‹ MarieChapitre 21 sur 84 · RENCONTRE SUR AR-VODEN · texte numérisé non relu

RENCONTRE SUR AR-VODEN

Comme je voyageais de retour en Bretagne, Seul , à pied , admirant . debout sur la montagne Ce pays de vallons , de rivières . de bois. De cbapelles s;uis noml)re et de petites croix .

Ces flinmps de iieiiét vert ou de lande lleurie , Tout à coup, i\u milieu de cette rêverie , .rentendis près de moi le pas égal et lourd ITun homme de Kerné qui s>n allait au bourg. Vêtu des bragou-bràz , vieux costume des Gaules, De longs cheveux châtains pendaient sur ses épaules ; Il portait un bâton d'un houx vert et noueux , VA menait par la corne une paire de bœufs. Kn passant il me dit : « Vous êtes de la ville , ^lais vous semblez aimer cette lande tranquille , Jeune homme ; et vous voilà qui pleurez comme moi Quand je revins ici du service du roi. .rai vu tous ceux de France, après quelques journées, Oublier leur maison : moi , durant tant d'aimées , .le pensais à mon bourg , à ITzôl , à ses bords ; Couchés dans leur linceul , je pensais a mes niorts,

A tout ce qu'un chrétien ;iiuie cdiiune lui-même . Aux saints de mon église . a nies fonts de baptême Aux luttes quelquefois . aux danses du canton . Kt cVtait un bonheur d"en parler en breton. <■

Ce noble paysan n'est rien dans cette histoire, Mais ses traits sont restes L^aves dans ma mémoire, Kt connne une statue aux traits durs et touchants , ■l'ai placé son ima£[e au milieu de ines chants.

MARIK

Je vois eiic'or la plaine et riinniense hruyere. Ou . elieniinant tous deux . je disais a mon frère ; " i^,u\[ est doux . eoinprends-tu ce lionheur aussi . toi l)*avoir aime , Ijien jeune , une entant connne soi :

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Sur les monts , dans les prés, quand tout (leurit, embaume .

Ou dans l'église obscure eji récitant le psaume ,

En face sur son banc de se voir chaque jour,

Le cœur plein à la fois de piété , d'amour ;

Les signes , les regards tout chargés de mollesse ;

Mille confus désirs qu'il faut dire à confesse ;

Les projets d'être sage , et , dès le lendeniaiîi ,

Un baiser qu'on se prend ou qu'on donne en chemin ^

Le sens-tu bien , mon frère , et lorsqu'en harmonie

Deux fois par la beauté Pâme au corps est unie ,

Et qu'ensemble éveillés notre cœur et nos sens

Dans un divin accord résonnent frémissants!

De ces jeunes amours , dans le cœur le plus grave ,

Il reste un souvenir qui pour jamais s'y grave .

L^n parfum enivrant qu'on respire toujours ,

Et les autres amours ne sont plus des amours. » —

Kt cependant pourquoi ce pénible voyaue? Aujourd'hui , dans quel but ? Et lorsque son iniai^e M'est demeurée entière et charmante . pourquoi Ternir ce pur miroir que je porte avec moi? Un teint briUë du haie . une tempe amaigrie . Un œil cave . est-ce la mon ancienne Marie?

C'était jour de dimanche et la l'été du bourg : On chantait dans Teglise . et dehors . à Tentoui', Sous le porche . la croix . les its du cimetière . Mille gens a genoux récitaient leur prière; Parfois un urand silence , et tout a coup les voix Éclataient, et couraient se perdre dans le bois. La messe terminée, à grand bruit cette foule Sur la place du lieu comme une mer s'écoule ;

Alors appels joyeux . rires et unis refrains; T.es voix (les bateleurs et des marchands forains ; T.e Sonneur sur le mur proelanjant ses criées ; A ses bons mots sans nombre éclats, folles huées ; Lui , d'un air iioiïuenard pressait les acheteurs. Et pour un ble si beau uonrmandait leurs lenteurs Dans Tauberse voisine enfin l'aigre bombarde Qui sonne, les binioux à la voix nasillarde , Les danseurs, deux à deux, passant comme Teciair, Kt jetant en cadence ini cri qui perce l'air.

Devant Vun des marchands, bientôt trois jeunesfiiles Se tenant par la main . roiniissantes , gentilles. Dans leurs plus beaux habits, s'en vinrent toutes trois Acheter des rubans , des bagues et des croix.

.rapprocluii. — Kaiblf cuiii, ù (•(lUi- qui hiits si vite. (Jue la peine et la joie . et tout ee qui t"e\eite Arrive désormais , puisque dans ee moment Tu ne t"es pas brise sous quelque battement ! — Alarie 1 — Ab 1 e'etait elle . eleuante . parée : Desesdeux sœurs entants, sceur prudente entourée : Belle ('(jninie un fruit unir entre deux jeunes ileurs: Le passe , le présent . le sourire . les pleurs . Tout cela devant moi ! Huelles étaient riantes Ces deux sœurs de 'Marie à ses cotés pendantes 1 C'était Afarie enfant : je voyais à la fois A[es amours d'aujourd'bui . mes amours d'autrefois: Mon ancienne Afarie encor plus sracieuse : Encor son joli cou . sa peau brune et soveuse : Lésère sur ses piedM encor ses veux si doux iandi> ijuelle sourit regardant vi\ dessous ;

Va puis devant ses sœurs , à la voix trop légère L'air ealnie d'une épouse et d'une jeune mère.

Comme elle m'observait : « Oh ! lui dis-je en breton . Vous ne savez donc plus mon visage et mon nom :' Maï , regardez-moi bien ; car pour moi , jeune belle , Vos traits et votre nom , Mai , je me les rappelle. De chez vous bien des fois je faisais le chemin. » - «IMon Dieu, c'est lui ! » dit-elle, en méprenant la main Nous pleurions. Bientôt j'eus appris son histoire : Un mari , des enfants , c'était tout. Comment croire A ce triste roman (ju'ensuite je contai ? Ma mère et mon pays , que j'avais tout quitté ; (^ue dans Paris , si loin , rêvant de sa chaumière , •le i)ensais à Marie , elle , pauvre fermière ;

(^)ue (.-e jour inème au bouru j'étais en son honneur. Kt que de son mari j'enviais le bonheur : Imaginations, caprices, fou deUre Qui glissait sans l'atteindre ou la taisait sourire ! — Il fallut se quitter. Alors aux deux enfants .l'achetai des velours, des croix . de beaux rubans, Et pour toutes les trois une baiiue de cuivre . Qui . bénite a Saint-Pôl . de tout mal vous délivre ; Kt moi-même a leur cou je suspendis les croix . Kt . tremblant . je passai les basues a leurs doigts. Les deux petites sœurs riaient : la jeune femme , Tranquille et sans rouiiir . dans la paix de son àme Accepta mon présent ; ce modeste trésor . Aux yeux de son époux elle le porte encor; L'époux est sans soupçon . la femme sans mystère . L'un n'a rien à savoir, l'autre n"a rien a taire.

LES GOELAM)S

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