‹ MarieChapitre 9 sur 84 · LK RAT · texte numérisé non relu

LK RAT

-N'y va pas ! Reste sur ton livre Dans ta chambre détiidiant :

('ourbé sovis la lampe de cuivre.

Occupe ta pensée et ton cœur en veillant

s 94 <kr

lu le sais trop , le plus stoïque >.'est bien sur de lui qu'à l'écart ; VA ràpreté jeune et pudique N'est pas lente a eéder au eliarnie d'un regard.

Il est une fleur douce et blanche Qui croit à l'arbre du devoir , Cueille cette fleur sur sa branche.

Pour être fort demain respire-la ce soir.

]Non ! ta pensée ailleurs s'enivre :

Vn ruban sur de noirs cheveux Dans un bal attire tes yeux , O jeune honune inquiet! - et tu ternies ton livre!

Vn jour que nous étions assis au Pont KerJô , Laissant pendre . en riant , nos pieds au lil de Teau Joyeux de la troubler, ou bien . a son passa^T , D'arrêter un rameau, quelque flottant herl)aiïe

Ou sous les saules verts d'etïrayer le poisson Qui venait au soleil dormir près du gazon ; Seuls en ce lieu sauvage , et nul bruit , nulle haleine N'éveillant la vallée immobile et sereine , Hors nos ris enfantins, et l'éeho de nos voix Qui partait par volée et courait dans les bois . Car entre deux forets la rivière en/îaissée Coulait jusqu'à la mer, lente, claire et glacée; Seuls , dis-je , en ce désert , et libres tout le jour , INous sentions en jouant nos cœurs remplis d'amour C'était plaisir de voir, sous l'eau limpide et bleue. Mille petits poissons faisant frémir leur queue. Se mordre, se poursuivre, ou, par bandes nageant Ouvrir et refermer leurs nageoires d'argent ; Fuis les saumons bruyants, et , sous son lit de pierre L'anguille (pii se cache au bord de la rivière ;

Des insectes sans nombre , ailes ou transparents . Occupes tout le jour a monter les courants . Phalènes, moucherons, alertes demoiselles. Se sauvant sous les joncs du bec des hirondelles. — Sur la main de Marie une vint se poser. Si bizarre d'aspect qu'afin de Tecraser .raccourus ; mais déjà ma jeune paysanne Par l'aile avait saisi la mouche diaphane ; tt voyant la pauvrette en ses doiirts remuer : « Elle n'a que sa vie , oh ! pourquoi la tuer? ^ Dit-elle. Kt dans les airs sa bouche ronde et pure Légèrement souffla la frêle créature , Qui , soudain déployant ses deux ailes de feu , Partit , et s'éleva joyeuse et louant Dieu. — Bien des jours ont passé depuis cette journée , Hélas! et bien des ans! dans ma quinzième année.

^ 100 0 Enfant , j'entrais alors ; mais les jours et les ans Ont passé sans ternir ces souvenirs d'enfants ; Et d'autres jours viendront et des amours nouvelles, Et mes jeunes amours , mes amours les plus belles , Dans l'ombre de mon cœur mes plus fraîches amours, Mes amours de quinze ans, refleuriront toujours.

lainie dans tout esprit rnrgueil de la |HMi>ee (,)ui n"aeeej)te aucun frein, aucune loi traciv, Par-delà le réel s'elance et cherche a voir Kt de rien ne s"etïraie, et sait tout concexoii- ; Niais avec cet esprit j'aime une anie iniienue, Pleine de bons instincts, de sage retenue. Qui s'onibra-e de peu, surveille son honneur. De scrupules sans fin tourmente son bonheur. ■Suit , même en ses écarts, sa droiture po.n- ^mide, l'-t, pour autrui tacite, est pour elle timide.

Souvent je me deiiiaiide et je cliercl.e en tout lieu Cequ'estDieusansraniour.oubienrauiour sans Dieu. Aimer Dieu, n'est-ce pas trouver la purellamme (^uoncrutvoirdans les yeuxdequelque jeune fenune? Dans cette femme aussi, n'est-ce point, ici-bas, Chercher couîme un rayon du Dieu qu'on ne voit pas? Ainsi, ces deux amours, le céleste et le nôtre. Pareils a deux ilambeaux, s'allument l'iiii par l'autre : L'idéal purifie en nous l'amour charnel . Kt le terrestre amour nous t'ait voir reternel.

Ouand le temps sur nos fronts eft'ace par cleLn-é

L'enfance et les rellets de cet àiie dore ,

Arrive la jeunesse avec toute sa sève .

Et par un jet nouveau le corps monte et s'eleve ,

Et toujours monte ainsi . jusques a son été .

Au faite radieux de sa virilité :

Et la pensée aussi va croissant d'àire en âge :

^lais un resret la suit à travers son voyage ,

Hélas! car rien ne vaut ce que Ton a quitté;

Tout ce qu'on uasne en force, on le perd en l)eaute.

MÂI\1E

MARIK

— " Après moins de six mois passés loin de la lande Où nous allions. Marie, ah! que vous voila grande! >^'était ce corset rouge et ces jupons raves Qui. tropcourts à présent, m ont laissé voirvospieds,

Jamais je n'aurais dit : < Cette lille qui prie Au Calvaire, et s'en va vers l'é^ïlise, est Marie. » Et pourtant c'est bien vous ; je vous parle et vous vois , INIais que vous êtes grande après moins de six mois! La tige qu'on mesure au temps de la poussée , Vienne la Saint-INIichel n'est pas plus élancée, .l'ai honte à moi vraiment et me sens tout jaloux, Car j'ai l'air aujourd'hui d'un enfant près de vous; .Te n'ose vous parler, et jusqu'au fond de l'ame Vous me troublez quasi comme une grande dame Cependant, jeune lille, ainsi que l'an passé Causons! Voyez, l'office à peine est conuuencé, Et nul sous le portail ne viendra. - Prenons garde, Voici que le Sonneur de son banc nous regarde. Et j'entends sous le nuir le petit Pierre Elô Qui chante en écorchant son bâton de boidcm

Kh bien , tout cet liiver. au losis toute seule. Et. le soir travaillant auprès de votre aïeule. Songiez-vous quelquefois a ceux qui sont au boure:^ Moi .je vous appelais, ô >îaï: le lon^r du jour Je disais : « Quand viendront les vêpres du dimanche Et ma douce Marie avec sa coiffe blanche^ Quand reviendra le temps des nids et des chansons Et le jeu d'osselets derrière les buissons.^ »' Mais j'appelais en vain : Durant Thiver. les lièvres. Marie, avaient jeté leurs feux noirs sur vos levrr^s . Et votre bonne mère en ses deux pauvres bras Vous serrait et mouillait de ses larmes vos draps; Et puis, baisant la terre, aux anges, a la Vierge Jurait une neuvaiiie et de brûler un cierge; Et que, s'ils vous sauvaient, sur ses genoux un jouj Deux fois de leur église elle ferait le tour

Oui , j'ai su ses tourments, ses cris de toute sorte. Le soir, quand le vieux Dali quêtait à notre porte Je lui donnais son pain : « Ah ! disait le vieux Dali , La mère a fait un vœu, car sa fille va mal. >' Mais un soir il me dit : " Payez-moi nia nouvelle! Aotre vierge est debout, mais plus grande et plus belle , Croyez-en mon rapport, plus belle que devant. \ ous-méme à ses côtés aurez l'air d'un enfant. » — Le pauvre avait raison. La, près de la nmraille. Ce jeune plant avait Tan dernier votre taille . 11 a poussé depuis; voyez votre hauteur : Vous êtes tous les deux de la même grandeur. »

- L'n jour d'avril, ainsi, sous le porche de pierre Tandis que dans l'église on faisait la prière.

.le parlaii a .Marie e» secret et tout bas: Mais elle m'éc-outait et ne répondait pas Klle était devant moi distraite et sérieuse. Oh ! non . ce n'était plus .Marie . entant rieuse . (Jua son corsage plat, son pied vit et leiier. Ou eut prise de loin pour un jeune berger! Knlin me regardant avec un doux sourire. Comme une sœur ainee un trere qui ladmire • Kenacc . huguel Kez! Adieu, dit-elle, adieu Puis, entrant dans Teglise. elle alla prier Diei..

Avec ces mots d'adieu tout finit 1 — In jeune homme >>atit' du même endroit, travailleur, économe. En voyant sa belle âme. en voyant son beau corp: r/aima; les vieilles <:ens firent les deux accords,

Et toute a son nuiri. soumise en sou inénatte.

Bientôt elle oublia Tainoureux de sou àtie.

Au sortir de la uiesse. ah! quand Theureux rival.

Assise entre ses bras, l'emportait a cheval ,

Quand la noce passait , femmes et jeunes Mlles

Remplissant le chemin du bruit des deux familles,

Celui qui resta seul, celui-là dut souffrir!

Il mit tout son bonheur depuis à s'enquérir

De celle ((u'il aima, de chaque métairie

Qu'elle habitait : du moins, le savez-vous, Marie?

le vis de souvenirs, de souvenirs anciens.

Mêlas' mais tous les jours et partout j'y reviens'

VERS ECRITS A LIVRV

Page 1