‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 119 sur 154 · Nicolas, La Vierge selon l'Evangile, ch. xxtr · texte numérisé non relu

Nicolas, La Vierge selon l'Evangile, ch. xxtr

VII. Elle est demandée en outre par l'amour spécial que Jésus doit à Marie pour avoir partagé pleinement ses souffrances.

Un autre motif, pour lequel Jésus devait se sentir obligé à introduire Marie en corps et en âme dans la gloire du ciel, était l'amour immense qu’il lui portait, non seulement comme à sa mère, mais comme à la compagne inséparable de ses humiliations et de ses souffrances. Aucune humiliation, aucune souffrance de Jésus qui n’ait eu en Marie une répercussion très fidèle. Le cœur de Marie fut comme un miroir très parfait de la passion de son Fils; en son âme résonnèrent en écho tous les coups qui humilièrent et anéantirent la chair du Sauveur. Si Jésus fut l'homme des douleurs, Marie fut la reine des Martyrs, et il en fut ainsi à cause de l'immense amour que Marie portait à Jésus. La source, le secret de la compassion, c’est l'amour qu'on porte à la personne souffrante, Marie souffrit plus qu'aucune créature, parce qu'elle aima Jésus d’un amour suprême. L'amour fut l’implacable bourreau de Marie.

Eh bien ! cette preuve d’amour que Marie donna à Jésus, en partageant ses souffrances, faisait que Jésus l’aimait à son tour d’une façon toute particulière. Même s’il n'avait point dù l'aimer comme sa mère, Jésus aurait aimé Marie plus qu'aucune autre créature, parce qu'aucune, comme elle, ne participa à ses douleurs divines.

D'autre part, les douleurs et les humilialions de

Jésus furentla cause de sa glorieuse ascension au ciel. Saint Paul après avoir énuméré les humiliations de Jésus, dont la plus grande fut la Croix, conclut : « A cause de cela, propter quod, Dieu lui donna un nom supérieur à tout nom. » Jésus luimême avait déjà dit aux disciples d'Emmaüs, dont la foi aux promesses du Sauveur était vacillante : « O insensés et lents à croire ce qui fut dit par les. Prophètes ! N’était-il point nécessaire que le Christ souffrit, pour entrer dans sa gloire ! » (Luc xxv). Jésus fut donc exalté dans son corps, parce qu'il souffrit. Eh bien ! qui pourra croire que son amour pour Marie compatissante, ne lui donna point une semblable récompense, en la faisant monter au ciel, non seulement en âme, mais aussi en corps ? Jésus veut avec lui tous ceux qui coopèrent à sa mission, qui travaillent pour lui : Ubi sum ego, illic et minister meus eril (Jean, x). Mais la mère partagea son œuvre, surtout sur le calvaire, d’une manière toute particulière. Et ainsi l'amour spécial qu’à cause de cela Jésus lui portait, devait anticiper pour elle cette gloire qui, pour les autres saints, est réservée à la fin des siècles. Ecoutons encore Nicolas. Après avoir mis en lumière le rapport qui unit les souffrances de Jésus et celles de Marie, il s’écrie justement : « Pénétration sublime des souffrances, qui nous donne la mesure de la pénétration de gloire qui en a été le fruit ! Car, si c’est par ses souffrances que le Fils est entré dans sa gloire, comment la Mère, si étroitement associée à celles-là, aurait-elle

été étrangère à celle-ci ? Comment, ayant été si vaillamment au combat, n’aurait-elle pas été au triomphe ? Comment, ayant été si généreusement à la peine, n’aurait-elle pas été à l'honneur? N’en doutons pas: comme Marie était debout près de la croix au calvaire, elle siège près du trône dans le ciel; d’autant que cette même croix, qui a fait le supplice de Jésus, faisant sa gloire et son triomphe, ce n’est pas autre chose en quelque sorte pour Marie de triompher avec Jésus-Christ que d’avoir compati avec lui : toujours jointe à sa croix, dans le ciel comme sur laterre. »

VIII. Autre motif à l’Assomption de Marie : son éminente sainteté et spécialement son immaculée conception.

Après Benoît XIV, les Pères qui ont souscrit le Postulatum au Concile du Vatican, trouvent un autre motif pour la Vierge d’être élevée en corps au ciel, dans son insigne et extraordinaire sainteté. De fait, il y a un rapport étroit entre l’Assomption et la première sanctification de la Mère de Dieu, ou son Immaculée Conception. La Conception Immaculée ne devait point préserver Marie de la mort, c'est vrai : mais elle devait la préserver de la corruption. La mort, pour Marie, ne fut point un deshonneur ; la corruption l’eut été. La mort, fut pour elle, une source de vertus et de mérites et une occasion de splendides exemples pour nous ; la corruption, au contraire, eut été simplement un indigne

“abaissement, je veux dire une profanation sacrilège de sa chair très sainte, et, indirectement, de la chair du Sauveur. Il est vrai que la corruption, tout autant que la mort, jaillit des principes naturels de l'homme et n’est pas seulement la peine du péché. Il ne serait point logique de conclure que l’Imma- «culée Conception, qui n’enlevait point pour Marie la dette de la mort, laissait subsister la possibilité de la corruption. Non, ce serait limiter sans fondement sérieux l’influence bienfaisante que la première sanctification de la Vierge devait, comme nous l’avons vu, exercer sur toute sa nature. Ce serait une exagération à priori que de dire : Marie ‘fut conçue sans péché, donc elle fut immortelle ; ce ‘serait une autre exagération que de raisonner ainsi : à Marie ne répugne point la mort, donc pour elle aucune répugnance pour la corruption du tombeau et la décomposition de son corps. Car pourquoi en eut-il été ainsi ? à coup sûr, non pour les mêmes raisons qui firent que la Mère de Jésus paya son tribut à la mort. On peut, non sans raison, établir l'équation suivante : la mort est à la dette du péché, comme la corruption au péché lui-même. Il ne répugne point pour Marie de contracter la dette du péché, et mème cette dette est comme une ombre qui fait ressortir davantage la candeur rayonnante de l’Immaculée Conception. A cause de cela, elle put mourir, la mort pour elle fut un nouveau degré de sainteté, ce fut le passage à la gloire. Mais la corruption du tombeau eut indiqué de trop près

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une autre corruption, la corruption morale de la faute. « En mourant ainsi, dit très bien Nicolas, la très-sainte Vierge est moins morte qu’elle n’a déposé sa mortalité dans le tombeau, pour y revêtir sa gloire. Elle a été conçue à la gloire à travers la mort, comme elle avait été conçue à la grâce à travers le péché. Conçue à la grâce sous l’enveloppe épineuse du péché sans en recevoir la piqûre, elle a été de même conçue à la gloire sous l'enveloppe de la mort, sans en recevoir la corruption ».

Après avoir établi que l’Immaculée Conception réclamait l’incorruptibilité, il est facile, par une déduction logique, de dire que l’Assomption corporelle était le couronnement naturel de l’Immaculée Conception; car il est trop évident qu’un corps aussi privilégié ne peut avoir pour demeure appropriée que le Ciel.

La conclusion est singulièrement confirmée, si on pense à la vertigineuse hauteur de sainteté atteinte par Marie, au cours de sa vie. Comme nous l'avons dit, ce fut une grâce inférieure seulement à celle de Jésus, supérieure à toutes les autres. Par cette grâce de sainteté, Marie fut vraiment bénie entre toutes les femmes, et, mieux encore, entre toutes les créatures. Et ainsi l'intensité de la grâce devait retenir loin de Marie toutes les malédictions d’un Dieu indigné contre le péché. Parmi ces malédictions, il y en a une par laquelle, êtres faits de poussière, nous devons retourner en poussière. L'immense sainteté de Marie n’avait pas seulement

sur son corps cet effet négatif d’éloigner la corruption ; elle exigeait de plus par lui une gloire toute particulière, car la gloire, selon une vérité élémentaire, correspond à la grâce. La grâce est une gloire commencée, et la gloire est une grâce achevée. D'où il suit qu’une existence pénétrée et environnée de grâce, au point de ne plus vivre pour ainsi dire en dehors de cet élément divin, devait être transfigurée dans la gloire, sans passer par la

corruption.

IX. Enfin l’Assomption de Marie était le couronnement logique de sa virginité

D'ailleurs, comment mettre en doute l’Assomption corporelle de Marie, si l’on songe aux miracles accomplis par Dieu, pour conserver en Marie l’intégrité virginale, au moment où il s'élevait à l'honneur d’une véritable et propre maternité? Pour conserver la virginité de sa Mère, Dieu accomplit le miracle des miracles, dont l’idée a tant impressionné et continue à tant impressionner l'humanité. Ce miracle nous révèle, en une vision imposante, le grand respect, la suprême vénération de Dieu pour le corps de Marie. Aucun souffle, qui puisse apporter avec lui le plus petit atome d’opprobre ou de souillure, ne doit même légèrement effleurer ce corps très saint. À ce corps sont dùs, selon les desseins de Dieu, un respect. une protection, un soin bien plus grands que ceux duùs à l’arche d’alliance faite de bois incorruptible. Or voici ce qui ne se compren-

drait plus: Dieu laissant en proie à la corruption du tombeau ce corps, pour lequel il a tant fait, afin de lui conserver la fleur de la virginité. Ce procédé ressemblerait à l’œuvre d'un architecte qui, après avoir épuisé ses soins et son art à élever un superbe édifice, refuserait ensuite de le couronner du toit. Ce ne serait certes pas là une preuve splendide de sa sagesse. Voici comment, à ce propos, s'exprime un discours sur l’Assomplion, attribué à saint Augustin, mais en réalité non antérieur au vin siècle: « Si Dieu voulut conserver dans son intégrité la virginité de sa Mère, pourquoi donc ne devait-il pas la mettre à l’abri de la pourriture du tombeau ? Que celui qui prétend connaître les voies de Dieu et se faire son conseiller, dise si la bienveillance du Seigneur ne devait pas conserver l’honneur de sa Mère, Lui qui était venu, non pour détruire, mais pour accomplir la loi? car la loi prescrit d’honorer sa Mère, et condamne tout manque de respect envers elle. L’ayant donc honorée audessus de toutes les créatures par le privilège de sa conception, il faut croire religieusement qu’Il dût l’honorer à sa mort d’un privilège tout particulier, en la préservant singulièrement. Si naissant d'elle, il put la laisser vierge, Il put aussi la soustraire à la corruption et à la cendre du tombeau. Cette corruption ef ces vers de la tombe sont vraiment la honte de l’humaine condition ; Jésus étant exempt de cette honte, le corps de la Vierge en fut aussi délivré, ce corps dont il voulut prendre la nature hu-

maine, car la chair de Jésus est la chair dela Vierge ». (1)

X. La réalité de son Assomption est confirmée par ce fait qu'on ne trouve aucune relique de son corps.

Que Jésus ait de fait concédé à Marie la gloire de l’Assomption, — gloire qui est le complément logique, le couronnement nécessaire de la divine maternité, de l’union intime de la co-rédemptrice avec le Rédempteur, de sa sainteté et de son intégrité virginale, des douleurs supportées par elle par amour pour son Fils, — nous en avons un argument sinon décisif, au moins d’un poids énorme pour ceux qui ont le sens des choses célestes, dans ce fait que nulle part on n’a pu trouver le corps dela Vierge, ou simplement quelque partie de ce corps. On montre le sépuicre de Marie à Jérusalem, quelquesuns prétendent qu'il se trouve à Ephèse : ce n'est toujours qu’un sépulcre vide. Aucune Eglise ne

« 1. Si ergo voluit integram Matrem virginitatis servare pudore, cur non velit incorruptam a putredinis servare foetore ; dicat qui cognovit sensum Domini et qui consiliarius ejus fuit, numquid non pertinet ad benignitatem Domini Matris servare honorem, qui legem non solvere venerat, sed adimplere ? Lex enim sicut honorem matris preecipit ita inhonorationem damnat. Sicut enim in vita pre cæteris illam gratia sui conceptus honoravit, pium est credere singularisalvatione eamin morte et speciali gratia honorasse. Potuit enim eam a putredine et pulvere alienam facere, qui ex ea nascens potuit relinquere virginem. Putredo namque et vermina humanæ est opprobrium conditionis, a quo opprobrio cum Jesus sit alienus, natura Marie excipitur quam Jesus de ea suscipere probatur. Caro enim Jesus est caro Marie. »

s'est jamais vantée de pouvoir montrer le corps de la Mère de Dieu. Ce corps, s’il ne se trouvait au ciel, giserait donc en poussière négligée, ignorée, Dieu sait dans quel obscur coin de terre. Pas le plus petit indice qui dise aux chrétiens : ici sont les restes mortels de notre Mère à tous et de la Mère de Dieu ! est-ce possible ? Le sens chrétien se refuse à le croire, surtout en face de ce que Dieu a fait, même par voie de miracle, pour faire honorer le corps des saints. Le corps de Marie n'est point sur la terre, donc il est au ciel : telle est la conclusion où nous fait aboutir la logique de l'amour que Dieu a pour sa Mère.

L'Eglise pourrait-elle dire une parole qui fit disparaître tout doute à ce sujet ? on le verra dans l’article suivant.

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