U^ JOUR
Paris.
Qui nVut parmi ses jours . déjà bien loin peut-être, Un jonr plus beau qu'eux tous, qui ne doit plus renaître Mais qui survit dans Tàme et dont le souvenir. Délices du passe, charme aussi Tavenir :
B H)0 @ Jour d'innocente joie et pur de tout nuage, Dont une amitié douce a marqué le passage ; Où quelque aveu naïf et longtemps suspendu D'une bouche adorée enfin fut entendu ; Où d'un premier transport qu'il n'eilt point fallu croire. Tout le cœur tressaillit et devina la gloire? — Ah ! quand d'un bras de fer le sort pèse sur nous , Que de ce jour aimé le souvenir est doux ! Qu'il est doux d'éveiller, au fond de sa pensée , Son image assoupie et jamais effacée ; Avec un soin jaloux d'en rassembler les traits. Lentement , à loisir, non sans quelques regrets , Comme après un sommeil dont l'erreur se prolonge , On aime à suivre encor les prestiges d'un songe !
Partout des cris de mort et (ralarine 1 Paris S'entoure avec etïroi de ses jeunes conscrits . Et du .Nord . du Midi . des champs de la Lorraine Des jardins verdovants de la riche Touraine,
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Tous, entants bien-ainiés. pères, nouveaux époux , Accourent à grands pas au commun rendez- vous. Sur rhabit du pays, qu'ils conservent encore, Ils portent tous leur arme, et tous avant Taurore, Par bandes s'avançanî aux deux bords du cbemin . Disent des cbants de jLiuerre en se tenant la main Liberté, seul amour que notre âme flétrie Sente et poursuive encore avec idolâtrie, De ce siècle sans foi seule divinité , Renarde, a ton seul nom, regarde avec fierté Se lever cette foule ardente, o;énéreusel Dans tes prédictions si tu n'es point menteuse, Quels biens, ô Liberté! pourras-tu donc offrir A ces nouveaux croyants qui [)our toi vont mourir? il faut partii- aussi , Daniel ! adieu ta ferme, Qu"un fossé larue et creux contre les lo(q)s enferme
roii hameau recouvert dMii Ixiis de ch.àtaiuiiier. Kt tes beaux champs de seigle: adieu . jeune fermier : Lorsqu'au lever du jour, joyeux, plein de courage Monté sur tes clievaux tu sortais pour l'ouvrage . Avec toutes ses voix 1" harmonieux matin S'éveillait en chantant a l'horizon lointain • Le noir LUe d'abord . ou le .Scori" a ta droite Ivoulant ses claires eaux dans sa vallée étroite, Kt tel qu'un doux parfum , le cliant de mille oiseaux S'élevant du vallon avec le bruit des eaux ; La brise dans les joncs qui siffle et les caresse. Puis, l'appel matinal de la preuiiere messe. Répété tour à tour, conime un salut chrétien . Du clocher de Cléguer a celui de Kerien. — Adieu, Daniel! adieu le bourg, l'église blanclie : Adieu ton beau pays! Après vêpres, dimanche.
les Jtniis îe xeiront |)Our la dernière fois, l'^t tu cacheras mal tes larmes sous tes doigts ; Car pour nous, vieux Bretons, rien ne vaut la patrie Lt notre ciel brumeux , et la lande lleurie!
Mais avant de partir, si tu le peux . va \on Celle qui demeurait chez sa mère au Moustoir. Comme si tu voulais , avant ton grand voyage . Visiter tes amis de village en village. Assis dans sa maison , alors regarde bien Si quelque joie y règne, et s'il n'y manque rien . Si son époux est bon , sa famille nombreuse, Rt si dans son menaue enfin elle est heureuse. Regarde chaque objet pour me les dire un jour, F.t que dans ion récit je les voie a mon iour.
Attache bien tes yeux sur (•ett^^ pcUiviv t'euuiie Kst-elle belle eiicor {•oiuine au tVuid de mon àine.' Kt ses petits enfants . prends-les entre tes bras . Rt s'ils ont de ses traits , tu les caresseras. Tu lui diras enfin (et toujours, je t'en prie. Garde, en parlant, tes yeu\ attaches sur Marin Que tu pars ; devenu soldat de métayer. Que tu vas cà Paris; et . leisnant de railler. Tu lui demanderas si d'une ardeur fidèle. Dans la srand" ville, ici. nul ne laniiuit loin d'elle:, Puis, revenant encore a ton prochain départ . Dis-lui : >'aura-t-il pas un mot de votre part? — Oh ! s'il croît une fleur, une feuille a sa porte . Daniel , prends-les pour moi , déjà sèches, ffu'importe.
LE DOITR
Li: l)0( TK.
Souvent le Iront l)aisse. l'œil haiiard . sur ma route. Rrrant a mes côtés j'ai remontre le Doute, Ktre eapricieux , craintif, qui ciiaque fois Clianiieait de vêtements, <le visase et de voix
Tu jour, vieillard cynique, au tVoiit ciuuiN e. a INeileave Le désespoir euipreint sur son teint bleuie et iiàve . (chancelant et boiteux, d'un re^jard supplian! , Il se traînait vers moi tel qu'un vil mendiant Qui de loin vous poursuit du cri de ses misères . Et sous ses haillons noirs met h nu ses ulcères. Ainsi l'affreux vieillard sans honte, sans remords , M'étalait chaque plaie et de Tàme et du corps : Sa naissance sans but , sa fin sans espérance , Comme il avait grandi pauvre et dans la souffrance. Sa jeunesse écoulée, et puis, pour quelques ileurs, Des épines sans nombre et d'ameres douleurs ; Ces éternels combats d'une nature double , La raison qui conniiande et l'àme (|ui se trouble ; Et le bien et le mal , vieux mots qu'on n'entend pas , Pareils à deux seoliers attachés à nos pas. —
Kt si je rei-iilais devant un tel deliiv ,
Il fuvait . en jetant un i^rand éclat de rire :
VA moi . tel qu'un aveuiile aux murs tendant la main
\ tâtons, dans la nuit, je clierchais mon cht-min.
I ne autre fois, pare connue pour un dimanclie. C'était un beau vieillard a chevelure blanche. Ferme encor dans sa marche et vert . et cependant S'avancant pas a pas d'un pied urave et prudent
II disait revenir de quelque long voyage, De pays ou souvent il avait tait naufrage :
Il avait vu les cours, les villes, les déserts. Les peujdes différents sous leurs soleils divers Hasards bons et mauvais , éprouvant toute chose. Il arrivait enfin . non désolé, morose.
Mais mélaiii:eanl W mal et le bien |)ar moitié. Kl plein pour nous, mortels, d'une tendre pitié: Plaignant notre faiblesse, appelant Tindulgence Sur ces fautes d'un jour, et jamais la ven^feance. .Son accent était doux , mais dans ses actions Perçait le feu d'un cœur riche d'émotions ; Cherchant la vérité, l'aimant, railleur honnête., A toute foi trop vive il secouait la tête ; Souvent des pleurs brillaient à travers son souris, Et tout en vous lirondant il vous nomiuait son fds.
0€gîe
BOHEIU D03IESTIUUE
BOxNHEUR DOMESTIQUt:.
Tous les jours m'apportaient une lettre nouvell*'. On nrécrivait : - Ami. viens, la saison est belle « Ma femme a fait pour toi décorer sa maison , '■ Kt mon petit Arthur sait be«[ayer ton nom -
Je partis , et deux jours d'une route poudreuse AJ'anienèrent enfin à la maison heureuse, A la blanelie maison de mes heureux amis! J'entrai, Tiieure sonnait; autour d'im couvert mis J)ès le seuil j'aperçus, en rond sous la charmille, Pour le repas du soir la riante famille. — « C'est lui ! c'est lui ! " - Soudain et sie«;es et repas , On quitte tout , on court , on me presse en ses hras ; \\t puis les questions , les pleurs jnèlés de rire ; VA ces mots que toujours on se reprend à dire : " C'est donc lui ! le voila ! le voilà près de nous 1 - Moi , je serrais les mains a ces tendres épo'ix Et j'appelais Arthur qui , le doiiit sur sa bouche , De loin me regardait d'un (cil noir et farouche. - Enlin on se rassied. — Rougissante à demi , La jeune femme alors : « Vraiment de ton ami
I aiit de fois tu parlas que. moi . sans le comiaitre . le le juseais ainsi . mais moins pale peut-être. — Et toi . de mon Emma que dis-tu '? Sans façon ? Le paresseux pourtant de demeurer uarcon ! — ^on, non. laissez-moi faire: en ce lioiuii j'en sais une Comme il les sait aimer, douce, éiéuante et brune, Prestjue une autre Marie. — \l) ! jioete, tes vers Nous ont souvent distraits de lennui des hivers : Oh ! la jolie enfaiil ! mais les fraîches couronne? Que tu eueilles pour elle et dont tu Tenvironnes ! '
Dans le calme, la paix, les bienveillants discours, Huit jours chez ces amis ont passe , mais si courts . Si léuers. que mou àme aiors rassérénée Comme ailleurs un instant eut vu fuir une année.
Là nul vide roniieur. mais les soins du foyer, Uordre, pour chaque jour un travail régulier, Une table modeste et pourtant bien remplie. Cette gaîté du cœur qui se livre et s'oublie , Autour de soi l'aisance, un parfum de santé. Et toujours et partout la belle propreté : Le soir, le long des blés cheminer dans la plaine Ou dans la carriole une course lointaine ; Knlin, la nuit tombée, un pur et lonu sommeil , Kt les bonjours joyeux à l'heure du réveil.
Ami , comme un tissu jadis inipreirne d'andjre. Ici , ton souvenir, sous les bois, dans ma chambre Partout à moi s'attache, et tes félicités. Mirage gracieux , flottent à mes côtés;
Va voila que cédant a eette fantaisie .
l'évoque dans mon cœur la chaste poésie
(^)ui dans un vers limpide a soudain reflète
Ta jeune et douce Kmma. sa candeur, sa gaîte.
Entre sa mère et toi ton enfant qui se penche.
VA ta charmille en fleurs près de ta maison hianche
31AUIE
MARIK
Passant avec amour ses cloiijts clans mes cUeveuv Lonus alors, et nièlés sans ordre sur mes yeux . La dame de Ker-rorl. me (lit:. .Savant poète. N-auraijepoint montourdansquekiue chansonnette
Dans quelque chanson douce ainsi que par millier Votre aine bien aimante en compose, écolier, Pour louer, au milieu de Tencens et descierifes. Les beaux ansfes gardiens et la reine des vierses ; Ou pour chanter tout bas, sous un mur isolé , T-es fillettes de Scaër et de Lo'Guénolé? - Vous rousissez ! — A h ! oui , rougissez ! chose infâme De préférer ainsi vilaine à noble dame ; A nos airs gracieux leurs pas pesants et lourds, VA les coiffes de chanvre aux toquets de velours. Rougissez ! — Vos cheveux filés d or et de soie. Et si longs qu>n leurs flots ma main blanche se noie, Certes, n'auraieiit besoin, avec amour pareil , D'huile ni de senteurs pour mieux luire au soleil ; Assez , bel écolier, assez pour telles filles Qu\t votre chaperon passiez blanches coquilles.
Jaunes fleurs de landier ou Lien quelques bleuets Tout à l'entour du col lies en chapelets. Pourtant à deux ^lenoux si. confessant vos crimes, Aux dames de haut lieu vous adressiez vos rimes, Elles, d"un cœur facile et tendre à la pitié , Peut-être aussi diraient que tout est oublie : Et près d'elles choyé, toujours mieux venu d'elles Vous iriez tout couvert de brocard et dentelles ; Qui sait? sur leur épargne instruit a Pont-lAbbé, Pauvre clerc, vous pourriez en revenir abbe.
Cette amoureuse ainsi d'astuce non pareille , Syrène , me coulait sa musique à l'oreille : Et je faillis, moi simple, être pris ; mais mon cœur Tout bas se gourmandant, resta libre et vainqueur;
Fuis, nreniiiiiellaiit un peu hi l)ouclieel le visaue Je fis cette réponse liypoerite, mais sage.
— «iMadame, les linots et les petits pinçons jN'ont garde de chanter près des hautes maisons, Car là sont rossignols , oiseaux de Canarie , Plus savants à jeter une ame en rêverie ; Ainsi fais-je , Madame ; et , linot que je suis. Je chante à qui m'entend , et fredonne où je |)uis. Au bois, le long des eaux limpides et courantes. Et pour quelques enfants belles, mais ignorantes. Donc, ^ladame, excusez. Devant votre beauté Mon silence est r-espect, non incivilité; Toujours il durera , si Dieu ne me délivre Ce don rare et parfait que j'ai vu dans un livre :
3 219 (â Le don de cette voix que lange (iabriel Fit entendre à .Marie en descendant du ciel , Lorsque devant ses yeux , debout et face à face , De sa voix douce il dit : > Salut, pleine de grâce! Or. tel fut de ces mots l'angélique pouvoir, (Qu'inhabile à le peindre il le faut concevoir . Comme si pour former cette langue idéale I^n zépliire eiit jeté sa plainte nmtinale . T^n nuage du soir sa plus riche couleur, tt la rose, en mourant , le parfum de sa fleur. Et que ces éléments, fondus par un génie . Lussent produit entre eux cette pure harmonie.
Toutjeuiie homme aujourd'hui sembleun vieillard aride
Et le plus jeune front déjà porte sa ride :
Dans ce siècle penseur . tant la réflexion
Est plus prompte que l'àse à creuser son sillon '
Avec la toi naïve est morte toute flamme .
Et la candeur du front avec celle de Ta me.
De retour parmi nous, peintre du paradis,
Ne te croirais-tu pas au milieu des maudits?
(Comment faire, voyant ces modèles étranges.
O divin Cimabue ! pour créer tes beaux anges?