LK PAYSAGISTE
EUGÈi«E GlIEVSSE.
Lt PAYS AGI SX K.
D'étranges bruits couraient dons toute la eoninume. Voici : Depuis deux jours un homme en veste Ijrune, Un monsieur inconnu . son cahier a la main . S'en aUait iirift'onnant de chennn en chemin ;
Au bourg ou l'avait vu, d'uu coiu du t-iuielière, Dessiuer le clocher et les deux croix de pierre, Si bien que le clocher , quoique rapetissé , Sur son papier maudit semblait avoir passé : Aussi, iiarcon prudent, Mélen, à son approche. Se cacha tout entier sous une grande roche. Puis, comme un écureuil sautillant dans les bois Il monta sur un chêne en criant : « .le vous vois! Çà , que voulait cet homme avec tous ses mystères Ce savant venait-il pour mesurer les terres ? Ou ne voulait-il pas emporter, ce sorcier, Les champs et les maisons couchés sur son papier
Mon ami , c'était vous : tendre et pieux artiste, Vous dessiniez ces lieux où par Tàuie j'existe;
Ils vivaient la deux fois par votre art créateur
Et le peintre achevait louvraiie du chanteur.
Eh quoi ! vous avez pu pour moi quitter les vôtres,
^■ous, pere,vous, époux , tel qu'il n'en est pointdaut res!
Dans mes ehers souvenirs vous mettant de moitié.
Seul vous avez deux jours vécu pour lamitie 1
Ainsi vos yeux ont vu la terre de Marie.
^ os pas du double fleuve ont foulé la prairie ,
Et leur taillis borde de buis vert et de houx .
Berceau de poésie, a murmure sur vous !
Cher Eugène , merci ! votre pelerinaue
De tout ce que j'aimais m'a rapporté l'imase :
La maison du curé, l'église, le manoir.
Ce que vovait mon cœur mes yeux le peuvent voir,
ï^î 290 te
VA d'ici je rends u.\'ùce à vos crjiyons noirâtres, La terreur, dites-vous, des enfants et des patres. Pour vous, dans leurs vallons rentrez sans nulle peur : xMes lettres ouvriront la route au voyageur. VA vous n'entendrez plus, en longeant son village , Sur nu clièue crier ÎMelen . l'enfant sauvaue
Eoril en voyage.
A loi. doux Lo"-Tlié;i, mes ;mioiirs sont restes, -Mais je vais voir le iiioiide en ses variétés. La Sagesse m'a dit . cette nuise que j'aime : « Barde, n"e\c)Liez rien du monde et de vousHnème Il est sage celui qui , dans de saints transports , Fait \ibrer chaque idée a\ec tous ses accords ; Ainsi qu'aux anciens jours la lyre a triple corde ^'ibreconnne un seul chant sous la main qui l'accorde, Ainsi les chants du barde, ensemble harmonieux . Comme une seide voix vont de la terre aux cieuv ••
M AHIK.
Paris nravait lïIcK-e par deux grands mois de pluie Alors, coiiinie au soleil un jeune oiseau s'essuie, Je nvenfuis vers Alarseille, opulente cité, Kt dans tout son honlieur j'v retrouvai Tété.
Le golfe etincelait , et son odeur saline M'arrivait mollement jusques à la colline , Où , fatigué du bruit des chantiers et du port , Parmi des arbrisseaux je pensais à mon sort. " Que cette terre est chaude et que ce soleil brille : Disais-je ; mais où sont mes amis, ma famille? • Mi voilà que mon cœur retourne vers Paris , VA puis m'emporte au loin , sous le ciel morne et gris De mon pays natal : la bruyère est déserte. Sur les rocs du Poull-dù la vague roule verte ; Chaque porte est fermée , et Ton entend mugir I/horrible vent de l'Ouest à Tentour du men-hîr
Oui , Dieu veille sur nous 1 Tandis que dans mes rêves Je retrouvais ainsi ma ])rovince et ses grèves,
Kt que . de lieux en lieux errant sans le savoir . Ala pensée arrivait (relle-niénie au Moustoir . Au tournant dune allée, a travers quelques branches, le vis sur le ciel clair flotter des coiffes blanches , Kt monter haletante , et le front tout en eau . l'ne lille portant les modes dArzannô ; Derrière elle un marin venait tenant un cierge. Et du Fort-de-la-Garde ils allaient voir la \ ier^e. Ah ! lequel dut sentir un bonheur plus subit . >[oi , quand elle passa sous son etranjJie habit , Elle, quand sur la route écartant les broussailles, .le lui criai bonjour en langue de Cornouailles? T.e marin sarrèta . « Suzic , entendez-vous ? Tu homme du pays a parle près de nous ! « Je descendis vers eu\ ; il était de ma ville ; Son brick au premier vent repartait charse d'huile ;
S;i lemme le suivait sur nier, (Unis ses loni^s cours , Avec sou corset bleu tout borde Je \elours. Ses coiffes qu il aiuiait ; telle qu'uii jeune mousse . La nuit, elle chantait à bord d'une voix douce. Kt , lécoutant chanter, lui se croyait encor A Tancre, dans les eaux profondes de l'Arnjor. — « Ces gens-ci , me dit-il , admirent son costume, Mais c'est ainsi chez nous , tel bouri» , telle coutume ; ^os filles de la côte ont des vêtements noirs , Sur les coiffes, ailleurs, on place des miroirs. ■• Durant ces mots , voyant ce front mâle et sévère . Ces gestes de marin , je songeais à mon père ; Il reprit : «]\ous avons des crêpes, du lait doux -, "■ X'eiiez nous voir à l)or{l et causer avec nous. » —
O Marseille! voiia (-(uniiie en ton [nni aiili([ue
.le vis, bien triste un jour, venir mon Armoritjue :
Kt lorsque cette feinnie apparut devant moi ,
Comme mon cœur s'emplit d"une si iirande loi .
Et se laissa si bien prendre à sa rêverie
Que. rendant grâce à Dieu , je me dis : - (Test Marie ! "
O Marseille . chez toi . pour ce bon souvenir.
Et pour d'autres encor, je voudrais revenir!
l'a campagne est brulee, et sur tes monts de craie
Il n'est point d'herbe humide et de châtaigneraie:
Mais la mer d'Orient te l)aigne de ses flots .
'Jes deux quais sont couverts de joyeuv matelots ;
J'aime tes vieuv bero:ers et les trou|)eau\ de chèvres
Auxbassinsde Meilhan. lesoir. trempant leurslevres :
Enlin, dans tes nun-s trrecs si j'invoquais Platon ,
Des amis m'écoulaient Nolonlieis. moi Hrelon:
Ma race aux loiijis clieveux est fille de l'Asie VA la lande a cardé la fleur de poésie