LE CHE3II> NOUVEAU
A M. Amédée Ghéron,
Daus l'Esprit absorbé priait un cainaldulf , Lorsqu'éclate un orand bruit, coinine un bruit d"ourai;an ; Le bon moine tressaille , il sort de sa cellule Et d'un œil alarmé consulte le volcan :
Vésuve sommeillait , la terre était heureuse ; Mais au pied du couvent , sur un chemin de fer, Roulaient des chars , jetant leur vapeur sulfureuse Et conduits par Mercure échappé de l'enfer.
O moine , que fais-tu dans ta sphère idéale ? Vois , le temps est vaincu , l'espace est rapproché. Vous , mortels , qui passez comme une bacchanale , Oublîrez-vous le but final , le but caché ?
HYMNE
Le divin composé , qui brille en s'approc-hant , Se reflète sur nous : encore, encore un chant !
Oui , mieux que la prétresse et l'antique délire , Si dans les temps prochains la science a su lire ,
Qu'elle déroule en paix ses vers seutencieux Avec grâce voilés, mais clairs pour tous les yeux,
C'est l'heure : les oiseaux ont fui vers les uuées ,
Tant la hache en tous lieux fait de larges trouées.
Partout le jour, partout de saints rapprochements , Des hymens amoureux suivis d'enfantements.
Quel est le val sans nom ? quelle est l'ile déserte ? Partout le blé nouveau couvre la plahie verte.
Pourquoi devant ta porte élever ce rocher, Ermite , si la foule entre et vient te chercher ?
11 faut voir tomber l'arbre et germer la semence , Voir tout ce qui fmit , voir tout ce qui commence .
0 fleurs du Sunium, fleurs voisines du ciel,
Quel parfum vous mêliez aux lys blancs du Carmell
Mais , silence ! voici l'Orient qui s'allume
Et de l'Ouest obscurci colore au loin la brume.
Tout se cliercbe. Le \ord vers le Sud est aile . Et la matière en feu vers l'esprit a coulé.
L'electrum 1 l'électrum ! fusion idéale , Alliage splendide , œuvre que rien n'égale;
Métal complexe et simple , et sans pareil encor, Et dont le monde entier aura composé Tor ;
Métal plus précieux que l'airain de Corinthe , Au foyer du savoir fonte prudente et sainte :
O le pur électrum où l'esprit et le corps Parviendront à s'unir en de justes rapports ,
Quand elle apparaîti-a la fusion bénie ,
Tous les cœurs aimeront cette œuvre d'harmonie ! .
Oui, c'est riieure : voyez s'émouvoir à la fois Et la terre et le ciel qui lui donne ses lois ;
Voyez dans les hauteurs l'alliage mystique Pteluire en dévoilant son rapport sympathique î
Triangle composite et d'argent et d'or fin
Et d'un auti'e métal comme eux simple et divin :
O troisième métal , que nul encor ne nomme , Pour finir son travail c'est toi que cherche l'homme
iN"es-tii pas la soudure et l'intime lien ,
Le nœud intelligent d'où résulte le bien ?
Viens donc , flux désiré , savant intermédiaire , Avec l'or et l'ai'sent viens finir le ternaire !
Esprit, nous sommes prêts , nous appelons ton jour Esprit, viens féconder la Puissance et l'Amour.
LES TROIS POKTES.
Absorbé dans le Tout il l'appelait son dieu.
Force invisible , éther ou feu, Ce qui donne son âme à la nature entière L'animait; sur les monts, à l'ombre des grands bois
Les choses l'attiraient par leurs secrètes lois ; 11 parlait au torrent , il comprenait la pierre , Et son art composait de ces milliers de voix Un hymne où se mêlaient l'esprit et la matière.
Masse, sans cercle et sans milieu , Le grand Tout l'absorbait, lui l'appelait son dieu.
Les yeux levés au ciel où sont les belles choses ,
Le poète attendait qu'enfin son astre eût lui ,
Lorsque les trois Vertus descendirent vers lui
Et leurs longs vêtements étaient blancs, verts et roses.
Elles avaient les bras l'un à l'autre enlacés ,
Mais leur front était ihasle et leurs regards baissés ;
D'eu haut elles disaieut ; «Je crois! — J espère ! — J'aime ! Le poëte écouta les ti'ois mots à senoux : De là vienueut ses chants et mystiques et doux : Dans ce monde terrestre il chante un divin thème.
11 Ta voulu le harde, et, par un lil)re effort ,
Son cœur et son esprit, ses sens, tout est d'accord.
Extase libre ! extase pure !
Dans la triple unité du poëte penseur , Tout ce qui lui répond : Dieu , Thomme et la nature. Harmonieusement retentit et murmure ; Chaque voix est distincte et se fond dans un chœur.
O barde sage ! extase pure !
Replié sur lui-mêiiie, il écoute enchanté Les modulations de cette trinité.
Hélas 1 je sais un eliant (rameur Triste et gai tour à tour.
Cette chanson douce à l'oreille Pour !e cœur n'a point sa pareille.
Hélas ! je sais un cliaiit d'amour Triste et gai tour à tour.
J'avais douze ans lorsqu'en Bretagne On me Tapprit sur la montagne.
Hélas ! je sais un chant d'amour Triste et gai tour à tour.
Toujours le beau nom de ^larie Se mêle au nom de ma patrie.
Hélas ! je sais un chant d'amour Triste et sai tour à tour.
Avec uii air, uue parole Ainsi Texile se cousole.
Hélas ! je sais im chant d'amour Triste et sai tour à tour.
Ce chaut qui de mon cœur s'élève .
D'où vient qu'en pleurant je l'achève?
Hélas ! je sais un chaut d'amour Triste et gai tour à tour.
Bienheureux les pcàtres mes frères Et les oiseaux de nos bruvères 1
Hélas î je sais un chant d'amour Triste et gai tour à tour.
LETTRE A BERTHFX.
Ecris-moi , mou ami , si devant ta î'aueille Le seide mûr de couleuvres fourmille ;
Dis-moi, brave Berthel, si les chiens altérés Errent par bande aux montagnes d'Arréz.
Hélas! durant ce mois d'ardente canicule, Tout fermente ; et partout un noir venin circule. Pour charmer les serpents tu m'as dit tes chansons : Quand, aressés sur la queue, ils sifflent prêts à mordre, On siffle : eux de rentrer leur dard et de se tordre , Et, charmés, de s'étendre aux rebords des buissons.
Ainsi , d'un pied hardi je vais dans la campagne. Puis , je porte à la main un penn-hdz de Bretagne, (De nœuds égaux formé, garni d'un bout de fer) : La fougère suffit pour trancher les couleuvres ; Mais les chiens dans ce mois errent, je crains leurs œuvres.
Eux craignent mon ]^cH?i-ï;dw lorsqu'il tourne dans l'air .
Écris-moi, mon ami . si devant ta faucille Le seigle mùr de couleuvres fourmille:
Dis-moi , brave Berthel , si les chiens altérés Errent par bande aux montagnes d'Arréz.
LE LEZARD.
A Berthel.
Avec une jeune veuve, Tendre encor, j"en ai la preuve Parlant breton et français :
En causant de mille choses,
Par la bruyère aux fleurs roses Tout en causant je passais.
C'était en juin, la chaleur était grande : Sur le sentier qui partage la lande , Au beau soleil se chauffait un lézard ; Et dans ses tours, ses détours, le folâtre Faisait briller son dos lisse et verdàtre Et secouait la fourche de son dard.
Mais hélas! à notre approche Le petit fou vers sa roche Fuit , et pour le rappeler, Pour rappeler ce farouche ,
Sur un air des bois ma bouche Longtemps s'épuise à siffler.
0 mes amis , ne plaignez pas ma peine î Car sur mon bras cette amoureuse Hélène Tenait posé son bras flexible et rond ; Et par instants ime mèche égarée , De ses cheveux une mèche cendrée Avec douceur venait toucher mon front.
Certe , h lézard et vipèie Tout siffleur vendrait , j "espère , A ce prix-là ses chansons , Sans trouver Theure trop lente.
Kl la chaleur trop brûlante, Ni trop maigres les buissons.
Donc croyez-moi , dans cette lieureuse pose , Sous le soleil et jusqu'à la nuit close J'aurais sifflé fort gaîment; mais voilà , Mes bons amis, voilà que le vicaire, Vêtu de noir et disant son rosaire , Pour mon malheur vient à passer par là :
« Cœurs damnés ! musique infâme !
« Holà ! holà ! jeune femme , « Si vous craignez par hasard <' Le purgatoire où l'on grille ,
Quittez ce siffleur de fille .
Ce l)eau siffleur de lézard 1 »