‹ MarieChapitre 14 sur 84 · LA NOCE · texte numérisé non relu

LA NOCE

Le jour qu'Ivonaïc, cette fille vermeille.

Se maria , ce fut la noce sans pareille :

Des courses de chevaux , des luttes . un repas .

Tels que depuis un siècle on n'en connaissait pas

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Plus de mille invités , des mendiants sans nombre ; Cidre sous le hangar, et cidre encore à l'ombre ; Deux cents coups de fusil en passant par le bourg , Et des musiciens à rendre un homme sourd. T.e curé chantait fort , et riait sous son livre D 'entendre au fond du tronc pleuvoir argent et cuivre; Mais bien plus, croyez-moi , que danseurs et lutteurs, La veille, on admira deux habiles chanteurs, Deux fameux baz-valan qui , dressant les oreilles . En r honneur des époux nous dirent des merveilles Ils déclamaient en vers comme des bacheliers. J'ous deux , suivant Tusaste, avaient sur leurs souliers Des lacets rouge et bleu ; debout devant la porte , L'avocat du garçon commença de la sorte

PREMIER BAZ-VALA.N

-^ Salut aux cœurs joyeux . ouverts et sans façon ! A vous, trloire et bonheur, tiens de cette maison ! Or. sans plus de détours, amis, ou donc est-elle La perle du louis, la fleur qu"on dit si belle? Ce vase de parfums qu on me cache avec soin . Un jeune homme amoureux Ta respiré de loin : Il soupire, il lansuit; pour sécher tant de larmes .le suis venu ; ma voix , hélas! a peu de charmes. .rignore les apprêts d'un laniiaife dore. Mais je suis jeuiie encore , un jour je m'instruirai

DEIXIEME B\Z-VALA>.

\ otre salut nous plaît . et tant de gentillesse Déjà vous a gagné le cœur de la vieillesse.

C'est un malheur bien grand, mais ramour (le vos yeux,

Celle que vous cherchez ne vit plus en ces lieux ;

Le vase de parfums n'est plus ; nous n'avojis iruère ,

Hélas! à vous offrir que des vases de terre.

Le ciel nous a ravi l'ange, notre trésor.

L'ange qui nous aimait, que nous aimons encor,

A fui cette maison ; dan^ une solitude

Il habite avec Dieu, sa grande et chère étude.

Au fond d'un cloître saint l'enfant a transplanté

Le beau lis odorant de sa virginité :

Là tous deux s'éteindront sous la cendre et tes larmes,

Pour refleurir au ciel avec de nouveaux charmes.

Adieu donc, étranger, adieu! Dans notre cœur

Nous trouvons mille vœux , tous pour votre bonheur.

PBEMIER B\Z-\ \LA>

Ouaiid les chiens dépistes abandonnent la voie, Maladroit le chasseur s'il lâche aussi sa proie ; Donc je poursuis la mienne, et. tant qu'il sera jour. Je courrai mon gibier, mon beau gibier d'amour. Certes , le jeune ami pour qui je bats la lande Est digne de goûter a cette chair friande : Garçon roide et nerveux , nul ne l'a surpasse A conduire un sillon . a creuser un fosse: Mieux qu'un musicien il joùrait de la fliite : (Test un cerf a la course . un serpent a la lutte : Quand sa charrette verse en un mauvais chemin . Lui , pour la retenir, na qu'a tendre la main ; Il a tue dix loups, vingt blaireaux . et sa porte Témoigne a tout passant de ce que je rapporte

B 160 (B Bref, le lléau du loup Test aussi du voleur : laii-nième il a livré leur chef à son seigneur, tt tous craiiiuent si bien son fusil et sa force , Qu'ils courent vers le bois dès qu'il brûle une amorce.

DEUXIÈME BAZ-VALAN.

Vos mérites sont grands ; celle que vous cherchez

A ses talents aussi , précieux mais cachés.

Oh ! rhabile fileuse , et qu aisément l'aiguille

Passe et repasse aux doigts de notre jeune fille !

Quand, par un beau matin , aux dames du manoir

Elle porte le lait tiré la veille au soir.

Comme ses pieds sont vifs, et comme sur la route

Elle court, sans verser autour d'elle une goutte!

Quel jeune homme,imoureux,f(uel jeune homme menteur

Dirait quil en reçut un seul coup dœil flatteur ?

Et les jours de Pardon , la ronde commencée .

Voyez-la , toute rouge et la tète baissée ,

Entre ses jeunes soeurs cacher son embarras .

Danser, et les tenir chacune par le bras ,

Et jamais un garçon dont la bouche trop tendre

Hasarderait des mots qu'il ne faut pas entendre. —

Inutiles regrets ! éloges superflus !

>'ous vantons notre vierge, et nous ne l'avons plus !

PREMIEK B\Z-VAL\N.

Que ne m'avez-vous dit , hier a la même heure : « >.e venez pas, le deuil est dans notre demeure. » - >on, non, vous me trompez ; l'ange, votre trésor. L'ange que nous aimons chez vous habite encor.

Tout le bourg eiit appris sa fuite; a son passage

Chacun eiU retenu la vierge belle et sage.

Au\ cimetières noirs les ifs sont destinés ,

Les beaux lis odorants pour les jardins sont nés.

!Ne blessez pas ce cœur plus tendre qu'une cire :

Conduisez par la main celle que je désire ;

Faites dresser la table, et que les fiancés

Près de leurs vieux parents par nous deux soient placés.

DEUXIÈME BAZ-VALA^.

Il faut vous obéir, ami ; votre prière,

Vos plaintes ont forcé le seuil de ma chaumière.

Je vais vous présenter celles qui sont ici.

Un moment sous cet arbre attendez. — !Me voici.

Ouvrez, ouvrez les veux ! est-ce l;i votre rose?

PREMIER BAZ-VALA>.

A l'air ^rave et serein qui sur ce front repose, A sa douce gaîté , je sage que toujours Cette feninie a rempli la tache de ses jours ; Que ses fils, son mari . sa famille nombreuse L'aimaient : que sous ses lois sa maison fut heureuse Mais l'heure du repos a pour elle sonné : Ce qu'une autre commence, elle Ta terminé. - Cherchez encore, ami , cherchez, ce n'est pas elle

DEUXIEME BAZ-^\L\^

Ktranger difficile, est-ce là votre belle?

PREMIER B^Z-VALAN.

Les anges sont moins frais, (.ette fleur de santé

Est d'une vieriie encor bien loin de son ete , Et d'une \ ierse aussi sa taille droite et fine , Mais l'ongle de ce doigt , que de près j'examine, Me dit que bien souvent pour un fils au berceau A l'entour du bassin il chercha le gruau. Donc , l'ami , retournez , vous en cachez une autre.

DEUXIÈME BAZ-VALAN.

Et ce petit bijou, serait-ce point le vôtre?

l'KEMIEK B\Z-V\L\\.

Telle était à dix ans celle qu'on veut de vous- Cette entant quelque jour charmera son époux ; Mais il faut que ce fruit, âpre et trop vert encore. r>on»temps sur l'espalier nuh-isse et se colore;

L'autre , grappe dorée aux rayons du matin . Attend le vendanseur pour paraître au festin

DEUXIEME BAZ-VALA>.

Vraiment vous l'emportez ! votre finesse est îrrande. Chanteur ! Sous cet habit de toile de Hollande, Voici venir enfin ce que vous désirez ; De deux rangs de velours ses bras sont entourés. Et sur son béguin blanc tout brodé d'écarlate . Comme au front d'une sainte un ruban d"or éclate. Vienne aussi l'amoureux , et que ces fiancés A table, au bout du banc, par nous deux soient places, Près de leur vieux grand -père et de ce digne prêtre Qui va prier pour eux saint Michel, notre maître Allez quérir l'époux, allez; un prompt retour Mieux (pie tous vos serments prouvera son an)our

PKEMIEB BAZ-VALAN

Vous , chanteur, mon ami , touchez la ! Face a lace Au fumet des ragoûts , ce soir , nous prendrons place ; Et le cidre , le vin , le lard , les venaisons Nous feront souvenir des anciennes chansons. »

^¥Mmo

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