‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 10 sur 154 · X. Comment fut formé le corps de la Vierge · texte numérisé non relu

X. Comment fut formé le corps de la Vierge

Quant à la formation du corps de Marie, on pourrait dire que c’est là un des points sur lesquels l’imagination plus ou moins dévote de beaucoup, s’est plue à accumuler les exagérations les plus extravagantes. Selon certains, tout ce qui se rapporte aux origines du corps de la Vierge porterait une large empreinte de surnaturel, indiquerait l’intervention de Dieu, d'une façon jamais concédée à personne en dehors du Rédempteur. Dans un ancien livre apocryphe, rappelé par saint Epiphane, on dit que les origines de Marie furent virginales comme celles de Jésus. Joachim n'aurait pas été son père, elle eut été conçue par l'opération du Saint- Esprit. Les Pères protestèrent contre un pareil enseignement, mais au cours des siècles, il y en eut qui l’aimèrent et cherchèreni à le répandre. Alors l'Eglise elle-même se leva pour protester contre eux, et en 1677, elle condamna Impériale, prêtre

RIRE EN NR TR ERP aa napolitain, qui soutenait précisément qu’Anne était devenue mère sans cesser d’être vierge.

D'autres ont enseigné que dès le premier jour de sa conception, le corps de la Vierge fut déjà distinct dans toutes ses parties. Déjà étaient formés les divers organes et on aurait pu discerner la peau, la chair, les muscles, les nerfs, les os. Mais cette opinion comme la première, encourut la censure du Saint Siège. Dans l’Index Expurgatorius de l’année 1640, à la parole « Joannes bapt. Poza », on ordonne d’enlever de l’Elucidario deiparæ les paroles suivantes : « Corpora Deipare el Jesu ab instanti conceplionis fuisse prædila ossibus, nervis et parlibus carneis ac carlilagineis in eodem temperamento, quod habuere ad annum vigesimum, aul trigesimum œlalis sue. Et l’Index ajoute : Haec et similia quae excedunt naturalem facullalem el ordinariam, deleantur. D'autres plus sensés ont enseigné que Marie eut une àme raisonnable dès le premier instant de la conception, et que cette âme fut reçue dans un corps non parfaitement organisé encore, mais n’ayant que ce peu d’organisation indispensable pour l’union de l’âme et du corps. Et en cela ils apercurent un insigne miracle, selon l’antique théorie scolastique sur l’animation des corps. On sait que selon la théorie d’Aristote, acceptée unanimement par les docteurs de l’école, l'âme s’unit au corps de l’homme quarante jours et à celle de la femme quatre-vingt jours après la conception, A cette loi ordinaire aurait été soustraits Jésus et

Marie, qui par un privilège spécial de la divine toute puissance, auraient eu l’âme dès le premier moment, et c'est par là que la formation de la Vierge devrait étre regardée comme miraculeuse.

D'autres au contraire, s’appuyant sur cette idée que la formation miraculeuse du corps de Marie est chose gratuite, destituée de tout fondement historique et manquant comme nous l’avons vu par l’Index Expurgalorius de l’appui de l’Eglise, d’autres ont pensé que semblable aux autres femmes, Marie eut l’âme quatre-vingt jours seulement après la conception. Les partisans, au moins les principaux, de cette sentence, sont cités par De Vega Palaestra VII art. 1, n° 618. Ces auteurs, on le comprend, s’appuient sur la théorie scolastique ayant trait à la formation du fœtus.

Que penser de cette controverse ? En réalité, il ne nous semble pas qu’il y ait des arguments sérieux pour trouver un miracle dans la formation du corps de Marie. Les miracles ne doivent pas se supposer si facilement et pour les admettre, il faut qu'ils soient d’abord prouvés. Dire: la Vierge méritait tout égard de la part de Dieu; donc, tout ce qui la regarde fut extraordinaire, c’est un argument très défectueux et qui ne conclut point. Nous l’avons déjà remarqué ailleurs. Quand donc le corps de Marie fut-il animé ? Quand donc fut-il assez nettement distinct dans ses parties pour pouvoir être informé par l'âme raisonnable ? La question est d’une solution plus difficile qu'il ne semble à première vue.

Du moment que nous n’admettons sur ce point aucun privilège spécial pour Marie, on répondra à la question posée, différemment, selon le système que l’on admet sur l'animation du fœtus. Nous avons déjà rappelé la théorie soutenue pendant tant de siècles dans les écoles. Les modernes toutefois inclinent à admettre l'animation immédiate. Qui a raison? La question n'est point résolue de manière définitive. Parmi les résultats de l’embryologie, il y en a qui favorisent l'opinion de l’animation immédiate, d’autres celle de l’animation retardée. Voulant accepter l’opinion aujourd’hui plus en vogue de l'animation immédiate, nous dirons qu’en Marie. l’âme fut créée quand le corps fut conçu; mais en cela il ne faut pas voir une dérogation à quelque loi naturelle. Et ainsi chez Marie, comme chez les autres créatures mortelles, la formation, le développement du corps et sa complète perfection suivirent, — au moins dire le contraire nous paraît sans fondement, — suivirent toutes les phases voulues par la nature et de la façon entendue par elle.

Nous ne parlons pas ici des autres dons naturels de Marie, par exemple de son intelligence, de l’équilibre parfait de toutes ses facultés, et du reste; car de tout cela nous aurons à parler dans la question suivante où nous aurons à mettre en évidence les effets de l’Immaculée Conception sur toute la nature de la Femme bénie entre toutes les femmes.

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