, 14 août. — Madame ma très-chère mère. J'ai passé d'abord quinze jours dans la plus cruelle inquiétude, ne recevant point de nouvelles. Je me figurais toute sorte d'horreurs. L'arrivée des courriers, que j'attendais avec tant d'impatience, n'a fait qu'augmenter mes alarmes et la cruelle incertitude qui me dévore. Mais puis-je

(1) Le (eld-maréchal de Landon 8*était illustré dans la guerre de Sept ans. Dans la campagne présente, il rendit après tout un grand service, en empêchant la jonction de l'armée du prince Henri avec celle qui était commandée par Frédéric II. — Kosmanos est au K. de la Bohême, un peu au N. de lung-Buntzlau , sur Tlser, affluent oriental de TElbe , au K. E. de Pra^e.

penser à mes maux, quand ma chère maman est dans une si affreuse situation I H est vrai que, depuis trois semaines, ce point de vue anéantit et al)8orl)e tous mes autres sentiments.

Je m^étais décidée hier à engager le roi à offrir sa médiation; pour le décider, j'avais préféré de l'aller trouver dans le moment où je le «avais avec MM. de Maurepas et de Yergennes. Nous venions d'entamer l'affaire, et le roi paraissait déjà très-bien disposé, lorsque les dépêches du baron sont arrivées ; elles ont été lues en ma présence. Je ne cacherai pas à ma chère maman que M. de Maurepas &isait de temps en temps des difficultés sur les dépêches du baron. On a été étonné du changement pour les margraviats (1); il me semble que le soir Mercy a bien éclairci cet article avec M. de Verdîmes. Quoiqu'il reste aux ministres , surtout & M. de Maurepas , vm peu de cette maudite peur qui a fait tant de mal & nos affaires , il convient cependant (et pour ce point c'est bien le roi qui a donné '€ ton) que les choses sont bien changées, et que le roi de Prusse A-ura tout le tort si, malgré les propositions de ma chère maman, il XI e consent pas à la paix. En conséquence, dès lundi prochain, M. de Vepgennes doit écrire d'une manière très-positive au chargé d'af- ^^îres à Berlin. Ils pensent aussi à envoyer un négociateur en AUele. Je crois être venue à bout d'écarter M. Odune, que Mercy 'lidit ne pas convenir. Le grand point est de faire tenir à nos mi- ^^tres le langage véritable de l'alliance ; ils le promettent, mais il y Cinra à y veiller et à batailler plus d'une fois, si cette malheureuse ^ffa.îre ne se termine pas tout de suite. J'ai une grande consolation ^e ce que le roi y est bien porté de cœur et d'ftme.

J'ai un grand bonheur que, ma grossesse se trouvant dans un si af-

Cl) n a*agit des margraTiato d' Anspach et de Ba3rreath, qui appartenaient à des branches ^^^ttes de la maison de Brandebourg. Un traité conclu entre Frédéric II et les deux mar- ^'^^«s aTait réglé que, dans le cas probable de Textinction de leurs familles régnantes, ces ^^ïgrayiats seraient réunis & la Prusse. L'Autriche Toyait avec déplaisir cette annexion, ^^ ferait augmenter l'influence de la Prusse dans le sud de TAUemagne ; c'est pourquoi Ma- ^^tbézàse , dans la négociation qu'elle venait d'entamer avec Frédéric II, en proposant de ^^'^œr aux avantages que l'Autriche avait espérés en Bavière, demandait conmie compen- ^^on que la Prusse renonçât à la succession des margraviats, et que cette succession fût ^*v»ée A un prince puiné de la maison d'Autriche. Frédéric alors, par un revirement inat- ^^u et qui causa l'étonnement dont parle Marie -Antoinette, proposa d'abandonner la suc- ^^""îon des margraviats à la Saxe, qui céderait k la Prusse la haute et la basse Lusace. La ^^ ne se prêta pas à cette combinaison. La paix de Teschen confirma à la Prusse ses droits ^'^«s margraviats.

freux moment y ma santé est toujours très-bonne. Mon en&nt a donnrr: le premier mouvement le vendredi 31 juillet, à dix heures et denu__ du soir ; depuis ce moment il remue fréquemment, ce qui me une grande joie. Je ne peux pas dire à ma chère maman combi^ chaque mouvement ajoute à mon bonheur. Depuis ce temps je «K^i beaucoup grossie, et plus même qu'on ne Test ordinairement à cin^ mois. Je ne mérite certainement aucun éloge pour la fôte de Trianos; il m'aurait été bien impossible d'y avoir une contenance. QuelquesE joivs après je me suis remise au train ordinaire. Ma tète ne suffirait pas aux réflexions qui m'accablent ; il est encore vrai qu'elles sontr nécessaires pour dérouter les conjectures et les raisonnements. Par le moyen des philosophes et des intrigues de toute espèce, le roi de Prusse est venu à bout de se &ire un grand nombre de partisans, et je me trouve obligée dans certains moments de montrer on visage gai, n'en ayant asssurément ni sujet ni envie. Nous allons passer huit jours à Choisy ; je n'ai pas cru devoir m'opposer aux deux spectacles, qui sont toujours dans les voyages ; on aurait encore tenu des propos sur cela. Il est arrangé que mon enfant sera baptisé et nommé aussitôt après sa naissance. Si ma chère maman a la bonté d'être la marraine , j'espère qu'elle aura la bonté d'envoyer sa procuration et les noms qu'elle voudra lui donner. Le roi d'Espagne sera parrain. J'ai bien de l'impatience du courrier prochain. Je n'ose me flatter qu'il apporte une bonne conclusion : Dieu veuille qu'elle ne soit pas 4 désolante !

LU. — MeRCY A MARIE-THfekSK.

Paris, 17 aoiîL — Sacrée Majesté, L'état de la santé de la rein*. <^ qui est dans le moment actuel l'objet le plus important dont j'aie é rendre compte à Y. M., ne me fournit que des détails agréables é exposer, et ils sont à peu près de même nature que ceux dont nM» précédents et très-humbles rapports ont fait mention.

Le 1^ de ce mois, ayant reçu du médecin Lassone le billet cijoint, j'en mandai sur-le-champ le contenu au secrétaire du cabinet baron de Pichler, pour que Y. M. en fdt informée le plus t6t possible. Depuis cette époque, les accidents à prévenir dans im étit de grossesse devenant de beaucoup moins à craindre , la reine Be ' trouve dans le cas de diminuer les précautions et la gène de son lé-

gime précédent. S. M. fait des promenades en voiture plos fréquentes et plus longues. On se dispose à quelques petits voyages à Choisy^ et le premier aura lieu peut-être au temps du départ de ce courrier. Jtisqu'à ce moment il n'y avait rien eu de varié dans les occupations ou amusements que la reine se procure à Versailles. La principale de ses ressources consistait dans des conversations plus fréquentes et plus suivies avec le petit nombre de personnes que cette angoste princesse daigne admettre auprès d'elle. La comtesse de Polignac ayant dû se rendre chez ses parents, à la campagne, dans le moment même où la nouvelle de Feutrée de Tarmée ennemie en Bahème causait à la reine tant d'inquiétude et de chagrin, le roi crut devoir donner à son auguste épouse une marque d'attention en écrivant par im exprès à la comtesse de Polignac de revenir sur-lechamp à la cour, afin que la reine eût le soulagement de pouvoir s'entretenir avec la personne à laquelle elle accorde le plus de confiance et d'amitié. Cette particularité donne à connaître combien la fkkveuT de la dite comtesse est maintenant en évidence ; mais je n'ai plus de sujet que par le passé de croire qu'elle en fasse un usage au service de la reine. U n'est cependant rien survenu depuis quelque temps qui ait indiqué des abus trop marqués de la part de c^ette fiftvorite.

Un nombre des courtisans les plus assidus vient de partir pour servir au corps d'armée que conmiande le maréchal de Broglie en ^^^ormandie ; cela forme un vide dans ce que la reine appelle sa société; Hlie duc de Guines, qui est un des of&ciers généraux en commission, s^ trouvé moyen de terminer le mariage de sa fille avec le fils du xnarquis de Castries , avec tous les avantages qu il avait en vue , c^'est-èfc-dire le titre de duc héréditaire pour son gendre, et cent mille écos de dot pour sa fille. U était presque convenu que cette somme serait diminuée de moitié ; mais elle est restée au taux de la première demande, sous condition qu'elle ne sera payée qu'en quatre années, n a fallu tout le crédit de la reine pour obtenir de pareilles grftces. S. M. aurait voulu ne pas paraître les avoir eflectuées ; mais ^e public ne s'y est point trompé, non plus que les mécontents, et cela a donné lieu à des dégoûts, d'autant plus que le duc de Guines û'est pas parvenu encore , à beaucoup près , à effacer les impressions ^henses qu'a occasionnées le fameux procès contre son secrétaire. Un petit orphelin des environs de Versailles , que la reine fait éle-

ver sons ses jeux (1), a donné lien à un accident qui heureusement n'a pas eu de suites et que la reine voudrait qui restât ignoré de V. M.

L'enfant en question , âgé de cinq ans, craint beaucoup les armes à feu ; pour le guérir de cette frayeur, on lui avait donné un petit fusil dans lequel on lui faisait brûler des amorces. Un garçon de la chambre, chargé de cette instruction , usa si maladroitement d'une poire à poudre dont il se servait que le feu j prit, causa une explosion assez forte, et fit quelques très-légères taches de brûlure au visage de l'enfant. Cela se passa dans une chambre attenante à celle de la reine, qui aurait pu très-aisément être présente à cette étourderie, et en être effrayée. La quantité de poudre brûlée n'était pas audelà d'une charge de fusil, mais il n'en fallait pas plus pour en rendre l'effet dangereux. La sensation qu'un pareil accident a occasionnée fera prendre toutes les précautions à ce que rien de pareil ne puisse arriver par la suite.

Depuis que l'abbé de Yermond est de retour de son abbaye, il a passé chaque semaine deux ou trois jours à Versailles , y reprenant son service ordinaire dans le cabinet de la reine, de laquelle il est toujours traité avec la même bonté et confiance.

Le degré de liaison dans l'intérieur de la famille royale est toujours à peu près le même ; la reine a cependant mis un peu plus de mesure vis-à-vis de Madame sans que la bonne intelligence en soit altérée. Le comte d'Artois est moins assidûment chez la reine , surtout depuis huit à dix jours que les jeux de hasard ont cessé à la suite d'ime perte assez considérable que le banquier a faite, et qui heureusement met fin, au moins pour quelque temps, au désordre qu'occasionnait ce dangereux amusement.

Le courrier mensuel, arrivé par Strasbourg le 9 au soir, m'a remis les ordres de V. M. en date du 31 juillet, et le lendemain au matin j'ai été présenter à la reine les lettres qui lui étaient adressées.

LUI. — Mercy a Marbe-Thèrèse.

Paris, 17 aoiH. — Par une suite des bontés particulières de la reine pour le comte Valentin Esterhazy, elle a pensé à procurer à cet

(I) Voir dans le tome II la pièce XXXTII de Tannée 1776, avec la note de la page 478.

officier Tayantage d^aller porter à Vienne la nouvelle de ses couches ; mais oonime nne commission aussi agréable et distinguée ne pourrait être donnée an comte Esterhazj sans exciter les plaintes et les réclamations des charges de cour qui ont droit à de pareilles conmiissiens, y la reine m'a chargé d'exposer le désir qu'elle aurait que Y. M. da%ii&ty comme de son propre mouvement, demander que le comte ESsterhazy fÙt choisi pour la mission susdite.

J^ai représenté d'abord les inconvénients très-manifestes d'une pareille idée, les dégoûts et les tracasseries qu'elle causerait ; mais la reine ayant insisté sur ce que j'eusse à remplir ce qu'elle exigeait, je n'ai rien eu à répliquer, et il ne me reste qu'à attendre les ordres qu'il plaira à Y. M. de me donner à ce sujet. S'ils sont favorables CMix vues de la reine, je ferai sur-le-champ les démarches nécessaires ; mais dans le cas contraire, je dois observer très-humblement cjue , pour m'éviter tout soupçon ou mauvais gré , il serait utile que ^. M. daign&t ordonner à son secrétaire du cabinet de m'écrire une lettre ostensible, qui indiquât la résolution qui sera prise à cet égard, «t cette lettre pourrait contenir quelques autres détails indifférents -^ui ôtassent l'apparence qu'elle a été écrite pour être montrée.

La reine a été pendant quinze jours extraordinairement agitée et inquiète de ne recevoir aucunes nouvelles, soit des négociations renouées avec le roi de Prusse, soit des événements qu'elle supposait pouvoir être survenus à l'armée. Nous avons eu grande peine, l'abbé de Yennond et moi , à calmer la reine sur ces deux objets. Dans les longs et fréquents entretiens que j'ai eus avec S. M., je l'ai trouvée souvent beaucoup plus disposée que par le passé à raisonner sur les matières sérieuses et à en discuter les détails. J'ai profité de la conjoncture pour donner à cette auguste princesse autant d'idées qu'il était possible , des affaires générales et de leur application aux principes du système actuel. La reine est maintenant fort en état d'en raisonner avec le roi et ses ministres , et si elle voulait s'en occuper de suite , il en résulterait à coup sûr de très-bons effets.

LIY. Mercy a Marie-Thérèse.

Paris j 17 août, — Mes très-humbles rapports étaient écrits et au moment d'être expédiés, lorsque le courrier chargé de la dépêche de la chancellerie d'Etat et de la lettre du secrétaire du cabinet ba-

ron de Pichler en date du 6 m'a remis l'une et l'autre le 13, à trois heures après midi. Je ne fis que sortir de table , me mettre en voiture où je lus les dépêches , et à six heures j'étais dans le cabinet de la reine (1). Mon rapport d'office expose dans le plus grand détail tout ce qui s'y est passé , et je croirais importuner V. M. de le lui répéter ici. La reine, quoique fort affectée, envisage les circonstances avec beaucoup de présence d'esprit et de courage ; ainsi Y. M. doit être entièrement tranquille. Relativement à l'effet que ces mêmes circonstances pourraient produire sur l'état de son auguste fille, la plus grande inquiétude de la reine est sur la santé de Y. M., et elle ne saurait trop être rassurée à cet égard.

Yu l'article du roi de Prusse, on ne peut pas s'assurer qu'il accepte les propositions qui lui sont offertes ; cependant, d'après les commua nications qui me sont faites par ordre de Y. M., il semble que la paix devient indispensable à quelque prix que ce soit; mais, s'il était question d'une médiation de la France , il faut au moins que cette médiation soit interposée avec le langage de l'alliance, en montrant qu'à l'extrémité on prendrait vigoureusement fait et cause, en vertu des traités. Les propositions faites au roi de Prusse changent tellement l'état premier des choses qu'elles dictent à la France la nécessité de tenir la marche que je viens de dire , et elle se couvrirait d'opprobre si elle s'y refusait. D'une autre part on ne peut pas se dissimuler que cette monarchie ne soit dans un pitoyable état du côté des moyens, et plus encore du côté du ministère qui la gouverne. Ces tristes vérités semblent exiger de grands ménagements dans la manière d'entraîner cette cour-ci, car pour le fond et la bonne volonté, je vois que l'on est entièrement revenu aux sentiments de l'alliance.

Il ne sera rien omis dans mes devoirs sur tout ce qui pourra hu^ mainement être effectué.

Je crois devoir remettre ici directement les deux dernières pièces que Y. M. a daigné me faire communiquer. Puisse le ciel rendre le plus tôt possible à Y. M. le calme et le repos!

(1) Ces dépêches , comme on Ta w, annonçaient de fftcheuses nouTelles de la gaerre.

LY. — Mérct a Marie-Thébèse.

Paris, 17 aoùL — Je dois, dans ma très-humble réponse, séparer de tout autre objet les matières si importantes sur lesquelles Y. M. daigne m*écrire de main propre , et pénétré jusqu'au fond de Tàme d'une pareille marque de grâce et de confiance , je vais obéir à l'ordre que Y. M. me donne de lui exposer mes faibles idées (1).

Je ne puis exprimer le saisissement et la douleur que me causent les pièces qui viennent de m'étre communiquées, et depuis vingthuit ans que j'ai le bonheur de servir Y. M., je n'ai rien vu ni éprouvé qui m'ait aussi vivement aflfecté. Dès l'origine de cette malheureuse afibire de la succession de Bavière, je n'ai jamais pu me flatter qu'elle eût une issue favorable. Je donnerais au besoin la preuve d'avoir toujours pensé ainsi, et j'y joindrais les motifs de cette opinion ; mais ce n'est pas de mes minces idées sur le passé qu'il doit être question ; il s'agit de ce qu'exige pour le présent le bien de l'auguste service. Si, comme l'annoncent les lettres de S. M. l'empereur, les armées de Y. M. sont bien au-dessous de la moitié de cent quatre-vingt mille hommes, c'est-à-dire au-dessous de quatre-vingt-dix mille, si les forces prussiennes excèdent ce nombre de quarante mille hommes, 8Î, à l'ouverture d'une première, campagne il s'agit d'abandonner pr-^sque toute la Bohême & ce terrible ennemi, on ne peut se dissiici.ulerque ces aspects effrayants présentent, dans la continuation d'une gr^i^rre, des dangers si évidents que leurs suites en deviennent incalculables. Cependant la réponse que Y. M. attendait le 8 de ce ^^ois doit avoir maintenant prononcé sur cette question , la plus impoirtante qui ait de longtemps existé pour la monarchie. Si cette ré- Ç^XMe, comme je ne le crains que trop , tourne à la guerre, il ne s'apîï^plus que des moyens, autres que ceux d'une négociation directe, qui pourraient ramener la paix, et cela me conduit aux trois points *^if lesquels Y. M. m'ordonne de lui exposer très-humblement mon ^îble avis, savoir : Psi on pourrait compter sur la France pour mie ^^ation ; 2'» s'il conviendrait d'y mêler la Kussie ; 3° à quel degré * empire pourrait y influer.

Quant au premier point, depuis que 'le pitoyable ministère qui

' ) Ceci est la réponse à la lettre confidentielle du 31 juillet.

gouverne la France croit voir dans la tournure actuelle des choses un entier apaisement à Textrême jalousie qu'il avait conçue sur Tapparence d'une augmentation de puissance de Tauguste maison , je m'aperçois que ce même ministère devient beaucoup plus traitable y et je crois ttès-possible de le porter & une médiation utile pour V. M. On se débattra peut-être sur l'expression de « médiation », et on ne se prêtera qu'à celles « d'entremise ou « bons offices », mais conmie les mots importent peu pourvu que la chose existe , il ne sera pas bien difficile de s'entendre là-dessus ; cependant il y aurait une observation importante à faire : ce serait celle de ménager avec de grandes précautions l'esprit très-faible et timoré du comte de Maurepas , qui ne manquera pas de voir d'abord , dans une démarche à faire vis-à-vis du roi de Prusse, le danger d'un refus, et ensuite la nécessité de s'en ressentir avec vigueur. Il faudrait donc, pour ainsi dire , mettre un bandeau sur les yeux du vieux ministre , le porter à faire un pas tel qu'il puisse être, et le conduire insensiblement , de démarche en démarche , sans qu'il s'aperçoive lui-même distinctement, au point où on cherchera à l'amener et à l'engager. Cette mai^ che serait sans doute un peu lente , mais elle of&e des avantages , celui entre autres de faire naître de l'humeur entre le roi de Prusse et cette cour, et de profiter de l'effet de cette humeur pour tâcher de remuer et d'aigrir les âmes apathiques des comtes de Maurei)as et de Vergennes.

Pour ne pas perdre de temps , d'après ce que V. M. daigne me faire voir bien distinctement de ses hautes intentions, j'ai cru pouvoir former une première tentative , conforme aux idées ci-dessus exposées , en suggérant à la reine d'entamer, conmie d'elle-même et sans apparence d'insinuation ni avis de personne, ce projet de médiation. J'ai indiqué à S. M. tout ce qu'elle pourrait dire à l'appui de ce môme projet, et pour le faire regarder comme une idée uniquement à elle, provenante des réflexions sur son tendre attachement pour la personne de V. M., pour celles de ses augustes frères, sur les considérations relatives à la gloire du roi, à la vraie utilité politique de sa monarchie, enfin sur les réflexions très-aisées à démontrer que, dans une pareille démarche de la France, il n'y a pour elle aucun danger, mais au contraire tout motif d'intérêt, de grandeur et de loyauté, même d'obligation dans la forme quelconque de satisfaire au moins en partie aux engagements de son alliance. La reine, qui m'a bien

Compris y est très-décidée à agir; il reste à voir ce que les circonetances et les ordres ultérienrs de Y. M. indiqueront pour panrenir ^ nn but désirable.

Relativement au second point, s'il conviendrait que la Russie ^fkt mêlée dans une médiation , cette question donne lieu aux remarques suivantes : l"* Il est depuis longtemps de l'intérêt d'État de ^. M. d'éloigner autant que possible une trop grande liaison entre les cours de Versailles et de Pétersbourg. 2® La France verrait maintenant plus que jamais avec répugnance et jalousie toutes les occa- BÎons qui pourraient rapprocher jusqu'à un certain point V. M. de la Bussie , et cet article paraît très-délicat à ménager par rapport à 068 effets possibles. En conséquence de la première remarque, il ne gérait peut-être pas sans conséquence qu'une médiation devînt com- ^irane à la France et à la Bussie. Par la seconde remarque il est évi- ^Jent qu'il y aurait encore bien plus d'inconvénients que l'on s'aperçût j,ci que Y. M. désire le concours de la Russie.

Je n'expose que ces deux réflexions, conmie les seules qui soient ^u ressort de ma place. Il y . a sans doute bien d'autres réflexions 4fvî contrastent avec celles-ci, entre autres le grand avantage qu'il y aurait de détacher la Russie du roi de Prusse , objet dont l'importiUQce ne peut échapper aux hautes lumières de Y. M. ni à celles de son ministère.

Sans effaroucher la France , et sans omettre ce qui convient en ^Qssie, il serait peut-être utile d'employer des moyens à tenir cette ^^rnière cour passive et neutre pendant des négociations pour la P^îx, en lui marquant avec précaution assez d'égards, de confiance ^ d'amitié , et en t&chant de lui faire sentir de plus en plus Terreur Politique de ses liaisons avec le roi de Prusse.

Quant au troisième point, relatif à l'empire^ si les notions que l'on ^'^it avoir ici sont justes , Y. M. n'aura pas de grands embarras à Prtvenir de ce côté-là. La France est trop intéressée à ce que le parti ^**liolique soit contenu pour qu'elle se refuse aux mesures néces- *^e8 à cet effet, et j'exciterai sans relâche sur ce point toute l'at- **ï^tion qu'il mérite.

Ainsi que Y. M. daigne l'observer, il est de grande conséquence 1^ Von ne tarde pas plus longtemps à répondre aux assertions in- •^^^euses et fisiusses dont le roi de Prusse infecte toute l'Europe. Il y

* ^ci la race indigne des encyclopédistes ou philosophes modernes

if.

244 * MERCT A MARIE -THÉRÈSE.

qui sont ses apôtres et induisent tout le public en erreur. Q n*y a que par la voie d'impression que Ton puisse remédier à pareil inconvénient ; jusqu'à présent je n'ai reçu encore que quelques pièces imprimées en allemand.- J'en ai traduit des extraits pour être insérés dans les feuilles périodiques; mais cela ne suffit pas à beaucoup près, n est infiniment fâcheux que les bureaux de la chancellerie d'État soient en retard sur ce travail , qui est du ressort de bons subalternes, sans lesquels il devient humainement impossible aux chefs de faire face à l'inmiensité des détails qu'entraînent les circonstances

actuelles.

Si les mémoires qui seront publiés par la suite sont rédigés en allemand , il serait très-facile de les faire bien traduire et réimprimer ici pour qu'ils fussent répandus avec l'abondance nécessaire.

La reine a daigné me confier la dernière lettre qu'elle a reçue de S. M. l'empereur; il n'y est fait mention d'aucune particularité remarquable. S. M. I. se borne à témoigner à son auguste sœur qu'il lui sait gré de l'intérêt qu'elle marque prendre aux affaires présentes, après quoi il suit quelques petits détails de la position des armées.

Je remets ici les pièces importantes qu'il a plu à Y. M. de me faire communiquer, et j'y joins la très-gracieuse lettre qu'elle a daigné m'écrire & ce sujet. Je ne reviendrais pas de mon accablement si je n'espérais tout de la justice divine et de la grande flme de Y. M., qui la mettra toujours au-dessus de toutes les circonstances. Une des plus belles de ma vie sera celle où je verrai la tranquillité et le bonheur rendus à la plus grande et la meilleure des souveraines.

Schonbrunn, 23 août. — Madame ma chère fille, J'étais & vous faire expédier un courrier, quand Kleiner arrive et me porte la vôtre du 14. Yous pouvez bien vous présenter toute ma sensibilité pour tout ce que vous me dites et faites. Yous n'avez que trop bien deviné que la négociation échouerait. J'avoue, je m'en flattais un peu, surtout proposant de rendre la Bavière & l'électeur, pourvu que le roi se tienne à son temps pour les margraviats au convenu. Yous serez informée par Mercy du détail et de nos dispositions ultérieures. En attendant, la Bohême est saccagée le plus cruellement, et à la fin, si la jonction se fait des deux armées, cela viendra à Une bataille qui

décidera et rendra tant de milliers de personnes malheureuses , et peat-étre nous-mêmes dans notre famille. J'avoue, cette perspective est Amélie, et j'aurais tenté l'impossible pour la pouvoir décliner, car je roas avoue, le pas que j'ai fait vis-à-vis de ce cruel ennemi m'a )ien coûté. Ma chère fille, il ne s'agit plus de jalousie entre nos deux nonarchies, il s'agit de se soutenir bien étroitement liés, qu'aucun le paisse espérer de nous pouvoir séparer. Le sang nous lie si heureuement ; mon beau-fils et mon petit-fils en France sont ce que Léo- K>ld et ses enfants et ceux de Naples me sont. Nos intérêts ( si on veut sterminer, je me sers de ce mot, car il faut le vouloir et ne pas négliger d'écraser les anciens préjugés entr^ nos États et nations) sont es mêmes , tant par rapport à notre sainte religion , qui a bien beloin qu'on se tienne bien ensemble, que par rapport à nos intérêts. Sotis serons culbutés l'un après l'autre , si nous ne prévenons par motre fermeté le renversement total. C'est donc la raison qui nous a Sait prendre celle que Mercy vous présentera. Vous verrez que ce ^.^est pas par rapport à nous, et les dangers que nous courons pour rctte heure, seuls exposés, mais pour le bien public, et de toute TAlemagne et peut-être même de l'Europe, que nous ôtons la cause de la "oerre, dans l'espérance que nos amis, nos alliés, reconnaîtront le cas ' la nécessité de nous secourir et de conserver des amis pareils, i^quels on attribuait des vues contraires.

Que votre santé se soutient si bien, c'est la plus grande grâce et 'isolation que Dieu puisse m'accorder ; mais je vous avoue, connais- ^^t votre sensibilité, je ne suis pas rassurée entièrement. Vous avez l«t de bon que vous pouvez bien pleurer, et c'est ce qui m'a tou- ^i"Q soulagée dans ma vie désastreuse. Je vous souhaite bien ma ■•^të. Ce que vous me dites, combien le mouvement de votre enfant ^STuente votre bonheur, m'a tiré les larmes. Je suis bien touchée *^ TOUS voulez me prendre pour marraine. Je charge Mercy de s'in- **^tier bien de ce qu'il y a à faire, à qui adresser les pleins pouvoirs. ^ Vous prie de croire, si vous ne recevez des nouvelles, qu'il n'y a '^^ de nouveau. A la moindre époque un peu importante je vous en- ^*^t^i courriers ou estafettes , de même si ma santé se dérangeait qui ^ Soutient très-bien ; mais pour vous rassurer entièrement , vos ^Uts changeront toutes les semaines pour vous donner des nou- ^W^s courantes, qui eflfectivement ne sont guère intéressantes jusl^ à cette heure. J'en ai demandé à l'empereur à deux reprises d'en

faîre coucher de meilleures pour vous et Naples ; mais il m'a répondu qu'il ne pouvait donner autre chose que ce qui est contenu dans le journal. C'est justement de celui-ci que le public se plaint, et non sans raison , mais moi-même je ne sais rien de plus. H y avait un peu d'humeur entre nous à cause de la négociation , mais j'espère que cela se changera dans peu, et je compte envoyer à l'empereur Rosenberg ; on ne i)eut tout écrire pour donner des explicar tions, surtout de bouche. J'avoue, cette altercation augmentait mes chagrins, et je souhaite de la voir finir au plus tôt, et je me flatte dans l'essentiel des affaires nous sommes d'accord; ce n'était que dans les moyens que nous pensions différemment. Je suis indiscrète de faire une si longue lettre ; m'entretenant avec vous , ce sont les moments les plus heureux, et croyez-moi toujours toute à vous.

Ce 23 aofft (1). — Comte de Mercy, Vous recevrez par la chancellerie vos instructions ; je m'y réfère. Vous aviez raison de craindre que mes intentions ne réussissent. J'en suis bien fiSU^hée et le suis aussi par les peines que je vous ai causées par ma lettre par Kleiner, qui est revenu il y a ime couple d'heures. Je n'ai pas vu encore votre relation ministérielle ; mais de ce que vous me mandez, si cela n'est pas tout ce qu'on souhaiterait, il faut se contenter, comme vous dites fort bien , pour le commencement. La reine m'a demandée pour marraine ; vous vous informerez exactement de ce qu'il y a à faire, quels présents à donner, et à qui. Esterhazy ne convient nullement pour être envoyé ici avec une si grande nouvelle ; sa maison n'est pas illustre et il est regardé toujours comme un réfugié (2). Il me parait quelqu'un d'un beau nom serait à préférer et un Français, point d'étranger; mais je vous ferai écrire plus amplement par le courrier meiH suel. Je compte envoyer & cette heure un tous les quinze jours pour condescendre à l'empressement de la reine d'avoir des nouvelles ; son état exige qu'on la rassure ; sa santé , grâce à Dieu I ne laisse rien à désirer.

Je tremble , si notre déclaration de rendre toute la Bavière ne fait

(1) Pièce entièrement autographe.

(2) Voir la note de la page 181 dn tome II.

Inalte, qu'en dix jours nous ayons une bataille des plus décisives , ^t comme les têtes paraissent être organisées là, il n'y a guère à es- -pérer ; alors notre situation deviendrait très-critique. J'entrerai en -plus de détails par le futur courrier. Je ne saurais assez vous expri<- Tner combien je vous sais bon gré de tout ce que vous me dites et faites pour moi et ma fille. Je suis toujours votre bien reconnaissante.

Schônbrunn, 31 août. — Comte de Mercy- Argentean, Vous aurez d^'à appris par la lettre que, par mon ordre, Pichler vouB a écrite par le courrier Caironi, expédié d'ici dans la nuit entre le 25 et le 26, mes sentiments sur les articles plus intéressants de votre dépêche du 17. Pour le présent, je me rapporte aux directions que vous recevrez par la chancellerie d'Etat. Je vous envoie de plus la Bote ci-jointe du comte de Sickingen , en vous observant qu'en partie nous sommes cause de l'embarras où se trouve l'électeur de Mayence vis-à-vis de la cour de France au sujet de la destination du baron de Groschlag (1), parce que c'était nous qui avions arrêté si longtemps l'électeur de s'expliquer sur ce point avec la France. Je trouve donc juste de lui prêter la main pour pouvoir sortir de cet embarras aussi bien que possible, et je vous autorise à faire à cet effet toutes les démarches que vous trouverez convenables.

Il s'agit encore de faire nommer le comte de Hrzan, auditeur de xrote à Rome, cardinal, dans la vue de le mettre un jour dans le X>08te du vieux cardinal Albani. J'en ai déjà fait faire l'ouverture ^Donfidente en secret au pape, qui paraît bien disposé à entrer dans ^xnes vues ; mais il demande que nous nous arrangions avec les puissances étrangères, pour qu'elles ne soient pas contraires à la promo- "tion du comte de Hrzan. Je trouve cette demande à sa place,

(1) Le baron de Groechlag avait été au service de l'électeur de Mayence, puis l'avait quitté par suite d*une diagrAce malgré laquelle il fut désigné par la cour' de France comme ministre plénipotentiaire près du cercle du haut Bhin , dont ce même électeur de Mayence était président. Celni-ci se trouva offensé de cette nomination ; de là de longues négociations avec U conr de France, auxquelles les circonstances difficiles où on était avec l'Allemagne donnaient pins d*importance. Un arrangement intervint : il fut décidé que le baron de Groschlag Kiait accepté comme ministre près du cercle du haut Rhin , mais qu'il s'abstiendrait de larattre à la cour de Télecteur.

et j'ai déjà écrit sous main à ma belle-fille, rarchiducliesse grandeduchesse (1), pour me ménager par son canal le consentement du roi son père en faveur du comte de Hrzan. Vous serez instruit par la chancellerie d'État de faire encore à cet effet des démarches à la cour de France. Je veux bien vous en prévenir pour vous faire connaître rintérêt que je prends h la réussite de cette affaire. H n'y entre point de vue de grossir le nombre de nos cardinaux, mais il faut songer d'avance à un sujet capable de remplacer un jour le cardinal Albani et attaché à mon système avec les cours bourbonnes, tel qu'est le comte Hrzan. Aussi suis-je d'accord qu'on impute sa promotion extra ordinem à quelque autre qui se fera dans la suite des couronnes [et vous me répondrez sur ce sujet en partîca- . lier tant que vous ne recevrez des ordres par la chancellerie] (2).

[Pichler vous informera de ma plus que cruelle situation (3). L'envoi de Bosenberg me jette dans le plus grand embarras ; les malheurs de mes peuples, l'honneur de mon fils me jettent dans l'embarras de perdre toute ma réputation, sacrifice bien fort, mais que je ferai ; puisse-t-il finir mes jours au plus tôt ! J

Versailles, ce 3 septembre. — Madame ma très-chère mère, Il est donc décidé que nous allons être livrés aux alarmes et aux horreurs de la guerre. Le roi de Prusse s'est tout à fait démasqué, et ses

(1) La grande-duchesse de Toscane , fiUe du roi d'Espagne.

(2) Le comte François-Xavier Hrzan , qui était auditeur de rote depuis 1769, fut éleré au cardinalat, d'après le désir de l'impératrice, en janvier 1779. Sa correspondance diplomatique est imprimée par extraits dans l'ouvrage intitulé : Dit theoloffiêche Dienerêckqft atn IlqfeJoêtph ITs par M. Sébastien Brunner, Vienne 1868. On y verra qu'en grande faveur auprès de Marie-Thérèse, le cardinal Hrzan avait déplu à Joseph II, qui le traite sans ménagement. Cependant comme, après la mort de l'impératrice, il se montra fort zélé à soutenir les réformes qu'introduisit Joseph II dans les afEaires ecclésiastiques, il se maintint à son poste. Il ne le quitta qu'en 1796, chassé par l'arrivée des troupes françaisee. n fut nommé alors évéque de Steinamanger en Hongrie , et mourut en 1804.

(8) Cette lettre du baron de Pichler donne des détails sur la mission du comte de Bosenberg, envoyé par l'impératrice à Joseph II pour l'engager à coopérer aux négociations en faveur de la paix ; il y est dit que Joseph II, pressé par ceux qui l'entouraient , sembla d'abord se rendre aux désirs de sa mère, et lui écrivit même une lettre pour lui faire part de cett« résolution; mais que, dans le moment qu'il allait signer sa lettre, il la déchira, disant que ce serait un pas trop humiliant.

^^artisans n'ont plus qu'à rougir. On me paraît pour ce moment-ci e bonne foi décidé à donner tous les témoignages d'improbation our le roi de Prusse. Mercy est plus content de sa dernière conver- Ation avec les ministres ; il en rendra compte à ma chère maman, ''ai vu MM. de Maurepas et de Yergennes. M. de Maurepas m'a ^ffQ tout à fait changé en bien sur les affaires ; Dieu veuille que ^la durel Ils m'ont parlé nettement sur M. de Goltz et ses mensonges, et ils prennent actuellement le parti de ne plus le voir sé- {>ckréinent, et ils ne lui ont rien dit de la dépêche envoyée au chargé d.** affaires qui est à Berlin. On n'en a pas encore de réponse. M. de ï^ons (1) est retourné à Berlin, et les affaires ne passeront plus que P^wrloi, et non par M. de Goltz. J'avais proposé à ces messieurs d'envoyer une lettre à tous les ministres d'Allemagne pour qu'ils ^^^sent connaître dans leurs résidences la manière de penser du roi ®'*ir la conduite du roi de Prusse ; mais ils veulent différer jusqu'à ^^ i^ponse qu'ils attendent de Berlin.

3(a santé continue à être très-bonne ; je serai saignée après-de- ^«àin, et j'espère que je ne le serai plus que peut-être à la fin. Les ^^ 'tentions de ma chère maman seront suivies pour les noms, soit de çon ou de fille. Je suis pénétrée de la bonté avec laquelle elle acte d'être marraine. J'imagine que, si le roi d'Espagne donne ses I^^^Vivoire à un de mes frères, ma chère maman pourra envoyer les siens ^^ ^Sfadame. Il n'est pas étonnant que, dans des affaires comme celle- ^^ > et tel que je connais mon frère , il a pu être affecté de manière à donner des torts ; mais ma chère maman est trop bonne pour ne les apprécier, et ne pas les attribuer aux circonstances. Je ne éloigner l'idée de tout ce qui peut arriver ; la promesse des ^^'^Orriers est la plus grande consolation que je puisse avoir. Je ne I^^îs m'aveugler sur cet ennemi cruel ; on doit tout en craindre , sa- ^'^^nt qu'il se permet d'user de toute sorte de moyens. Je me ras- ^^ire un peu sur le courage des bons et fidèles serviteurs de ma ^Q-ère maman, qui seront bien encouragés encore par la présence et * exemple de mes frères. J'ai surtout confiance que le ciel protégera *^ justice et récompensera dans ces terribles circonstances les vertus ^e la meilleure des mères et des souveraines. Permet-elle que je 1 embrasse tendrement?

*'/ -C* marqois de Pons était ministre plénipotentiaire près la cour de Berlin.

2(0 MERCY A MARIE-THÉBÈSE.

Paris, 5 septembre. — Sacrée Majesté, La très-gracieuse lettre y. M. en date du 23 du passé m'a été remise par un courrier exti ordinaire dans la matinée du 31. Je me suis rendu sur l'heure à Y< sailles et j ai présenté à la reine les lettres qui lui étaient adressé* Cette auguste princesse a été fort affectée de la rupture de toute i gociation ; elle en avait espéré plus de succès jusqu'au dernier n ment, quoique j'eusse tâché de la préparer à des effets contraÙT' qui n'étaient que trop à prévoir d'après le système perfide dont roi de Prusse ne s'est jamais départi en aucune occasion.

Je rends compte, dans ma dépêche d'office, de ce que j'ai cm i voir proposer à la reine pour le mieux des circonstances présent Je vois très-clairement qu'elles produisent ici l'effet que je devais attendre, et à mesure que les idées de jalousie s'évanouissent, \ vrais sentiments de l'alliance reprennent leur forme ordinaire. H < certain que le roi y met maintenant un intérêt et une bonne voloi personnelle; malheureusement je ne puis annoncer à V. M. ce disposition personnelle du roi comme une circonstance bien efficf dans ses effets ; mais il y aura toujours grand parti à en tirer, s'y prenant avec les précautions et les ménagements que sembk exiger les embarras et le délabrement actuel de la France, ainsi q la tournure timorée et faible de son ministère, auquel il s'agit faire faire un pas après l'autre suivant la méthode que j'ai expof dans mon dernier et très-humble rapport. J'ai bien discuté vis-à-^ de la reine le plan de cette marche , et elle est parfaitement décid à concourir à tous les moyens que je propose pour accélérer ania que possible des effets réels de l'alliance.

Je dois à mon zèle et à mes devoirs de supplier encore V. M, daigner ordonner que l'on h&te sans plus de délais la publication d réponses à faire aux écrits dont le roi de Prusse a infecté tout pays-ci, et qui y établissent l'opinion la plus fausse et la plus i cheuse sur le vrai état des choses. Il n'y a que des mémoires imp mes en français et répandus abondamment qui puissent remédier un pareil inconvénient. Je parviens facilement à détromper cei auxquels je parle ; mais je ne puis me faire entendre à tout le publ Indépendanmient de ce qu'exige le bien du service de V. M., il ii

I>orte personnellement à la reine que l'on sache qu'elle s'emploie ici J30urune cause infiniment juste, et qui doit donner un libre cours à ^s sentiments pour son auguste maison, et ce n'est qu'en démasquant les impostures prussiennes que les esprits peuvent être ra-

Quels que puissent être les événements, il est au moins cpnstaté que

^. M. a rempli tout ce que sa grande âme lui a dicté pour le bien, et

'«jn'à cetégard, devant Dieu et devant l'univers, elle n'aura aucune omis-

.^ion àse reprocher. Si la guerre est inévitable, il n'est pas naturel que

Hé roi de Prusse puisse la soutenir longtemps sans secours étrangers,

-^t, en supposant qu'il n'en obtienne aucuns de la Russie, il ne fau-

-^bait qu'une journée heureuse pour qu'il eût à se repentir cruelle-

"ment de son odieuse entreprise ; mais, en attendant cette grâce du

ciel, les peines personnelles et l'inquiétude de V. M. en déviennent

une bien sensible pour ses bons et fidèles sujets. La réfiexion que

V. M. a daigné faire de ce que je pense à cet égard met le comble

à ses grâces envers moi , et le plus grand bonheur de ma vie serait

que je puisse par mon zèle et par tous les soins dont je suis capable

procurer une heure de satisfaction à V. M.

n me faudra au moins quinze jours ou trois semaines avant de pouvoir 'recueillir avec exactitude tout ce qui, selon les usages d'ici, devra être proposé à V. M. relativement au baptême de l'auguste enfant dont elle sera marraine. Je présume que la seule démarche à faire sera ime lettre de réquisition et d'autorisation à la princesse qui représentera V. M. à cette fonction, et je crois que ce sera Madame. Quant aux présents à faire , ce sera chose purement arbitraire et dépendante de la volonté de V. M., car je ne pense pas qu'il y ait rien ici de fixé par l'usage en pareils cas ; mais je m'en instruirai bien positivement.

La reine a eu un peu de rhume de cerveau, qui retardera jusqu'à lundi la seconde saignée qui doit être faite à S. M., qui jouit d'ailleurs de la meilleure santé dans l'état où elle se trouve.

Sckanirunn, 9 septembre. — Madame ma chère fille, Je commence X>ar ce qui vous est le plus à cœur, que nos armées sont toujours de "ïxiême vis-àr-vis l'une de l'autre , qu'elles souffrent beaucoup dans ces

montagnes,. où il y a déjà de la neige, de même que beaucoup d'incommodités et de maladies : mais que la nôtre est beaucoup mieux en tout que celle du roi. Mince consolation est le moindre mal ; mais si nous pouvons soutenir encore ces deux mois , mais qu'il ne gagne plus de pays , on aura fait beaucoup en faisant perdre' à cet ennemi son activité, qui était son grand art. L'empereur se porte, grâce à Dieu ! encore bien, mais Maximilien a pris ime fièvre tierce qui, j'espère, n'aura de suite ; il a dû se retirer dans un château à quatre heures de l'armée. Avant-hier le grand-duc est arrivé ici, et elle suivra le 20 (1). Je le trouve, comme toujours, maigre mais robuste. H me fallait un peu de secours dans ces circonstances ; ils comptent tester ici l'hiver ou tant que ces malheureuses circonstances dureront. Tâchez, ma chère fille, de les faire finir au plus tôt; vous sauverez une mère qui n'en peut plus , et deux frères qui à la longue doivent succomber, votre patrie, toute une nation qui vous est si attachée. La gloire et l'intérêt même du roi et de l'alliance y est très-intéressé. Après notre déclaration de tout rendre pour l'amour de la paix générale , et de réclamer la médiation du roi, comme notre ami, allié et garant de la paix de Westphalie, il paraît que nous devons espérer le plus prompt effet et ne pas laisser aux intrigues et fourberies, trop employées à différer ces moyens si salutaires à l'humanité.

Nous n'exigeons que de parler im langage ferme partout, surtout par les ministres en empire, qui, je dois dire, ont toujours tenu, sinon un langage contraire à notre système, mais au moins très-faible et de façon à confirmer nos adversaires que la France n'est nullement liée fermement avec nous. La pierre d'achoppement étant levée entièrement, je m'attends qu'on prendra tout un autre langage, si nécessaire pour effectuer le bien , de faire même des démonstrations, de ne pas laisser passer ce temps sans obtenir le but de la tranquillité , et même reconnaître le cas de nous assister selon nos traités. Si un langage ferme et égal est partout employé ainsi et qu'on voie que notre alliance est solide et indissoluble, tant par les liens du sang que par nos convenances et intérêts communs, nous aurons cette paix par la voie de la France , et elle la satisfaction d'avoir tiré son alliée et augmenté par là nos obligations. Mais je dois vous répéter que, quelque favorable que paraisse ce tableau, il faut beaucoup de

(1) Le grand-duc de Toscane arrivait à Vienne avec sa femme.

:f^^nneté et égalité de langage , et ne pas perdre un instant : si on "fcnaîne jusqu'à la nouvelle année , tout sera plus difficile et moins so- 1 ide. n faut profiter de cet instant où les incommodités et misères le cette campagne sont encore vivement imprimées. Quel bonheur li vous pouviez faire vos couches en paix , et de nous l'avoir procurée ^i glorieusement pour le roi, en serrant de plus en plus les nœuds ^e notre alliance ^ la seule nécessaire et convenable pour notre sainte :3'eligion, pour le bonheur de l'Europe et de nos maisons! Je me sens iMevivre par l'idée seule; Dieu veuille bénir nos intentions! Je vous ambrasse tendrement, et les larmes me tombent des yeux par l'espéz^ance seule.

Versailles, 17 septembre. — Madame ma chère mère, Je ne sais si je me fais illusion , mais le dernier courrier diminue un peu mes inquiétudes, quoiqu'il m'en reste encore beaucoup pour les suites. C'est déjà un grand coup, et aux yeux de l'Europe, que d'avoir mis l'activité du roi et de son frère au néant. Quoique le mal d'autrui ne soulage pas le nôtre , cependant, dans <;ette occasion, je le regarde comme un grand bien, parce qu'il obligera nos ennemis de quitter la Bohême. On me paraît toujours ici dans la meilleure disposition pour s'entremettre pour la paix. Je n'ai pas encore vu la réponse de H. de Gaussen qu'on a dû envoyer à ma chère maman. Je m'en vais encore travailler à ce qu'on écrive dans les cours d'Allemagne pour &ire connaître ce qu'on a mandé en Prusse. Je ne pourrais jamais avoir plus grande gloire ni plus grand bonheur que de contribuer en quelque chose à cette grande affaire et au repos de ma chère maman qui est si précieux de toute manière.

Je suis inquiète de la fièvre de Maximilien. Je crois qu'il est bien affligé de se trouver retenu dans ce moment-ci. Je suis charmée de Savoir le grand-duc à Vienne ; il sera d'une grande ressource pour Xna chère maman. Sa femme doit être bien près de Vienne ; comme ^'est pour longtemps, n'amène-t-elle pas quelques-uns de ses enfants ^vec elle ? Ma santé est toujours très-bonne , malgré les incommodités inséparables d'un avancement de grossesse. Je commence à être \in peu lourde ; mais comme je marche tous les jours , j'espère aller l>ien jusqu'à la fin. J'ai été saignée il y a huit jours ; on n'a pu me

tirer que deux très-petites palettes de sang, à cause de la petitesse de mes veines , ce qui me mettra peut-être dans le cas d'être encore saignée dans un mois.

Schônbrunn, 17 septembre, — Comte de Mercy- Argenteau, «Fai reçu par le courrier Caironi votre lettre du 5. Je suis persuadée de l'intérêt que ma fille prend à la situation actuelle de nos affaires, mais je me doute de l'effet de ses efforts. On dit aussi assez publia quement en France et ailleurs qu'on aime seulement à cajoler ma fille, en lui cédant sur des objets moins importants, tandis que, pour l'essentiel, on est décidé de continuer à aller son train , et même , l'empêcher d'y prendre trop de part. Vous en pourriez juger au mieux.. Je compte toujours sur votre zèle à me procurer au plus tôt une aussi bonne que possible (1).

[Vous saurez par Fichier l'état dangereux de mon fils Maximf: lien. Je ne touche qu'en passant la chose à la reine, mais je si très-inquiète].

19 septembre. — Sacrée Majesté, Je n'ai aujourd'hui presque cun détail à mettre sous les yeux de V. M. sur ce qui concerne les occupations privées de la reine , et, à mesure que cette auguste princesse avance dans son état de grossesse, la vie qu'elle mène devient toujours plus uniforme et dépourvue de particularités susceptibles à» remarques. J'ai mandé, en date du 7, au secrétaire du cabinet haion de Fichier les suites de la dernière saignée qui a été faite à la reine. Sa santé est parfaite, et il y a peu d'exemples d'une première gro^ sesse aussi heureuse et aussi exempte de toutes les petites inccmunO' dites qui accompagnent ordinairement cet état.

(1) Le baron de Fichier écrirait parle même courrier : a S. M. m*a chArgé depréTcnir particulier V. E. qu'il est indispensable de tenter même Timpoesible pour obtenir» moins d'ici au nouvel an , une paix aussi bonne que possible par l'entremise de la Fi&'*^" S. M. a ajouté encore : Non-seulement le bien de la monarchie , mais ma propre

tion en dépend , l'empereur eat d'accord sur les démarches & faire par la France

la paix. »

Pendant le voyage que la cour a fait à Choisy à la fin d'août , il 6 s'est rien passé de remarquable. La suite y a été moins nombreuse ae de coutume, peu de monde, soit en hommes ou en femmes de aris, y a été appelé. Il n'y a eu que deux petits spectacles; les jourieB se passaient en promenades, et les soirées étaient remplies par » jeux de commerce entremêlés d'un peu de jeux de hasard. On a marqué avec surprise que le roi y a joué pour la première fois au laraon ; c'était une des plus grandes marques de complaisance qu'il it donner à son auguste épouse, et il n'est pointa craindre que ce but tourne en habitude. Elle serait dangereuse et nuisible, parce le le Toi n'est point beau joueur, et que ses impatiences entraînement de f&cheux éclats. La reine est convenue de cette observation,

j^espère que ce sera une raison de plus pour s'abstenir des jeux i hasard, qui d'ailleurs, depuis quelque temps, ont été beaucoup Loins habituels.

Le prochain voyage à Choisy, qui durera du 20 au 27, sera plus ombreux, parce que Mesdames s'y rendront au lieu d'habiter leur i.ftison de Bellevue , de manière que toute la famille royale se trouera réunie. U y aura plusieurs spectacles et les personnes les plus onsidérables de Paris seront admises à aller faire leur cour.

Ceux des courtisans qui avaient le plus d'accès auprès de la reine tant, en vertu de leur état militaire, obligés à rester à l'armée de iTonnandie (1), il ne se trouve plus personne à Versailles de ce que A reine appelle sa société ; même la favorite de cette auguste prin- 5eB8e, la comtesse de Polignac, a été obligée de se rendre à la campigne chez ses parents, où elle est tombée malade. Cette disette to- We de monde a un peu tourné au profit de la princesse de Lamballe ; ^'^f avec sa maladresse ordinaire, elle n'a usé de la circonstance î^e I)our importuner la reine de demandes aussi considérables que f^ admissibles. La surintendaute a sollicité entre autres qu'une ^ie des domaines de la Lorraine lui fiU accordée par acense- >«it (2) , sous la redevance annuelle de six cent mille livres , ce qui ^t guère plus de la moitié de la valeur desdits domaines. Par un *te de bonté, j'ai vu la reine embarrassée de décliner pareilles de-

^" ^-*^ guerre étant déclarée 4 l'Angleterre, une armée de 40,000 hommes fut rassemblée

"* ^^^^^nandie xK>nr sorveiller la côte anglaise.

^^ ^"aoensement ou bail à cens est une variété du bail 4 rente.

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