LE VOYAGE D'ITALIE
De son voyase d'Italie Toute la vie on se souvient :
C'est comme une douce folie ; On en parle toujours, sitôt qu'on en revient.
Vois , nul encor n'a bu dans la coupe celtique. Toi-nîême la creusas de tes pieuses mains , Evoquant , évoquant les Esprits d'Armorique Depuis près de mille ans couchés sous les dôl-mens.
Tous se sont éveillés ! Mélodieuse troupe ,
Ils sont venus à toi comme des échansons ;
Et voilà qu'enivrés aux vapeurs de ta coupe ,
Sur les bourses de Cornouaille ils sèment tes chansons.
Un soir , il l'en souvient, pour braver ton étoile , Tu la remplis de vin rafraîchi dans l'EUé ,
Une vierge était là plus })lanclie que son voile , Et cette belle enfant te disait consolé.
Aime ton humble coupe , et de vin ou de cidre Eniplis-la jusqu'aux bords pour noyer tes douleurs , Si les flots ferjnentés laissent surnager l'hydre, Alors, les yeux au ciel bois ton fiel et tes pleurs.
HYMNE
Le Dieu da inyslère est Trois; il est le soutien des êtres émanes de sa g^râce... il est le thème du chant.
OWEλ.
Pure essence de tout, dont un nombre est l'emblème,
Combien de fois, type suprême , Trouvas-tu ton bonheur à sortir de toi-même?
Combien , iiprès tes longs travaux , Beau triangle mystique aux trois côtés égaux , Es-tu rentré dans ton repos?
Puissance , Amour , Sagesse , ô mouvant équilibre !
Accord triple qui toujours vibre !
Dans ses épanchements force incessante et libre !
Nos temps venus , sainte Unité , Tu te développas selon ta volonté, Et l'univers fut enfanté.
Belle œuvre liarmonieuse en tout ce qu'elle enferme,
Où , connue la fleur à son germe , Chaque être répondait à son princi|)e et terme.
Pour riiomme simple mnis complet, Sans voile dans les cieux le triangle brillait. Admirant en lui son reflet.
Crime ou faiblesse , un jour — ( Trinôme ; grâce î grâce ! )
Amour , Sagesse , tout s'efface ! . .
Toi seul , Père indulgent , n"as point caché ta face.
Homme marqué du sceau fatal , A présent suis la voie où t"a lancé le ]Mal Esprit boiteux , cœur inégal !
Des humaines erreurs va dérouler la trame ,
Et triste de ton propre blâme , Tâche par le savoir de refaire ton âme.
O labeur toujours avorté !
Entrevoir l'astre pur toujours d'un seul côté , Jamais toute la vérité !
Pèlerin vague , errer de système en système ,
Et , l'oeil louche , la face blême , Étudier le monde et soi comme un problème !
Seigneur, il est long le détour Qui doit ramener l'homme à son premier séjour , Jardin de candeur et d'amour.
Sur sa route pourtant vous lui versez la manne ,
Et celui qui de vous émane , Père , vint racheter ce captif d'Arimane.
Et Lui , TEsprit , l'ardent Milieu , Sur ce front autrefois illuminé par Dieu Descendit en langues de feu.
Ainsi, marchant vers vous, Sagesse, Amour, Puissance,
Sous l'arbre vert de sa naissance E'homme un jour s'assoira fort d'une autre innocence.
Le théâtre de soo labeur , Ce monde , il le rendra baigné de sa sueur , Changé, mais comme lui meilleur.
Et toi , triple clarté , que nul œil n'a sondée ,
Mais que tous voyaient en idée , Des dôl-men de la Gaule aux autels de Judée,
Dans ton éclat primordial ,
Tu brilleras encor sur ton ciel de cristal ,
Beau triangle équilatéral !