‹ Marie!Chapitre 7 sur 7 · H OBI A · texte numérisé non relu

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sorte de longue trompette» faite d'écorce d'arbre, presque aussi haute que lui. Il fallait bien avertir les bergers des montagnes voisines ^ue tout était dans Tordre, car les iiurlements de cet imbécile de Bumir allaient les attirei-.

Svelte comme un jeune sapin, il se détachait sur ce fond de ciel bleu sombre, avec sa chemise grise et sa large ceinture de cuir. Il commença un long trémolo, mentant et descendant, vague comme le son d'une harpe éolienne. De près, cela fait un bruit très doux, mais qui se répercute fort loin, de montagne en montagne.

Après avoii ainsi souillé une demi-heUre, il s'arrêta, s'appuya sur eon instrument) et demeura longtemps immobile comme une statue, sans même déplacer une seule fois ses pieds croisés. Sur son visage se réûétait tout un .drame. Il revoyait rouis, un ours de l'espèce la plus sauvagCi celle qu'à cause dte son collier de poils gris, on appelle ours à collerette (gulerat), se précipiter sur le troupeau, tuant, .dévorant^ dispersant les moutons. Gela, qu'importe? Les moutons appartenaient à son maître, et ce maître était riche* Ce qui lui avait

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porté un coup aa cœur» c'était la mort de

bon petit âne, car celui-là. était sa propriétéi L'ours l'avait étranglé et à moitié dévoré»

A ce souveniri Tenfaut se mordit les lèvres : il avait honte de recommencer à pleurer, à son âge : dix-huit ans l Combien d'autres garçons, à peine plus vieux, étaient déjà mariés et pères

de famille i Et lui pleurait l Mais son petit &ne,

si gentil, avec son poil emmêlé et frisé qui lui donnait Tair tout à fait çomiquei son nez et ses yeux malins perdus au milieu de cette épaisse toison ; une si brave bete, portant toute la fortune de son mattrei tonjonrs au milieu des moutons^ à peine plus grand qu'eux, tout couvert de poussière» connu d^eux tous, et en relations particulières d'amitié ayec le bergjsr et son chien ! Ghitza, tel était le nom du petit âne qui avait eu si lamentable fin.

Cependant le jeune berger se disait qu*aprè^ tout, il avait l'âge d'homme, et dans son cœur tendre, naissaient de terribles pensées de vengeance.

— - Horia, se disait-il, Horia, il faut venger

ton ami. Autrement^ rien ne marchera plus ;

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les moutons perdront tout respect pour toi et

Bumir te méprisera, car il est plus brave que toi 1 Impossible, Horia, mon garçon t

Tout en réûéchissantt ses yeux de velours commencèrent à étinceler, ses sourcils à se contracter, sa bouche d'enfant & prendre une expression sévère. Gomment vaincre et tuer l'ours ? n n'avait d'autre arme que sa hache, et la bète féroce était énorme^ autant qu'il en avait pu juger dans robscurité. Une idée lui vint.

— Rumir, reste ici, garde le troupeau. Il faut que j'aille sur le Jipi parler aux autres ber<* gers.

Rumir agita la queue d'un air entendu. Au fond» il se sentait le personnage responsable, chargé de garder Horia aussi bien que les moutonSi car» i ses yeux, Horia n'était qu'un enfant.

Les pieds légers d'Horia, chaussés de sanda* leS| foulaient, rapides, le beau tapis de prés verts qui couvre les pentes du Butchedi. Partout fleurissaient les gentianes, et dans les fen* tes des rochers, Tedelvreiss^ que le jeune berger

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regardait sans se douter que cette âeur était belle et recherchée, en bas dans la plaine. Elle n*aYait ni couleur ni parfum et elle était si commune I Là-haut, elle n'avait môme pas de nom, et nnl ne se doutait que les montagaes de Roumanie étaient couvertes de cette plante précieuse. Si on ne Tayait jamais sa ! L'edel* weiss et le berger ignoraient qu'ils étaient beaux; ils fleurissaient sur la montagne solitaire, ne réjouissant que l'œil de Dieu, ne sachant rien de ce qui se passait ailleurs. Que leur importait, du reste!

Horia rejoignit les bergers du Jipi, deux vieillards et un jeune homme. Il leur demanda slls croyaient possible de tuer Tours.

— Laisse-le tranquille I Tu es trop faible et trop jeune i c'est lui qui te tuerait.

Il prit un air de défi, comme jadis son petit ftne, et ne répondit rien. Jusqu'au soir, il resta caché dans les rochers ; les . vieux le croyaient reparti depuis longtemps. Quand ils furent endormis, il se glissa près d'eux, prit à Tun son bonaet de fourrure, à l'autre sa couverture, au troisième son grand manteau de poil bourru

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Chargé de ces trophées, il vint retrouver Ramir qui l'ftocatBiliit avec des aboiements joyeuxi II enroula la couverture autour de son bras gaucbe» mit Vnn sur l'antre les deux bomtets de fourrure qu'il tira sur ses oreilles, presque jusqu à ses ùp iules, et se couvrit des deux manteaux, poilus» qtii lui donnèrent l'aspect d'un animal énorme. Ainsi accoutré, il s'établit près des restes de r&neç l'ours viendrait sûrement les achever à Theure de son repas.

Il attendit des heures, ramassé sur lui-même semblable à une pierre couverte de neige» absolument immobile, sauf ses yeux qui restaient toujours en éveiL La lune montait an ciel, entre le Cumpat et le Piscu Ganeiui (pic du chien) ; ses rayons inondaient les bois endormis.

Les noires montagnes s'étendaient aux pieds dlioria, coiiime des vagues pétrifiées, et, pareille à une immense mer, la plaine jusqu'aux Balkans. Une trace de brume plus épaisse marquait le cours du Danube» dans ce paysage de rêve. Des gorges montait, doucement murmurante> la toIx des torrents et des cascades. Les edelweiss étincrtaient comme des flocons

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arrachés aux pâles rayons de loue, et Tastre pottirsaitait sa route dans le ciel, baignant la terre d'un éclat toujours pluspur^ où les ombres semblaient creuser d'insondables précipices noirs. Gomme des géanis vieux d^ mille ans, les sapins surgissaient des profondeurs, et dans cette immobilité de l'univers endormi, on eût dit qu'ils escaladaient lentement les pentes, avauçaut, avançant toujours!

Cependant rien ne bougeait. Horia attendait, sa hache près de lui. La lune avait parcouru presque toute l'étendue du ciel et ai piochait de Tautre bord de rhori2on, lorsqu'un pas étouffé fit battre le cœur du jeune homme.

Une sorte de ronflement, puis ce grondement indistinct et mystérieux qui fait dire aux bohé-. miens : « L'ours lit; il est fils de Pope. » La bête approchait, monstrueuse, plus effrayante, encore, dans ce 'clair de lune, avec ses pattes puissantes et Tombre gigantesque qu'elle projetait. Sa collerette blanche étincelait dans sa fourrure noire.

L'ours flaira tranquillement les débris de sa victime, et il allait commencer son repas^ lors-

qu'Horia bondit et le frappa de sa hache entre les deux épaules. Le coup, amorti par Téf aisse fourrure, égratigna cependant la peau. L'animal furieux se dressa sur ses pattes de deirière, dominant le jeune garçon qui recula de deux pas, pour frapper plus sûrement cette fois. L'ours venant sur lui, il porta un second coup et Tatteigûit fortement à la patte gauche. La bête enragée saisit son agresseur, qui, souslacouverturei sentit craquer les os de son bras gauche» dans la terrible étreinte, mais il ne quitta pas l'ours des yeux. Celui-ci leva la patte pour le scalper^ premier mouvement des ours, qui invariablement arrachent la peau de la tète et la rabattent sur les yeux. Mais il ne saisit que le double bonnet de fourrure. Horia s'accroupit rapidement; l'ours perdit l'équilibre et roula à terre, la patte embarrassée dans les deuxbonnets. Son adversaire guettait cet instant II le frappa si fort à la tête qu'il ne put retirer sa hache, car son bras gauche pendait paralysé. L'ours râlait, se tordait. Horia le regardait avec sang-froid, quand un vertige le prit et il perdit connaissance.

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La lune argentait encore les sommets des monts, qne le soleil commençait à teinter de rose. Des jeux de lumière si délicats coloraient les rochers séculaires, les dernières aiguilles encore couvertes de neige, que la nature, eût-on dit, revêtait des robes d'épousée. Ces reflets rose et argent descendaient peu à peu la monta* gue. Ils touchèrent aux premiers hêtres, joyeux, comme si c'était quelque grand jour de fête. La nature a beaucoup de ces fêtes-U : chaque nouvelle aurore semble k son tour célébrer la créa* tiou«

Alors les bergers da Jipi virent apparaître Bumir, gémissant, agitant sa queue, les tirant par leurs longues chemises, sautant autour d'eux, puis retournant vers la Furnica, et revenant comme pour les inviter à le suivre.

— Qu'est-il arrivé ? dit Tun d'eux.

U prit son buccium et un trille prolongé résonna, mais sans obtenir de réponse. Rumir ne cessait de les regarder» les oreilles dressées, avec ces aboiements brefs et aigus qui sont chez un chien Texpression de la prié re, puis il recommençait sa mimique, pour les conjurer de venir.

Digiiizca by Liu^.' .

HORIA !

Eniiu ils cédèrent. Le chien courait devant

eux, dans nue agitation extraordinaire, sem*

blaat dire qu'ils marchaient trop lentement.

— Voilà Tours 1 cria le pins âgé des bergers.

— £t Horia, à côté 1

En trois bonds, le pins jenne ent atteint le lien du combat. L'ours avait encore la hache

enfoacéô dans le crâne. Horia était plongé dans un évanouissement si profond, qu'ils Sauraient cru mort, n'était le ^ng coiUam de sa blessure au bras. Ils virent que ce bras était brisé ; ils le pansèrent douleur mieux, lui frottèrent les tempes et lui firent avaler de Teau-de-vie.

Ses longs cils finirent par se soulever, ses lèvres encore décolorées» sourirent ; il respira longuement, comme s41 ressusoitait.

— L'ours est-il mort ?

Lorsqu'on le loi eut affirmé, il ajouta :

— A la bonne heure 1 et referma les yeux.

Le vieux le prit dans ses bras, le caressa,

l'appela c — Fils du dragon l Orgueil de la montagnel», —lui donna encore de i'eaurde- vie. Ses joues et ses lèvres reprirent peu à peu leur couleur. Pour la première fois, un cri de don- '

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leur lui échappa. Les bergers firent un brancard avec des branches vertes, et enseveli sons cette verdure, ils le descendirent dans la vallée, en triomphe, comme un jeune héros.

Trois semaines plus tard, il se retrouvait, à la même place, immobile comme jadis, appuyé sur son bâton de berger, Rumir à ses pieds, le flattant, Taccablant de caresses et de cris de joie, pour le féliciter de sa rapide gaérison«

Mais Horia passait des heures à rêver. Dans la vallée, il avait vu une belle jeune fille. Depuis, il ne cessait de penser à elle, et dans sa stupéfaction, ne pouvait songer à autre chose, tant il était étonné, pour la première fois de sa vie, de penser à une femme.

É^lLB COLUf. — IMPIUUERIK DE LAOHT.

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