‹ MarieChapitre 6 sur 84 · I.e pr>ete ins|)ire. le peintre . le sculpteur · texte numérisé non relu

I.e pr>ete ins|)ire. le peintre . le sculpteur

T/artiste. enfant du ciel . après Dieu créateur,

Qui jeta dans le monde une oeuvre harmonieuse .

Peut se dire : .l'ai fait une œuvre vertueuse!

Le Beau, c'est vers le Bien un sentier radieux.

C'est le vêtement d'or qui le pare à nos yeux.

.MAKlt:

Humble et bon vieux curé d'Arzanno. digne piètre (^)ue tel je respectais, que fainiais coninie maître. Pour occuper tes jours, si pleins, si réguliers, >"as-tu plus près de toi tes pauvres écoliers?

Hélas ! ']e fus lun d'eux ! dans ma douleur présente

J'aime à me rappeler cette vie innocente ;

T.eurs noms, je les sais tous : Albin, Kiô, Daniel

Loïc du bourg de Scaer, Ives de Ker-ihuel ,

Tous jeunes paysans aux costumes étranges ,

Portant de longs cbeveux flottants , comme les anges.

Oh ! je pleurai d'abord longtemps et je gémis :

Pour la première fois je voyais mes amis ,

Pour la première fois je quittais mes deux mères :

D'abord je répandis bien des larmes amères.

lie travail arriva qui sut tout adoucir.

Le travail , mon effroi, bientôt fit mon plaisir

Le premier point du jour nous éveillait : bien vite ,

La figure lavée, et la prière dite,

Chacun gagnait sa place, et sur les grands paliers.

Dans les chambres, les cours, le long des escaliers,

En été dans les t'oins , couchés sous la verdure , C'était tout le matin , c'était un long murmure . Comme les blancs ramiers autour de leurs maisons . D'écoliei*s î\ mi-voix repétant leurs leçons : Puis la messe, les jeux ; et . les beaux jours de fête Des offices sans fin chantes à y)leine tète

Aujourd'hui que mes pas négligent le saint lie»!. Sans culte et cependant plein de désirs vers Dieu . De ces jours de ferveur, oh! vous pouvez m'en croire, ï/eclat lointain rechauffe encore ma mémoire, Le psaume retentit dans mon àme. et lua voix Retrouve quelques luots des versets d'autrefois. Jours aimes! jours éteints! connue un jeune lévite Bien souvent j'ai porte l'aube blanche et bénite .

^5 60 0 Chante riiyinne latin clans le chœur ; et , le soir, \u\ marches de Tautel balancé rencensoir. Cependant tout un peuple à o:enou\' sur la pierre. Parmi les flots d'encens, les fleurs, et la lumière. Femmes, enfants, vieillards, honunes «raves et nuirs, Tous dans un même vœu , tous avec des cœurs purs , Disaient le Dieu des fruits et des moissons nouvelles , Qui darde ses rayons pour sécher les javelles. Ou quelrpiefois permet aux fléaux souverains F)e faucher les froments et d'emporter les urains. Les voix montaient, montaient 1 moi, penchésur mon livre , Kt pareil à celui qu'un orand honheur enivre, .le tremblais, de longs pleurs ruisselaient de mes veux ; Kt, connue si Dieu même eût dévoilé les cieux, Introduit par sa main dans les saintes phalamres, .le sentais tout mon être éclater en louantes.

B 61 i-i Kt Move dans des flots d'amoiir et de elarte .Te m'anéantissais devant l'immensité !

le fus poète alors 1 Sur mon àme embrasée

L'imagination secoua sa rosée .

Et je reçus d'en-haut le don intérieur

D'exprimer par des chants ce que j'ai dans le cœur!

Il est dans nos cantons, 6 nia chère Bretaf;ne! Plus d'un terrain fangeux , plus d'une âpre moiUâiine Là de tristes landiers comme nés au hasard . Où Ion voit à midi se glisser le lézard : Puis un silence lourd, fatigant, monotone, Nul oiseau dont la voix vous charme et vous étonne

0 62 e Mais le grillon qui court de buisson en buisson , Kt toujours vous poursuit du bruit de sa chanson : Dans nos cantons aussi , lointaines, isolées, M est de claires eaux , et de fraîches vallées , Et d'épaisses forets , et des bosquets de buis . Où le gibier craintif trouve de sûrs réduits Knfant , j'ai traversé plus d'un fleuve à la nage, Ravi sa dure écorce à plus d'un houx sauvage, Et sur les chênes verts, de rameaux en rameaux. Visité dans leurs nids les petits des oiseaux. Ym Armorique enfin , de Tréguier jusqu'à Vannes. Il est dans nos cantons de jeunes paysannes. Habitantes des bois ou bien du bord des mers , Toutes bel les ; leurs dents sont blanches, leurs yeux cla lis Et dans leurs vêtements variés et bizarres Respirent je ne sais quelles grâces barbares ;

Kt si dans les ardeurs diin beau mois de juillet .

Haletant . vuus entrez et demandez du lait .

VA que . pour vous servir , quelques-unes dentre elle

Viennent, comme toujours simples et naturelles,

S'accoudant sur la table et causant avec vous .

Ou. pour liler. ployant a terre les genoux . —

Vous croyez voir, ravi de ces façons naïves,

Kt de tant de blancheur sous des couleurs si vives

La lille de TEl-orn, caprice d'un follet .

Ou la fée aux veux bleus qui dans làtre HIait

Amour! religion ! nature ! a mon aurore. Ainsi vous m'appeliez de votre voix sonore : Kt eoiume un jeune faon qui court , a son réveil . Aux lisières des bois saluer le soleil ,

RritDie en vovcint nii ciel l.i lumière sîierée. Kt , le reste du jour errant sous la fourrée, I.e soir, aspire encor de ses larges naseaux Les feux qui vont mourir dans l;i fraîcheur des eaux Amourî reliuion ' nature! ainsi inon àme Aspira les rayons de votre triple llanune. Kt dans ce monde obscur où je mVn vais erranl , Vers vos divins soleils je me tourne en pleurant , Vers celle que j'aimais et qu'on nommait Alarie, VA vers vous, o mon Dieu, dans ma douce patrie ! Oh ! lorsqu'après deux ans de poignantes douleins .le revis ma Bretagne et ses genêts en Heurs, Lorsque, sur le chemin , un vieux pâtre celtique Me donna le bonjour dans son langage antique , Quand, de trou))eaux , de blés causant ainsi tous i\eu\. Vinrent d'autres Bretons avec leurs longs cheveux ,

>^ 65 Cl

()\\ '. romnif alors, pareils an torrent qui secouie Mes songes les plus frais m'inondèrent en toule 1 Te nie vovais enfant, heureux comme autrefois. Kt , maigre moi, mes pleurs étouffèrent ma voix

Alors jai voulu vitir les nuirs du presbvtèn^ Dont , jeune, jai i)orte la règle salutaire , Kt mavançant a louest par un sentier connu . Au Pays-des-Viillons pensif je suis venu.

Deja . non loin du bourii , j'entrais dans cette lande (Jui jette vers le soir une odeur de lavande , Quand dun étroit chemin tout horde de liallier> . Près de moi descendit un troupeau d'écoliers .

Leur maître les suivait quelques pas en arrière, De son air souriant récitant le bréviaire. Lui seul me reconnut ; cependant à mon nom Je vis dans tous les yeux briller comme un rayon ; JNous causâmes : au bout de cette promenade . J'étais pour les plus grands un ancien camarade.

.Mes amis d'autrefois, aujourd'hui dispersés ,

Kt comme moi peut-être en bien des lieux froissés

Kevenez comme moi vers cette maison sainte !

iNotre jeunesse encor revit dans son enceinte.

Toujours même innocence et même piété ,

Kt dans l'emploi du temps même variété.

Le soir , connue autrefois , le plus jeune vicaire

Sur quelque auteur latin au curé fait la guerre ;

D'un vers de TEneide on discute le sens : (lésar. surtout , César qui dans ses bras puissants Ktreignit l'Arniorique , et , frissonnant et bien je . Dans les bras d'un Gaulois fut emporté lui-même Sur les a-ins d'un coursier traîne hors du combat Kt ne dut son salut qu'au mépris du soldat.

Cependant la nuit totnbe. Enfants et domestiques Quelques voisins, amis des pieuses pratiques. S'assemblent dans la salle et leur humble oraison . Encens du cœur, s'élève et remplit la maison: Et la journée ainsi , pieuse et réiiulière . (^omme elle a commence linit dans la |>riere.

f.APPRF.MISSAGE

L'APPRENTISS agi:.

Soit que ma pente aussi vers ce càré m'entraîne .l'ai juré de fermer mon àme à toute haine, A tout regret misant ; ouverte à bien jouir. De la laisser au jour libre s'épanouir ;

0 1-2 & De iriiimer (l'ici-))iis que les plus (.louées choses ; De me nourrir du beau, eoninie du sue des roses T/jibeille sp nourri! , sans cliercher désormais Quel mal on pourrait faire à qui n'en fit jamais : Ainsi . les yeux au eiel ou la tète baissée, D'aller droit mon ebemin en suivant ma pensée. Tout ;• mes souvenirs, .à mes sonires errants. Qu'au hasard , tour à tour, je quitte et je reprends Tout au devoir, à l'art, ;i la philosophie; VA calme et solitaire au milieu de la vie, De travers(-r les flots de ce monde mo((ueur. Sans jamais y mêler ni ma voix ni mon crrur. — Tel était nion projet , ce projet fut peu sage. T.orsque de cette vie on fait ap|)rentissage. Non , ce n'est point assez de s'armer de candeur, De baisser, en marchant, les veux avec froideur;

Comme au creux d'un vallon le ruisseau qui sVcuule.

Il faut sur les deux bords toucher a cette foule.

Kéfléchir dans son cours bien des objets hideux .

Parfois troubler ses eaux en passant trop près d'eux ;

Pour quelques rossignols chantant sur vos rivages .

\ ous entendrez geniir bien des oiseaux sauvages .

ht les torrents viendront . et le flux de la mer

Parmi vos douces eaux mêlant son sel amer.

Ce monde ou Ton doit vivre, oh ! jugeons-le. mon àme '

Partout haine, bassesse, ou jalousie infâme:

Nulle pitié, le sang, l'or dieu . la fausseté .

Kt sous tous ses aspects rignol)le lâcheté !

Non . ce n'est pas assez pour le chevreuil timide

De n'aimer que les bois et la feuillee humide :

Il a pour fuir les loups des pieds aériens.

Kt deux rameaux aigus pour éventrer les chiens

Page 1